II. — Les coutumes sociales
]J accouchement des femmes islamisées ne présente aucune particularité, si ce n'est que Tamulette d'heureuse délivrance a remplacé le gri-gri classique et les conjurations du sorcier, si ce n'est aussi qu'il ne date jamais de certaines nuits^ où par piété on s'abstient de relations conjugales.
Chez les Peul Sankaré, le père répand, dès la naissance, un peu de miel sur la tête de l'enfant.
La mère doit nourrir elle-même, et tant qu'elle le peut, son enfant, jusqu'à ce qu'il soit en âge de boire du lait de vache. Pour que cette tâche de bonne nourrice débute dans d'excellentes conditions et soit un présage d'heureuse suite,
la mère doit être nourrie au couscous de mil et à la viande pendant les sept jours qui suivent sa délivrance. Le septième jour on prépare la fête du lendemain, en distribuant des kolas aux parents et amis.
Le lendemain est la fête de l'imposition du nom. Le marabout et les amis y sont conviés : un festin de couscous, de viande et de kolas consacre ce jour mémorable, et une prière est récitée à la mosquée à celte intention. L enfant reçoit sa première amulette officielle et la mère quitte le gri-gri de bonne conception*, porté jusque-là. A l'occasion de cette fête, le père constitue généralement un petit pécule à son fils. C'est ordinairement une vache, quelquefois un cheval. La bête reste évidemment dans le troupeau paternel, mais elle appartient à l'enfant, et devenu grand, il en prendra possession.
Le PouUo du Macina et des provinces environnantes a deux noms : le nom islamique ou prénom {hindé)y qu'il reçoit le huitième jour de sa naissance, et le nom ethnique ou nom de sa tribu {yettoré).
Le prénom est tiré du calendrier islamique ordinaire. A remarquer toutefois que les Hamadou et Hamidi abondent à l'heure actuelle, sans doute en honneur de la dynastie diallo, qui vient de disparaître au Macina, et qui Ta réislamisé. Les deux tiers des Peul portent l'un ou l'autre de ces deux noms.
Le nom ethnique est celui de l'une des quatre grandes tribus de laracepeule: Dialloubé,Ourourbé,Ndayébé, Férobé, qui peuplent, fort intermélangées d'ailleurs, le Macina et ses dépendances, ou de l'une des fractions ou sous-fractions de ces tribus. Il remplace le diamou ordinaire des noirs.
Au Macina, et en langue foul-foulbé, on emploie de préférence comme noms de tribus, les appellations suivantes qui correspondent intégralement aux premières : Dialloubé, au singulier Diallo, ou simplement Dial ; Bah, Bari et Soh>
Le nom du Poullo se présente donc aussi : Hamadou Diallo, Abdoulaye Soh, etc.
Dans la troisième tribu, les Ndayébé ou Bari, d'où est sortie la dynastie musulmane et apôtre du dix-neuvième siècle, le diamou de Cissé emprunté aux Mandingues a fini par remplacer celui de Daédio et de Bari. Puis, comme tous les Cissé étaient des marabouts, ce nom de Cissé est devenu un terme commun pour désigner non seulement les tenants de la tribu Bari, mais tout poullo dont les études ont fait un karamoko duMacina. C'est pourquoi les trois quarts des Karamoko du Macina portent le nom de Hamadou Cissé, ou de Abdoul-Qadir Cissé, soit — et c'est le grand nombre — qu'ils appartiennent aux Bari et dans ce cas ils fussent Cissé dès leur naissance, soit qu'ils appartiennent à une autre tribu, mais qu'ils aient fait leurs études et dans ce cas ils changèrent, à l'issue de leur éducation, leur appellation de Diallo, Soh ou Bah en celle de Cissé.
On trouve aussi le diamou de Taraoré, accolé au nom islamique. Il équivaut généralement à celui de « Chérif ». On dit ici Oumara Taraoré, comme on dit ailleurs « Oumara Haïdara ». De plus, Penfant qui naît dans la nuit sainte du jeudi au vendredi, et même quelquefois dans celle du dimanche au lundi, est souvent appelé Taraoré; et d'aucuns disent que cette naissance comporte une origine chérifienne. Parfois encore, on donne simplement à l'enfant, né dans cette nuit du vendredi, le nom de Sirifi, et c'est ainsi que se sont constituées avec le temps, en plusieurs points duMacina (Kanéou, etc.) des familles de Sirifibé.
