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VII. — L'iNFLUEÎNCE SOCIALE DE l'IsLAM

L'influence de l'Islam est non moins profonde dans la vie sociale des indigènes de Tombouctou. Les divers phénomènes de la vie de l'individu ou de la collectivité en sont intensément imprégnés.

La naissance et V imposition du nom le septième jour qui la suit ne donnent lieu qu'aux festins et réjouissances traditionnels. Le père fait un cadeau à sa belle-mère: deux moutons si c'est un garçon; un seul, si c'est une fîUe. 11 munit le poupon de ses premiers gris-gris. Le nom est donné par le marabout du cru, suivant certaines coutumes, tantôt islamiques, tantôt traditionnelles. Le marabout reçoit un boubou pour son salaire. La jeune mère reçoit des cadeaux divers de ses amies et de sa mère.

L'enfant né dans le mois de Dedow, d'Almoudou, d'Almadan, de Redieb, de Tyibsi, reçoit ces noms-là, tous de provenance arabe, ou encore une combinaison de deux noms : Fatalmadan pour Fatimaalmadon.

L'enfant né un jour de fête reçoit le nom de Dyinguéré ou Dyira.

Quelquefois on donne simplement à l'enfant le nom du jour de la semaine ou il est né : Alhaddri, Atinni, Atalata, etc., ou du mois : Dedow.

Si le père meurt entre la naissance et l'imposition du nom de l'enfant, on appelle celui-ci Alkalifa, « le successeur, le remplaçant ».

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Les noms ordinaires arabes apparaissent souvent déformés ou même complètement transformés. C'est ainsi que Bou Bakar Baba devient Garba ; Abdullahi devient Badu ; Fatimata devient Bad} i.

En dehors de ces noms islamiques, on peut encore citer parmi les plus communs: Baba Ahmed, Bakari, Al-Imam, Mokhtar, Latifou, Mohammed et tous ses dérivés; la série des Abdou pour les hommes ; Annura (lumière), Fatimata, Aïssatou, Khadidyatou, etc., pour les femmes.

La coutume a maintenu aussi son empire. Tel enfant s'appellera Tyégumo, qui est entré avec le bonheur dans la maison ; Tyenuma, captive donnée à une femme par son mari : Babakan, captive donnée par le père à un de ses enfants ; Nakan, captivé donnée par la mère à un de ses enfants; Bankano, enfant dont la naissance est accompagnée d'un événement heureux ; Pania, « voué à la mosquée », à cause de sa santé débile.

Suivant la coutume chère à tous les peuples noirs et maures, quand une femme perd successivement tous ses enfants, elle choisit le nom du troisième ou du quatrième en dehors des noms traditionnels : ce sera Denda, Dendera, Kanguey, etc., qui par leur sens péjoratif (tas d'ordures, piquet pour attacher une bête de somme) peuvent détourner l'attention des mauvais esprits.

Le circoncision (hirow bangu) est universellement pratiquée. C'est vers l'âge de dix à douze ans, rarement jusqu'à quinze ans que l'enfant subit cette opération, dont le but avoué est de le faire entrer dans la classe des adolescents, lui permettre les premières relations charnelles. Peu après sa circoncision, un enfant est considéré comme majeur et pubère.

L'opérateur est généralement un coiffeur. Peu fanatiques, les gens admettent fort l'intervention du médecin européen. Le docteur Richer, de l'ambulance de Tombouctou, ayant

eu à soigner une circoncision manquée par l'opérateur indigène et l'ayant menée à bien, reçut diverses demandes de la part des familles. Il s'y prêta de bonne grâce et dut s'arrêter, quand la clientèle de ses visiteurs accoutumés commença à être submergée sous le flot des jeunes garçons qu'on amenait à son bistouri de circonciseur. On appréciait fort la sûreté de l'opération, et plus encore peut-être la guérison fort rapide.

La circoncision s'accompagne de chants, de processions, et de festins. Les enfants vivent enfermés dans une case commune pendant toute la durée de leur guérison, évaluée par la coutume à quatorze jours. Ils vivent aux frais communs des habitants du village qui tiennent à honneur de leur porter, chacun à son tour, les calebasses de nourriture. Pendant leur réclusion, ils élisent un /a/en^a ou sultan ou falenga-wenda ou sultane. Celle-ci n'est autre évidemment qu'un des enfants. C'est par le falenga et son épouse que commencent les opérations et ils doivent donner Texemple du courage et de la force d'âme. Ce sont d'ailleurs des fils de notables, d'alfa, ou de riches commerçants. Cette élection a un autre but intéressé : à la fin de la claustration, les jeunes circoncis seront reçus par les parents du sultan, et passeront une journée de liesse chez eux.

La plaie est soignée par des pansements de poudre de charbon, d'écorce d'acacia (^anz) et de kola, et par des bains de sable brûlant. Au bout d'une semaine, on commence les bains d'eau courante et, à défaut de marigot, on verse des calebasses d'eau sur le membre* soigné. C'est de ces ablutions que provient le mot actuel de circoncis [hirow bangu) dont le sens exact est : « rentrer dans la mare». Jadis, en effet, la circoncision était pratiquée auprès d'une mare, afin que, lorsque l'heure du lavage serait venue, les enfants pussent y procéder facilement. Les mares ont disparu en plusieurs points, et notamment à Tombouctou, par suite de l'assèchement général de la

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région, mais le nom est resté. On dit toujours qu'un enfant « est entré dans la mare » pour annoncer sa circoncision, et la case de réclusion rappelle toujours èangu, « la mare». Les premières ablutions portent le nom de harifoutoUy « eau sale » parce qu'elles enlèvent le pus et les autres impuretés; les ablutions du quatorzième jour, qui précèdent les réjouissances, sont le bita gamo ou « eau propre ». C'est une lustration rituelle simplement.

