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IV. — Les indépendants

Sous ce titre sont compris un certain nombre de notabilités, qui déclarent pratiquer la religion musulmane, sans être liés à une des deux confréries en honneur au Soudan : Tidianïa ou Qadrïa.

On peut citer parmi les plus remarquables :

A Dienné, Amirou Karapo, né vers i855 et qui est mort en fin igiS. Son école très florissante avait la plus grande clientèle des fillettes de la ville. Il avait en outre plusieurs enfants de l'extérieur : Kounti, Tenda, etc.;

Mahaman Sangui, né vers 1845, d'origine i;.orongoï et pêcheur. Son ancêtre, Alkoï Sangui, venait de Bondori. Mahaman est chef du quartier de Dioboro;

Dienguina Niafogou, né vers 1880, d'origine korongoï et pêcheur. Son grand-père, Komana Niafogou était originaire de Pondori. Ses enfant joignent aujourd'hui à la pêche les

DIKNNÉ, LE MACI.NA ET DEPENDANCES iSq

professions de cultivateur, forgeron et bijoutier. Dienguina est le chef du quartier de Sumani;

Al-Mokhtar Maïga, né vers i855, septième descendant d'un Harouma Maïga, venu de Gao à la fin du dix-septième siècle. 11 est le chef du quartier de Youbou Keïna (le petit marché) ;

Baba Al-Kahia Touré, né vers 1860, descendant d'un Sanfari Touré, venu avec les Arma aux premiers temps de la conquête. Il est ciief du quartier de Farmentalla;

Al-Kali Dembèlé, Bambara, né vers 1840, installé depuis longtemps à Dienné où il fait le cultivateur. C'est le chef du quartier de Kanafa;

Hamadou Kisso Cissé, Poullo de la tribu Dial, chef du quartier peul de Kouyé Tendémé. Il est assesseur au tribunal de subdivision.

En dehors de Dienné, on peut encore citer quelques personnalités islamiques qui se déclarent indépendantes de toute attache spirituelle.

A Kouakourou, port de Dienné sur le Niger : Ousman Pamentao, né vers i852, maître d'école; Chékou Nientao, né vers 1878, élève des marabouts de Koulense, et Mahaman Dienguina Komou, né vers 1846, tous trois maîtres d'école réputés, surtout le deuxième.

A Soun-Markalla, Almamy Dyinguiné Sentao, dit Baba Samouga, né vers i8ôo et maître d'école.

A Sarro, Bina Mamouro Taraoré, qui en est le principal notable. C'est le fils de Bokar Saloum, chef des troupes bambara qui guerroyèrent contre Ahmadou Chékou. Bokar était fétichiste. Son fils Bina prétend s'être converti à l'Islam. On ne le voit guère. Il a jadis pris part, sous les ordres de son père, aux luttes contre les Toucouleurs musulmans pour l'indépendance du Sarro fétichiste. Il est aujourd'hui cultivateur, et remplace, à l'occasion, le chef de canton malade.

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Les trois cantons bambara : Femaye, Derrari et Niansanari et, dans la province marka de Pondori, les îlots bambara de Mounïa, que leur proximité du foyer diennéen et la propagande à main armée des sofa foutanké avaient amenés politiquement, puis religieusement, à l'Islam peul d'abord, toucouleur ensuite, reprennent avec la liberté leurs antiques croyances. Chékou Hamadou les avait convertis de vive force au début du dix-neuvième siècle, fusillant les vieillards récalcitrants et plaçant ces « Morisques » d'un nouveau genre sous la surveillance de fractions foulbé locales.

Al-Hadj Omar maintint cette situation, maison admettait déjà que l'acte de foi islamique ne comportait pas l'application du droit coranique.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la mosquée bambara de Mounia, construite par la crainte, soit aujourd'hui désertée, et que l'enseignement islamique ne fleurisse aucunement dans ces cantons. La foi se perd manifestement. Certains se disent encore musulmans, mais avouent avoir abandonné toute pratique. D'autres déclarent n'être plus musulmans du tout.

