II. — Subdivision de Nioro
Les personnalités marquantes de la société soninké de la subdivision de Nioro sont :
a) Kardigué Diarisso, né vers 1845, guerrier et cultivateur, chef du village du Kamouné-Diembéré. Les Diarisso étaient alliés au Massassi contre les Toucouleurs., Après la victoire de ces derniers, ils se soumirent, et Kardigué prit part à toutes les expéditions d'Ahmadou Chékou et de Mountaqa dans le pays, contre le Diafounou, le Kaarta, le Bélédougou, etc. Bien que la coutume diarisso exige que le chef général du clan soit toujours l'homme le plus âgé et que le titre, d'après cette coutume, revienne à Dounkoro Diarisso^ chef du village de Séva, c'est en fait Kardigué, qui en exerce les fonctions, étant le plus notable, le plus âgé après Dounkoro, et le plus écouté aussi. Il manque toutefois d'énergie et son intelligence paraît intermittente. Il est suppléé par Diaw^aï Diarisso, son cousin, jeune, actif, plein de bonne volonté, et assesseur (coutumes bambara-soninké) au tribunal de subdivision. Tous ces personnages sont à peine teintés d'Islam.
b) Bakari Doukara, né vers 1860 à Guimba, près de de Nioro. Il n'a jamais quitté sa province du Kéniarémé, et habite Lakhanguémou, où il possède un gros troupeau de bœufs, plusieurs lougans et quatre femmes. Il se rattache au Tidianisme des Tendigoré de Bakel, et a reçu le titre de moqaddem de cette voie de Fodié Amara Tendigoré de Kougoni. C'est un homme sympathique, qui a présenté luimême son fils, lors d'un des derniers recrutements.
c) Antioumana Bradyi^ né vers 1867. Il habite Kérané et n'est jamais sorti du Kéniarémé, où son influence s'étend sur tous les Soninké. Il relève du même ouird et possède les mêmes titres que le marabout précédent. Il est
de plus bon lettré, est considéré comme tamsir, et exerce les fonctions d'imam de Kérané.
d) Bouyagui Taraoré, né vers i835, chef de Kérané et, en sa qualité de plus ancien de la famille, chef de la province du Kéniaméré. Il ne rend plus aucun service et est suppléé par son fils Alakham, qui est complètement inintelligent. Bon guerrier, Bouyagui a jadis pris part à toutes les expéditions d'Al-Hadj Omar et de ses fils. Il est certainement un des derniers survivants du siège de Médine, qui illustra Peul HoUe. Depuis sa soumission àArchinard, il s'est consacré aux cultures. Les personnalités les plus intéressantes de son entourage sont Assa Mouké Taraoré, actif et plein de bonne volonté, et Guibrirou Daramé, né vers 1870, moqaddem tidiani, élève et disciple de Fodé Aboudou Daramé, de Kayes.
e) Mamadou Modi Tounkara, de Y èréré^ né vers 1867. Parti de Yéréré en 1898, il se rendit par voie de terre à la Mecque, où il arriva en 1898. Il séjourna en Arabie et Syrie jusqu'en 191 o, date à laquelle il se mit en route sur Yéréré. Il arrivait à Nioro le 3o juin igiS. Ses longs voyages et aventures lui ont fait une petite auréole. Mais peu riche et marié à des femmes de l'extérieur, notamment deux filles de marabouts de Dar es-Salam (Ouadaï), il ne jouit que de peu d'influence. Il avait été affilié jadis au Qaderisme par Chékou Mamadou Doukouré, de Bokoro (Guidimaka). Il a reçu le titre de moqaddem de cette voie de Cheikh Al-Hossein, de Bagdad. Il possède une instruction beaucoup plus développée que ses congénères et a rapporté de son pèlerinage trois charges d'ânes de volumes, soit une cinquantaine d'ouvrages arabes.
f) Gay^e Kamara^ né vers i835, chef du village de Diéoura et considéré, étant le plus âgé de la famille, comme chef de Kaarta. Il appartient à un groupement mi-soninké, mi-kagoro, établi depuis plusieurs siècles dans le pays. Gave a pris part à toutes les expéditions des Toucouleurs
contre le Diafounou, le Séro, le Bélédougou. Il est aujourd'hui trop âgé pour pouvoir être utilisé ; il est suppléé tant bien que mal par ses fils dont les meilleurs sont : Ouaradiougou, malheureusement infirme, et Madi Koubli, bien jeune encore. Il a pour intermédiaire habituel avec le cercle son fils Gawa, prétentieux et intelligent.
Le Kaarta partagé entre les Soninké et les Kagoro, quelquefois unis, le plus souvent séparés, est peuplé d'un ensemble de villages extrêmement particularistes. On y trouve encore des Massassi, anciens conquérants ; des Bambara Koussata, venus de l'est, et même quelques captifs et baratines maures sédentarisés. Il est impossible d'y trouver un homme susceptible de prendre en main le commandement du canton. C'est pourquoi la création d'une résidence locale s'impose, qui comprendrait dans sa juridiction le Kaarta et le Sangha. Le Kaarta historique n'est pas compris d'ailleurs dans le cercle deNioro : celui-ci ne comprend que le Diangounté ; l'autre partie, le Bagué, ressortit à Kita.
g) Goumbenna Mamadi, né vers 1860, chef du village important de Mationgà, peuplé de soninké Koulibali. Il a été initié au qaderisme par Abba ould Ahmoïti, des Ida Ou Blal-Aba ould Sidi.
h) Le centre de Youry^ foyer islamique très important et à l'esprit quelque peu frondeur où l'on trouve 27 marabouts, dont 10 maîtres d'école, 3 tamsir et i moqaddem. La personnalité, de beaucoup la plus importante, est l'almamy et directeur des séances ouadhifa. Moussa Kamara, né vers 1842. Il est connu et vénéré de tous les Soninké non seulement de Youry, mais du Kingui, du Kaarta, du Kéniaméré, du Diafounou et du Guidioumé. A citer à côté de lui Abdoulaye Samassa, né vers 1875, et Mamadou Kamara, né vers 1872. Grands cultivateurs, les gens de Youry sont aussi des commerçants émérites qu'on trouve sur les chemins de la Côte d'Ivoire, de la Gambie et du Sénégal.