III. — L'Obédience d'Al-Hadji Salmoye (Les Qoureïssi
La famille des Qoureïssi se dit originaire de la Mecque et en donne comme preuve son propre diamou,qui attesterait, d'après elle, qu'elle se rattache aux Qoreïch. Il y a plusieurs siècles, l'exode des ancêtres qui les avait amenés d'Arabie au Niger, à l'est de Niamey^ les conduisit dans
lyO ÉTUDES SUR L ISLAM ET LES TRIBUS DU SOUDAN
ie Hodh, aux environs de Goumbou, où ils se fixèrent. L'un d'entre eux émigra, à la fin du dix-septième siècle, dans le Macina, s'installa à Dia et y fit souche.
Au début du dix-neuvième siècle, la révolution islamique de Chékou Amadou trouva lesQoureïssi fortement attachés à la loi du Prophète. Aussi l'amirou, ayant retiré le com mandement du pays à la famille des Diawara, le donna à celle des Qoureïssi (i8i5 environ) et le chef cumula le commandement politique avec les fonctions d'almamy religieux. C'était tout-à fait dans l'esprit de l'organisation îhéocratique de l'empire peul.
La tradition s'est maintenue jusqu'ànos jours et les chefs de la famille Qoureïssi, Mamadou d'abord, puis son fils Amadou, puis son fils Mamoudou, puis ses deux fils Bou Baker et Alassane, ont été successivement chefs de canton de Diaganaet chefs du village et almamy delà mosquée de Dia. C'est toujours Alassane plus connu sous le nom d'A/fousseïni^ qui, depuis la mort de son frère aîné Bou Bakar (1898), remplit ces fonctions. 11 a dû d'ailleurs partager Celle d'almamy avec plusieurs des Karabinta.
La conquête toucouleure fit évoluer les Qoureïssi du Qaderisme peul, auquel ils appartenaient depuis Chékou Amadou, vers le Tidianisme omari. Amadou Qoureïssi se rendit à Hamdallaye dès l'installation d'Al-Hadj Omar dans ce centre et lui fit sa soumission. Le conquérant lui laissa son commandement, mais il exigea, ainsi que son successeur Tidiani, de fortes contributions des gens de Dia, pour les luttes que les Foutanké soutenaient contre les Foulbé du Macina. Les Qoureïssi les leur fournirent d'autant plus facilement que, par leurs alliances, avec les Marka ils se sont désolidarisés des Peul et seproclament de race marka. Leurs maçons contribuèrent pour une large part à la construction du tata d'Amdallaye.
Alassane, né vers i855, est un homme instruit et fort au courant des choses de la région. Il a même une teinture
DLENNE, LE MACINA ET DEPENDANCES IJI
des événements d'Europe. D'un caractère très réservé, il ménage manifestement son influence religieuse, et se consacre à peu près exclusivement à ses fonctions d'almamy et de directeur spirituel. On vient lui demander des consultations religieuses et juridiques de loo kilomètres à la ronde et la réputation de sainteté dont il jouit est considérable. Aussi a-t-il abandonné pratiquement le commandement politique de Dia à son frère Ibrahima et la direction de son école, qui compte une vingtaine d'élèves, dont plusieurs étrangers, à son fils aîné Oumarou. Une résidence obligatoire de plusieurs mois, qu'il dut subir à Sokolo par suite du retard dans le paiment de l'impôt, n'a pas été étrangère à cette décision.
Alassane relève de l'obédience d'Al-Hadji Salmoye par Aifa SidikiTrifo, Somono, de Fora (Dienné) qui lui a conféré l'ouird et les pouvoirs de moqaddem.
Ses connaissances juridiques et son prestige lui ont fait confier par l'autorité française les fonctions de président du tribunal de Dia. Il a su d'ailleurs fortifier son influence pax des alliances avec les principales familles marka de Dia: les Kanta, les Sienta, les Sougoumou.
Les trois fils de son frère aîné, Bou Bakar: Ma Bayo, né vers i883,Mamadou, né vers 1895, et Amadou, né vers i8g6, vivent dans son entourage en marabouts et cultivateurs.