TRACTEUR A UN SEUL SOUFFLET
Les perfectionnements que je me propose d’apporter à l’appareil électro-pneumatique ont pour résultat de réduire, plus que par le passé, l'intensité et la force électromotrice : de là plusieurs avantages, notamment aux divers points de vue de la réduction de l’étincelle des contacts, de la constance du courant et aussi de la dépense.
Quant à la vivacité d’attaque et à la promptitude d’action, on ne saurait mieux faire que ce qui existe déjà. Sur ce point, M. Delon s’exprime ainsi :
« Dans un système électro-pneumatique bien conçu, « tel que le système A. Peschard, et bien exécuté, « comme il l’est, par exemple, par M. Debierre, le « retard est insensible. Non seulement j’ai touché l’orgue « de M. Debierre à Nantes, mais j’y ai fait des expé- « riences acoustiques avec une oreille prévenue et juste- «< ment dans le but d'évaluer le retard; j’ai constaté que « le mouvement électro-pneumatique, tel qu’il existe « dans cet instrument, est aussi preste que le meilleur « pneumatique et que ce retard est réellement inappré- « ciable à l’audition (1). »
11 y a donc là un fait acquis, lequel d’ailleurs ne rend
(1) Monde musical , 13 décembre 1895.
que plus intéressant tout perfectionnement concernant l’appareil.
L’appareil électro-pneumatique ou tracteur, destiné à ouvrir la grande soupape d’introduction donnant passage à l’air comprimé dans la gravure, c’est-à-dire dans les tuyaux, comprend trois parties : un souftlet qui, en se dégonflant, ouvre celle grande soupape d’introduction, une petite soupape placée dans le conduit et servant à la fois pour l’introduction de l’air comprimé dans le soufflet et pour la décharge, enfin un électro-aimant dont l’armature fait ouvrir cette petite soupape.
11 n’y a plus, je pense, à discuter sur le soufflet et sa soupape intérieure, mais on peut se demander si l’électro-aimant doit être placé dans la lave ou hors de la lave, et quelles sont les conséquences de ces deux dispositions.
Nous savons que, pour un sommier de cinquante-six soupapes, il faut cinquante-six tracteurs électro-pneumatiques, chacun muni de son électro-aimant. Celle longue série d’électro-aimants, dans le cas où elle est disposée hors de la laye, est facile à surveiller, l’œil la passe rapidement en revue et, par suite, la cause d’un dérangement est facile à découvrir, même l'instrument étant en marche.
Au contraire, si l’électro-aimant se place dans le sommier, on conçoit que, pour opérer une rectification, le sommier doit être ouvert et, conséquence inévitable, l’instrument préalablement réduit au silence.
Et ces considérations ne sont pas les seules. Nous avons souvent parlé de l’action angulaire et de l’avantage du rapprochement de l’armature des pôles. Or, en plaçant l’électro-aimant hors du sommier, nous sommes au large pour disposer l’armature et obtenir une course aussi considérable qu’on le désire pour l’ouverture de la
petite soupape; il n’en est plus tout à fait de même si l’électro-aimant est placé dans le sommier (1). Inutile après tout d'insister puisque, pour le moment, je ne m’occupe que de la disposition concernant l’électroaimant placé dans la laye avec armature à mouvement parallèle.
La tige servant à transmettre le mouvement de l’armature à la petite soupape une fois supprimée et l’électroaimant étant introduit dans la laye , il s’ensuit (pie l’armature, recouverte d’une peau mince sur ses deux faces, va constituer elle-même la soupape <1 introduction et de décharge du tracteur, dès lors son jeu devient libre avec l’aide de deux guides seulement et sans transmission de mouvement.
C’est très simple, mais alors soupape et armature sont identifiées (2) et puisque, comme nous venons de le dire, il est avantageux de rapprocher l’armature des pôles, il faut se demander si, dans le cas qui nous occupe, l’armature ainsi rapprochée laissera bien tout autour d elle , en se soulevant, une voie de dégagement d’une surface équivalente à celle de l’orifice de décharge.
