‹ Études sur l'Islam et les tribus du SoudanChapitre 12 sur 67 · II. — Les Songaï · texte numérisé non relu

II. — Les Songaï

Les Songaï sont répandus en majorité dans les autres provinces de la région, à savoir: le territoire de Goudam proprement dit, le Kissou, le Killi, le Fatakara et l'Ataram.

On les trouve, comme à Tombouctou, sous leurs trois éléments : Arma, qui sont les maîtres du pays et les familles dans lesquelles se recrutent généralement les chefs: Alfa, marabouts ; Sorko et Gabibi, qui constituent le fonds de la population.

Il y a de nombreux éléments étrangers à côté des Songaï. Souvent un village du même nom comporte plusieurs agglomérations, où se sont groupés les gens d'une même race. Ainsi Bankani dans le Goudam comporte quatre hameaux voisins : B. Songaï, B. Somono, B. Peul, B. Bella.

Il ne faut pas oublier en eff'et les Bella (ou Rimaïbé chez les Peul) qui ne constituent pas une race homogène, mais sont l'amalgame social de tous les apports des captifs de l'Est, du Sud et de l'Ouest. Avec le temps, ils se fondent entre eux, perdent le souvenir de leurs origines et se consi-

dèrent et se disent Bella ou Rimaïbé, classe sociale à la vérité, mais où beaucoup d'entre eux ne sont pas loin de voir une race.

Goundam. — Goundam, appelé par les Touareg Sassaouali, paraît être une fort vieille ville. Elle tirait son nom, d'après la légende, du mot Somono ou Sorko, qui signifie « parti de grand matin ». Il paraît que les fondateurs de Goundam, peu après leur installation sur la dune, qui domine le marigot du même nom, virent arriver des pêcheurs somono, qui prirent place à côté d'eux et frappèrent leur imagination par le fait qu'ils partaient à la pêche, à la pointe du jour.

Toute cette région, si l'on en croit les historiens arabes soudanais et la tradition, peu vivace, il est vrai, paraît avoir été très prospère sous la domination songaï.

Elle fut peuplée d'abord par un élément sorko, pêcheur, ensuite par un élément songaï. Ce furent les trois femmes : i« Fatouma Malinké, assistée de sa mère Fatouma Bouda^ qui était griotte ; 2*^ Kouda-idyé Garou-Garou ; 3^ Bongo- Diangokoïré, qui s'installèrent dans le fertile Télé, auprès des Sorko, attachés à leur pêche et indifférents à la culture et furent la souche de ces fractions Malinké ou Goudamké: Sourban ou Sourbanké, Nari ou Narinké, qui constituent le gros de la population locale songaï.

A ces deux éléments, il faut joindre les Arma, qui, lors de l'occupation marocaine, se répandirent dans le pays et le dominèrent.

Goundam avec ses trois villages: G. songaï, 4.o33 habitants ; G. peul, 712 habitants et G. refuge, 196 habitants, constitue, à l'heure actuelle, une grosse agglomération de 4.941 âmes.

Le personnage politique de Goundam est le chef de la ville, Hamma Alidji, et le personnage religieux, le cadi Baba Al-Bokari:

LA RÉGION DE TOMBOUCTOU Sq

Hamma-Alidji, krvm. de la famille Oudali, fils de Alidji Almodan, ancien chef de Goundam, et d'une femme cheurfig, est né vers 1861. Il est le cousin d'Ali Barakou, émir de Dongoï.

Il descend d'Alfa Mahaman, le deuxième émir marocain de Goundam. Le premier avait été Abdoulaye, dont le représentant actuel est Amadou Bokar Qassoum,et le troisième Ali Bilmoko, dont le représentant actuel est Boubakar Omar. C'est dans ces trois familles seulement que doivent être choisis les émirs de Goundam.

Avant 1894, simple chef de quartier, Hamma n'avait qu'une situation effacée et s'occupait surtout de cultures. A l'arrivée des Français il se pousse déjà quelque peu, et quand l'émir de Goundam, Abdoulaye Mhammar, meurt (24 août 1897), il est choisi comme administrateur provisoire. Il a été titularisé dans son emploi le 6 novembre 1897 et l'occupe toujours.

