IV. — Hadj Mohammed ould Mokhtar
Hadj Mohammed appartient, dans ses origines lointaines, aux Ahel Ahmed Chérif, de Ouadane (Mauritanie). Son arrière-grand-père, Chérif Abd Er-Rahman, vint se fixer, vers 1770, auprès de l'almamy Abdoul-Qader, le rénovateur religieux du Fouta-Toro. 11 fut un de ses conseillers et amis. Son grand-père Chérif Ahmed et son père Mokhtar furent de grands voyageurs et commerçants, qui étendirent leur négoce jusque dans le Tagant, le Regueiba et le Sahel, mais leur port d'attache fut toujours Kobillo, près de Bokidiavé (Saldé).
Né vers 1860, Hadj Mohammed fît ses études à la zaouïa de Sid Ahmed Tahar ould Sidi Ahmed Al-Jediat, des Id Ou Al-Hadj du Regueïba. Revenu à Bakel, il y vécut quelque temps, puis commença à son tour à voyager. Il parcourut les états de Samory et de Tiéba ; il séjourna quelque temps dans ceux de Ségou, à Baraouéli, où il vécut du produit de son commerce profane et sacré. Remarqué par notre fama, Bodian Koulibali, il ne tarda pas à devenir son directeur spirituel, et peu après, comme il convient, son gendre, Il suivit la fortune de ce potentat et, après la suppression du royaume de Ségou, vint s'établir avec lui dans le Kingui, à Sambagoré, près de Nioro. Bodian mourut en 1899, désignant par testament Mohammed ould Mokhtar comme tuteur de ses enfants et administrateur de ses biens.
Depuis cette date, ce Cheikh s'est fixé définitivement à Nioro, où il s'occupe de la gestion des biens qui lui sont confiés et de ceux de la confrérie tidianïa, dont il est un des moqaddem. Il ne possède rien personnellement, et vit des dons des fidèles et de la mise en valeur des biens de sa femme, fille du fama Bodian. Il n'est sorti de Nioro qu'une seule fois (janvier 1905-novembre 1907) pour aller
en pèlerinage à la Mecque. A son retour, il passa un mois à la zaouïa tidianïa de Fez. Jadis il allait quelquefois faire quelques pêches dans le Bakhounou voisin. Il y a renoncé.
D'allure plutôt modeste, d'apparence chétive, noir de teint, Hadj Mohammed ne jouit que d'une influence localisée. C'est surtout parmi les Peul Toronké, dans quelques groupements soninké et dans la colonie ouolof que se recrutent ses adeptes. A signaler encore, parmi ses disciples, le SarakoUé Alfa Sokhna Assa, de Kaédi, personnage important, imam de la mosquée de Gataga, vu ailleurs. Hadj a reçu l'initiation de Chérif Al-Makki, moqaddem, du Tagant, et le titre de moqaddem, en i885, du Cheikh Mohammed Al-Ouakil, missionnaire de la zaouïa de Fez et envoyé de Si Mohammed Guennoun, Khalifa des Tidian'ia marocains. Mais ses puissants rivaux Maures et Toucouleurs lui font une terrible concurrence et il végète sans éclat. Ses relations avec ses cousins, restés au pays natal (Saldé) sont des plus rares. Il y a encore dans la région de Ségou de nombreuses personnes affiliées à son ouird.