Un certain nombre de cérémonies rituelles et magiques accompagnent la circoncision songaï : la visite d'une délégation d'alfa de la ville, qui viennent conjurer le mauvais sort; l'absorption par les enfants, pendant les trois premiers jours, d'une bouillie très légère de farine de mil ou de blé (bita) ; le chant de poèmes traditionnels, en frap= pant en cadence le sol avec un bâton spécial [dyabu) ; enfin le heurt bruyant dans une petite calebasse d'un certain nombre de cauris.

La période de claustration achevée, les enfants sortent propres, vêtus de boubous blancs, coiffés d'une chéchia ou d'un bonnet rouge, parés de leurs amulettes viriles et d'un petit triangle d'argent {loua) sur la poitrine. Ils vont rendre visite à leurs parents et amis, et le village leur appartient, suivant la coutume noire: ils ont le droit de dérober tout ce qui traîne.

La circoncision établit un lien entre les enfants qui y ont pris part. On doit se porter secours entre camarades de promotion.

L'épithète d'incirconcis [dyofolo idyé « fils du prépuce », ou dyofoio koï, « possesseur de prépuce ») est toujours une injure et doit être relevée.

On ne fait aucun usage spécial du prépuce, pas plus chez les Peul que chez les Songaï ; on le jette simplement.

Uexcision est générale, quoiqu'elle tende à disparaître à Tombouctou même, et dans les villages immédiatement

Sur le Niger Fillette songaï.

(Collection générale Fortier, Dakar.)

environnants : Kabara, Day, etc. En eftel, il y a un demisiècle environ, une série d'opérations malheureuses entraînèrent la mort de plusieurs fillettes; et les gens apeurés, sur le conseil des cadis, en suspendirent l'application. La plupart des familles ne l'ont pas repiise, les autres évitent de faire faire l'opération sur place et préfèrent envoyer les enfants dans le Sud-Ouest : Kissou, Killi, Farimaké, Guimballa, où, paraît-il, aucun accident n'est à craindre. Il faudrait en somme très peu de chose de la part de l'autorité administrative pour faire disparaître cette coutume barbare de la ville de Tombouctou et, par rayonnement et avec le temps, de toutes les populations songaï de la région.

C'est vers l'âge de sept ans que les fillettes sont excisées. Si l'opération n'est pas faite avant la dixième année, elle n'est plus tentée. Une matrone quelconque pratique l'opération à l'aide d'un petit couteau et d'une aiguille.

L'excision a pour but de déclarer officiellement la puberté de l'enfant. Après sa guérison, elle est considérée comme une jeune fille, et, un an ou deux après, demandée en mariage.

L'éducation des enfants est commune et incombe surtout à la mère. Garçons et filles vont de bonne heure à l'école coranique pour y apprendre les rudiments du Coran et de la prière. A huit ou neuf ans, ils se mettent au travail. La fille ne retourne plus à l'école et se livre, sous la surveillance de sa mère ou de sa tante, aux travaux du ménage. Legarçon continue souvent à aller à l'école, tout en faisant son apprentissage chez le tailleur, le boucher ou dans le magasin d'un ami de son père. Il est d'usage en effet que l'enfant ne fasse pas l'apprentissage dans l'atelier de son père.

Le mariage se produit de très bonne heure : dix à douze ans pour les jeunes filles, dix-huit à vingt ans pour les jeunes gens. Il n'est pas précédé de fiançailles. Le pré-

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tendant doit se concilier, comme partout, sa belle-mère, et tue en son honneur et suivant ses moyens, un bœuf ou un mouton, afin de lui permettre de faire des cadeaux autour d'elle. Il lui envoie aussi un sac de mil.

Le jour du mariage ou de la grande fête, il fait cadeau à sa belle-mère de cinq paires de babouches ou de sandales. Le jour de la petite fête, même cadeau, auquel devra être joint un certain nombre de moutons, allant, suivant sa fortune, de un à dix.

La jeune épousée est conduite par ses amies et les amis de son mari à la demeure conjugale. Chez les Arma, la jeune épouse doit être conduite à cheval. Mais cette cérémonie est précédée, comme en beaucoup de pays noirs, d'un rite qui rappelle l'antique rapt de la femme. Les amis du jeune homme essaient d'enlever de vive force la maison de la mariée, au milieu d'une pétarade réciproque de coups de fusil et du bruit des tambours de guerre. La maison est censée conquise, quand l'un d'entre eux a réussi à y pénétrer ou tout au moins à y faire pénétrer quelque objet appartenant au mari.

Pendant ces jours de festin, dont la viande est fournie parle prétendant, la belle-mere ne l'oublie pas et lui envoie, tous les jours, un plat de couscous.

Pendant les sept jours qui suivent la consommation du mariage, le nouveau marié reçoit le nom de « sultan » ; et ses amis, ainsi que les amies de sa femme, viennent leur tenir compagnie et apportent leur nourriture pour manger avec eux. Après quoi, les gens rentrent chez eux et les choses dans Tordre: le sultanat est fini, et le mari songaï, comme les autres, arabes ou non, devra plus d'une fois filer doux devant sa femme.

L'autorité maritale est, en effet, assez peu respectée, et l'autorité paternelle ne Test guère plus. Quant à la fidélité conjugale, elle est un mythe, de l'aveu des intéressés et intéressées. Dans les familles pauvres, la nécessité ou toute

autre cause contraint filles ou femmes à se livrer à la prostitution, et les femmes de tirailleurs ont souvent en elles de dangereuses concurrentes. Dans les classes aisées, encore que les femmes n'aient qu'une demi-liberté, sortant le matin de bonne heure ou le soir tard, pour aller rendre visite à leurs parents ou amies, elles savent pourtant en user pour entretenir des 'flirts coupables.

Chaque femme a son appartement, particulier — chambre dans les villes, case dans les villages ou dans les faubourgs urbains, — et le mari a le sien. Chacun a ses clefs et est maître chez soi. Le tour de partage des femmes est tout théorique; il ne faut pas toutefois qu'une femme soit trop négligée et surtout le paraisse. Elle ne le supporterait pas, et demanderait le divorce.

