‹ Études sur l'Islam et les tribus du SoudanChapitre 25 sur 67 · I. — L'obédience tidianïa d'Al-Hadji Salmoye · texte numérisé non relu

I. — L'obédience tidianïa d'Al-Hadji Salmoye

Salmoye (ou Sarmoye ou Sanmoye) Niafogou appartient à une vieille famille marka du Pondori. Son père, Baba, était un forgeron de Kobassa. Il est né vers 1840, et après de solides études locales a parcouru le monde musulman noir et oriental. Il a fait plusieurs fois le pèlerinage, et, au cours de l'un d'entre eux, revenant par Fez, il se fît affilier à la Voie tidianïa par le Cheikh même de la zaouïa, Mohammed Larabi, disciple du saint Ali de Temassin (Constantine). Il reçut en outre les pouvoirs de moqaddem consécrateur pour le Soudan. Par lui on va donc voir refleurir le Tidianisme marocain.

Al-Hadji Salmoye a laissé des traces durables de son influence dans la région de Dienné, particulièrement dans l'élément marka. Les Marka ne passent pas pour particulièrement pieux; les Bambara eux-mêmes, qui s'y connaissent, déclarent : Ce ne sont pas de vrais musulmans.

Pourtant dans le Pondori et par la prédication et le prestige de Salmoye, il y a certainement, à l'heure actuelle, une grande ferveur religieuse. Il revint dans la ville vers 1890, et n'y resta guère que trois ans. Il était là lors de l'occupation française et ne fit montre d'aucun fanatisme, s'entremettant au contraire de bonne grâce entre les habitants et les nouveaux maîtres du pays.

Peu après pourtant (1894), il part pour l'Orient, par simple piété, assure-t-on, et non pas pour s'éloigner d'une ville où commandent les chrétiens. En tout cas, son départ s'accompagne d'un exode de plusieurs familles diennenké, toutes prises d'un subit désir de pèlerinage.

La caravane suivit le chemin de Bobo Dioulasso, du Lobi, del'Adamadoua, du Baghirmi, du Ouadaï, du Darfour. Au Ouadaï, on rencontra Baba Ouadïa Tenentao, parti précédemment et qui, ayant jugé inutile d'aller plus loin, s'était installé à Abêché comme tailleur et écrivain public. Au Darfour, on fit halte ; beaucoup de gens refusaient d'aller plus loin. Al-Hadji Salmoye s'employa donc à y fonder un établissement durable, afin de se refaire.

Il ouvrit une école à El-Facher, fit l'écrivain public et le fabricant d'amulettes. Certains s'installèrent à ses côtés d'une façon définitive, tels Bi Mahaman Maïga, frère de Mokhtar Maïga, chef de Yoboukeïna, qui épousa sa fille et ouvrit une échoppe de cordonnier; Salmoye Al-Kahia Touré, qui épousa une autre de ses filles; Al-Hadji Bou Bakar Touré, de Fakala, tous deux vivaient de la profession mixte de tailleur et cordonnier. La plupart de ces personnages ont fait par la suite le pèlerinage de la Mecque, puis sont revenus s'installer auprès d'Al-Hadji Salmoye.

D'autres, tels Baba Touré et Baba Sama Touré, continuaient après quelque repos et, leur pèlerinage achevé, par Khartoum, Massaouah et Djedda visaient à rentrer au Soudan. Baba Touré en profita pour visiter TOrient. De Yambo, il revint à Djedda par mer, puis sur un boutre^

longea la côte arabique jusqu'à Suez, s'en alla par terre à travers la Palestine jusqu'à Beyrouth et Jérusalem, revint par le même chemin au Caire, Alexandrie et Benghazi, s'embarqua pour Malte, revint à Tripoli, s'embarqua pour Tunis, apprit là par un indigène, qui avait des connaissances géographiques aussi étendues que les siennes, qu'il faisait fausse route, revint donc à Tripoli, s'aboucha avec une caravane qui s'en allait vers un « pays des noirs », qui malheureusement n'était pas le sien, et par Mourzouk, Rat, l'Aïr arriva à Zinder. Après un temps, et s'étant cette fois-ci mieux repéré, il traversa le fleuve à Niamey, vint à Dori, à Sofara, et un beau jour de 1912, après dix-huit ans de voyage, débarqua à Dienné.

