‹ Études sur l'origine des BasquesChapitre 11 sur 39 · SI · texte numérisé non relu

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L'application de l'anthropologie au problème de l'origine des Basqaes, suppose certaines notions sur les élémenis ethniques de l'Espagne ; et le lecteur me permettra de consacrer à cette étude le présent paragraphe, en débutant par un aperçu rapide sur la géologie de la Péninsule.

11 suffit de jeter un coupd'œil sur une carte d'Espagne, pour reconnaître que la partie centrale se distingue par trois chaînes de montagnes, qui forment le squelette du pays : le Guadarrama (montes Carpetanos)^ les montagnes de Tolède et la Sierra-Horena, séparées par le Guadiana. Ces trois chaînes,

émergées avant Vépoquc secondaire, formaient des îles autour desquelles les dépôts plus récents sont venus s'accumuler. Elles ont la même direction, et traversent une partie de la Péninsule de rE.-N.-E. à TO.-S.-O. La chaîne du Guadarrama, qui est la plus élevée, se compose principalement de granité, de gneiss et de schistes cristallins, avec quelques lambeaux de calcaire saccharoïde. Vers TEst, près de Retienda et de Val-de-Sotos, ces roches cèdent la place aux schistes houil- 1ers, qui disparaissent eux-mêmes sous le terrain crétacé, tandis que la chaîne granitique (Sierra- de-Gredos, Sierra-de- Gata, Sierra-d'Estrella) s'avance jusqu'en Portugal. La Galice est aussi principalement composée de granité, de gneiss, de micachistes, avec quelques lambeaux de calcaire et de schistes siluriens situés à l'Est. Au Sud-Est de Grenade , la Sierra- Nevada présente un autre exemple d'une masse considérable de schistes cristallins. L'axe de cette chaîne très-haute, mais peu étendue, est formé par des micachistes d'un âge encore douteux. Il est peut-être moins ancien qu'on ne pourrait le croire.

Le terrain silurien se manifeste dans la Sierra-Morena et dans les montagnes de Tolède, et les roches dévoniennes se développent dans la première de ces chaînes, au midi de laquelle sont situés des dépôts carbonifères. Dans les Asturies, les roches dévoniennes sont recouvertes par le plus riche terrain houiller de l'Espagne. L'existence du système permien dans ce pays n'est pas encore certaine ; mais il n'en est pas de même du trias, qui se développe sur les deux versants de la chaîne cantabrique (provinces de Santander et de Palencia), et surtout dans la province de Cuença et dans le royaume de Valence.

Le terrain tertiaire ne se compose guère, dans la Péninsule, que de couches calcaires épaisses de 3 ou 400 mètres, et peutrétre plus. Il se développe principalement vers les sources

4iu Tage, du Jucar, du Gabriel et du Guadavialar (montagnes d'Albarracin et de Prias), dans la haute chaîne de la Gamarena, au sud de Teruel, et vers le sud par des lambeaux discontinus jusqu'au Pico el Tejo près Requena (route de Madrid à Valence). Ce terrain manque presque complètement dans la province d'Âlicante, se montre en Murcie, au nord de Lorca, en Andalousie, dans la Sierra>Elvira, passe au sud de Cordoue à Cabra et à Baena, forme une partie de la Sierra-de-Ronda, et se termine au rocher de Gibraltar. Les dépôts jurassiques s'étendent, au nord du massif central d'Albarracin , par Haranchon, Ânchucla del Gampo, près Molina, et rejoignent les Sierras de Honcayo et de Burgos, où ils sont très-

Les dépôts crétacés ne sont représentés, en Espagne, que par le terrain néocomien (ligne parallèle à la côte orientale jusqu'à Tortosa), le grès vert et la craie tufau (ligne tournée vers l'intérieur, et formant une ceinture dont le centre est à Coença). A l'époque de la craie, la Péninsule parait avoir déjà émergé en grande partie, et le plateau central, limité au nord par l'Êbre et au midi par le Guadalquivir, a cessé d'être sous les flots. Le terrain nummulitique reste en dehors de ce plateau intérieur, borde la chaîne des Pyrénées el la côte de Catalogne, disparaît à la hauteur de Tarragone, reparaît dans les montagnes situées au Sud Est de l'Espagne, au Sud de Valence, à TEst d'Alicante, et se termine près de Malaga.