La femme du peuple est généralement très libre. Dans les villages, elle est avec son mari aux lougans et ne se voile nullement ; à la ville, elle passe ses journées au marché ou dans les rues à vendre et troquer les menus, produits indigènes. Dans les classes aisées et instruites, au contraire, on se rapproche beaucoup plus de la coutume arabe et les femmes vivent à partir de douze ans dans une demi-claustration.

Les funérailles se font dans les premières heures qui suivent la mort. Toutes les cérémonies sont ici proprement islamiques et ne méritent pas de description spéciale. A noter cependant la pratique du dyongolo pendant les rites du lavage du corps et de la mise en linceul. On heurte sans arrêt un mortier et son pilon, et il est dit que c'est afin que l'esprit du défunt n'entende pas les conversations des opérateurs, qui ne sont peut-être pas toujours convenables.

A la différence de ce qui se passe chez les autres peuplades, ici la tombe est marquée par un pieu de bois, béréy qui souvent prend pied et porte ombrage.

Les tombes aiment à se grouper autour du tombeau d'un

marabout, pour lequel le défunt avait une dévotion particulière. Dans toute cette question, comme dans la plupart des circonstances de la vie sociale de Tombouctou, on saisit sur le vif l'influence des coutumes marocaines, sud-algériennes ou même tripolitaines.

Les cimetières songaï (Tombouctou, Gao, Dienné, etc.) sont assez mal tenus. Les tombes s'alignent irrégulièrement et s'enchevêtrent: quelquefois des pierres, plus souvent des gargouilles marquent la tête et les pieds. Il y a fort peu d'inscriptions à Gao, et encore moins ailleurs. Elles consistent en de petits versets coraniques, écrits à l'encre à Tintérieurde canaris d'argile. Il n'y a ni noms, ni date, et elles ne présentent aucun intérêt. Les offrandes que les fidèles déposent sont partagées par moitié entre leurs familles et les pauvres.

La base de V alimentation est le couscous de riz et de mil, graines cultivées dans la région et surtout importées du Sud lors des hautes eaux. Mais le blé {alkama, de l'arabe al-qamh) a fait son apparition avec les Marocains, qui l'on grandement développé et ont introduit dans le pays l'usage du couscous arabe, des vermicelles {hâta) et des galettes.

La viande de bœuf et de mouton est fort bon marché, par suite de la présence de nombreux troupeaux des nomades ; elle est consommée à la mode indigène ou suivant la coutume marocaine, en brochettes, en lanière (se/a), en boulettes (kifta), en andouillettes (djinana), en rôti {méchoui), têtes et pieds de moutons, etc. Elle ne peut être mangée qui si la bête a été égorgée suivant les rites islamiques. Il en va de même pour le gibier. Pour celui-ci toutefois, la basse classe n'y regarde pas de si près, et quand un cultivateur trouve à son piège un lièvre, une pintade ou une gazelle déjà morts, il se contente de les saigner pour le principe, et en mange sans autres scrupules la chair.

Le poisson, qui dégoûte si fort les nomades voisins arabes, iguellad et touareg, est très apprécié par les populations riveraines du Niger et des lacs.

A côté des pâtisseries indigènes, on trouve tous les gâteaux de farine, de feuilleté, de riz, de miel, de beurre de l'Afrique du Nord, évidente importation.

Le café et surtout le thé se sont beaucoup répandus avec les Marocains. Il est d'usage maintenant, chez les gens aisés de Tombouctou, Goundam, Atta, etc., et même chez les nomades voisins, de prendre le thé plusieurs fois par jour.

La boisson ordinaire est l'eau ; mais on ne se gène pas pour boire du dolo de mil, de miel ou de tiges de gourgou [koundou-hari) avant comme après la fermentation.

Des marabouts rigoristes ont quelquefois proscrit Tusage du tabac ; il s'est maintenu à Tombouctou et la pipe fleurit toujours sur les lèvres, non seulement des hommes, mais encore des femmes et des enfants. C'est la pipe classique en terre avec un tuyau de bois, ou le tibia de mouton évidé et orné de filigranes d'argent ou de cuivre. Le tabac se porte dans Valbeiti (le bit arabe) petite blague à pochette, d'importation marocaine, mais reproduite ici maintenant.

Le vêtement des gens de Tomboucton est une transition entre le boubou classique du noir et les habits plus relevés des Arabes du Nord. Les chemises arabes et surtout marocaines {messaouia, farandja). Les burnous, (burnous, selhama), de toile, de soie, de laine, colorés ou non, etc.. sont connus non seulement chez les citadins, mais même dans les villages.

Les chaussures sont universellement les babouches jaunes [albalga) pour les hommes, rouges [silbi] pour les femmes ; les bottes [tammahou). Tous ces mots, on les voit, sont d'origine arabe.

La chéchia en revanche n'a pas pris, et l'on s'en tient

toujours au bonnet de cotonnade blanche classique, en forme soit de casque à mèche, soit de bonnet grec.

Les femmes vont la tête nue dans les classes pauvres. Chez les riches, elles sortent voilées de noir à la façon marocaine.

La toilette est aussi un composé de coutumes locales et d'importations marocaines. Les enfants se rasent partiellement la tête et portent des touffes, des mèches, des coupes, des lignes de cheveux suivant leur âge et leur caste (le ^aszpour les enfants des alfa et des chorfa, ledyokolipour les fils de marabouts ordinaires).

Les femmes s'en tiennent aussi à la coiffure traditionnelle des Songaï : les fillettes portent le sendy a /pelixe tresse en fibres de palmier, sur la nuque; les jeunes filles, le dyinedyine, même tresse en avant et dans le prolongement de la sendya; les jeunes filles âgées et les femmes, le dyenne dyenne, touffes de cheveux en ligne droite du front à la nuque, plaquées à droite et à gauche d'une autre grosse touffe.