Baba Touré gagnait sa vie le long du chemin en faisant le dioula. Il allait vendre un peu plus loin ce qu'il avait acheté la veille. Il attendait souvent plusieurs mois dans une ville l'occasion d'un départ propice et y restait même plus longtemps quand c'était son intérêt. C'est ainsi qu'il séjourna deux ans à la Mecque et deux ans à Alexandrie. Parti avec 100 francs en poche en 1894, il revint, en 1912, avec une fortune relative, monté sur un cheval, poussant devant lui un autre cheval, deux bœufs porteurs et un âne chargés de marchandises. Il est aujourd'hui commerçant et marabout à Dienné.

D autres individus, tels Alfa Moye, Saba Sékou, sont allés rejoindre le marabout au Darfour, un an plus tard, et ont élu domicile là-bas. Les relations entre Al-Facher et Dienné sont des plus rares. Tous les dix ans, quand un pèlerin est de passage par le Darfour, il en rapporte des nouvelles.

Al-Hadji Salmoye a conféré l'ouird tidiani à un grand nombre de marabouts et de notables laïques de Dienné et des environs.

On citera a) parmi les marabouts de Dienné :

Baya Yarro, né vers i853, est à l'heure actuelle un des

maîtres les plus réputés de Dienné. Il compte en permanence une quarantaine d'élèves à son école coranique, et distribue l'enseignement supérieur à cinq ou six d'entre eux. Ilest moqaddem tidiani pour Dienné, et de lui relèvent plusieurs alfa de valeur, notamment Al-Mostafa Taraoré, son adjoint et moniteur, né vers 1875; Abdoullahi Cissé, né vers i85o, maître d'école à Sénossa, etc. Il possède une fort belle bibliothèque arabe, où l'on ne rencontre d'ailleurs que les classiques du genre. Cette bibliothèque passe pour être la mieux garnie de la ville.

Depuis la disparition d'Omar Sanfo, Baba Yarro est la personnalité islamique la plus marquante de Dienné.

Ahnamy Sidi Taraoré, né vers i863, directeur d'une école florissante d'une trentaine d'élèves. Il est aussi moqaddem tidiani par délégation d'Al-Hadji Salmoye et compte plusieurs talibé dans la région, notamment son adjoint et moniteur Sidi Téra, né vers i885.

Asseye Touré, né vers 1870, esprit cultivé et ouvert, le professeur le plus populaire de Dienné. Son école n'a jamais moins de 5o élèves et comprend en outre une douzaine de petites filles. Il relève d'Amadou Landouré, qui était un des disciples diennenké d'Al-Hadji Salmoye.

Badara Kiré, né vers 1878, est un jeune plein d'avenir. Il a eu comme professeurs les maîtres les plus réputés de Dienné : Alfa Hadïa Sidibé, Omar Sanfo et Mahaman Niafogou. Il a reçu l'ouird d'Oumarou Qoureïssi, Diennenké d'une famille Ouakoré. Ce marabout, mort en 191 3, était un des agents de prosélytisme d'Al-Hadji Salmoye. L'école de Badara comprend une vingtaine d'élèves dont quelques enfants de Sora et de Ngomi.

Moulare Mahaman^ fils d'Abd-oul-Qadir, né vers i865 d'origine chérifienne et maître d'une école d'une dizaine d'élèves.

Alfa Taraoré, né vers i85o, cultivateur, marabout, et l'un des bons copistes de Dienné. Il m'a olïert des copies II. 10

du Coran ou des Dalaïl pour 5 francs. Il appartient à une souche marocaine. Son sixième ancêtre, Youssow, était un Merrakechi qui, après un séjour à Tombouctou, vint s'établir définitivement à Dienné. Le fils de Youssow, Almamy Ismaïla, fut l'imam de la grande mosquée de Dienné, fit le pèlerinage de la Mecque et par sa sainteté mérita d'être enterré dans la cour de la mosquée, où l'on voit encore son tombeau.

b) Parmi les notables songaï de Dienné :

Chékou Hassèye, Maïga, né vers 1870, chef du quartier Al-Gasba et chef de la ville de Dienné. Il descend d'un Songaï de Gao, nommé Alfa Ibrahima, venu à Dienné il y a environ 200 ans. Le commandement de la ville s'est perpétué dans sa famille depuis plusieurs générations, et cette haute situation lui avait valu des alliances avec les filles et sœurs du dernier amirou du Macina. Sagrand'mère Aweye était d'ailleurs la sœur de Mouneissa, qui fut la femme de l'amirou Hamadou Chékou. C'est dans sa famille que s'est perpétuée la descendance de Issihaq Saro, grand marabout du Guimbala, mort à Dienné vers i85o, après y avoir professé avec éclat pendant un demi-siècle. Son grand-père Hamadou était déjà chef en 1828, lors du passage de René Caillié. Chékou prétend avoir recueilli de la bouche de son père Hassèye Hamadou, alors enfant, les renseignements suivants : René Caillié se faisait passer pour chérif, il portait un gros livre sous le bras, qu'il ouvrait souvent et qu'il ne quittait jamais. Il faisait quelque peu le commerce. La maison où il a habité à Dienné n'a pu être reconstituée. Ce n'est que par la suite qu'on reconnut sa véritable identité.