Le terrain tertiaire, principalement composé de formations lacustres, est celui qui occupe, en Espagne, la plus vaste superficie. On peut le diviser en trois groupes, dont le supérieur est essentiellement composé de calcaire caverneux, siliceux. Dans le moyen, prédominent les éléments marneux ol gypseux, et l'inférieur est formé d'assises de grès, et de conglomérats de cailloux roulés analogues au nagelfluh. Le terrain tertiaire se développe dans les grandes plaines de la

Nouvelle-Castillei dans le bassin du Duero et dans celui de rËbre, restes de trois grands lacs d'eau douce. Le terrain miocène marin est limité au pourtour de la Péninsule, où il forme, çà et là, des bandes plus ou moins étroites, qui ne pénètrent un peu profondément à l'intérieur que dans les bassins du Tage et du Guadalquivir.

Le terrain diluvien espagnol forme des ceintures assez larges autour de certaines chaînes, telles que la Sierra- (le-6uadarrama et les montagnes cantabriques. Celui du Guadarrama s'étend jusqu'à Madrid, et celui des monts Cantabriques recouvre, en grande partie, la province de Léon. La Sierra-Morena n'offre presque pas de traces de dépôts diluviens, qui manquent totalement sur le grand plateau montagneux qui sépare les plaines de la Manche et de la Nouvelle-Gastille des bords de la Méditerranée.

Il existe, dans la Péninsule, trois foyers principaux de volcans éteints : l'un près d'Olot (Catalogne), et les deux autres près de Ciudad-Réal et du cap de Gâta. •» Les études sur la géologie de l'Espagne sont encore trop peu avancées pour qu'on puisse essayer une classification de ces montagnes, au point de vue de leur soulèvement. On peut dire néanmoins que la Sierra-Morena, qui est la plus basse, est aussi la plus ancienne. Dans les Pyrénées et dans les montagnes du Sud de l'Espagne, le sol a été bouleversé par des bouleversements assez modernes.

Cette esquisse me parait plus que suffisante, et je renvoie ceux qui veulent en savoir plus long au travail inséré par MM. de Yerneuil et Ed. Collomb dans le Bulletin de la Société géologique de France de 1853, et à la carte spéciale dressée par ces deux savants.

A l'époque tertiaire et quaternaire, l'Espagne se rattachait à l'Europe occidentale par l'isthme des Pyrénées, et se reliait aussi au nord de l'Afrique par un autre isthme, aujour-

d'bui occupé par le détroit de Gibraltar (4). Dans son travail sur la Malacologie de l^Algétie^ M. Bourguignat affirme que celte réunion de la Péninsule aux pays barbaresques existait encore au commencement de la période actuelle (2). L'emplacement actuel du désert de Sahara était alors occupé par une vaste mer, qui parait avoir graduellement disparu (3).

(1) Pour les preuves de cette ancienne réunion , voy. notamment les travaux de Moritz Wagner, de Forbes^ et les recherches sur l'herpétologie algérienne deSTRArcH ; voy. aussi : Sdess, Jahrbuch der KcùserUchrKtiniglvchm-Reichsanstalt , Wien, 4 S 63 ; Sir Charles Lyell, Ancienneté de l'Homme (trad. française) , t. II , p. 31-33 ; Id., Liam, Nouvelles recherches sur la coexistence de ^ homme et des grands mammifères , dans les Ann, des Se, mt de 1860. Uauteur a eu raison de me signaler, dans une de ses lettres, les nombreuses fautes d'impression qui ont échappé aux correcteurs. Éd. Labtkt, Les migrations anciennes des mammifères de répoque actuelle, dans les Comptes-rendus des séances de l^ Académie des Sciences , séance du 22 février 1858; Éd. Iabtst, Observations à propos des débris fossiles de divers éléphans dont la découverte a été signalée par M. Ponziy mtx environs de Rome , dans le Bulkt, de la Soc, géol, de Fr. , 8« série , t. XV, p. 564 et suiv.; Éd. Dbsor, Le Sahara^ ses différents types de déserts et d'oasis, dans le Bulkt. de la Soc. des Sciences de Neuchàtel, de 1864; Paul MàRis, Nivellement barométrique dans les provinces éP Alger et de Constaniine (Versailles^ 1865) ; Desob, Garnibr et Hirsh , sur l'Origine du Fœhn, dans le Bullet. de la Soc. des Se. de Neuchàtel, de 1865, etc., etc.

