III. — Les mosquées, sanctuaires et lieux de prière
A Dienné même, comme dans les provinces environnantes (Pondori, Diennéri, Sébéra) et comme dans leMacina, on retrouve le même genre d'édifices pieux {missidi) qu'à Tombouctou : petits oratoires privés, mosquées de villages consistant en un large emplacement entouré de piquets ou de branchages {kamawal) et enfin grande mos-
quée construite en banco, suivant les principes d'un certain art architectural.
Dans la ville de Dienné même, le nombre de ces petits oratoires privés est assez restreint; on prie dans son vestibule {holan). et l'emplacement de la prière n'est marqué par rien de spécial.
Lagrande mosquée de Dienné est célèbre. C'est certainement le plus bel édifice d'art indigène de toute l'Afrique Occidentale. Elle a été entièrement réfectionnée par l'administrateur local en 1909, sur l'emplacement de l'antique mosquée, célèbre dans l'histoire du Soudan et dont les Tarikh nous parlent à maintes reprises. Elle eut la gloire de compter dix ans comme imam (1627-1637) le célèbre auteur du Tarikh du Soudan, Abd Er-Rahman Saadi. On sait que cette mosquée, que René Caillé eut l'occasion de voir et qu'il décrit « dominée par deux tours massives et peu élevées »,fut détruite environ deux ans plus tard, soit vers i83o, ainsi que tous les autres édifices pieux, par Chékou Hamadou, sous prétexte qu'elle était journellement profanée par des actes de débauche. Par la même occasion et conformément à ses principes, il fit renverser toutes les mosquées de quartier, chapelles rivales et jalouses. Les emplacements sacrés furent réservés à des cimetières. Il fit alors bâtir une autre et unique mosquée, à côté des traces de l'ancienne missidi-diouma. En 1909, cette seconde mosquée menaçait ruine. On résolut delà reconstruire, et après consultation des notables le choix se porta sur l'emplacement de la première mosquée ; sur l'emplacement de la seconde fut élevée la médersa. L'élément poullo n'est pas sans avoir quelque peu regretté la disparition du temple édifié par leur amirou ; et pour leur donner satisfaction, chaque vendredi, le muezzin vient se placer au coin de la médersa, et de là, comme si la mosquée était toujours debout, il lance l'appel à la prière.
La mosquée de Dienné est un magnifique édifice de 40 mètres de côté environ. Il comprend 10 travées nordsud, et 8 travées est-ouest, de 2 mètres de largeur. Le reste est constitué par une grande cour, à ciel ouvert. La hauteur est de 8 mètres. L'édifice est recouvert par une terrasse à laquelle on accède par un double escalier d'une trentaine de marches et qui est trouée de petites cheminées pour l'appel de l'air. Un petit minaret la surmonte, et de là on domine tout Dienné et une bonne partie du Diennéri. De jolis pigeons ramiers volètent toute la journée autour du minaret et s'en retournent le soir dans leurs colombiers. Ils n'ont aucun caractère sacré, comme on l'a prétendu. On les trouve en vente au marché et les indigènes ne se font pas faute de les manger.
A l'intérieur "des murs, on trouve des niches pour veilleuses, entourées de parenthèses curieuses et inexpliquées. On a voulu y voir la reproduction des parties sexuelles de la femme, sans doute pour faire le pendant des motifs d'ornementation qui ornent l'auvent des portes et qui avec sa forme de tube allongée surmontée d'une calebasse renversée reproduit assez exactement le phallus : tafara gorko, « l'ornement de Thomme \>, disent les Diennéens; la chose est peu probable. Elle est en tout cas fort ancienne.