Sa réputation est excellente et il jouit de l'estime de tous ses gens. Riche et laborieux, il s'occupe beaucoup de cultures.

Il a toujours fait preuve de loyalisme envers la France. Au demeurant, c'est un bon gros arma, sans valeur intellectuelle, mais actif, énergique à l'occasion, et fidèle.

Ses sentiments religieux paraissent fort atténués et quoiqu'il se dise qadri pour la galerie, il est avéré qu'il ne fait que rarement salam.

Baba Al-Bokari^^lsào. Bokari Al-Imam,est né vers 1880 ; il est et se dit songaï, mais relève dans son ascendance du sang arabe, targui, et iguellad (Kel Antessar). Au surplus son arbre généalogique le rattache à Moad ibn Jabel, qui était un des compagnons du Prophète.

Voici cet arbre, manifestement défectueux, car il ne comprend que 17 générations pour 14 siècles : Mohammed Baba, fils d'Al Bokari, fils d'Al-Imam, fils de Mohammed,

fils d'Al-Hadji, fils de Relia, fils de Hammadi, fils d'Alfa Modi, fils de Mohammed, fils de Mori, fils de Marna, fils de Haougar, fils de Moussa, fils de Yahia, fils de Youssef, fils de Moawia, fils de Moad, l'Ansari.

Baba est un homme fort instruit dans les sciences islamiques et plus encore dans les coutumes et traditions locales. Outre l'arabe qu'il parle assez bien, il possède le foulfoulbé, le songaï et le bambara, et assez bien le tamacheq.

Il a été nommé cadi, président du tribunal de Goundam en novembre 1908, et exerce ces fonctions à la satisfaction de tous. En 1916, il a employé son influence, qui est considérable, au maintien de la tranquillité publique, quelque peu troublée par le voisinage des insurrections du Gouma.

Sa bibliothèque est abondante et relativement variée. Il avait jadis une école coranique assez florissante. Ses fonctions l'empêchant d'y consacrer les soins qu'il convient, il n'a gardé que quelques élèves âgés, à qui il distribue l'enseignement supérieur.

Il est l'almamy-chef de la grande mosquée de Goundam.

Il a eu pour professeurs lUigaï Oula, le grand marabout des Kel Haousa et son propre père Bokari Al-Imam qui fut le cadi, almamy et Cheikh spirituel des Songaï de Goundam pendant la deuxième partie du dix-neuvième siècle. Bokari Al-Imam vécut en fort bon termes avec les Français, qui le maintinrent dans ses fonctions de cadi jusqu'à sa mort (1908) et l'y remplacèrent d'abord par son fils aîné, Abdoulaye, et après celui-ci (1908) par Baba. Il était moqaddem des Qadrïa par consécration d^un marabout de renom des Kel Antessar, Mohammed Al-Mokhtar, mort vers 1892.

Baba est lui-même moqaddem des Qadrïa et se rattache par son Cheikh lUigaï Oula à Sidi-l-Mokhtar (f 1878) fils aîné d'Ahmed Bekkaï et à la Voie bekkaïa-kounta.

Il y a d'autres personnalités marabouiiques de valeur à

ce

CÛ

Goundam. a) Kalilou Mahamman, né vers 1870, professeur et savant réputé, assesseur au tribunal de subdivision ; il se rattache au qaderisme des Kounta par Sidi Ali le Kounti (f 1904), dont le fils Lamin est aujourd'hui un petit maître d'école, par Sidi Mohammed, frère aîné de Sidi Ali, par Al-Cadi Haïba, des Arma de Tombouctou, enfin par Cheikh Sidi-1-MokhtarGarbaHammadou, tous deux armasongaï, nés vers 1892, disciple qadris de Moddibo Sidiki, marabout poullo de Korientza. b) Mamoudou ben Limama, arma, né vers 1880, disciples d'Alfa Bakari précité; c) Ben Amor ould Sidi Ahmed ould Ber Reggad, d'origine kountia, disciple du Cheikh Sidi Mohammed précité, (i) Kola Kolado poullo-diallo, disciple de Salihou Bakari, poullo de Fouta Diallon (Pita) qui vint s'établir, il y a un demi-siècle, dans la région de Goundam, y fit souche et y mourut vers 1890. Tous ces marabouts et d'autres de moindre envergure, qu'il est inutile de citer, ont été affiliés à la Voie qadrïa et relèvent de l'écoie kounta.