(2) Jules-René BoTJEGViGîikT , Malacologie de t Algérie, p. 372. Voy. aussi, dans le même ouvrage, la Carte du nord de l'Afrique au commer^cement de la période actuelle.

(3) La submersion du Sahara, au commencement de la période actuelle^ est un fait mis en pleine lumière par les travaux de sir Roderik Marchisson, et par ceux des savants dont j'ai cité les travaux dans l'avant-demière note. J'avais oublié le Tableau physique du Sahara occidental de la province de Constantine, de M. Charles Mârtins , dans la Revue des Deux-Mondes, et le Mémoire inséré par M. Laurent dans le Bullet. de la Soc, géol. de France , vol. XIV, p. 61 5 et suiv. « La mer saharienne, dit Sir Charles Ltell, paraît s être étendue autrefois du golfe de Cabes (ou Gabes), en Tunisie, jusqu'à la côte occidentale de l'Afrique , au nord de la Sénégambie, ayant une largeur de plusieurs centaines de milles^ de peut-être 800 milles, dans sa plus grande largeur, suivant M. Tristram. » — Quelques mots sur le phénomène glaciaire en Espagne et dans le midi de la France. L'existence de ce phénomène n'est pas douteuse. Il résulte d'une note écrite par moi, sous la dictée de M. Éd. Colloml), que ce phénomtoe a eu jadis, en ces contrées, trois centres prind-

M. Ed. GoUomb, si connu par ses beaux travaux géologiques surTEspagnc, en collaboration avec M. de Verneuil, m'écrivait, Tannée dernière, que durant la période tertiaire, les deux tiers de la Péninsule actuelle étaient couverts de grands lacs d'eau douce, comme ceux de l'Amérique du Nord. Les possibilités hydrographiques actuelles ne suffisant pas, et de beaucoup, à expliquer l'existence de ces lacs , M. CoUomb est conduit à supposer que la partie occidentale de l'Espagne se rattachait alors à un continent, occidental, aujourd'hui submergé, et qui, d'après quelques géologues se serait prolongé jusqu'en Amérique. La géographie botanique fournit aussi quelques inductions en faveur de ce continent, d'où seraient partis les grands fleuves, qui alimentaient les vastes lacs de l'Espagne pendant la période tertiaire.

Quoi qu'il en soit, l'Afrique septentrionale se reliait encore

paux : 1<» la chaîne des Pyrénées et la chaîne Cantabriqne qui lui fait suite ; ^o au centre de VEspagne, coupant du N.-E. au S.>0., la grande chaîne de Guadarrama; 3» au S. , la grande chaîne de la Sierra-Nevada, où il existe encore actuellement des glaciers. En 4 866 , M. Charles Martins me faisait l'honneur de m'écrire que, d'après lui , « c'est dans la Galice , au nord de ' l'Espagne, autour d'un groupe de montagnes..., qu'on a trouvé les blocs erratiques les plus méridionaux. » On voit que M. Martins se trouvait déjà en dissidence avec M. Gollomb, sur l'étendue de l'ancien domaine glaciaire en Espagne, et il a persisté dans cette opinion, comme il appert de son travail intitulé: Les Glaciers actwk et la Période glaciaire y inséré dans les' premiers numéros de la Revue des Deux-Mondes de 1866. M. Martins énumèrc dans ce travail les principaux vestiges du phénomène glaciaire sur le versant nord des Pyrénées : 4» roches moutonnées, polies et striées du col de Vénasque, de la vallée d'Essera et des environs du lac Bleu; 2° schistes serpentineux, polis et lustrés à Feutrée de la gorge de Scia ; roches moutonnées en amont du chaos de Gavarnie, au-dessus de Gèdre, aux alentours du Pontd'Espagne , près de Cauterets; 3^ surfaces striées , situées à gauche, avant d'arriver aux Eaux-€haudes , non loin de la belle grotte traversée par un ruisseau ; 4o moraines, à Oa, entre Garin et Castillon, dans la vallée de Grip et au sommet de celle de Campan. Toutes les promenades, aux environs des Eaux-Bonàes , ont été découpées dans des moraines ; 5o vestiges d'un grand glacier qui partait des cirques de Gavarnie et de Troumousse, descendait vers Luz, où il recevait l'afQuent de Barbes , puis à Pierrefitte, où il

à TEspagne pendant la période quaternaire, et la Péninsule se rallachait elle-même au reste de VEurope par Tisthmc des Pyrénées. Ces trois régions étaient alors incontestablement occupées par Thomme , et je demande à rafraîchir , sur ce point, les souvenirs du lecteur. Commençons par le Midi de la France.