On a fait à l'architecte de la mosquée de Dienné un reproche technique : la confusion des styles : le plein cintre règne, en effet, dans les portes et les couloirs extérieurs, tandis que c'est l'ogive allongée qui fait l'ornement des nefs. Il ne faut pas oublier que dans ces constructions en banco, on n'est pas le maître de ses plans et qu'avant de chercher l'unité de style, on vise à faire tenir l'édifice debout. Au surplus, cette confusion est un ton de plus dans la couleur locale, les architectes noirs n'y regardant pas de si près.
Les parois sont percées de fenêtres par où entrent l'air et la lumière pendant la prière. Le mât du minaret est surmonté des classiques oeufs d'autruche superposés. Il y a
y cr
y on
de nombreuses chauves-souris à l'intérieur de l'édifice; •elles sont fort gênantes et même indiscrètes à l'égard des fidèles recueillis. Aussi avait-on jadis installé une cloche près de la niche de l'imam, et la sonnait-on au début de la prière. Les chauves-souris s'enfuyaient à tire-d'aile et on avait un quart d'heure de repos. La cloche a disparu et est remplacée par des paquets de tessons de calebasse, qu'on agite dans les mêmes conditions.
On a vu que le muezzin lançait, une deuxième fois, son appel, le vendredi, sur l'emplacement de la mosquée de Chékou Hamadou. Il vient le lancer une troisième fois sur le marché, en souvenir, disent les lettrés, de l'ordre qu'avait donné le khalifa Othman. Cette coutume ne se trouve qu'à Dienné.
La mosquée de Dienné est extrêmement populaire dans toute la région. Aussi une grande firme commerciale du Soudan, la maison Danel, a-t-elle songé à l'utilisercomme réclame d'une marque de guinée. Une coquette reproduction en bleu de l'édifice orne le premier lai du coupon, avec l'inscription arabe au-dessous. Cette marque a eu tout de suite un succès considérable.
Le cercle de Dienné, profondément islamisé et comptant des éléments aussi fervents que les Marka, et certains groupements peul, est celui qui compte le plus de mosquées bâties. On compte environ 3oo mosquées en banco. Il n'est pas de village de 200 habitants qui n'ait la sienne, autour de laquelle se groupent les cases des habitants. Ces édifices donnent vraiment, pour reprendre un mot connu, la physionomie spirituelle de la région. Les mosquées les plus notoires ou les plus belles sont celles de Gomitogo, vaste édifice de plus de 3o mètres de côté ; Soha, Pana, Sérimou, Tié, Kobassa, de laquelle les gens disent que les fondations furent tracées miraculeusement une nuit, et qu'on les trouva toutes creusées au matin, Koïma, Kandara, dans le Pondori; et ailleurs, dans le cercle : Sahona, Tongué, Koua-
kourou, Koulensé, Baramandougou, Togoro, Touara-Bani, Diafarabé, Dia, Ténenkou, Murrah, Ya Salam.
La mosquée de Dia, superbe édifice, mérite une mention spéciale par ses dimensions (35 mètres de côté), par son parfait état d'entretien, et ,par la fréquentation dont elle est l'objet.
La mosquée de Diafarabé, modèle agrandi de toutes les mosquées de la région, et qui à ce titre sera décrite ici, est constituée par un vaste quadrilatère de 3o mètres environ de côté, et entouré d'un mur, dont chaque face est percée d'une ou deux ouvertures. A défaut de portes, des barres de bois plantées dans la paroi empêchent les bestiaux de pénétrer dans l'enceinte sacrée. De la surface du quadrilatère les deux tiers forment Hne grande cour, où les fidèles se réunissent en général pour la prière; le dernier tiers constitue la mosquée proprement dite, qui se compose de deux grandes galeries, soutenues par des piliers massifs de maçonnerie soudanaise, et tapissées de sable fin. Un escalier de terre qui s'élève dans un coin de la cour conduit à la terrasse de la mosquée, d'où le muezzin lance ses appels. Il y a, la plupart du temps, un minaret orné d'œufs d'autruche, mais le muezzin n'y monte pas, se contentant de rester sur la terrasse ou même simplement devant la porte. Des poutrelles restent plantées dans le minaret et lui donnent un aspect hérissé. Elles sont destinées soit à servir d'armature à cette architecture de banco, soit à permettre aux maçons de grimper chaque année au sommet pour réparer les dégâts de l'hivernage. Des gargouilles, tuyaux d'argile 'ou demi-troncs de ronier évidés, plantées dans l'épaisseur du mur conduisent, à la mode de l'architecture du Macina, les eaux de la terrasse dans jla rue, sur la tête des passants.
