ÉCOLES CORANIQUES ET TRIBUNAUX
Les derniers recensements accusent dans l'élément noir du cercle de Nioro 200 écoles coraniques officielles, dont 175 environ pour la résidence de Nioro et 3o pour la résidence de Yélimané. Le nombre des élèves est de 700 environ, dont 5oo pour Nioro et 200 pour Yélimané. La moyenne des élèves est de 3 à 4, les écoles les plus peuplées ayant de 10 à 12 élèves et les moins peuplées i à 2.
Les élèves (Karaléman) sont à peu près tous originaires du Cercle. Ceux qui viennent de l'extérieur constituent l'infime minorité. Toutes les races locales y sont assez abondamment représentées, à l'exception des Bambara Massassi, des Diawara, des Kagoro, et chez les Soninké, des clans Diarisso, Niakhaté, Taraoré, Samoura, Konté, Sissoko, Konaté, et particulièrement des Sakho, Magassouba, Kamara,Tounkara, Doukouré, qui n'envoient que très peu leurs enfants à l'école. Les Niakhaté assurent qu'ils ne peuvent envoyer leurs enfants à l'école, car si l'un d'eux devenait marabout, il mourrait très jeune. Cette vieille famille guerrière paraît franchement rebelle à l'Islam. Quelques-uns font pourtant la prière, mais ils reconnaissent que c'est sans dévotion et uniquement par peur de l'enfer.
Les centres les plue réputés pour leurs écoles coraniques
sont : Nioro, avec lo à 12 écoles, 75 à 80 élèves. Les maîtres les plus écoutés sont Mamadi Aïssa Diakité et Dieïdi Sylla, déjà vus. Nioro-Tougouné avec 4 ou 5 écoles et une trentaine d'élèves. Nioro-Médina avec les mêmes proportions. Gadiaba-Kadiel avec les mêmes proportions. Kérané et Kersignani avec 5 écoles et 25 élèves. Gouba avec 4 écoles et i5 élèves. YouryetYaguinéavecS écoles et4oà45 élèves. Dioukoulané avec 6 écoles et 35 élèves. Goury avec 4 écoles et 25 élèves.
Jadis l'élève qui avait fini ses études donnait un captif à son maître. Il [lui en donne aujourd'hui l'équivalent, soit i5o à 200 francs. Le karaléman, qui interrompt ses études, fait présent à son maître en prenant congé de lui, d'un cheval, d'un âne, d'une vache, de quelques pièces de guinée.
L'enseignement supérieur islamique est assez répandu dans le Sahel occidental. On compte, en pays noir, huit petites zaouïa où sont distribués aux talibés et « arafara » les rudiments de la théologie, du droit, et de la grammaire arabe.
A Nioro : Mamadi Aïssa et Dieïdi Sylla ;
A Farandallah : OumarMariam;
A Diabigué : Fodié Kounié et Modi Maro ;
A Saniaga . Fodié Sogori et Modi Maro ;
A Diandioumé : Sipa Baba et Dieïdi Badiaga ;
A Youry : Mamadou Bouné;
A Gouba : Madiagata Sako.
Il convient de citer, pour mémoire, les noms de trois marabouts décédés et dont les leçons furent très suivies : Makkar Sow de Nioro, mort en 190g ; Kisma Wagué, de Diara, mort en 191 1 ; et enfin Ladji Fofanade Youry, mort en 1904. Quant à la célèbre zaouïa de Dionkoulané, que dirigea Modi Maro Sokho, de 1880 à 1900, et qui compta jusqu'à i5o élèves, elle n'a été ^que partiellement relevée par son fils Talibé Sakho.
Touba, dans le Fouta-Diailon, a joui, jusqu'à rgio, au point de vue de l'enseignement supérieur, d'un grand prestige parmi certaines populations du. Sahel occidental. Plusieurs jeunes gens y sont allés compléter leurs études. Mais depuis l'arrestation de Karamoko Sankoun (i9ii),qui entraîna la ruine intellectuelle et économique de ce centre diakhanké, cette tradition a été rompue. C'est la zaouïa de Mamadi Aïssa de Nioro qui en a surtout bénéficié. Il est probable qu'elle va se renouer, au moins partiellement, avec le retour de Karamoko Sankoun à Touba (1917).
La fréquentation scolaire semble avoir quelque peu diminué depuis l'occupation française; elle a suivi, au moins chez les Bambara et Kagoro, et partiellement chez les Soninké , le mouvement de régression de l'Islam signalé plus haut.
C'est parmi ces marabouts que se recrute en grande partie le personnel musulman de la justice.
Au Tribunal de Cercle on voit siéger des noms connus , comme Kindessé Ba,. chef du village de Gadiaga-Kadiel et Moussa Kaba Diakité, chef de Nioro.
Le tribunal de subdivision de Nioro comporte plusieurs chambres ethniques : celles des Toucouleurs-Peul-Ouolof, des Soninké, et des Diawara, qui sont musulmanes, sont présidées par Dieïdi Silla, cadi, qui reçoit 60 francs par mois. La chambre bambara est fétichiste.
Le tribunal de subdivision de Yélimané a également sa chambre musulmane et sa chambre fétichiste.
Les marabouts locaux jouent souvent un rôle de conciliateurs et d'arbitrage, et arrêtent ainsi au premier degré un grand nombre de litiges.
Les tribunaux ethniques musulmans se réclament des bons auteurs : Ibn Abou Zeid le Kairouani, Khalil, Ibn Acim, et du rite malékite. En réalité, ils appliquent la plupart du temps les dispositions du droit coutumier.
L'organisation judiciaire des Toucouleurs était empruntée
aux dispositions générales du droit musulman, avec certaines adaptations aux nécessités locales. Elle a été étudiée par l'administrateur de Loppinot, dans un mémoire paru au supplément du /. O. du Haut-Sénégal et Niger (Année 1909). Le Cercle de Nioro renferme une dizaine d'individus ayant fait le pèlerinage aux Lieux saints. Les plus intéressants ont été vus plus haut.