CHAPITRE XI SURVIVANCES DU PASSÉ
Il serait hors de propos de vouloir rechercher, minutieusement, chez ces peuples noirs islamisés du Sahel occidental les vestiges, souvent peu apparents, quelquefois patents, du passé coutumier et fétichiste. C'est là une étude spéciale et qui nécessiterait un gros volume. Il suffira, pour se rendre compte de la physionomie spirituelle de ces populations, de relater quelques-unes de leurs pratiques du passé, soit islamisées, soit restées, en dépit de l'Islam, nettement fétichistes.
Le sentiment de la solidarité de village était très vif dans certaines sociétés. Il se traduisait par une certaine indivision dans la propriété, soit immobilière, soit mobilière, et par une union offensive et défensive contre les dangers de Textérieur et contre les nécessités du moment. En se convertissant, ces villages, ont islamisé leurs traditions. C'est ainsi, par exemple, qu'avant comme depuis notre arrivée, les habitants de Kamouré Dembéré doivent verser la zakat en nature entre les mains des chefs de quartier. Une partie des animaux est vendue et sert à assurer collectivement le paiement de l'impôt. L'autre partie constitue le troupeau collectif du village, et l'on y puise pour les besoins imprévus et le service de la charité publique.
La zakat, elle-même, n'est que très irrégulièrement versée, au moins dans sa forme islamique, dans la plupart des groupements. Il n'y a guère que certains clans, Peul Toronké, et commerçants soninké de Nioro qui s'acquitteraient de ce devoir religieux, les premiers en donnant le quarantième de leur cheptel, les autres en faisant abandon aux pauvres d'une somme de 2,5o o^'o à partir de 200 francs sur les bénéfices de leurs transactions commerciales.
Ailleurs, l'amulette arabe s'est substituée comme le veut partout la coutume, aux gris-gris du fétichisme. C'est ainsi que dans plusieurs villages du Kingui, on trouve, au milieu de la concession du chef, une grosse pierre recouvrant un papier arabe. C'est le talisman du village. Quand le chef meurt, il faut porter ce talisman en grande pompe chez son successeur.
Ici comme ailleurs, la curiosité publique et le besoin de nouvelles sensationnelles se satisfont par la circulation des révélations du Prophète. Mais on n'oublie pas qu'ici on est en plein pays tidiani et qu'Al-Hadj Omar, pontife et régénérateur de la Voie, est toujours le grand homme. Ce n'est donc plus comme partout ailleurs Sidi Abd El-Qader El- Djilani, qui est l'interlocuteur favorisé du Prophète. C'est Ahmed, gardien du tombeau du Prophète lui-même, à Médine. Ahmed est au point de vue des diverses obédiences un neutre, et au surplus porte le nom du Tidiani. Ces facturas, destinés à revivifier la vie religieuse et à provoquer une recrudescence d'aumônes comprenent classiquement trois parties : a) description des châtiments qui attendent, dès ce monde, les musulmans tièdes ou non pratiquants; b) les causes qui ont provoqué ces châtiments; c) les remèdes qui pourront les prévenir : jeûnes, prières, aumônes, observance stricte des obligations légales, etc.
On trouve encore un singulier mélange d'Islam et d'animisme dans les interdictions légales. Par exemple le porc et la caille sont interdits ensemble et voici pourquoi : « Un