Le « mihrabou » ne se distingue que par une petite excavation dans la paroi et par deux marches minimes. Pas de nattes généralement, pas de tapis, le sable fin ;
comme motifs d'architecture, quelques pointes d'argile sur les piliers et dans les coins. Comme luminaire, un petit canari rempli de beurre de karité où nage une mèche fumeuse.
Des touffes de roniers et de doubalel, au feuillage vert foncé luisant, mettant quelque agrément dans la grisaille de ces bâtisses soudanaises.
La mosquée de Alopti, aujourd'hui disparue, était aussi l'objet d'une grande vénération. La maison Danel a encore utilisé ce sentiment en lançant une seconde marque de cotonnade blanche à son effigie. L'exiguïté de l'île a fait qu'elle n'a pas été relevée sur place, alors qu'elle tombait en ruines, et que l'administration, pour dégager la ville commerçante, a fait construire, sur les indications des indigènes, un autre édifice dans le faubourg voisin de Komagal.
En dehors de ce temple, trois grandes mosquées sont notoires dans le cercle de Mopti : celles de Kouna, de Konza et de Sendigué.
Dans le cercle de l'Issa-Ber, aucune mosquée ne mérite une description particulière. Il suffit de citer parmi les plus grandes et les plus fréquentées, celle de Kassoun (Haoussa-Katawal) ; d'Ouméré et de Sélougourou (Farimaké), de Niafunké et de Tendidaro (Soboundou Samba); de Norkou ; de Bougourintié, Dimango et Korientza (Korombana) ; de Konk (Dirma) ; de Margou et Sa (Dodjiga) ; de Dyibara, Dar-es-Salam, Ouako et SirifiUa (Fitouka), et enfin de Saraféré, Kourba et Sompi, villages indépendants.
Les mosquées peul de la région lacustre de Goundam, celles d'Atta, de Saïa, etc., ont été signalées dans l'étude de la région de Tombouctou.
Les hommes sont seuls admis, en principe, à la prière
publique à la mosquée, et à partir de leur circoncision seulement. En général, ils n'y viennent pas avant l'âge de dix-huit ans, mais dès leur circoncision, ils sont astreints à la prière chez eux. Les femmes âgées y participent quelquefois, mais elles se tiennent groupées dans un coin de la cour. Les jeunes femmes ne doivent jamais y venir. Elles prient chez elles, si elles le veulent. Un infidèle fétichiste qui s'aventurerait à la mosquée devrait en être brutalement chassé. C'est dans la cour que se fait généralement la prière : il n'y a qu'en cas de pluie qu'on pénètre sous les galeries couvertes. Quelques-uns apportent avec €ux une peau ou une petite natte. En général, on se met à même le sable nu et propre. Les ablutions sont faites avec l'eau des canaris, qui garnissent la muraille, et les petits godets de terre qui leur sont adjoints.
L'observance exacte de tous les rites de la prière n'est guère. le fait que des Diennenké et des fidèles instruits des principales mosquées. Les Rimaïbé, les Bozo, etc., ne font qu'une prière des plus fantaisistes. La valeur de la prière étant surtout faite de sa parfaite conformité à la règle, comme celle d'une potion médicale est l'application rigoureuse de l'ordonnance, les fidèles, qui ne sont pas sûrs d'eux-mêmes se placent derrière l'almamy et copient servilement ses gestes.