Les noms de la coutume : Samba, Sama, Demba, Boubou, Wangara, Kolado, Guidado, etc., se retrouvent aussi fréquemment et remplacent le nom islamique. Celui-ci existe néanmoins, quoique peu usité dans ce cas.
On trouve enfin comme nom les titres professoraux ou
universitaires de l'Islam, déformés par la prononciation locale : Alfa, Modi, Karamoko, Almamy, etc.
La circoncision est dite bangou-dam a Dienné, et tadougol par les Peul.
C'est entre 8 à i5 ans qu'elle est pratiquée. L'opérateur est généralement un coiffeur {ivandia) à la ville; un forgeron ou un dimadio à l'extérieur. Il use à cet effet de ciseaux spéciaux à Dienné, d'une serpette chez les Peul et Marka.
L'enfant est assis sur un mortier renversé après que le membre a été lavé à l'eau claire et que le marabout a récité une prière sur sa tète ou lui a accroché une amulette spéciale. S'il a peur, un homme lui met sa main devant les yeux. On ne trouve pas ici ces traditions de courage et de stoïcisme dont font parade les Foula et Toucouleurs du Fouta-Diallon, et les enfants ne se font pas faute de pousser des hurlements de douleur. Cependant, celui qui s'est bien conduit acquiert de ce jour une réputation de bravoure. L'opérateur, à Dienné, tire sur la peau du prépuce et la coupe avec ses ciseaux. Chez les Peul et les Marka, on sépare le gland de sa peau par une forte ligature et on tranche alors en toute sécurité.
Un pansement de poudre de tannin et de sable brûlant est fait aussitôt, et pour que la verge ne frotte pas sur les cuisses, on la lui maintient un peu en l'air, en l'attachant aux deux ficelles qui font le tour du bassin. Cet appareil est remplacé, quelques jours plus tard, par un petit sac.
Les jeunes circoncis vivent en commun, dans la case et sous la surveillance d'un gardien, qui s'est offert par piété ou qui recevra son salaire. Quand on ne trouve pas de case dans le village, on en construit une ad hoc aux abords.
Ils doivent être abondamment nourris les premiers jours. On leur donne du couscous, des plats de viande en sauce, pimentés d'oignon, des bouillies de farine liquide, qu'ils doivent boire tous les matins, etc. Ils doivent peu
dormir, autant pour ne pas se blesser pendant leur sommeil que pour éviter qu'ils ne deviennent, pendant cette période de moindre résistance, la proie des génies malfaisants. A cet effet, on confectionne une sorte de claquoir avec des tessons de calebasse, et leur gardien, ou une vieille femme déléguée, l'agite chaque fois qu'ils commencent à s'assoupir. Au surplus, le bruit éloigne les démons.
Pendant ce temps, les enfants laissent leurs vêtements étendus devant la case et les passants y jettent des cauris.
Le septième jour, l'opérateur vient voir ses clients, et leur fait un pansement au beurre frais. Il enveloppe le tout de coton. Un peu plus tard, il emmène tout son monde au marigot, dans l'eau courante. Les enfants s'agitent de façon à ce que le fil de l'eau emporte le pansement et lave la plaie.
L'opérateur l'examine alors, pendant que les enfants se chauffent autour d'un grand feu. Si elle est encore sale, il la nettoie avec des plumes de poule, puis il la soupoudre avec du noir de fumée bien pilé. On rentre alors en bande à la case commune et on fête cet heureux jour par un festin, dans la composition duquel entre généralement unmouton rôti.
Quelques jours plus tard, la bande se disperse et revêt dès lors le pantalon ; la famille y ajoute le plus souvent un boubou neuf. Les vieux habits des jeunes circoncis deviennent la propriété du gardien.
Quand il y a, parmi les enfants, des fils de famille, ce sont les pères qui font les frais généraux de l'opération pour les enfants pauvres. Ce sont eux qui fournissent les aliments et rémunèrent d'un pagne ou d'un boubou le circonciseur et le gardien. On y ajoute individuellement quelques cauris, des sous, un peu de riz et de mil, etc.