Kissou. — Le Kissou est peuplé de Songaï soit Arma, établis au gros village de Dongoï et à Doékiré depuis plusieurs siècles, soit Gabibi, fixés à Niambourgou et Boyehondou, de Cheurfig, qui ont passé sur la rive gauche, depuis un siècle à peine, et fondé un Gallaga-Cheurfig à côté de Gallaga-Songaï ; enfin de quelques Peul du Tioki, établis à Soumalabé.

Ces différentes races vivent côte à côte en assez bons termes, mais ne manquent pas d'être en conflit, quand il s'agit des partages de terrains.

Le recensement du Kissou accuse 5. 5oo personnes, jo chevaux, 400 bovins, i3o ânes, 10.000 têtes de petit bétail.

La personnalité religieuse la plus importante est Ahmadou-Omar, de Dongoï, né vers 1860, élève des maîtres de Bitagongo et Tombouctou. A signaler encore, à Doékiré : Alidji Abokar, né vers 1870; à Niambourgou: Mamadou

Mahaman , né vers 1875 et Aldiouma Sanga, né vers 1860 ; à Samba-Loubé : Illiassa, né vers 1862; à Gallaga, Alidji Barakoï, né vers 1870.

Tous ces marabouts maîtres d'école, dont la clientèle varie de i5 à 25 élèves, relèvent du Qaderisme kounti.

Quant à l'autorité politique, elle est dans les mains de .la famille Arma des Barakou.

Ali Barakou, arma de la famille Oudali, fils de Mahamman Alamir, est né vers i852. Il se rattache par sa chaîne généalogique à Ali Barakou, Marocain qui prit part à l'occupation de Tombouctou, et y fit souche. A la suite de querelles familiales, Hamman, fils d'Ali Barakou, mais né au Maroc d'un mariage antérieur, dut abandonner Tombouctou, sous la pression de ses demi-frères noirs jaloux, et vint, le premier d'entre les Arma, s'établir à Dongoï.

Cette chaîne généalogique s'établit ainsi : Ali Barakou, père de Hamman, père de..., père d'Alamir, père de Mahamman, père d'Ali Barakou. *

Ali Barakou actuel n'a commencé sa vie politique qu'après le 28 mai 1894, jour où Dongoï fut pris et pillé par les Kel Antessar et où le chef Amar Abokan fut tué dans la mêlée. Il fut nommé à sa place émir de Dongoï et de la province.

Il jouit d'une bonne réputation et d'une certaine influence dans ses villages. Ses relations avec les Arma de la région sont excellentes et celles avec les Tenguérédief, ses anciens maîtres, sont correctes.

Killi. — Sauf quelques petits villages somono, édifiés le long du fleuve ou des marigots affluents, et l'agglomération d'origine métisse poullo-arabe chérif de Bouli et de Godio, fondées en 1881 seulement, le Killi est peuplé par des Songaï, soit Gabibi qui descendraient d'un captif (zendji) de l'askia Al-Hadj Mohammed, originaire du Ouagadou et qui s'enfuit des domaines de ce prince, soit surtout Arma.

Aussi la physionomie religieuse de cette province était-elle très pâle, personne n'étant plus éloigné des pratiques de piété que les Arma.

Le recensement du Killi accuse io.5oo personnes, io5 chevaux, 16.000 bovins, 485 ânes, 70.000 têtes de petit bétail.

