VI. — L'Islam bozo
Il faut réserver une place à l'Islam bo^o. Ce peuple est surtout répandu le long des nervures fluviales du Macina, de Diafarabé au Débo, sur le Niger, le bras de Diaka et les mariqets adjacents. Ceux du Pondori et de Dienné déclarent être issus de trois frères, venus du Manding et qui, ayant descendu le Niger jusqu'à Mopti, se séparèrent, l'un allant à Dienné, l'autre à Séguéré, le dernier à Konou, près de Koïssouma. Ceux du Macina paraîtraient autochtones, ne relatant pas de traditions d'immigration. Pêcheurs et navigateurs, ils sont pleins de mépris pour les Somono, qui remplissent la même profession qu'eux, mais qui forment une caste, tandis qu'eux, Bo^o, sont une race avec ses caractères spécifiques, ses traditions, ses coutumes et sa langue. Ils réprouvent toute manifestation d'exogamie avec leurs voisins, et notamment avec les MaTrka.
Ils sont généralement fétichistes, mais des traces d'Islam subsistent chez certains d'entre eux, depuis que l'amirou Chékou Hamadou s'employa à les convertir. Quelques villages se sont fait bâtir des mosquées, dont l'architecture n'est autre que celle des mosquées peul ou bambara environnantes. Deux personnes quelconques, sans aucune instruction, s'improvisent imam et muezzin. Tout leur savoir consiste dans la récitation de 4 ou 5 formules écorchées : Allah Akbar, bismillah, sobhan allah. C'est ce que crie le muezzin en guise d'appel à la prière, c'est ce que dit l'imam et ce que répètent derrière lui les fidèles en guise de prières coraniques, c'est ce que le karamoko enseigne aux enfants qui viennent le trouver et à qui il fait la classe sans livre ni planchette. La plupart des imam des villages bozo ne connaissent pas la Fatiha. Le fait est significatif.
Dans l'Islam noir si superficiel, les Bo^o semblent vraiment détenir le record, et malgré tout on ne saurait en rire, car leur foi, pour n'être pas éclairée, paraît néanmoins très forte et très vive. Eux aussi soufïrent du besoin de croire et paraissent tendre vers une islamisation plus complète. Il est à peine besoin d'ajouter que l'influence de rislam, dans leurs institutions juridiques comme dans leurs coutumes sociales, est à peu près nulle. Ils amalgament très bien dans leur esprit la croyance à la nouvelle religion et le respect de toutes leurs anciennes croyances : tana, pratiques magiques, sorcellerie, thérapeutique médicale ou extra-naturelle, etc., qui se rapprocheraient des coutumes bambara.
On peut citer parmi les quelques personnalités bozo, tranchant sur les autres et jouant au karamoko : — ADienné: Ousman Bo^o Konton, chef des Bozo de la ville et du cercle et qui a subi l'engoûment général pour Al-Hadji Salmoye. — A Bongo: le groupement d'/^ra/izma Bilakoro^ SLlmamy au temps de Chékou Hamadou et qui fut l'apôtre du vil-
lage et le constructeur delà mosquée. On voit son tombeau sur un monticule dans le village et les gens vont y prier régulièrement. — A Diafarabé-Bo^o : Mâma. Sampana, né vers i858,Bou-Bakar Mamadou Dial,né vers 1860; Konoet Bakolo Kontao,né vers 1880. — AZ)m.- Soumana Kontao,né vers i885. — A Ngomi .-BaNientao, né vers 1875, disciple de son père, qui fut converti par les gens de Dienné. — A Mopti : Baba Kalifa Kontao, né vers 1880, maître d'école. — A Néma : Amadou Tanapo, né vers 1880, et Mama Tanapo, né vers 1888, élèves tous deux de Pipo Tanapo, maraboutaillon qui fit un semblant de prosélytisme chez les Bozo de Néma. — A Konna : Souleyman Bou Bakar Taraoré, né vers 1860, maître d'une école de 10 élèves. A Kotara : on trouve des traces d'Islam dans le quartier bozo. Elles sont dues à l'exemple du marabout malinké AUahi Kébé.'Les autres villages bozo: Pora, Nouhoun, Kolensé, ne renferment aucune personnalité marquante.
En général, tous ces Bozo relèvent de l'influence religieuse de la famille Karabinta, de Dia, dont on a vu plus haut le rôle religieux très important. Ce n'est pas à dire pour cela qu'ils se rattachent à elle elTectivement et suivent ses directives ; mais, d'origine bozo, quoique nationalisée marka aujourd'hui, elle a beaucoup contribué par son exemple et son prestige à l'islamisation de ses frères voisins. Au contact des Marka ou Bambara fétichistes, les Bozo ne s'islamisent pas.
Aux Bozo, il faut joindre les Somono, dont la vie islamique n'est guère plus développée et qui comme eux n'ont généralement aucune affiliation religieuse.
On peut citer parmi les personnalités qui tranchent parmi les autres: A Dyibiiaka : Kaboro Ali Kentao, né vers 1840, qui paraît avoir fait des études à peu près sérieuses. — A Fatoma: Amadou Tari Sembé, né vers 1875, relativement instruit et almamy du village. - — A Mopti: Abdoul Qadri Konipo, né vers 1860, qui se
déclare par Alfa Aïda, de Mopti, disciple du cheikh Bakhai. — Oumarou Mamadou Konipo, né vers i865, disciple tidiani d'Abi Allahd Touré, de Dienné : et enfin Bekari Konipo, né vers i85o, sans ouird., car la « prière du Nabi lui suffît ». — A Konna : Oumarou Alfa Niafougou, né vers 1880, paraissant relativement instruit.