La circoncision est toujours pratiquée de janvier à mars, quand la température est fraîche et permet une rapide cicatrisation des plaies. L'heure est généralement la nuit
naissante, à Dienné, et la première aurore, chez les Peul et Marka.
Dans un petit village, on réunit tous les enfants et on procède d'un seul coup. Dans un bourg ou une ville, on réunit les enfants du quartier ou d'un groupement familial.
Après la circoncision, les enfants doivent des visites aux personnes qui se sont intéressées à eux et leur ont envoyé des calebasses de nourriture. A cet effet, ils vont se promener dans les villages environnants et se font voir, pour prouver en outre leur virilité désormais reconnue. Ils profitent de l'indulgence générale pour faire main basse sur les poules, les calebasses de lait, etc.
Pendant ces quelques jours, on donne de grandes fêtes, et les habitants des villages voisins et les étrangers y participent. Ici comme en plusieurs autres endroits, il est évident que cette opération et les réjouissances qui l'accompagnent et qui sont exactement les mêmes chez lesBambara fétichistes voisins, sont bien antérieures à l'Islam et constituaient la plus grande fête de la coutume. C'était le rite du passage de l'enfance à la virilité, l'âge où il sera permis d'aller à la guerre, de se marier, ou tout au moins d'avoir des relations avec une femme, de prendre part aux cérémonies du culte ancestral, etc. Et on marque ce nouvel -état de choses par le port du pantalon, destiné à cacher ce qui chez les enfants n'a pas d'importance. La religion nouvelle l'a fait sienne, en rajeunissant toutefois l'âge de l'opération.
Le circoncis est appelé à Dienné comme à Tombouctou : bangou idyé, « le fils est rentré î».
Les Peul le nomment tadibé, « celui qui a l'âge de revêtir le pantalon», et les Marka saliiden, « le fils coupé », ou encore bolokodé, « celui qui a laissé son prépuce ».
Chez les uns et les autres, le prépuce {dyofolo kourou en songaï, ngourou pourou en foul-foulbé, c'est-à-dire « peau de l'incirconcis ») est enfoui et n'est l'objet d'aucun rite spécial.
Le terme dy^ofolo, « incirconcis », est une grave injure pour l'homme circoncis.
La promotion de circoncision entraîne une véritable camaraderie. Les jeunes gens se doivent aide judiciaire, assistance pécuniaire, réconfort moral, etc. Ils font quelquefois des banquets en commun.
V excision est pratiquée sans exception chez les Peul et Marka du Macina, ainsi qu'à Dienné, sauf toutefois pour cette ville dans les familles" arma ou alfa, d'origine marocaine, et chez les Chorfa. Ils en donnent comme raison que leurs ancêtres ne le faisaient pas.
C'est entre 2 et 7 ans que la fillette est excisée et même plus tard, chez les fétichistes et néo-islamisés. L'opératrice, qui est femme d'un cordonnier, la fait coucher, et on lui tient solidement bras et jambes. D'un coup rapide d'un couteau effilé ou d'un rasoir, elle lui tranche le clitoris. La victime pousse des cris affreux, mais on les étouffe en agitant bruyamment des calebasses.
On fait immédiatement rentrer l'enfant dans le marigot, où elle s'asseoit et le fil de l'eau doit arrêter l'écoulement du sang. Elle renouvelle ces bains trois fois le premier jour, et deux fois le deuxième. Si l'hémorragie ne s'arrête pas, on lui fait prendre un bain de siège dans de l'eau tiède où on a mêlé de la poudre de tannin.
L'opération est pratiquée pour toutes les fillettes d'un village ou d'un quartier, dans les mêmes conditions et aux mêmes époques que la circoncision pour les garçons et souvent le même jour, mais naturellement en des endroits séparés. Elles vivent ensemble pendant deux semaines, chez une gardienne qui est généralement l'opératrice.
Les indigènes ne peuvent pas donner de raisons sérieuses
à la pratique de l'excision. Certains lettrés disent que cette
coutume est tirée du geste de Sarah, femme d'Abraham.
Sarah, jalouse de la grossesse d'Agar, lui lit trois marques