Les hommes portent la tête complètement rasée, et les moustaches et la barbe, tantôt longues, tantôt coupées à la façon arabe.

Lesbijouxsont multiples. A côté des verroteries, plaques de métal et bandes d'étoffe de toute nature que la tradition songaï a maintenues, les femmes ont emprunté avec plaisir les bijoux marocains, que leurs maîtres importaient et que les forgerons locaux reproduisaient.

Les pratiques magiques fleurissent à côté des croyances et rites religieux. L'Islam n'a pas eu d'autre influence sur ce point que de joindre les siennes à celles de la coutume.

Les amulettes {tira, hibiabou et hidiaban, de l'arabe tira et hidjâb) sont d'un usage courant.

Les indigènes sont persuadés qu'à toute misère physique

OU morale, qu'à toute calamité, correspond un gri-gri utile, comme en Europe on croit qu'à toute maladie corporelle correspond un traitement médical, connu ou inconnu, mais efficace. Les médecins appliquent ce qu'ils savent et cherchent le reste. Les marabouts et sorciers en font autant ou à peu près. Mais chez les blancs comme chez les noirs, l'homme de l'art et de la magie doit tout savoir, et malgré les déboires, malgré la preuve constante, ici comme là, de l'inefficacité de maints traitements, c'est toujours à eux que, faute de mieux, on recourra.

Hommes, femmes et enfants portent donc des amulettes dans les cheveux, au cou, sur la poitrine, sur le ventre, aux parties sexuelles, aux membres. On en met pour toutes les circonstances de la vie ; on en ajoute pour tous ses désirs et ses vœux. Certains en ont une véritable cargaison; il est vrai qu'on s'en débarrasse non moins facilement, quand on en estime l'utilité périmée ou inférieure à tel autre talisman. Elles consistent en signes cabalistiques, versets du Coran, prières et prescriptions diverses, qu'on enserre dans un sachet de cuir ou dans une petite boîte de métal, et dont on ne se sépare pas, en oubliant toutefois leprincipal : réciter la prière ou exécuter la prescription. Mais la plupart du temps, l'auteur comme le bénéficiaire de l'amulette ne sont nullement au courant du sens des signes ou caractères tracés, et comptent sur la seule vertu de l'écriture pour lui faire produire les pleins efïets.

Certains talismans sont spécialisés : le baka est un petit bracelet de cuir, quelquefois une petite ceinture, dont le grimoire y inclus doit écarter un mal éventuel et défini^, le bakawal, petite ceinture qu'on porte à même le ventre, est un talisman destiné à protéger contre les maux, pouvant atteindre cet organe : ce sont donc surtout les femmes qui s'en munissent pour faciliter une conception, pour avorter, pour éloigner les mauvais génies qui tracassent la femme enceinte, etc. On l'emploie aussi plus sim-

plement pour guérir une ordinaire affection intestinale.

Le sidyé est un boubou de teinte jaunâtre, garni d'amulettes diverses et qui, endossé pour la guerre, représente une armure impénétrable.

Le ntumoye est le placenta de chatte que la femme enceinteporte précieusement, parce qu'il facilitera ses couches.

Le tadara est un fard à base de henné et d'autres substances tinctoriales, que la femme doit plaquer sur son visage quand elle va rendre visite à une nouvelle accouchée, et qui doit la préserver des mauvais génies, qui errent autour de l'enfant encore sans nom et de la mère non encore rétablie.

Les cordons tressés de couleurs variées qui servent à accrocher la tira sont dits alkeïtan de l'arabe al-khitan.

Le charme est pratiqué, et certains marabouts ont une réputation d'exorciseur et d'envoûteur remarquable. Cette pratique a toujours été florissante dans le Sahara. Le Fettach rapporte qu'à la suite d'un différend immobilier, le chef de Kabara, Alou, jeta à terre un des ouléma de la ville. Un des télamides du Cheikh, outré d'un tel procédé, « prit une feuille de papier, sur laquelle il écrivit quelque chose et traça certains caractères ; il plia ensuite cette feuille et la cousit dans un morceau d'étoffe noire qu'il attacha au cou d'un bouc; après cela, il prit une lance et l'enfonça sous l'aisselle du bouc, qui tomba mort. Lorsqu'arriva le jour anniversaire de celui au cours duquel il avait frappé le bouc de sa lance, Dieu suscita contre le Kabara farma précité, le balama Sâdiq qui le transperça sous l'aisselle de la même façon. »

Le Tarikh es-Soudan raconte aussi un cas d'envoûtement pratiqué par un marabout à la requête du candidat, l'askia Daoud, qui voulait se débarrasser d'un rival. Le savant donna l'ordre qu'on lui apportât un baquet rempli d'eau. Quand on lui eut donné ce baquet, il prononça des formules magiques, et cria à haute voix : « Bokar ! » Celui-ci

ayant répondu à cet appel, le savant lui dit : « Viens avec moi. » Aussitôt par la toute-puissance divine, sortit de l'eau un être dont l'aspect et le signalement répondaient à ceux de Bokar. Le savant mit des fers aux pieds de cet être, le perça d'une lance, et s'écria : « Va-t'en »! L'individu disparut alors dans l'eau.

Ces pratiques d'envoûtement sont encore communes dans toute la région, tant chez les Koïraboro que chez les nomades, et tout dernièrement Mohammed Ahmed des Kel es-Souq s'y livrait contre les Français.

Une curieuse coutume, dont on ne discerne pas l'origine, a été introduite à Tombouctou par les Marocains et a subsisté jusqu'à la prise de la villepar Chékou Hamadou (1827). Le jour de l'anniversaire de la prise de la ville par le pacha Djouder, les Arma se réunissaient dans une place de la banlieue et une de leurs distractions consistait à faire courir entre deux haies de cavaliers armés de sabres les esclaves chargés d'une statue de cire de grandeur naturelle. Les cavaliers allongeaient de vigoureux plats de sabre et même quelque peu de taille à l'esclave qui tilait à toute vitesse se garant comme il pouvait à l'aide de sa statue. Celui qui pouvait arriver, sans chuter, au "terme de la course était libéré et pouvait être incorporé dans les troupes du pacha.