Les découvertes relatives à la présence de Thomme dans cette région, pendant l'époque anté-hislorique, sont extrêmement nombreuses, et je me borne à signaler les plus remarquables.

Age de la pierre taillée. — Il se divise en deux périodes, dont la première est caractérisée par la faune diluvienne (Éléphant, grand Ours, grand Chat, etc.). Dans la seconde, celle faune diminue ; il y a des espèces qui disparaissent , et

était rejoint par celui de Cauterets , au pied du pic de Vicsos. De là , les placiers réunis s'avançaient dans la large vallée d*Argelez et arrivaient à Lourdes ; 6o sept moraines terminales coupées par le chemin de fer de Lourdes à Tarbes^ 7» les tranchées de la voie ferrée de Lourdes à Pau sont pratiquées dans le terrain erratique jusqu'au village de Peyrouse. Le lac de ly^ardes est un lac morainique. Au résultat de ces recherches faites sur les anciens glaciers pyrénéens par BIM. Éd. Collomb et Martins, je crois devoir ajouter un autre passage de la lettre que M. Martins m'a fait Thonneur de lufcrire : « Je n'ai pas remarqué de blocs erratiques ni d'anciennes moraines dans les environs de Sainl-Jean-de-Luz, ni entre cette ville et Saint-Sêbastien. Pt^ut-^tre les Basses-Pyrénées n'étaienl-elles pas assez hautes pour alimenter <k'>i glaciers qui se seraient étendus jusqu'à la mer ; mais ils avaient envahi tous les environs de la ville de Pau, qui est bâtie sur une moraine, comme son château et le parc. » MM. Collomb et Martins ont publié un Mémoire sfiécul sur Vancien glacier de la vallée d'Argelez, dans les Comptes-rendus de l^Acad. des Se., séance du 20 janvier 4 868. M. Leymerie, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse {Comptes-rendus de l'Acad. des Sciences , '^'ance du 30 mars 4868) conteste leurs observations, et prétend que aie pui&^nt dépôt de transport qui bouche, pour ainsi dire, la vallée au nord de Lourdes, » au lieu d'être une moraine terminale, est le produit de l'ancien ''onrs d'eau de la vallée, « devenu diluvien par la fonte des neiges et des 2\^.es extraordinaires. » — Les recherches de MM. Raphaël Pompclly et Taliariés de Grandsaignes ont établi que la Ck)rse a été sous l'influence du phénomène glaciaire. On sait que l'Europe compte deux grands et anciens phénomènes glaciaires.

le Renne abonde d'une façon toute particulière : en nnéme temps se manifestent dans l'industrie humaine de remarquables progrès , au point que plusieurs des instruments qu'on y découvre sont de véritables objets d'art.

La grotte d'Âurignac, décrite par M. Lartet(l), appartient à la première période, tandis que celles de la Vache ( Ariège) (2), de Lourdes (Hautes-Pyrénées) (3), et les stations des environs de Bayonne (Basses- Pyrénées) (4) , sont rapporlables à la seconde.

Age de la pierre polie. — Caractérisé par les animaux domestiques qui manquaient antérieurement. Les poteries y sont fort abondantes, et les haches en pierre ont subi le polissage. Cet âge , vers la fin duquel se montrent les dolmens, a laissé de nombreux vestiges dans tout le Midi.

Age du bronze. Il laisse également des traces nombreuses dans la même région.

Age anté-historique du fer. Cet âge n'offre rien de particulier dans les régions sous-pyrénéennes, et ne saurait être comparé, par exemple, à la civilisation de Halstadt.

Passons maintenant aux vestiges de l'ancienneté de rbomme dans la Péninsule espagnole.

Age de la pierre taillée. Caractérisé par le grand Ours , l'Eléphant et TAurochs. Le Renne manque au-delà des Pyrénées. A cet âge appartiennent les haches de pierre grossière-

(4) Éd. L\RTKT, Y Homme fossile de la Haute-Garonne, dans le t. II de l'Ancienneté de l'Ihomme, de Sir Charles Lyell (Irad. frauç.), p. 4 90 et suiv.

(2) F. Gàrrigod , Age du Renne dans la grotte de la Vache, dans le Bulletin de la Soc. d'Hist. natur. de Toulouse, t. I, p. 58 et suiv.