On constate d'ailleurs le même fléchissement religieux chez les Peul, venus dans le pays avec les Bambara, et qui retournent au fétichisme, malgré l'exemple de la ferveur de leurs cousins du Macina.

Les chefs bambara donnent l'exemple de cette régression :

La famille Tangara a fourni depuis plusieurs générations les chefs du Femave.

Baba Tangara puis son hlsTiombo commandèrent cette province pendant la première moitié du dix-neuvième siècle. A Tiombo succéda Bokari Kelésseri Tangara, que les Toucouleurs confirmèrent d'abord dans son commandement, puis destituèrent, car ils le trouvaient tiède dans sa foi et peu discipliné dans l'exécution de leurs ordres. A notre arrivée, il fut rétabli dans sa place.

DIENNÉ, LE MACINA ET DEPENDANCES l6l

A sa mort (3 septembre 1910), il fut remplacé par son frère Fassou, qui avait pris part, avec Tidiani et ses Foutanké, à la guerre contre les Français. Il est mort le i^'" février 191 1, et a été remplacé par son neveu Mamadou Tangara, fils de Bakari, et dit Tiébéli.

Tiébéli est né vers 1880 et préside quoique, soi-disant musulman, le tribunal de subdivision fétichiste. Il est vrai que son léger vernis d'Islam tend, avec la liberté, à disparaître aujourd'hui. Tiébéli ne fait plus salam depuis des années, n'égrène plus de chapelet, croit à toutes les traditions magiques de sa famille, n'envoie pas ses enfants à l'école coranique. Il déclare d'ailleurs qu'il ne sait pas s'il est musulman, ce qui prouve évidemment qu'il ne l'est plus. On voit par son exemple qu'on approche des pays bambara, où ce phénomène de régression est de plus en plus commun.

lien est de même pour les Diarra, famille des chefs de canton bambara de Derrari. L'autorité est héréditaire dans cette famille depuis le dix-huitième siècle. A notre arrivée. Baba Diarra était chef; il avait pris part aux luttes des Peul Qadrïa, auxquels il était alliés, contre les conquérants toucouleurs. Il mourut en 189g et fut remplacé successivement par ses trois fils : Soungouba, mort en janvier 1910, Missa, mort en igiS, et Fomo Diarra, actuellement chef et ancien assesseur du tribunal.

Les fétichistes méritent, tout autant que les islamisés, notre bienveillante neutralité et notre sympathie. Une école rurale a été créée dans le Fémaye, au centre géométrique de ces trois cantons bambara, pour faciliter le retour à leurs anciennes croyances, leurdistribuer l'enseignement de français et travailler à les stabiliser dans leur nouvelle assiette morale.

D'autre part, l'organisation administrative du pays respecte cette situation même en dehors de ces trois cantons autonomes. Il y a en pays musulman peul et marka des II. II

îlots fétichistes. Une certaine indépendance vis-à-vis du chef de canton est assurée à ces villages qui s'administrent avec un chef local et leurs notables. La réciproque existe d'ailleurs pour les villages musulmans sis en pays fétichiste.

Enfin la création d'un tribunal bambara non musulman, que préside Tiébéli, et l'introduction dans le tribunal de cercle d'un assesseur de même statut, Fomo Diara, chef de canton, sont venus compléter, en iQiB, cette organisation basée sur le respect de la coutume.

Il faut signaler d'ailleurs qu'on trouve quelques cas de conversions nouvelles et volontaires, surtout chez les jeunes gens qui vont travailler en dehors, soit en Côte d'Ivoire (Bassam, Abidjan) soit au Sénégal (Kaolak, Dakar), soiten Guinée (Kankan, Kouroussa), et qui ont été séduits par l'exemple. Rentrés chez eux, ils se réunissent sur un emplacement sacré, qui leur tient lieu de temple, et y font gauchement et sans almamy une esquisse du salam. Les vieillards et notables voient d'ailleurs ces innovations du plus mauvais œil.

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