Les imams (almamy) comme les muezzins (nodowomissidi) sont nommés par l'assemblée des fidèles. Mais ce choix doit s'exercer dans une même famille, où la charge est héréditaire : les Diakité à Gomitogo, etc. Dans les villages mixtes, la fonction est remplie à tour de rôle parl'almamy de chacun des deux familles désignées ; les Ni^apé et Niafo à Kobassa, etc.; quelquefois pourtant dans ces villages mixtes, on s'en tient purement et simplement à l'élection du plus digne.
Il en est de même pour la désignation du muezzin offi-
ciel ; la charge est héréditaire chez les Koufourou à Gomitogo, etc. Toutefois tout homme de bonne volonté peut s'improviser muezzin. Dans les grandes mosquées, il y a généralement des officiants pour les jours de la semaine et un autre pour la prière publique du vendredi. Accepter la charge d'almamy c'est se vouer à une sorte de sacerdoce, qui consiste à représenter la communauté à la mosquée. Or si les fidèles ne viennent pas faire la plupart de leurs prières à la mosquée, il faut au moins que leur délégué, l'almamy, y soit, et la charge est astreignante, mais elle ne va pas sans une certaine rétribution.
L'office de sacristain est rempli par les vieilles femmes, qui viennent balayer, secouer les nattes, apporter de l'eau pour les ablutions, changer le luminaire.
Dans la région de Dienné, la prière la plus suivie à la mosquée est celle du fitiro ; celle de l'aloulé aussi, mais beaucoup moins ; chez les Peul, les salam du crépuscule et de la nuit sont les plus en honneur. Celui qui n'y assiste pas d'une façon à peu près régulière passe pour tiède. Le vendredi naturellement c'est celle de l'aloulé qui réunit les fidèles pour l'office public. A Dienné même, on y compte ce jour-là environ 400 personnes.
Il y a quelques dissidents : Omar Sanfo affectait de ne pas venir à la prière publique, ce jour-là. Son fils Moulay Abd Allah a continué cette tradition orgueilleuse. Il prétendait qu'il est aussi utile de prier chez soi qu'à la mosquée et c'est aussi ce que disent par paresse certains Diennenké, qui ne veulent pas venir régulièrement au fitiro journalier.
Les prières qui suivent l'aloulé du vendredi sont aussi très suivies, mais par ordre décroissant. L'assara voit encore 200 personnes; fitiro une bonne centaine; Safo 6oà8o.
La prière de l'aurore (souba ou fidyiri) n'est jamais suivie à la mosquée.
Le prône de l'almamy consiste, soit en une lecture d'un II. 16
texte arabe qu'on comprend comme on peut, c'est-à-dire pas du tout, sauf pour un très petit nombre de lettrés, soit en un sermon qui est prononcé en arabe, mais dont chaque phrase est traduite au fur et à mesure par le muezzin ou tout autre officiant en songaï, foul-foulbé ou marka. Il consiste en exhortations morales et religieuses, simples paraphrases du catéchisme courant. Il est à remarquer que la dogmatique est complètement négligée dans ces prônes et que Talmamy s'en tient uniquement à la recommandation à l'observance des lois morales. C'est ce qui explique sans doute la faiblesse des connaissances théologiques des indigènes. L'oraison politique qui s'est faitejadis à Dienné en faveur des sultans du Maroc, puis dans l'ensemble des mosquées du Macina en faveur tantôt des amirou foulbé, tantôt des princes foutanké, les uns et les autres Commandeurs des Croyants, ont complètement disparu aujourd'hui.