(3) Alphonse Milne-Edwakds , l'Homme fossile dans les Hautes-Pyrénées y dans le t. II de V Ancienneté de l'homme, de Sir Charles Lyell, p. 256 et suiv.

(4) Bulkt. de la Soc, Gëo/., séance du 7 octobre 4 866, p. 845-46.

inenl taillées, décrites par Don Gasiano de Prado (1), M. de Verneuil (2) et Louis Larlet (3).

Age de la pierre polie. Ses vestiges se retrouvent partout dans la Péninsule. Je me borne à citer les haches polies découvertes par Don Casiano de Prado dans la province de Madrid, les diverses armes découvertes dans d'autres contrées de TEspagne (Monduber, Cueva Negra, Tavernes, Imon, Las Maravillas, Gerro-Muriano, etc.), les instruments d'os et les poteries exhumés par M. Louis Lartet dans la Cueva lobrega (Sierra-Cebollera, non loin de Torrecilla) (4), les débris d'industrie ancienne signalés en Portugal (5), etc., etc.

(1) Gasiano de Pbado, Descripcion fisica y geohgica de la provincia de Madrid y Madrid, 4 864.

(S) De Ybbneuil et Louis LàRTBT , Note sur un silex taillé trouvé dans le diluvium des environs de Madrid, dans le Bullet. de la Soc. géol. de France, 2* série, vol. XX, p. 698-702.

(3) Louis Lartet , Poteries primitives , instruments en os et silex taillés des cavernes de la Vieille-Castillej art. de la Revue archéologique^ n9 de février 1866.

(4) Id. ibid. Voy. aussi, sur l'anté-historique de l'Espagne et du Portugal, MoRTÎLLBT , Matériaux pour servir à ^Histoire positive et philosophique de l'homme, 3c année; p. 346; M. Fr. Tubino, Conferendas del Ateneo : El hombrefossil, dans la Revista de Bellas-Artes , e histôrico-arqueologica, de 1868, p. 264-268. Le même savant a publié dans ce recueil, n^ du 28 janvier 4868 , un article intitulé : Tiempos prehistoricos. Don Âmador de Los Rios, et Don Buenaventura Hernandez Sanahuja (ce dernier en collaboration avec Don Fr. Maria Tubino) ont donné à la même Revue, en <867 : La Ârqueologia prehistôrica en la Real Academia de la Historia; Estudios sobre el hombre prehistôrico : la Edad de piedra en Espana.

(5) Carlos RiBBiRO, Descripçaô do terreno quatemario das bacias dos rios Tfjo e Sado , Lisboa, 4 866. Ce Mémoire a été traduit en français par M. F. Dalhunty . A. Pbreira da Costa , Da eocistencia do homem em epochas Temotas no valle do Tejo, primeiro opusculo , Noticia sobre os esqueletos humanos descobertos no Cabeço deAruda. Lisboa, 4 865. M. Dalhunty a traduit ce travail ainsi que le suivant : J. F. N. Delgado, Noticia ocerca das grutas da Cesareda. Lisboa, 4 867. Dans une des grottes décrites par Dom Delgado, la Casa da Moura, on a trouvé dans l'assise supérieure une petite lance ou flèche de cuivre parmi des ossements humains, des charbons des haches en pierre polie, des débris de poteries, des instruments en silex, en os et en bois de cerf. — John Evans, On some Antiquities ofStone and Bronze from Portugal , 4868.

Age du cuivre. Il a existé dans la Péninsule espagnole un âge du cuivre antérieur à l'arrivée des Phéniciens. Une mine de ce métal était située à 6 kilomètres de Covadonga, sur les confins d'Onis. Elle consistait originairement en une grande excavation superficielle, d'où s'abaissait un puits irrégulier incliné de 40 à 50 degrés et profond de 10 mètres. Les découvertes qu'on y a faites ont permis de constater que, pour entamer la gangue après l'avoir soumise à l'action du feu, les anciens mineurs se servaient d'engins de pierre. Trois crânes ont été trouvés là, dont un, considéré comme basque par M. Busk, est déposé à l'école des mines de Madrid. Des constatations relatives à l'âge du cuivre ont été faites aussi dans la Sierra-de-Tharsis (1).

Ages du bronze et du fer. Il existe, pour la Péninsule, de nombreux vestiges de l'âge du bronze, auquel sembleraient appartenir la plupart des dolmens de cette région. Pas d'observations particulières sur l'âge anté-historique du fer.

