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II. — Les derniers amirou

La défaite des Kounta, et de Ba Lobbo par les Foutanké de Tidiani, la fuite de Ba Lobbo et l'établissement de ses successeurs dans la région de San, laissèrent dans le Macina le champ libre à un commandement nouveau.

Tidiani installa à la tête des Peul, comme amirou sous ses ordres, le chef de la branche cadette des Lobbo, Hamman Sala Modi. A sa mort en 1890, son fils Abdoullahi Hamman lui succéda. Il mourut lui-même en 1897, et fut remplacé par son cousin Hamadou Abd El-Qader Cissé.

Hamadou, fils d'Abd El-Qader Czssé, était né vers i85o. Il fit de solides études auprès des marabouts foulbé du Ma-

Habé, ou habitants des montagnes du Macina.

(Collection générale Fortier, Dakar.)

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cina et markade Dia, puis vécut dans l'entourage de l'amirou Abdouilahi Salla, dont il était le cousin et dont il devint bientôt le khalifa. Il prit part à l'exode de ce dernier, lors de l'arrivée des Français, fit sa soumission avec lui en 1894, et continua à le seconder dans son administration jusqu'à sa mort (1897).

Il recueillit sa succession politique et fut élu avec notre assentiment amirou du Macina (avril 1897).

Chef de grande race, Hamadou Abd El-Qader Cissé considéra le Macina comme un domaine personnel, qu'il pouvait exploitera merci, et ses exactions et abus de pouvoir furent tels qu'ils entraînèrent la réorganisation politique du pays. Le Macina fut morcelé en i3 cantons; et Amadou Abd El- Qader, déchu de son émirat et condamné par le tribunal de cercle, le 3o avril 19 10, à 3. 000 francs d'amende, reçut toutefois le commandement du canton des DioupouUé.

Il ne put résister aux tentatives et aux suggestions qu'à cause de sa grande influence on venait lui proposer de tous les points du Macina. Il s'abandonna encore à divers abus de pouvoirs, usurpations de fonctions, exactions et exécutions, qui lui valurent une seconde comparution devant le tribunal de cercle de Dienné, le 23 janvier 1912 et une condamnation à quatre ans de prison, 2.000 francs d'amende, une peine d'interdiction de séjour et la restitution de tous les biens pillés.

Son arrestation provoqua une légère effervescence dans son entourage. Plusieurs de ses fidèles diawando lui conseillèrent ouvertement la résistance, et des marabouts ordonnèrent des prières publiques et des aumônes pour que les ordres des Français ne fussent pas exécutés. Quelques peines disciplinaires, immédiatement infligées aux récalcitrants, rétablirent l'ordre sans peine.

Amadou Abd El-Qader, mis en résidence obligatoire à Bougouni, y est mort en 1914.

Très intelligent, très instruit, très ouvert, ce chef était

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un représentant de l'ancien régime, et il est regrettable que ses mœurs politiques n'aient pas permis de l'utiliser jusqu'au bout.

La destitution d'Amadou Abd El-Qader et le refus de l'administration de mettre à sa place son fils, Souka Abd El-Qader, firent porter le choix des Foulbé et Riamaïbé locaux sur le cadi de l'amirou, Alfa Guidado Cissé.

Né vers 1840, Alfa Guidado, fils d'un marabout de l'Ouro Modi, vint achever ses études à Ténenkou, y ouvrit une école supérieure, et s'acquit un tel prestige que l'amirou Allahi Ahmadou Salla l'attacha à son Makhzen comme cadi du Macina. Il suivit l'amirou dans son exode dans le Kounari, revint avec lui, en 1894, à Ténenkou et conserva ses fonctions avec son successeur. Amadou Abd El-Qader.

A la chute de celui-ci (1912), il accepta à contre-cœur le commandement de Ténenkou et du canton des Dioupoullé, mais avec l'intention secrète et bien arrêtée de ne le garder que jusqu'à ce que l'heure propice permît de le repasser à celui qu'il considérait comme l'héritier légitime du pouvoir : le fils aîné de l'amirou.

C'est ce qui s'est produit en efïet. Dès la mort de celuici, il a fortement insisté pour faire accepter sa démission et Souka l'a remplacé.

Alfa Guidado jouissait d'une grande considération religieuse, ce qui lui permit de tenir sa place convenablement et de solutionner à l'amiable beaucoup des difficultés de son administration, mais il n'avait en réalité aucun prestige politique et aucune autorité réelle. Il fut secondé alors par son jeune fils, Modibbo Cissé, ex-élève de la médersa de Dienné, intelligent, instruit et ouvert.

Fidèle à la tradition, Alfa Guidado avait accompagné, en 1912, l'amirou, à cheval, à sa résidence obligatoire de Bougouni.

Il vit aujourd'hui en saint marabout à Ténenkou, objet de la vénération générale.

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Souka Abd El-Qader Cissé, a pris, en iqi5, le commandement de Ténenkou et des Dioupoullé, après le court interrègne d'Alfa Guidado. Ancien élève de la mèdersa, c'est un jeune homme actif, ouvert et intelligent. Sa filiation fait de lui l'héritier légitime de plusieurs générations de chefs et il jouit à ce titre d'une grande autorité. Mais sa moralité est déplorable et il s'est acquis l'inimitié de beaucoup de ses administrés par la façon dont il les pille. Aux dernières nouvelles, il était sous le coup de poursuites correctionnelles pour détournement au préjudice de l'État. Il avait perçu en effet les allocations des familles des tirailleurs en leur nom et pour leur compte, et se les était appropriées.

A côté des chefs politiques, qui sont également les principaux personnages religieux à Ténenkou, on peut citer au second plan : Chékou Chékou, le directeur de la plus importante école du village ; Modibbo Guidado, de la tribu Soh, né vers 1845, disciple de Hamma Sala Modi et par lui de Chékou Hamadou : c'est l'almamy du village ; Bouri Abdou Salam Cissé, né vers 1870, moqaddem qadri et relevant de la même obédience que le précédent.

Les Karabinta de Dia jouissent aussi d'une certaine influence à Ténenkou.

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