Les imams, muezzins, etc., qui comme tous les fonctionnaires judiciaires et religieux recevaient, sous la domination des amirou peul une rétribution régulière sur la caisse du bit-el-mal, ne perçoivent plus aujourd'hui que le casuel que veut bien leur servir la générosité des fidèles. C'est ordinairement le vendredi, à l'heure de l'aloulé, que l'homme pieux apportera son offrande : i à 5 francs, plus rarement une couverture, un boubou, un mouton. Chaque fidèle ne donne évidemment pas chaque vendredi. Dans beaucoup de mosquées, le muezzin fait une petite quête le lundi et le vendredi, et garde la moitié du produit; il distribue l'autre moitié aux pauvres de la localité; on fait aussi une quête lorsque de grandes calamités sont en perspective. La viande, les couscous, le lait, ainsi obtenus, sont répartis par les soins de l'almamy entre les pauvres.
Il ne paraît pas que le métier d'almamy enrichisse son homme, et les fidèles paraissent beaucoup moins généreux envers leur prêtre qu'envers les marabouts de passage qui
apportent dans leurs sacoches l'inconnu et les dernières recettes de l'espérance.
Les vieilles femmes qui remplissent le rôle de sacristain reçoivent aussi de temps en temps de petits cadeaux : une poignée de riz ou de mil, i mouchoir, 2 sous, etc.
Dans cette région du Macina, où depuis des siècles l'Islam est au premier plan, où de grands chefs religieux ont conduit les foules vers leurs destinées terrestres ou vers le paradis d'Allah, il est naturel que l'on trouve le culte des saints disparus et que leurs tombeaux soient l'objet d'une vénération spéciale.
Parmi ces groupements religieux spécialement honorés, on peut distinguer trois principaux cimetières : Dienné, Hamdallahi, Bandiagara.
La nécropole de Dienné est peuplée des tombeaux des saints et savants de la vieille cité islamique. Ces tombeaux sont groupés autour de la mosquée soit dans l'enceinte, soit extérieurement. Les plus remarquables sont : le tombeau d'Almamy Taraoré, Marocain originaire de Merrakech et ancêtre d'Alfa Abdoulaye Taraoré, commerçant, maître d'école de Dienné et disciple tidiani d'Al-Hadji Salmoye. Son père Yousso, chérif de la branche idrissite, était venu avec les Arma de la conquête, au début du dix-septième siècle. Après un séjour de quelque durée à Tombouctou, il vint s'installer à Dienné auprès de Sunni Ali, grand chef Marka du Pondori. Ismaïla naquit à Dienné même ; il fut un ouali, qui exerça pendant un demi-siècle les fonctions d'almamy,. le surnom lui en resta. Il fut enterré dans l'enceinte de la cour de la mosquée avec sa femme, Nana Khadidja. Quant à son captif, Guidi Thiara, qui fut un saint aussi, il a été enterré non avec son maître, mais à côté, avec Sirifi Koré. Chékou Hamadou, en détruisant la mosquée de Dienné, n'osa pas toucher à ce tombeau ; on le retrouva en ruines en 1909 et on le réfectionna avec la mosquée elle-même. Ce tombeau est au-
jourd'hui une plate-forme carrée, légèrement surélevée et entourée d'un grand mur de 8 mètres de côté. Ce mur est surmonté de petites pyramides dans le goût local. Un des fils d'Almamy Ismaïla, Alfa Mahmoudou, est enterré entre Tombouctou et Kabara.
A l'extérieur : Sirifi Koré (le Chérif blanc), Marocain, mort vers 1860. Ce tombeau est une plate-forme carrée de 8 mètres de côté, surélevée d'un mètre et entourée d'un petit mur à pyramides. Son père est enterré à Tombouctou. Il n'a pas laissé de descendants.
Dans le mur d'enceinte, mais donnant à l'extérieur, angle nord-est, Alassan et Alousseïni, jumeaux, morts à l'âge de 18 ans vers 1820, alors qu'ils étaient déjà l'édification de la ville. Ce tombeau forme dans le mur d'enceinte une chambrette où se tient en permanence un enfant, élève du muezzin, recueillant dans trois calebasses du mil, du riz et des cauris.