Les villages les plus importants sont: Dire, Guédiou, Mori Koïra et Tendirma. Dire, qui fut jadis un très gros bourg, rivalisait par sa situation entre Tombouctou et Dienné avec ces deux villes. Détruite il y a un demi-siècle par les invasions toucouleures, elle ne se relève que fort lentement, malgré les efforts de son chef Ibrahim Abdallah. Les habitants se fixèrent en amont et en aval, sur les deux rives du fleuve, et c'est de cette époque que date la fondation des nombreux petits villages qui y sont essaimes : Oualedji, Gaïrama, Kobé, Dongo-Gourma, etc. Ce furent les habitants de la nouvelle Dire qui, en 1894, appelèrent les premiers les Français. On y trouve aujourd'hui une demi-douzaine de marabouts, maîtres d'école, dont le plus important de beaucoup est Sidi Ossaba, né vers i865, et qui doit à son instruction personnelle, mais surtout au prestige de son père Ossaba, grand marabout, la vénération dont on l'entoure, sa riche bibliothèque et ses cinquante élèves. A signaler encore Ahmadou Mahaman, né vers i863, et Ahmadou Oumar, né vers 1860.

Guédiou est remarquable par deux personnalités importantes: Assimam Alidji, né vers 1880, tous deux directeurs d'écoles florissantes.

Mori Koïra est, comme son nom l'indique, « la ville des marabouts », mais des marabouts sans importance. Un seul, Mamadou Bokar, mérite, de par son grand âge, une mention spéciale.

Tendirma, au confluent du canal du lac Fati et du Niger, est une vieille ville songaï, dont les chefs descendent d'un marabout de Gao, Mori Yara. Elle présente encore des ves-

tiges d'un passé brillant. Elle fut jadis la capitale de la province de Kourmina et son gouverneur ou Kourminafari, second personnage de l'empire, avait seul, tout comme un Grand d'Espagne, le droit de rester couvert devant l'askia. Tout à côté du village songaï s'est édifié, ces dernières années, un Tendirma peul. Le Tendirma songaï renferme avec Ibrahima Al-Hadji, dit Mamadou Al-Hadji, la personnalité la plus marquante-du canton. Né vers 1860 et fils d'un Cheikh de renom (f i885), il est l'élève'de Sadio Torokoï Telki (qui se confie en Dieu), pouUo de Tioki, qui comptait parmi les télamides tidianes d'Al-Hadj Omar. Ibrahima est le cadi et l'almamy de la mosquée de Tendirma. Son école est fréquentée par une trentaine d'élèves.

Tous les autres marabouts de Tendirma songaï ou peuls, tels que Alfa Çoubanté Kissou, Taïbou Moddibo, Oumarou Hamma, relèvent, comme tous ceux du Killi, de l'obédience religieuse des fils et neveux du Cheikh Sidi-l-Bekkaï.

L'autorité politique de la province est dans les mains de la famille d'Ibrahim Abdallah.

Ibrahim Abdallah, Arma de la famille Oudali, fils d'Abdallah Oumar, est né vers 1847. ^^ ^^ rattache par sa chaîne généalogique au Marocain Ben Ali, qui vint de Merrakech. Son fils le Kahia Ansetouoï dut prendre la fuite de Tombouctou, à la suite de conflits avec Bama Bilbadou. Cette haine, purement historique aujourd'hui, a néanmoins subsisté entre leurs descendants. Il vint s'établir à Dire, s'y maria et y eut des enfants dont Amar Al-Kahia. Celui-ci eut Alfa, qui eut Benda, qui eut Oumar, qui eut Ahmadou, qui eut Abdallah, père d'Ibrahim.

C'est au grand-père d'Ibrahim, Ahmadou, que revient la gloire d'avoir pris la direction de la résistance contre les Peul du Macina, qui avaient établi, au début du dixneuvième siècle, leur suprématie politique et en abusaient par les mesures les plus vexatoires. Leur zèle religieux allait jusqu'à défendre l'usage du tabac, et c'est en fumant osten-

siblement sa pipe qu'Ahmadou donna le signal de la révolte (vers i83o). Cette insurrection ne réussit pas d'ailleurs, malgré l'alliance des Arma de Tombouctou et des Tenguérédiefde Sarim. Ahmadou y perdit la vie, et Dire fut pillé.