Chékou Hassèye, jeune homme d'initiative et rallié aux Français dès la première heure, se mit à leur disposition en 1893 et fut l'un des guides de la colonne Bonnier de Ségou à Tombouctou. Par la suite, il servit d'agent politique et à

la mort de son père, en 1906, lui succéda dans le commandement de la ville. Ouvert, intelligent et actif, il jouit d'une grande autorité en ville et n'a d'autre défaut que de se disputer sans trêve avec Amadou Kisso, chef des Peul de Dienné, qui cherche à le battre en brèche et, derrière son astuce de poullo, lui joue tous les mauvais tours possibles.

Il remplit avec beaucoup d'aisance les fonctions de président du tribunal de Dienné.

Amadou Taraoré^ né vers 1845, descendant d'un chérif Abdoulaye Taraoré, venu de Gao au début du dix-huitième siècle. Amadou est le chef du quartier Konofîa, de Dienné.

Baba Yatara, originaire d'une famille songaï du Pondori. C'est un forgeron. Il est chef du quartier des Samsiides, dit quartier des laptots, car il se trouve à proximité de la plage où viennent atterrir les pirogues de Sofara, Mopti et Tombouctou.

c) Parmi les notables Bozo de Dienné :

Ousman Bo^o Konton, né vers i865, chef des Bozo de la ville et du cercle. Il y a beaucoup de pêcheurs bozo le long du Niger et du Bani et sur les bords des marigots adjacents. Chaque agglomération a son chef local, mais étant donné leur dispersion, leur caractère fermé, leurs usages spéciaux, leur langue peu connue, il a paru nécessaire de mettre un chef central et représentant général à Dienné. Ousman Konton, assisté de son frère Baba, est ce chef.

Il a reçu l'ouird tidiani d'Alfa Saïdou Kané, qui était un des disciples d'Al-Hadji Salmoye.

d) Dans le canton marka du Hondori, où il compte de nombreux adhérents:

Ousman Troufo, né vers 1860, maître d'une école d'une quinzaine d'élèves à Gomitogo, et son cheikh spirituel,

aujourd'hui hors d'âge, mais très vénéré, Dienguina Niafogou. Ousman est moqadd^m tidiani pour le canton de Pondori et distribue l'enseignement supérieur à plusieurs élèves. Il compte plusieurs disciples dans la région, notamment Chékou Ali Kaikourmana, maître d'école à Koulensé.

Ibrahima Souara^ né vers 1878, maître d'école à Gomitogo où il donne à la fois l'enseignement coranique et des cours de Rissala. Ibrahima se dit aussi moqaddem tidiani.

Almamy Sohao\iA\ Soha Karapo, né vers i863, Almamy de la mosquée de Soha, maître d'école (i5 élèves).

Noukoutou Taraoré, né vers i865, maître d'école (6 élèves) et almamy de la mosquée de Pana.

Al-Hadji Mamoudou Daramé^ né vers 1840, et ses disciples : Aliou Daramé, né vers i865 et Ibrahima Daraméy né vers 1880, tous trois maîtres d'école à Pana.

Les Kokeïna de Koïssouma:

Bou Bakar né vers i863, Alfa Laminou, son disciple, Almamy Kossomon, et les disciples de celui-ci, Issaka, né vers i885 et Almamy Kokeïna, vers 1848, tous marabouts et maîtres d'école à Koïssouma, le dernier imam de la mosquée.

Les Niafogou, de Kobassa, dont le représentant le plus éminent est Mamadou Niafogou, né vers 1870, et son frère, Ahmadou, né vers i865, disciple de leur père Koko Niafogou et du grand-père Fadiga. A Kobassa encore, Baba Niaté, né vers 1880, disciple du cheikh Amadou Kimara, mort en 1912, almamy de la mosquée et maître d'école.

Les Komou de Koïma, dont le membre en vue est Abdoul-Qadir Komou, né vers i85o, maître de l'école la plus populaire, fréquentée par une vingtaine d'élèves; et de Konakourou, représentés par Mahaman Dinguina, né vers i865, maître d'école et almamy local.

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