Les miracles sont courants et émanent aussi bien des marabouts que des sorciers. Les uns et les autres se font d'ailleurs des emprunts réciproques et utilisent aussi bien les amulettes et charmes écrits que les talismans de cornes, dégriffés, ongles, de dents, de poudre, d'écorces, etc., de la coutume et de la sorcellerie.

En 1903, un marabout d'origine inconnue, mais qui paraît avoir été un poullo du Nampala, s'en fut de Goundam à Gao par deux routes à la fois : par le fleuve où on le vit par tous les villages riverains, et par le Gourma en suivant des chemins mystérieux. Il obtenait par son mutisme obstiné

et ses airs de folie extatique le plu.s grand succès, qui dégénéra bien vite en une véritable adoration. A Douékiré, les habitants, lui ayant refusé une pirogue, furent fort surpris de le voir, un instant après, en prière dans une embarcation au milieu du fleuve. L'apparition se voila peu à peu, et les gens de Douékiré restèrent longtemps dans l'inquiétude. Mais aucune calamité ne vint punir leur manque de charité.

A Tombouctou, d'après ses dires, il fut miis dans une case avec du feu, mais le feu se changea en eau. On l'aurait mis alors dans une caisse clouée, mais on le retrouva, le lendemain, hors de la caisse et priant. On fit feu sur lui, mais les balles se volatilisèrent. Ne sachant qu'en faire, les chrétiens le laissèrent partir.

A Maniadoué, un marabout Kel es-Souq s'étant permis de lui dire qu'il n'était pas un saint homme, tomba mort à ses pieds.

Cette brillante carrière devait se terminer à Gao. Il y arrivait le 2 juillet, et par ses manières extatiques attirait la population, qui lui apporta des coussins, le fit asseoir sous un grand arbre et se prosterna à ses genoux. Les agents indigènes locaux voulurent le faire parler, mais il ne consentit pas à leur répondre, disant qu'il ne parlait pas aux fétichistes et aux infidèles; il frappa même d'un coup de bâton le commissaire de police indigène. On eut toutes les peines du monde à le transporter au poste, car personne ne voulait toucher au « Prophète de Dieu », et lui-même refusait de bouger. Au poste, il aff'ecta de détourner la tête, ne voulant pas souiller ses yeux par la vue d'un chrétien.

Il avait déjà si bien ancré son influence dans l'esprit des gens que le Cheikh de Gao lui-même, Aliou Bara, osa se compromettre ouvertement, en recommandant à ses gens de ne pas témoigner contre le saint de Dieu.

Cet exemple un peu long suffit à démontrer la voie de charlatanisme où s'engagent souvent les marabouts de la boucle.

Les procédés de divinations et consultations sont empruntés aux livres classiques qui traitent de cette science dans l'Afrique du Nord et en Orient. Il n'y a donc pas lieu de s'y appesantir. Ils sont aujourd'hui d'un usage courant, et ils paraissent l'avoir été ainsi dans le passé ; car, en 1 787, nous dit le Ted^kiret, au moment de la formation d'une colonne expéditionnaire, le pacha Ahmed ould Seniber, ayant fait faire la tournée processionnelle et coutumière des tentes autour de la ville, non le matin, mais le soir, les soldats furent troublés de cette innovation et voulurent savoir si elle ne présageait pas une issue fâcheuse à leur expédition.

« Ils se mirent à chercher par des opérations cabalistiques, lectures, jets, divinations, quel serait leur sort, et Ton assure qu'ils découvrirent des indices annonçant qu'ils y périraient tous. »

C'est en effet ce qui arriva, pour l'honneur de la science cryptographique de Tombouctou.

Les sorciers [tyerkow) sont très redoutés, et ce nom est une injure, qui est souvent suivie de mort dans l'année. Ici, comme dans toute l'Afrique noire, le sorcier est censé opérer ses maléfices en se dédoublant et en allant, sous sa deuxième forme, la nuit, manger le cœur ou boire le sang de ses victimes. C'est par le contre-sorcier ou médecin de sorcier [korté koï ou maître du gri-gri) qu'on peut rompre le charme. Grâce à lui, à ses exorcismes et incantations (mor), on peut retrouver le malfaiteur et le contraindre à rendre la santé à ses victimes, en leur restituant les organes qu'il leur a pris.

Ce rôle m.agique du contre-sorcier se double ordinairement d'un art proprement thérapeutique, où d'ailleurs se mêlent les pratiques maraboutiques à l'utilisation des forces naturelles et nettement médicales.

C'est ainsi qu'il fait absorber à l'individu qui se plaint

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de coliques un labassu, mélange de lait et de fiente desséchée de chameau.

La qualité de sorcier, comme partout, se transmet par les femmes; ce qui fait que certaines filles de cette caste ne se marient pas, personne ne se souciant de les épouser pour faire souche de sorciers. Il est d'ailleurs admis qu'en ce cas les enfants meurent, ou alors c'est que le mari est, par les artifices de sa femme, devenu lui-même sorcier.

Le totem, le kabi, comme on dit de Dienné au Djerma, est universellement connu par les Songaï. La plupart des castes et des classes ont leur kabi.

Ceux des Arma et quelques-uns de ceux des Songaïdyé ont été indiqués plus haut. On peut encoreen citer quelquesuns à titre d'exemple :

Les Sorko et les Habé du plateau de Bandiagara ont le même et réciproque kabi. Ils ne doivent pas voir le sang les uns des autres et ne peuvent par conséquent s'entretuer. De plus, l'exogamie est de rigueur entre ces deux peuplades. Les Peul Férobé ont le mardi comme kabi : ce jour-là, ils doivent éviter tout travail de propreté concernant leurs troupeaux de bœufs, comme balayer le parc, laver les calebasses où l'on trait le lait, frotter les bêtes, etc.