Il vécut fort effacé, comme chef du village de Gaïrama, jusqu'en 1894. Peu après cette date, les exactions et l'attitude douteuse de son oncle, Biram Oumar, amenèrent sa destitution de chef de la province du Killi et du village de Dire. Ibrahima, que l'activité et le zèle déployés à la cons truction du poste de Oualedji avait mis en lumière, fut nommé à sa place (1895).

D'une intelligence moyenne et d'un esprit assez indépendant, Ibrahima jouit d'une excellente réputation dans toute la région. Il est très lié avec les Arma voisins: Goundam, Dongoï, etc., et nourrit en revanche vis-à-vis des Touareg, qui ont fait beaucoup de mal à ses gens, une haine vigoureuse.

Il n'appartient à aucun ordre religieux et ne pratique même que fort rarement le sal'am.

Fatakara, — Le Fatakara est une petite province sur la rive haoussa du Niger, peuplée des descendants fort nombreux de la famille Bodyi, auxquels sont venus s'adjoindre les Mélaniens de Goundam (Nari). Les uns et les autres s'adonnent aux cultures sur la rive occidentale du Télé.

Le commandement de la province est dans les mains de la branche aînée famille Bodyi.

La f ami lie Bodyi est d'origine sarakoUé. L'ancêtre, dit Moudoun Modi, originaire de Bakhounou, serait arrivé dans le pays au dix-neuvième siècle et, ayant épousé une femme songaï de Goundam, se fixa dans le pays. Ses enfants crûrent et formèrent un village, où l'influence locale s'est fait sentir par suite des mariages successifs avec les femmes du pays, et où tout le monde est maintenant songaï, branche Gabibi.

Bodyi, le père du chef actuel, fut le chef de Fatakara dans le deuxième tiers du dix-neuvième siècle. C'était un homme juste, bienfaisant, adonné aux cultures qu'il développa beaucoup. Ce fut lui qui le premier entreprit sur une grande échelle la culture du blé dans les Daouna. Il eut à tenir tête aux prétentions des Kel Antessar qui voulaient l'asservir, et ses démêlés avec eux sont restés célèbres. Finalement il semble bien qu'il dut payer tribut et se transformer peu à peu en régisseur des terres des Douana, comme Baba Mahziou l'était pour celles du Faguibine. Il eut d'innombrables femmes et une abondante postérité qui s'est développée. Huit d'entre eux sont encore en vie et constituent des notabilités de Fatakara : Mahamman, Galom, Bou Bakar, Housseïni, Oumarou, Alidji, Amadou et Issa, parmi lesquels s'est fixé le commandement de Fatakara.

Mahammany l'aîné, né vers i855, succéda à son père vers i885. En 1894, lors de l'arrivée des Français et de la révolte des Kel Antessar, il s'enfuit à Koia avec la plupart des gens de Fatakara. Son frère, Galom, qui était resté, fut nommé chef par nos soins quelque temps après (1894).

Mahamman vécut retiré et oublié à Goundam, où on l'avait mis en résidence obligatoire pour éviter des difficultés entre les deux frères. Il ne se priva pas d'ailleurs de faire une sourde opposition à son frère.

En fin 191 3, les exactions de Galom ayant dépassé toute mesure, les chefs de case demandèrent et obtinrent sa révocation, et Mahamman fut élu à sa place. Il n'est pas dépourvu de qualités et commande assez bien un village remuant et difficile.

Galom, deuxième fils deBodyi, né vers 1864, vivait effacé dans le sillage de son frère, quand les événements de 1894 le mirent en lumière. Il refusa d'accompagner Mahamman

dans sa fuite, et continua à cultiver ses lougans avec Taide de son frère Housseïni et d'une dizaine de captifs. Ils firent preuve de la plus belle énergie. Attaqués dans Fatakara par les Kel Antessar, ils résistèrent et purent faire reculer leurs agresseurs, non sans avoir eu plusieurs blessés.