Les vestiges de l'homme avant les temps historiques n'ont guère été encore étudiés, pour l'Afrique septentrionale, qu'en Egypte cl dans l'Algérie. Je ne m'inquiète ici que de ce dernier pays

Age de la pierre taillée. Des silex taillés, trouvés aux environs d'Alger, ont été décrits par le docteur Bourjot (2). On dit que M. Berbrugger, bibliothécaire à Alger, prépare un mémoire sur des silex taillés trouvés du côté du désert. M. de Morlillel m'a écrit que MM. Chrisly et Féraud en avaient les premiers découvert dans les monuments mégalithiques de la province de Constantine. M. Bourguignat déclare en avoir aussi recueilli dans les monuments symboliques de l'Algérie. L'abbé Richard

(4) Ernest Deligny, Apuntamientos histâriœs sobre las minas cobrizas (le la Sierra de Tharsis, dans la Revi^ta minerai de 4863, vol. XIY.

(2) G. de MoRTiLLET , Matériaux pour servir à F Histoire primitive et philosophique de l'homme, 4 868, p. 60-64 .

en a découvert une soixantaine près de Toasis d*Âïn-el-Assa(ia et d'autres près des sources d'Âïn-el-Ibel , à Mecta-el-Ouest, près du caravansérail d'Âïn-Oussera, et dans le voisinage de la Trappe de Staouëli (1). Le musée de Saint-Germain possède une pointe de silex très-bien taillée, recueillie aux Ghotts (province d'Oran), par M. Chopin, qui en a rapporté un certain nombre (2).

Age de la pierre polie. Les vestiges de cet âge paraissent n*ètre pas rares en Algérie. M. Bourguignat déclare avoir trouvé une hache en grès près d'un monument symbolique. M. Reboud a découvert des instruments en pierre polie près des dolmens situés au-delà du Tell (3), et M. Letourneux nous apprend que M. Pomel possède une hache en diorite venant de la province d'Oran (4).

Age du bronze et âge anté-historique du fer. Ces deux âges ont été encore trop peu étudiés en Algérie pour que je puisse signaler ici des découvertes vraiment significatives. Les dolmens, très-nombreux dans cette région, paraissent, en général, appartenir à Tàge historique du fer.

Cet examen rapide des principaux vestiges de l'ancienneté de l'homme dans le midi de la France, en Espagne et dans le nord de l'Afrique, nous a conduits jusqu'à l'entrée des temps historiques. Mais à quelle race appartenaient, avant cette époque, les populations qui occupaient alors ces trois contrées?

Cette question a donné lieu à d'assez longs débats, ramenés avec beaucoup de précision dans deux discours prononcés au Congrès international d'anthropologie et d^archéologie préhistoriques de 1867 (Paris, Reinwald, 1868). M. Pruner-Bey a

(4) Compte-rendu des séances de VAcad. des Sciences^ séance du 1i5 janvier

[t) MatériauXy îdiïYier 4869.

Wld., 4 868, p. 63.

défendu, dans ce congrès, la préexistence en Europe de la race brachycéphale, et M. Paul Broca celle de la race dolichocéphale, ou tout au moins la coexistence des deux types dans la plus grande partie de l'Europe occidentale durant l'âge de la pierre (1).

Spring considère comme démontré que les crânes d'Enghis et de Néanderthal sont les plus anciens qu'on ait trouvés en Europe, et il en conclut que cette contrée a été d'abord occupée par une race dolichocéphale, qui aurait été remplacée plus tard, mais à une époque très-reculée, par une race brachycéphale dont il faudrait voir le type dans les hommes de Chauveau, Retzius et Von Baër, dont His a contesté le système, veulent au contraire que l'Europe ait eu pour premiers habitants des brachycéphales. Il est certain que cette théorie ne reposait que sur un nombre insuffisant d'observations ; mais elle a été reprise et complétée par M. Pruner-Bey, à l'aide d'un ensemble de travaux dont ses adversaires eux-mêmes ont dû reconnaître la haute valeur.