Les Moye Hamma, de Sankoré, ontpour kabi le mercredi parce que, ce jour-là, leur ancêtre Alfa Moye, le Oualati, fut tué dans un combat contre les Arma. Toute action de propreté corporelle : lavage, toilette des ongles, de la tête, etc., leur est interdit le mercredi.

Une famille arma de Goundam, dont le chef actuel est Amadou Asékou, chef du quartier Soboï-Bangou, a pour kabi le boa. Il compte en effet, au nombre de ses ancêtres, une femme qui aurait accouché d'une femme et d'un serpent boa.

Une fraction des Somono de Goundam, les Da, ont pour kabi le silure, parce que leur ancêtre se transformait à volonté en silure.

Les « Sama », famille arma de Goundam, ne portent pas de boubou noir parce que leur ancêtre en avait un, en grigri, qu'il portait en couchant avec sa femme. Les enfants qui naissaient de cette union étaient protégés des balles, jusqu'au jour où ils revêtaient un boubou noir.

Un oiseau, dit Diap-Gougou, est le kabi des Yattara : leur ancêtre avait un enfant qui en prit un au piège; il rapporta à sa mère, qui allaitait son jeune frère. La mère le prit en pitié et l'allaita en même temps que son enfant. Il survécut. Dès lors, la famille se considère unie à lui par des liens de parenté.

Le kabi des Kahia, descendants de Fatoum Malinké, est la gueule-tapée. Fatoum, fille d'un roi mandé, avait eu un enfant étant jeune fille; son père la chassa. Elle vint à Goundam avec sa sœur Fatouma Bouda; elle se maria et eut une fille qui se maria aussi. Les cultivateurs avaient coutume de venir lui demander conseil au sujet des cultures à entreprendre. Elle possédait une gueule-tapée, à laquelle elle avait fait construire une case : chaque fois que les gens consultaient Fatoum Malinké au sujet des cultures, elle se retirait pour réfléchir soi-disant, mais en réalité pour consulter la gueule-tapée. Et chaque fois ses conseils entraînaient une récolte superbe. Un jour, sa fille, poussée par la curiosité, entra dans la case de la gueule-tapée. Celle-ci effrayée se sauva et ne reparut plus. Sa fille lui avoua ce qui s'était passé. Depuis lors, les récoltes furent moins bonnes, mais les relations d'amitié et de bons offices ont subsisté entre les Kahia et la gueule-tapée.

Certaines classes, les chorja et la plupart des alfa, plus islamisées, n'ont pas de kabi.

Il y aurait bien d'autres superstitions à signaler, survivances, dans un milieu très islamisé, d'antiques croyances. C'estainsi que la chouette passe pour un animal maléficient, rôdant la nuit pour enlever les petits enfants et les livrer aux mauvais génies. Quand on entend le soir une chouette II. 9

l3o ÉTUDES SUR l'iSLAM ET LES TRIBUS DU SOUDAN

ululer, on lui crie : Bongo korey kon. Id est : « Toutes les bêtes sont blanches ici; va-t'en donc. »

Dans la construction des maisons et pour écarter le mauvais sort, les portes sont toujours pratiquées vers le nord^ le sud ou l'ouest, mais jamais vers l'est. Si la disposition des lieux et de la rue contraignait à faire la porte face à l'est, on tournerait la difficulté en élevant la face externe de la maison sur un plan non parallèle à la rue, et on pratiquerait la porte dans le renfoncement.

C'est ainsi que les bons et les mauvais génies de l'Islam et de la tradition, Léoutar, Lohar, etc., s'entremêlent singulièrement pour tremper dans toutes les actions humaines et apporter le bien ou le mal.

On remarque aussi des traces, mais fort peu nombreuses, de dendrolâtrie; elles sont manifestement d'importation marocaine. Entre Kabara et Tombouctou, sur le bord de la route, s'élève un fourré d'acacia, aux branches duquel sont accrochés d'innombrables chiffons multicolores. C'est le « Ouali » Salah, qui remonte aux temps les plus reculés ; la tradition de ses origines s'est perdue, et Barth le signalait déjà en i853. Il jouit d'une vénération universelle dans la région, et on vient en pèlerinage de loo kilomètres à la ronde, pour accrocher à ces épines un lambeau de vêtement d'un malade pour lui faire recouvrer la santé, etc., en un mot, tout objet représentatif d'un désir ou d'une requête, afin qu'il constitue par sa présence une prière permanente.

Le procédé le plus commun pour attirer la pluie est la procession rituelle des marabouts. Toutefois dans certains cas, quand la récolte est compromise et que les prières des marabouts restent sans effet, on applique à nouveau la coutume antique qui consiste à attacher, la nuit, des enfants dans les cimetières. Leurs hurlements doivent faire tomber la pluie.

L'arc-en-ciel, dit bana-gansiy c'est-à-dire « résidu de tornade », n'est l'objet d'aucune manifestation spéciale.

C'est dans l'onomastique que l'influence islamique paraît s'être le plus fortement fait sentir. Il y a peut-être la moitié des mots songaï qui sont d'origine arabe ou adaptés de l'arabe. On en a vu un certain nombre déjà, soit à propos de la collation du nom à l'enfant, soit à propos des mosquées, de la prière et des fêtes, soit ailleurs.

En dehors des innombrables salutations, souhaits, imprécations et exclamations diverses, on peut ranger sous trois chefs le plus grand nombre de ces emprunts par les Songaï à la langue arabe, et spécialement aux dialectes hassanïaet marocains : ils intéressent la vie religieuse, la vie coranique et la guerre, et la chose se comprend puisque c'est dans ces trois branches que les musulmans du Nord ont fait sentir leur influence à Tombouctou et sur le fleuve.