Lors de la pacification, Mahamman, ayant tardé à rentrer, fut remplacé par Galom dans le commandement de Fatakara.

Galom consacra les plus louables efforts à réédifier son village en ruines et à reconstituer les cultures. Actif, intelligent, travailleur, très obéi, loyaliste, il n'aurait eu que des éloges à mériter si ses exactions n'avaient lassé ses notables qui signalèrent sa conduite en igi3. Il fut révoqué et remplacé par Mahamman.

Il a repris sa vie active de cultivateur et s'occupe d'améliorations agricoles.

Ataram. — L'Ataram désigne aujourd'hui spécialement la région d'inondation du Faguibine et les environs immédiats. Il y a quelques siècles, ce nom avait une acception beaucoup plus étendue : il englobait toute la rive haoussa du Niger, du lac Débo au lac Koura, et s'étendait en profondeur jusqu'au Hodh. On voit en effet dans Saadi que l'askia Daoud, souverain de Gao, se mit en route en lôyo, accompagné de chefs touareg, pour venir guerroyer dans l'Ataram contre les Arabes hassanes qui envahissaient le Hodh et menaçaient les frontières de son empire.

L'Ataram actuel ne comprend plus que les quelques gros villages songaï ou songaïsés, qui s'étendent le long des rives méridionales du lac Faguibine et occidentale du lac Télé : Toukabongo, Bitagongo, Mbouna, Alfao, au total 8.000 âmes environ, avec un cheptel de 25o chevaux,, 1.400 bovins, 35o ânes, et 2.5oo têtes de petit bétail.

iMbouna avec ses 2.3oo habitants est la plus importante de ces agglomérations; elle aurait été peuplée, d'après le

Fettach, avec les captifs que Taskia Al-Hadj Mohammed fit dans le Mossi (fin du quinzième siècle). Il en avait fait un des.villages de culture du domaine; par la suite, son successeur, l'askia Daoud, en fit don à des chorfa. On y trouve aujourd'hui une demi-douzaine de marabouts, dont le plus important est Abdoulaye Mamadou, né vers i85o, qui éduque, dans son école de trente élèves, la moitié de la clientèle intellectuelle de Mbouna. D'autres, pour être moins prisés comme professeurs, jouissent cependant de l'estime générale. Ce sont notamment: Abou Bakar iMamadou, né vers 1870, et Ousmaïla Hassane, né vers i865.

Mbouna est actuellement sous l'autorité de Baba Mahziou.

Baba Mahziou (déformation deMahdiou) fils de Mahziou Kola, est né vers 1860. C'est le descendant d'un dioula sarakollé dit Dia, ou Zia Foundé, qui vint s'établir dans la région de Ras el-Ma, il y a un siècle et demi environ, et y fonda un village. Au temps de son fils, Hassèye, sur le début du dix-neuvième siècle, les Peul du Tioki et lés Nari de Goundam vinrent coloniser Mbouna et les environs; puis arrivèrent les Songaï. Cette famille, au contact des autres habitants, s'est maintenant complètement songaïsée.

Le commandement de Mbouna et de son annexe, le petit hameau de captifs de Mindiaka, semble s'être fixé dans cette famille, qui depuis trois générations l'exerce.

Baba n'a pris part à aucun événement important, avant comme depuis notre arrivée. Il a succédé à son père, Mahziou, comme chef de Mbouna en 1894, et en exerça la principale charge, qui consistait à gérer la zone d'inondation du Faguibine au nom des suzerains, les Tenguérédief. Il procédait au partage annuel des terrains, tranchait les contestations, percevait les taxes et tributs. C'était l'intendant et l'homme de confiance de Cheboun.

Les Français, successeurs politiques des Touareg, lui continuèrent quelque temps cette confiance, jusqu'au jour où ses abus de pouvoirs et ses fraudes lui firent perdre cette

place. Il n'en est pas moins resté le personnage le plus en vue de l'Ataram, celui qui connaît le mieux les questions foncières, et aux lumières duquel l'administration fait appel pour les partages annuels. Il continue à jouir d'une influence considérable. C'est d'ailleurs un homme intelligent, actif, riche, très versé dans les cultures, et grand cultivateur lui-même.