A ce propos, je rappellerai le cas de plusieurs soupapes étroites, donnant ensemble la même fuite qu’une seule plus large et avec moins de course (3). Si dans le même ordre d’idées, nous donnons à la soupape circulaire et à mouvement parallèle une course, en soulèvement, égale à la moitié du rayon du tube de décharge,on
(1) Ou peut cependant faire agir l’électro-aimanl dans la laye avec armature à mouvement angulaire. Celle disposition devient même facile avec mon système de porte latérale.
(2) Aussi, dirons-nous indifféremment : soupape, armature, armature-soupape.
(3) J'ai breveté en 186-4, parmi diverses dispositions, l’action d’un électro-aimant sur une soupape divisée en plusieurs perforations.
comprend qu’il devient nécessaire d’accroître considérablement l'énergie de l'électro- aimant à mesure qu'on augmente le diamètre du tube. A une surface plus grande de soupape correspond, en effet, un écartement plus grand d’armature afin d’obtenir la fuite d’air en rapport avec l’orifice circulaire du tube de décharge.
Il est vrai qu’on peut agir avec deux tubes, ce qui permet de moins éloigner l’armature ; d’excellents instruments sont ainsi construits avec deux tubes de décharge. On a proposé encore de multiplier le nombre des tubes, mais alors l’armature est extrêmement rapprochée et son jeu exige une précision impossible à garantir dans des instruments exposés à la poussière et à l’humidité.
Je m’arrête à un moyen plus simple en donnant aux ouvertures la forme rectangulaire. Dans les dispositions suivantes concernant le tracteur à un seul soufflet le conduit de décharge rectangulaire (1) aura un prolongement horizontal de 35 millimètres; l’écartement des parois du conduit sera de 2 millimètres et l’armature aura 1 millimètre de course. Ces mesures et ces proportions varient nécessairement, par exemple, pour le cas du tracteur à deux soufflets, mais toujours nous restons dans des conditions normales en profitant d’un faible écartement d’armature.
(1) Dans le commerce, on trouve des tubes en cuivre de toute dimension qu’on peut aplatir et transformer en conduits rectangulaires ; toutefois, comme les parois doivent avoir une certaine consistance, il est préférable, en pratique, de recourir ii des feuilles épaisses taillées de grandeur, puis façonnées et soudées.
Le conduit d’introduction est plus grand que le conduit de décharge et consiste, le plus souvent, en une simple perforation pratiquée dans le bois de l’appareil.
Il s’agit d’abord do régler ce faible écartement do 1 millimètre. Dans les appareils en usage aujourd’hui, l’armature est emprisonnée dans le canal du soufflet, de toile sorte que son jeu entre les conduits d’introduction eide décharge est soustrait à la vue ;je me suis alors demandé s’il ne serait pas préférable, pour obtenir le plus de précision possible, d’opérer le réglage à découvert, et de vérifier de visu le fonctionnement de l'armature. Pour cela il devient nécessaire do fixer l’éleclroaimant à l’appareil avant l'introduction dans le sommier et d’établir comme une petite lave dans l’intérieur du conduit du soufflet avec une fermeture analogue,en diminutif, à celle d’un véritable sommier d’orgue,
La figure 1 représente l’appareil à l’état de repos dans la laye du sommier : la grande soupape S donne accès à l’air comprimé dans la gravure et se trouve au-dessus du soufflet avec lequel elle est reliée par un tirant; le ressort R sert à faire revenir la soupape S en place, et, par cola même, à maintenir relevé et gonflé le soufflet H. Le soufflet tracteur disposé dans la laye a tant de fois été décrit qu’il est inutile de trop insister; au repos il est gonflé par l’air comprimé qui y pénètre par l’ouverture d’introduction G, mais ne trouve pas d’issue pour sortir puisque la soupape - armature s s ferme le conduit de décharge I : la tablette mobile du soufflet est donc également pressée à l'intérieur et à l’extérieur, de sorte que la pression se neutralise elle-même. Mais, si la soupape s s est soulevée par l’électro-aimanl, 1 air comprimé renfermé dans le soufflet trouve une issue par le conduit I
et alors la pression de la laye force le soufflet à s’abaisser en déchargeant l’air qu’il renferme.