On en citera quelques exemples en dehors de ceux déjà mentionnés.

Vie religieuse

Abada :

Suba :

Aldyenna :

Aldyennem :

Addunia :

A la kir a :

Al-Tyibla:

Addin:

Tesbiha :

Tira :

Hidiabou :

Algobour :

Alhadia :

Alharfou :

Alharam :

Almalahika :

Assadyada :

jamais,

matin,

le paradis,

l'enfer,

ce monde,

l'autre monde,

l'Est,

la religion,

chapelet,

amulette,

tombeau, cadeau, lettre, illicite, anges, tapis de prière,

de Abadan de Sabah de Al'djenna de Al-djehennem de Ad-dounia de Al-akhira de Al-qibla de Ad-din

de Tesbih

de Tira

de Hidjab

de Al-qobour

de Al-hadïa

de A l-harf

de Al-haram

de Al-malaïka

deAs-sedjada, etc.

les noms des mois arabes de almudou, almudou kéina, arredyeb et tyibsi et tous les jours de la semaine : alhaddi

attinni, atialata, alarba, alkamisiy aldyuma et assebdu. Le calendrier solaire est julien, emprunté aux Marocains, qui en ont d'ailleurs toujours l'usage.

Vie économique

Alkama:

blé,

Al bâta:

melon,

Lebti :

navet.

Attum :

ail.

Leïmoûna:

citron,

Attai :

thé,

Alkawa :

café,

Sukar :

sucre,

Albabur :

samovar,

Albanna :

maçon,

A Ifeïda :

gain,

Albaha :

Algarara :

sac en poils de chameau,

Almydyan :

balance,

Dowa :

encre,

Burnussu :

burnous,

Sel ha m :

Mesawrïa :

boubou,

Farandya :

chemise.

Algaftan ;

caftan,

Barradyon : faubourgs de Tom caravanes et où l'on charge et barrio et arrabal (faubourg),

de Al-qamh deAl-betikh de Left de At-thoum de Limoun de At-taï de Al-kahoua de Souker de Al-babour de Al-bennaï de Al-faïda de Ar-rebah de Al-rerâra de Al-mi\ân.

de Doua de Bournous de Selham de Souri a de Farandja de Al-qaftan bouctou et d'Araouan, où s'arrêtent les décharge les chameaux. De l'espagnol par l'intermédiaire du marocain.

Les mesures de capacité reposent sur l'unité moudd (moudd), qui vaut un litre environ et son multiple: ariel {retel), mutukal [mithqal), et sous-multiples: nustumum (nouç ihoumoun) , attumun ; arrobo {ar-Robo) de la wakia [ouquïa)^ c'est-à-dire de l'once.

Il n'est pas jusqu'aux barres de sel, principal objet du trafic de Tombouctou, qui n'aient subi l'arabisation. On les voit recouverts qui d'un nom, qui d'une inscription, représentant la marque de chacun des commerçants.

tr.

Vie politique

Alkali:

Alkali :

Addaoula :

Addibara :

A lada :

Aladeb :

A lajîa :

Alakel:

Alasal :

Al bar ad :

Arsasu :

Al-bassa :

Aldyam :

Aldyama :

Aldyinsi :

Alganima:

Al-kabussi :

Alkura :

Almukalafu Alusaya :

Ahvakel :

Bevîel :

et guerrière :

cadi,

agent de police,

gouvernement,

moyen, système,

coutume,

civilité,

paix,

intelligent,

origine,

poudre,

balle, plomb,

pacha,

bride,

assemblée,

peuple,

butin,

pistolet,

foule,

contradicteur,

ordres,

prétendant,

biens vacants et en déshérence,

de Al-qadi de Al-qadi de Ad-daoula de Ad-deber de Al-ada de Al-adeb de Al-afia de Al-aqal de Al-acel d'Al-baroud de Ar-resâs de Pacha de Al-ledjam de Al-djamaa de Ad-djens de Al-ranima de Al-kabous de Al-koura de Al-mokhalif de Al-ouassaya de Wakil de Beït Allah

(ISLAM PEUL)

La vallée du Moyen-Niger, dont Dienné et le Macina sont le centre, qui commencent avec les derniers villages bambara pour s'élargir sur le Diaka, le Niger, et le Bani jusqu'à la région lacustre de Goundam, qui avec des ramifications ethniques diverses : marka, bozo, malinké, foutanké, songaï et songaïsés, et surtout peul, est profondément islamisée.

Ce n'est pas à dire que le niveau général du peuple y soit plus élevé qu'ailleurs, mais on rencontre dans ces régions une élite instruite, disciplinée et fervente, beaucoup plus considérable que dans les autres régions soudanaises, et comme ce sont ici les élites qui conduisent les masses, font l'opinion publique et transforment les mœurs et les institutions, l'effort de cette minorité croyante et agissante (alfa et karamoko) se fait pleinement sentir dans le domaine de l'islamisation.

La foi y est vive, et les rudiments du catéchisme généralement connus. Les mosquées de terre ou de branchages couvrent le territoire du Macina par centaines, la prière y est suivie avec une certaine assiduité ; les confréries qadrïa et tidianïa y fleurissent ; les obligations légales islamiques y sont pratiquées avec un zèle relatif ; les fêtes, observées avec une piété non douteuse.

l36 ÉTUDES SUR l'islam ET LES TRIBUS DU SOUDAN

Il n'est pas jusqu'aux institutions sociales et juridiques qui n'ait fortement subi l'empreinte de l'Islam, encore qu'on rencontre de ci de là de nombreuses survivances du passé et de la tradition.

