IV. — Les fêtes islamiques
A Dienné même, ville songaï ou songaïsée, sœur de Tombouctou, les cérémonies ne diffèrent guère de ce qui se passe dans la capitale de la boucle.
Dans les éléments peul et foutanké au contraire, on trouve quelques coutumes spéciales, mais assez rares, car le foyer diennéen a rayonné sur toute la région et une certaine uniformisation s'est établie.
Le mois de Ramadan (Korka) est un mois sacré et spécialement consacré à la piété. Le redoublement de ferveur est très sensible. Les fêtes commencent le 27, pour liltou-1qadri, ou nuit du destin. On réunit les enfants dans les écoles pour leur faire réciter des prières, et on va assistera l'office du fidyiri, à la mosquée.
Puis commencent les préparatifs pour la fête de la rupture du jeûne : lavages des vêtements, fourbissage des bijoux et armes, toilette corporelle complète, bains, coiffures, parfums, rasoir, épilage, etc. Le jour de diouldé tokosséré ou diouldé korka, le salam de 9 heures a lieu solennellement hors du village; à Tissue du prône, les gens se congratulent réciproquement et se font des souhaits et visites.
C'est le jour où l'on doit faire ses aumônes légales : il faut, depuis Chékou Hamadou, que chaque pauvre ait son moudd de grain ce jour-là : jadis 2 kgr. 5oo, aujourd'hui 3 kilos ; les enfants vont de porte en porte quêtant : « Donne-
nous le cola de la fête. » Les jeunes gens font des courses de chevaux et des joutes à la lance.
La grande fête du mouton, ou laya (dahia) est la fête la pl'AS solennelle de l'année liturgique. Elle est célébrée avec pompe. Les mêmes préparatifs s'y retrouvent que pour le diouldé korka. Un mouton est en outre égorgé dans chaque famille et on communie dans sa chair, suivant la règle canonique. Les pauvres doivent en recevoir une portion. La peau du mouton séchée fera un petit tapis de prière. Les cornes sont accrochées au-dessus de la porte extérieure des maisons, dans la rue. Elles servent de porte-bonheur^ et plus prosaïquement de crochets pour suspendre les nattes.
Le sang n'est pas généralement considéré comme ayant une vertu spéciale. Cependant quelques personnes en ramassent une parcelle, mélangée au sable, assurant que cette amulette est souveraine contre les rhumatismes du cou. Les fétichistes, impressionnés par ce déploiement de cérémonies, auraient plus de tendance à utiliser ce sang de la dahia islamique et plusieurs viennent le recueillir et le portent dans leurs gri-gri.
Le mouton est de préférence blanc et a été l'objet d'une minutieuse toilette ; à défaut de blanc, on en prend un d'une autre couleur," mais pastoutnoir. Adéfautde mouton, on peut égorger une chèvre, un bœuf, etc.
On fait souvent usage de henné : les hommes à la main gauche ; les femmes aux mains et aux pieds.
Le grand salam de Laya, comme celui de diouldé korka, se fait à Dienné au champ de courses de Kénafa, sous la présidence d'Alfa Baber Touati.
Les écoliers ont vacances ; les chants retentissent ; tous se précipitent aux courses de chevaux ; et chez les Peul eux-mêmes, on trouve à cette occasion quelques nuits de tam-tam.
On se visite en groupe, non seulement à l'intérieur d'une
agglomération, mais même de campement à campement ou de village à village.
UAchoura arabe, en foui foulbé « haram », est assez bien observé par les PeuL Le jeûne et un bain dans le marigot précèdent la fête. C'est cette nuit-là en effet qu'Allah arrose la terre islamique avec l'eau de Zemzem. Cette eau se répand dans les fleuves et marigots. Il est bon de s'y aller tremper. Il faut aussi faire une toilette complète, se tailler les ongles des pieds et des mains, se frotter les dents, etc. On allume un grand feu et on se passe de main en main les tisons. On fait ici quelques pèlerinages aux tombeaux des saints. Puis les réjouissances interviennent : festins, prières, etc. On se rend visite, se souhaitant une heureuse année et le plaisir de se revoir au haram suivant. On s'offre des étrennes réciproques. Le neveu va trouver son oncle et se fait faire un cadeau de cauris.
Il semble, en eflet, que Haram ou Dedew soit la fête des cauris. Ils doivent tomber en cascade ce jour-là, et ce sera le symbole qu'ils seront abondants dans le cours de l'année. Les enfants vont quêtant disant : « Bonne année, donnezmoi ma fête de cauris. » Il faut en donner spécialement aux orphelins, en leur touchant la tête.
Quelques personnes relient l'année nouvelle à Tannée ancienne eh mangeant ce jour- là la tête et les pieds du mouton de laya, gardés, séchés et fumés à cette intention. Leur baraka se fera- sentir pour tous les jours de l'année. En tout cas, il faut manger abondamment ce jour-là, car c'est l'indice qu'on se rassasiera souvent dans l'année.
Le Mouloud (Mouloud Domba) n'est guère connu que des lettrés. Ils jeûnent ce jour-là, puis font en commun quelques pieuses lectures de la Borda ou d'Ibn Mouhibb, depuis le 12, jour de la naissance du Prophète, jusqu'au 18, jour de sa circoncision et de la collation de son nom.
Le vendredi est un jour de fête et d'heureux présage. On se visite entre amis et connaissances. On se serre la main, et on se dit: « Je vous souhaite une bonne semaine ». Quelques-uns disent même : « Une bonne année. »