Baba Hami, marabout de renom, mort vers 1875, dans l'intérieur de l'enceinte. Son ancêtre, Hammou Bel-Hadj, originaire de Fez, était venu à Dienné, à la fin du dix-septième siècle, comme percepteur Arma, envoyé de Tombouctou, semble-t-il. Il repartit au Maroc, laissant sur place un fils, Abdour-Rahim, qui était d'ailleurs né à Fez. Il ne revint plus, et Abdour-Rahim resta définitivement à Dienné et fit souche sur place. Le fils de Baba Hami, Moulay Bou Bakar, est aujourd'hui commerçant et alfa de Dienné.
Ces trois tombeaux, qui datent du dix-neuvième siècle, ne se trouvent rassemblés là, que parce que la destruction de la mosquée par Chékou Hamadou transforma l'emplacement en cimetière.
En dehors de la mosquée, on trouve divers tombeaux soit en ville même, soit au cimetière.
En ville, dans le quartier de Sankoré, Cheikh Abd El- Qader Sénio, Marka de Dienné au dix-septième siècle. Ce saint a été inhumé dans sa propre case. Il avait des rêvé-
lations prophétiques, et au cours de l'une d'elles le Nabi lui dicta les Dalaïl al-Fraj^ gros rituel, calqué sur le Dalaïl al-Khaïrat. On en lit des tranches encore le vendredi.
Maïmouna Soumounnou est une grande sainte morte au début du dix-neuvième siècle. Sa baraka est très efficiente à l'usage des femmes qui réclament un mari ou un bon mari, des enfants, etc. Elle a une spécialité : quand on a un boubou vieux et déchiré et qu'on ne peut pas le remplacer par ses propres moyens, on va en déposer un morceau sur le tombeau de Maïmouna. On est sûr de « gagner» un boubou neuf dans un délai très rapproché.
Le grand cimetière de Dienné, dit Dienbou, c'est-à-dire le « lougan de coton », est placé sous le vocable de Moulay Hadi, dont le tombeau est là. Ce saint ayant prononcé une parole mémorable : « Ceux qui sont enterrés à Dienbou iront au Paradis », on y apporte des cadavres de tous les villages environnants.
- L'intérieur de la mosquée ne renferme aucun tombeau ; le Fettach signale bien l'existence « du tombeau du Fodé Mohammed Sâno dans la niche de la grande mosquée de Dienné, derrière la chaire ».
Ces tombeaux sont l'objet de pèlerinages le vendredi; on apporte quelques grains de mil, 5 à lo cauris, qu'on dépose dans une calebasse voisine ; on se met à genoux sur le tombeau et on baise successivement la pierre plate ou la meule, qui marque le pied et la tête. En 1913-1914, année de la famine, on vit de grandes processions de femmes auprès des tombeaux ; beaucoup, mariées ou jeunes filles, s'étaient attachées les bras derrière le dos pour marquer leur impuissance. Elles se couchèrent sur les tombeaux, et criaient en se roulant : « Grand marabout, donne-nous la pluie ; que par ton intercession Allah nous ramène la prospérité. » Les mères de deux jumeaux firent un pèlerinage spécial au tombeau d'Alassan et Alousseïni, comme ayant plus de besoin que les autres, ayant deux bouches à nourrir.
Dans le Pondori, divers autres tombeaux sont l'objet d'une certaine vénération: A Gomitogo, celui d'Almamy Marna Diakité, cité plus haut; à Kandara, celui de Kandara Mori Ciré Kaminian; à Souha, celui d'Almamy Hamadou Soukoumou; à Tiessoro, celui de Sidiki Téra, mort vers 1906, et qui se trouve dans la mosquée même. Dans les divers cantons foulbé, Ouro Alfaka, Ouro Boubou, Ouro Ndyia,etc., les tombeaux de ceux qui, au temps glorieux de Chékou Hamadou, tinrent bien haut la bannière de l'Islam : Alfaïda Alfaka, Alfa Maliki, Alfa Ali. Les fidèles au village viennent souvent, le vendredi, y réciter une prière.
