‹ Études sur l'Islam et les tribus du SoudanChapitre 35 sur 67 · II. J · texte numérisé non relu

II. J

Il faut tout de même admettre que l'islam a fleuri dans le Macina, ou tout au moins a vécu dans certains groupements en bons termes avec le fétichisme ambiant. La lecture des divers Tarikh soudanais témoigne, en efl'et, de l'existence de personnages et d'institutions maraboutiques à Ténenkou, qui était la capitale du Macina, et dans plusieurs autres villes. On voit par exemple figurer dans la suite de l'askia songaï, Al-Hadj Mohammed, qui se rend à la Mecque en 1496-1497, un « lettré réputé, le cheikh Mamadou de Ténenkou », etc.

La conquête du pouvoir par les Bari a islamisé profondément le Macina et l'a entièrement rallié à la bannière qadrïa des Kounta, qui à ce moment commençaient leur vigoureux prosélytisme. C'est auprès des marabouts Kounta que les Bari trouvèrent leurs forces morales et religieuses, et c'est sur Sidi-1-Mokhtar Al-Kabir d'abord (f î8i i) puis sur son fils Cheikh Sidi Mohammed (f 1826) que Chékou Hamadou s'appuya pour mènera bien sa croisade spirituelle, politique et militaire.

L'alliance devait se continuer, non parfois sans quelques frictions, entre la tente des chefs Kounta, les Ahel Cheikh, et la dynastie des Bari du Macina, et l'on devait voir tantôt les Peu! à Tombouctoupour soutenir les Kounta et assurer leur suprématie sur les Touareg, tantôt les Kounta à Ténenkou et à Dia, pour assister les Foulbé et leur permettre de résister auxFoutanké. Les tombeaux des guerriers et marabouts des deux peuples voisinent fraternellement de Diafarabé à Tombouctou.

Cette attitude de piété islamique a fait que les Ndayébé ou Bari, dontlediamou correspond aux Cissédes Mandingues, ont fini par être parés et par se parer eux-mêmes du nom de Cisséet que peu à peuCisséest devenu un nom commun', signifiant simplement « personnage musulman, lettré maraboutique » et s'appliquant aussi bien aux Dialloubé qu'aux Bari.

La dynastie des Bari-Cissé dans toute la force de sa ferveur religieuse instaura dans le Macina une véritable organisation théocratique, basée sur les vrais principes islamiques ettelle sansdoute qu'onn'ena jamais vuesemblable en Afrique. Le souverain est rAmirou-l-Moumininaou« Commandeur des Croyants », la capitale créée de toutes pièces et qui n'aura été aussi souillée par aucune trace fétichiste est Hamdallahi ou « la Gloire d'Allah ». Les mosquées de clan, les petites chapelles de quartier sont détruites; le culte public et officiel est restauré ; des cadis sont nommés partout avec ordre d'appliquer rigoureusement le droit musulman; les impôts sont levés dans la forme et sur les bases de la loi révélée; la guerre est conduite, la paix est conclue, et l'administration est exercée, conformément aux vrais principes de Tlslam. Une guerre acharnée est entreprise contre toutes les manifestations des croyances antérieures et même de la simple coutume. Des choses, dont l'usage est partout autorisé, comme le tabac, sont prohibées, et la répression brutale des infractions donnera lieu plusieurs fois à des révoltes et à des conflits.

Aujourd'hui, à l'exception de Dia, au surplus ville plutôt markaque peule, le Macina poullo tout entier est incorporé au Qadérisme des Kounta. Il n'est pas un marabout, pas un groupement islamique qui ne se rattache de près ou de loin à un des amirou et particulièrement au premier Chékou Hamadou, et par lui, à Cheikh Sidi-1-Mokhtar. Les luttes contre les Tidiana Toucouleurs ont peu à peu transformé cet ouird qadri en une sorte d'affiliation nationale, et les discordes intestines qui, à la fin du dix-neuvième siècle, déchirèrent parfois Kounta et Foulbé, alliés malheureux, n'ont pu entamer cette ferveur qadrïa. Ces groupements vivent d'ailleurs d'une vie à peu près autonome et s'ils réservent un bon accueil aux marabouts visiteurs, ils vont rarement à Tombouctou ou dans l'Adrar des Iforas chercher des directions religieuses auprès des Kounta.

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Ce mouvement islamique a eu des conséquences importantes chez les Rimaïbé captifs des Foulbé, cultivateurs laborieux et économes. Ils ont bénéficié de ces transformations économiques, sociales et politiques, mais dans divers sens. Certaines familles enrichies et parvenues se sont mises à singer leurs maîtres d'hier. Ils ont abandonné le labeur servile, font de copieux et hétérodoxes Salam, envoient leurs enfants à l'école coranique, montrent qu'elles connaissent le bon ton, bref tendent à l'islamisation. Ce phénomène n^est pas d'ailleurs spécial au Macina; on le retrouve, pour s'en tenir au Soudan, sur le Niger même, et un peu en aval, chez les Daga(imrad) et Bella des Iguellad et des Touareg et chez les abid et baratines des Arabes Kounta et Bérabich. D'autres familles au contraire, chez qui une certaine teinte d'Islam s'était introduite, l'abandonnent peu à peu pour revenir à leurs croyances traditionnelles. Ici le régime de liberté a fait tort à l'Islam. D'autres enfin, bénéficiant de la suppression de la captivité, sont partis en 1 907-1 908 et emportent vers leur ancien pays des idées nouvelles et peut-être des germes d'Islam et de prosélytisme.

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