Le crâne de Néanderthal , comme le reconnaît Sir Charles Lyell, n'est pas aussi ancien qu'on pourrait le croire, et il est incontestablement celtique. Celui d'Enghis est certainement contemporain des mâchoires d'Arcy et d'Aurignac, qui, d'après M. Pruher-Bey, appartiennent à des brachycéphales. L'étude des ossements provenant des fouilles faites par M. Dupont dans la province de Namur, à Bruniquel par M. Brun , à Solutré ( Saône-et-Loire) par M. de Ferry, ont révélé à M. Pruner-Bey que l'homme de cette époque était mongoloïde, et que dans ses

(1 ) Ceux qui n'ont pas sous les yeux les actes du Congrès de 4 867, peuvent y suppléer par la lecture du résumé donné par M. de Quatrefages, dans son beau Rapport sur les progrès de (^anthropologie, p. 267-62. Voy. aussi V Analyse des travaux anthropologiques du Congrès paléo-anthropologique de f 867, donnée par M. Dallt, à la suite de sa trad. franc, du livre de M. Huxlbt, De la place de l'honime dans la nature^ p. 843-46.

caractères physiques il n'y a rien qu'on ne retrouve chez l'homme « dont le renne est à la fois la proie et le compagnon. )> Les hommes sont rattachés par l'illustre docteur « à la famille urabaltatque du grand rameau touranien (1 ). » Cette race est encore représentée aujourd'hui, dans les Alpes tyroliennes et dans les vallées de Grœden et d'Enneberg, par une population à petite taille, à teint jaunâtre et bistré, à chevelure lisse et noire, à crâne arrondi , etc. Des individus du même type se voient aux environs de Genève et dans le canton de Vaud, sans parler de la Savoie, etc. Mais entrons en France : ici tout le Midi offre de nombreux exemples de ce type, et il en existe jusqu'en Bretagne. Écoulons ce que dit M. de Ferry relativement aux habitants de Solutré... u II y existe de petits hommes trapus, à teint basané, sans embonpoint, cheveux et yeux du plus beau noir, et parmi eux certaines tètes qu'à coup sûr revendiqueraient des Galmouks. » EnBn, la Ligurie tout entière est occupée par cette race, et dans l'Es* pagne, le Portugal et les Pyrénées, les descendants des anciens Ibères^ appartiennent au même type. Bref, sans aller plus loin et sans exagérer, on peut compter la progéniture de cette ancienne race par centaines de mille.sinon par millions.

n Une dernière question se présentée notre esprit. Si cette ancienne race persiste, n'a-t-elle subi aucun changement dans son type physique, du moins dans son crâne et dans son squelette, les seules parties qu'il nous soit loisible de comparer. Une chose parait d'abord certaine : c'est que la partie frontale du crâne a gagné en hauteur et en largeur dans sa partie supérieure, ce qui résulte évidemment de la comparaison des crânes de Furfooz avec les deux plus modernes mis soQs vos yeux. De plus, le mode de mastication a changé, et la dentition s'est plus rapprochée du type humain le plus

(1] Dupo!rr, Etude sur l'ethnographie de l'homme de l'âge du Renne, p. 31 .

élevé à cet égard. Tous ces changements sont probablement le résultat de la civilisation, et, bien que par rélargissement du front Tangle supérieur du losange soit émoussé, la forme du type prioiitif y reste toujours reconnaissable, et dans son ensemble le crâne n'a pas changé de volume.

» Quant à la taille, elle nous paraît avoir légèrement augmenté... J'ai, néanmoins, vu encore dernièrement des femmes tenant à cette souche qui sont de véritables naines à côté de la femme allemande (1). »

Tels sont, d'après M. Pruner-Bey, les caractères de cette mongoloïde^ qui serait aussi représentée par les Calmouks, les Lapons el les Finnois. Quant à la race dolichocéphale préhistorique ou aryenne^ le savant docteur n'admet son apparition en France et dans les pays limitrophes qu'à l'époque de la pierre polie.

Je voudrais pouvoir citer en entier le discours si plein de science et dé bon sens de M. Pruner-Bey, à l'opinion duquel s'est rangé M. de Quatrefages. « Une occasion m'a permis, dit cet éminent naturaliste, d'ajouter un fait de plus au faisceau réuni par M. Pruner-Bey. Trois tètes osseuses d'Esthoniens, prises dans le Musée de Saint-Pétersbourg, et gracieusement envoyées au Muséum, sur ma demande, par M. de Baër, ont, en effet, présenté des caractères tels qu'elles peuvent être comptées au nombre des pièces les plus précieuses renfermées dans nos collections. Deux d'entre elles présentent un prognathisme de la mâchoire supérieure qui égale ou dépasse même tout ce qu'ont montré de plus marqué dans ce genre les tètes de TAveyron (db Sambuci) et de Belgique (Dupont). En outre, la mâchoire inférieure de ces mêmes tètes présente tous les caractères exceptionnels qui caractérisent si nettement la