En même temps, l’air comprimé de la laye se trouve arrêté et ne peut plus entrer dans le soufflet,' puisque la soupape s s, attirée par l’électro-aimant, ferme l'ouverture d’introduction G, de sorte que le soufflet ne subissant la pression que sur sa face supérieure, demeure abaissé et dégonflé ayant, bien entendu, entraîné la grande soupape S, ce qui est le but final. Puis, lorsque l’électro-aimant cesse d'être excité par le courant, la soupape s s retombe sur le conduit de décharge 1 et donne ainsi, par l'ouverture G, accès à l’air comprimé dans le soufflet. Ce dernier n'a plus dès lors d’action motrice, puisqu’il subit la même pression extérieurement et intérieurement, le ressort R ramène donc en place la grande soupape S et celle-ci, en se refermant, relève, par le fil de traction, le soufflet, qui se remplit de nouveau (1).
Voilà, dans son fonctionnement, le tracteur électropneumatique que j’imaginai en 1864 et qui, à part certaines modifications accessoires, est aujourd’hui généralement adopté, soit seul, soit multiplié, il se caractérise
(1) M. Pouget de Maisonneuve, inspecteur général honoraire des Postes et Télégraphes, ayant eu, en 1888, à faire un rapport sur un système électro-pneumatique présenté comme d’origine américaine, s’exprime en ces termes (Rapport de la Commission pages 11 et 12) :
« Pour obtenir un mouvement rapide, sans emploi de force électrique, il fallait, pour chaque note, un petit moteur particulier que nous allons décrire sommairement.
« Il se compose d’une petite poche en forme de soufllet enfermée dans le sommier et soumise à l’action du vent qui vient peser sur la surface où est fixée la soupape du tuyau.
« Au repos, cette poche est intérieurement gonflée d’air qui maintient l’équilibre avec le vent qui la presse extérieurement. Le courant électrique lancé par la touche du clavier fait soulever l'armature de l’électro-aimant et, immédiatement, l’entrée de
par la suppression de l’une des deux soupapes du levier pneumatique primitif, par le dégonflement lors de l’action et par la petite soupape d’introduction et de décharge s s à double face et à double effet. Ces caractères se retrouvent dans les orgues électriques notamment de MM. Debierre (levier simple) et Merkin (levier double) pour ne parler que des œuvres de notre industrie.
Abordant maintenant, dans leurs détails, les perfectionnements que je propose, je commencerai par expliquer (fig. 1) comment chaque tracteur se place dans le sommier et se retire : nous avons compris que le maniement doit en être facile puisqu’il peut exister jusqu’à deux cents et plus de ces petits moteurs dans un orgue. A cet effet une traverse T faisant corps avec le sommier
l’air à l’intérieur de la poche est supprimée, celui qui la gonflait s’échappe dans l'air ambiant, et la surface de la poche, cédant sous l’action du vent, entraîne avec elle la soupape introduisant l’air dans le tuyau.
« Ce moteur aussi simple qu’ingénieux, naïf même, comme dit M. Wolf (Lettre de M. Wolf, membre de l'Académie des Sciences, à M. Merklin. Paris, 13 août 1887), a la valeur d’une véritable découverte scientifique. Son emploi est étendu à tous les mouvements de l'orgue, registres, pédales de combinaison et mouvement de la boîte expressive, et il fait opérer tous ces mouvements de forte résistance, à l’aide de soufflets auxiliaires plus grands. »
Cette description, comme on le voit, s’applique exactement à mon soufflet intérieur breveté dès 1861.