Bitagongo se place sur le même rang que Mbouna: il a 2.265 habitants et plusieurs marabouts maîtres d'école réputés, tels le vieux Nouhou Taher, né vers i835, et Mamadou Daounakoné, né vers 1868.

Le commandement est actuellement exercé par Mama- •dou Al-Fousseïni ou plutôt, à cause de son grand âge, par son neveu.

Mamadou Al-Fousseïni^ né vers 1860, de race songaïgabibi, est l'héritier direct de la famille des chefs de Bitagongo. A la mort de son oncle, Hammadoun Bakil, il aurait dû prendre sa succession; mais les intrigues du griot étranger, Sidi Mahammane Chékou, réussirent à l'évincer.

Il se tint fort tranquille et à l'écart de toute ingérence politique pendant la durée du commandement de Sidi Mahammane: 1902-1913.

Sidi Mahammane, fondé de pouvoirs de Mamadou, nous avait rendu quelques services; mais outre sa qualité de griot, il avait une âme dénuée de tout scrupule. Il commença par supplanter son chef. Dès lors, Ras el-Ma, dont dépendait alors Bitagongo, dut fréquemment employer la force pour maintenir Sidi au pouvoir ; peines de prison et amendes, infligées à ses adversaires ; envoi de tirailleurs pour tenir garnison dans le village et mettre les protestataires à la raison, etc. Ces mesures étouffaient l'agitation sans la calmer.

En 1912, lors de la modification des limites administratives, les plaintes affluèrent nombreuses et violentes à II. 4

Goundam.Sidi prenait les champs de ses administrés et les louait pour son propre compte. Au lieu de distribuer les « terres de famille » aux membres de ces familles, il les répartissait entre les nomades et les étrangers, ses amis. Bref, il fallutouvrir une enquête qui donna d'abord gain de cause à Sidi (août 1912). Mais les plaintes et les désordres continuèrent avec les exactions de Sidi, qui se crut, dès lors, tout permis. Une 'nouvelle et plus minutieuse enquête démontra ses abus et lui valut six mois de prison et sa révocation (igiS). Sidi est mort en igiS.

Mamadou Al-Fousseïni, vieux et infirme, fut d'abord élu par les conseils des notables de Biatagongo, puis doublé aussitôt par son neveu et héritier direct, qui assume aujourd'hui tout le pouvoir.

Village riche et turbulent, Bitagongo est au centre de la zone d'inondation et de culture du Faguibine. Les habitants ont tous des terrains soit à titre personnel, soit à titre familial, soit à titre collectif, et les partages annuels, entre les gens même de Bitagongo, amènent chaque fois une certaine agitation. Aujourd'hui heureusement et par la stabilité du commandement, cette agitation est toute locale et reste purement agraire.

Mamadou Al-Fousseïni, assez intelligent, fort peu énergique, mais doué de beaucoup de bonne volonté, se tire tant bien que mal des nombreuses difficultés inhérentes à cette situation. Il n'est pas sans être accusé quelquefois d'actes d'arbitraire, mais la chose est de rigueur.

Il n'est affilié à aucun ordre islamique, et passe pour être fort tiède.

Toukabongo, sur le Faguibine, paisible village agricole de 700 habitants a deux marabouts de renom : Faqih Mahammar, né vers i865, et Bou Bakar Al-Madan, tous deux maîtres d'école. Le chef de village est Mohammadou Abd Er-Rahman Alighi, jeune chef un peu effacé.

LA RÉGION DE fOMBOUCTOU '' 5l

Alfao, le dernier centre de quelque importance, se trouve sur la rive gauche du Télé. Il a 260 habitants. Aucun des petits alfa du crû ne mérite de mention spéciale.

Tous ces villages songaï se trouvent sous la dépendance religieuse des marabouts Kel Antessar ou Kounta.

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