Hamdallahi, l'ancienne capitale du royaume théocratique des Peul du Macina, renferme plusieurs tombeaux, objets de la vénération de ce peuple depuis près d'un siècle. On n'a jamais compris pourquoi le zèle inquiet d'un administrateur interdit ces pèlerinages, qui continuèrent d'ailleurs clandestinement. Cette interdiction a été levée par la suite.
A citer parmi ces tombeaux : celui du fondateur de la dynastie, le.grand Chékou Hamadou, celui de ses fils Chékou Abdoulaye, Chékou Abdous-Salam, Chékou Mamoudou Hamidou, et Abdour-Rahman Chékou ; ceux des grands marabouts : Seïdou Cissé, Nouhoun Abba Cissé, Maliké Cissé, Alkali Macina, Barka Alkali, Mamadou Oumar, et surtout Alfa Nouhou Tahirou.
Alfa Nouhou Tahirou était un disciple du Cheikh Sidi-1- Mokhtar le Kounti. Il fut en quelque sorte le chapelain de l'amirou Chékou Hamadou, l'accompagna dans toutes ses conquêtes, et à ce titre propagea l'ouird qadri des Kounta dans l'élément peul. C'est à cette date, c'est-à-dire au début du dix-neuvième siècle et en grande partie par le prosélytisme d'Alfa Nouhou, que le Macina s'est islamisé et attache a la Voie qadrïa. On sait quels importants événements politiques sont issus par la suite de cette situation.
Alfa Nouhou a été inhumé dans la même case que son maître Chékou Hamadou.
Deux tombeaux de femmes maraboutes méritent aussi de retenir l'attention : celui de Fatoumata Cissé, femme de Chékou Hamadou, que celui-ci aurait répudiée, dit la tradition, parce qu'elle était plus intelligente et plus instruite que son mari; celui de Fatoumata Alfaka, femme de grand savoir, qui de son vivant exerçait le métier de cordonnier.
Les pèlerinages y sont nombreux, mais n'ont plus lieu à date fixe et ne s'accompagnent d'aucune réjouissance. Les pèlerins se contentent de prier sur les tombes et de s'imprégner de leur bénédiction.
A côté des nécropoles diennenké de Dienné, et poullo de Hamdallahi, il reste à signaler la nécropole des Saints de la dernière invasion : celle des Foutanké. Elle se trouve dans le cercle de Bandiagara, à Dinguimbéré, autour delà grotte même où Al-Hadj Omar, ses fils, neveux et serviteurs périrent. Elle a été étudiée ci-dessus.
Tels sont les trois principaux groupements de tombeaux vénérés par tous et visités spécialement par les tenants de la bannière spirituelle qu'ils représentent. Il y en a évidemment d'autres généralement isolés et que la famille cultive avec soin, comme celui du Ouali Bou Bakari, à Guillou, sur la rive droite du Débo, dans la résidente de Saraféré. D'autres enfin sont indéterminés et renferment des personnages légendaires. De toutes les versions recueillies, il n'est pas possible de tirer un schéma historique.
Près de Dienné, au village de Woraka, dans le Pondori, les gens vont visiter le tombeau du prophète Daniel. Ils y laissent de légers subsides que ramassent les pauvres. Sahaba Daniélou, qu'on appelle aussi Khalifa Daniélou, était un des compagnons du Prophète. Il n'a pas laissé de des-
cendance à Dienné. Je n'ai pas pu avoir d'autres renseignements, mais ce Ouali doit être d'origine targui ou iguellad, car il n'y a que ces tribus où le nom de Daniel est porté. Dans rissa-Ber, entre Trinka et Léré, le tombeau de Ibn Sahib, autre compagnon du Prophète.