Les causes de cette très sensible islamisation sont connues: elles sont historiques. Au quatorzième et au quinzième siècles, les dynasties malinkées et songaï de la moyenne vallée du Niger sont déjà islamisées et leurs relations avec la Mecque, provoquant la venue de nombreuses personnalités arabes d'Orient, contribuent à vivifier ce premier fond d'Islam. La tradition a retenu le nom du premier chef de Dienné, Koye Komboro, Malinké (treizième siècle environ), qui se convertit à l'Islam et introduisit les premiers éléments de cette religion dans la ville. C'est sous la pression d'un marabout malinké, Fodé Sanoro, établi non loin de là, à Touara-Bani, que cette première étape du prosélytisme musulman se fit sentir, et c'est par lui que fut bâtie la première mosquée. Un mot d'Ibn Batouta (i353) confirme cette présence de musulmans sectaires dans le Macina. « Il y a aussi, dit-il (à Diaka), un certain nombre d'hommes blancs (zWes^ issus de blancs), qui appartiennent à la secte des hérétiques dits ibadhites; ils sont appelés Saghanogho (ou Sanogho). »

A la fin du seizième siècle, la conquête marocaine ouvre ces contrées à l'influence des Chérifiens de Fez et de Merrakech. Pendant plusieurs siècles et jusqu'à nos jours, des détachements de troupes blanches, des fonctionnaires administratifs ou religieux, des commerçants arrivent à Tombouctou et se répandent dans les villes du fleuve jusqu'à Diafarabé. Et jusque-là le lointain sultan fait sentir ses lois d'empire, son droit civil et canon, et les prescriptions du Livre révélé. C'est à ce moment que des centres religieux et universitaires, comme Tombouctou et Dienné, se développent et fleurissent. Leur réputation se répand aux confins du monde musulman.

DIENNÉ, LE MACINA ET DEPENDANCES iSj

En 1828, René Caillié remarquait, à son passage, que « les Maures négociants qui habitent Dienné sont au nombre de trente ou quarante et occupent les plus belles maisons ; elles ont l'avantage d'être situées aux environs du marché. Ce sont eux qui font le principal commerce ; ils s'associent plusieurs ensemble et ont de grandes embarcations, qu'ils expédient, pleines de denrées indigènes, àTombouctou. »

Cet élément pieux, instruit, riche et actif, a été, au cours des siècles, un puissant levain d'islamisation dans la pâte indigène, naturellement amorphe et passive.

Une révolution religieuse, au début du dix-neuvième siècle, se termine par une véritable organisation théocratique dans le Macina. Chékou Mamadou Cissé, Poullo- Diallo, né à Ouro-Modi, dans le Sébéra, au confluent du Niger et du Bani, semblait devoir finir sa carrière en grand marabout local, quand un conflit avec l'ardo du Macina l'amène à lever l'étendard de la révolte religieuse. C'est le troisième acte de la rénovation islamique de la race peule, dérivant d'ailleurs des deux autres. Au milieu du dix-huitième siècle, les Foula du Fouta Diallon commencent; à la fin du même siècle, les Halpoularen du Fouta Toro suivent ; au début du dix-neuvième siècle, les Peul du Macina continuent. Le mouvement se prolongeait d'ailleurs en même temps au Sokoto. De toutes parts, ce sont des almamys ou prêtres-rois, pontifs et commandeurs des croyants, qui prennent la direction de cette révolution islamique et la consacrent en organisant théocratiquement les nouveaux états. Chékou Hamadou mena ses bandes de talibés fanatisés à l'assaut du pouvoir de la dynastie régnante des Bari du Macina, puis contre les fétichistes bambara, et étendit ses conquêtes jusqu'àTombouctou. Il adapta et s'appropria les traditions soudanaises, qui annonçaient la venue du douzième et dernier imam, de couleur noire.

Amirou du Macina, commandeur des vrais croyants, il prit, pour restaurer l'Islam dans sa pureté primitive, les

i38 ÉTUDES SUR l'islam ET LES TRIBUS DU SOUDAN

mesures les plus vexatoires, instituant des cadis, censeurs des mœurs, un peu partout, prohibant les jouissances les plus licites, tels l'usage du tabac, allant jusqu'à faire détruire la plupart des mosquées de quartiers de Dienné et de Tombouctou, afin de concentrer les fidèles et de raviver la foi au centre même du culte public, à la grande mosquée. Il en arrivait à soulever contre lui l'hostilité d'un groupement, à la fois tribu et confrérie, les Kounta, ses maîtres spirituels, qui, heureux d'abord des succès de ces néophytes, finirent par être exaspérés de leur tyrannie, de leur fanatisme et leur intransigeance religieuse. Il dédiait €n même temps sa capitale à la gloire d'Allah (Hamdallahi).

Ce que disait René Caillé, en 1828, des Peul de Dienné pouvait s'appliquer à tout leMacina et à ses dépendances : « Tous les habitants de Jenné sont mahométans : les Foulahs sont les plus fanatiques ; ils ne permettent pas l'entrée de leur ville aux infidèles, et quand les idolâtres viennent à Jenné, ili sont obligés de faire la prière, san^ quoi ils seraient impitoyablement maltraités par les Foulahs qui forment la majeure partie de la population. »

Il était dit qu'en ce dix-neuvième siècle, toutes les forces -de l'Islam se ligueraient pour conquérir de haute lutte le pays, avant l'arrivée des Français. En 1860, paraît Al-Hadj Omar et ses Foutanké. La propagande des sofa toucouleurs, ardents Tidiana, achève l'œuvre des Foulbé; la conquête guerrière se complète d'une conquête morale: les «nnemis de l'ancien régime, les Markas asservis, les dermers hésitants, se groupent sous la bannière tidianïa pour tenir tête aux Foulbé. Il n'y a plus dès lors de fétichistes, il n'y a que les tenants des Voies qadrïa ou tidianïa, il n'y a que des musulmans.

On verra qu'avec l'arrivée des Français et leur régime de liberté sociale et religieuse une certaine réaction s'est produite ; et aujourd'hui on peut saisir de ci de là quelques traces d'une régression sensible vers la coutume.

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