VI. — Fadel Moula
Fadel Moula est un Arabe de la Mecque, descendant, dit-il, de la famille Abbasside. Né vers 1857, il serait fils de ce Cheikh Ahmed Al-Rali qui fut le maître et l'initiateur fameux d'Al-Hadj Omar. Il prétend être le cousin d'un Arabe, qui a percé à la cour d'Abdul-Hamid, à Constantinople. Parti d'Arabie en voyage de commerce vers 1896, il visita sucessivement Suez, Constantinople, Malte, Tanger, Fez, le Tafilelt, le Touat, Tombouctou et Bandiagara, où il resta deux ans auprès d'Aguibou, qui lui fit un excellent accueil en souvenir de celui qu'Ahmed Al-Rali avait fait à Al-Hadj Omar. Il continua par la vallée du Niger et Banamba, et arriva enfin en 1902 à Nioro, qui lui parut la terre de prédilection, puisqu'il s'y est établi définitivement. Il en est peu sorti. En janvier 1912 seulement, il quittait Nioro pour aller voir des amis à Kayes. Il en profitait pour faire une tournée à travers les localités du Sénégal et de la Gambie et ne rentrait qu'en avril 19 14, rapportant i.5oo kilos de sucre et quelques chameaux de mil, qu'il mit en vente.
Fadel Moula a plusieurs femmes : deux captives que lui donna Aguibou, une femme de Nioro, une femme de Médine. Il a une douzaine d'enfants qui travaillent aux champs pour lui. Les plus grands : Moulay Abd Allah, né en 190 1 ; Moulay Ali, et Moulay Abd El-Qader, nés en 1909 ; Moulay Ahmed, né en 1910, ont été ou vont à l'école française. Entre temps, il fait du commerce et pratique la vente des amulettes.
Intelligent, ouvert, parfaitement correct, il s'est définitivement nationalisé soudanais et se prétend fixé ici par sa famille et ses intérêts. Son influence, qui paraît avoir été jadis assez importante, s'est tassée avec le temps. Sa baraka
n'a plus rien de neuf et au surplus il ne fait pas de prosélytisme.
Arrivé tidiani d'Orient, il s'est fait jadis confirmer cet ouird par le marabout en vogue : Cheikh Sidi Mohammed. C'est le seul effort d'adaptation qu'il ait fait. Il ne parle que l'arabe et refuse d'apprendre les langues indigènes.