(4) Pruner-Bey, Discours sur la question anthropologique, dans les Comptes-rendus du Congrès de 4867, p. 364-56.

mâchoire de Moulin-Quignon. La troisième tète, remarquable par un caraclère général profondément mongoloïde, frappa à première vue M. Dupont par sa ressemblance avec les crânes qu'il avait tirés des cavernes de sa pairie.

» A elles trois , ces tètes d'Esthoniens présentent donc ces rapports multiples et étendus au loin que M. Pruner-Bey attribue à son grand tronc mongoloïde, mais en même temps elles montrent que le type fondamental a subi des modifications très-sensibles à une époque bien reculée... Enfin M. Gervais, dans un travail où il combattait des opinions dont il se rapproche aujourd'hui , aurait élé conduit par des considérations fort différentes des précédentes et empruntées uniquement aux études géologiques et paléontologiques, à considérer les Lapons ou les Finnois comme ayant pu être les contemporains, pcutôlre les pasteurs de rennes dont les restes abondent dans nos cavernes à ossements.

» Déjà donc, en ce qui concerne l'Europe occidentale, un certain nombre de faits bien précis militent en faveur des vues remarquables de M. Pruner-Bey.

w Dès aujourd'hui Tanthropologisle peut, je crois, demander aux témoins de cette antique race quels étaient les caractères physiques de ces premiers ancêtres des populations actuelles. La réponse ne sera, il est vrai, qu'approximative ; car par suite soit du mélange, soit des actions de milieu, ou mieux sans doute pour ces deux causes réunies, les races basque, lapone, esthonienne, elc, sont loin de se ressembler de manière à pouvoir être confondues... Ces hommes étaient d'une taille au-dessous de la moyenne, bien pris, mais plutôt agiles que forts^ même en les supposant placés dans les conditions les plus favorables (Basques; ossemmts dUAurignac). Ils avaient la tète plus ou moins arrondie , jamais ou trèsrarement dalichocéphale {Ules du trou du Frontal; têtes

d'Esthoniens). Toutefois la brachycéphalie était généralement peu accentuée, et touchait à la naésaticéphalie, etc. (1). »

M. le docteur Paul Broca a répondu à M. Pruner-Bey, dans la dernière séance du congrès. La théorie professée par ce dernier , fondée par Belzius, et soutenue encore de nos jours par MM. de Baër et le baron Boget de Belloguet, reposerait sur la comparaison sommaire des monuments danois de Tàge de la pierre et de Tàge du bronze. Les crânes des premiers étaient brachycéphales et ceux des seconds dolichocéphales. L'introduction du bronze en Europe étant attribuée aux Celtes, le nom de ce peuple devint synonyme de dolichocéphale. La question de l'introduction du bronze étant devenue fort obscure, on a retenu de lopinion de Belzius ce qui a trait à la préexistence des brachycéphales touraniens, sans s'inquiéter de l'origine des dolichocéphales. 11 résulterait, en effet, des observations faites, il y a déjà plusieurs années, par Thurnam, qu'en Angleterre, les sépultures les plus anciennes contiennent les débris d'une population petite et dolichocéphale, tandis que les hommes de l'âge du bronze seraient au contraire brachycéphales. Celte opinion est soutenue du reste par MM. D. Wilson et Bateman pour la Grande-Bretagne , et par M. Wilde pour l'Irlande. Les crânes de Néanderthal, d'Enghis, d'Eguisheim et de Lahr, découverts dans les alluvions anciennes (diluvium^ lehm, lœss) sont brachycéphales, de même que la grande majorité des tètes, découvertes dans la plupart des sépultures de l'âge de la pierre, comme Chamant, Quiberon, Maintenon et Luzarches. Il est donc extrêmement probable, d'après M. Broca, qu'avant ces premières émigrations asiatiques, sur lesquelles on est encore si mal renseigné, les deux formes dolichocéphales et brachycéphales devaient exister simultanément dans l'Europe occidentale, et même que la

(4)DeQuATRBPAGES, Rapport sur les itrogrès de V anthropologie, p. 460-62.

première y aurait élé plus largement représentée que la seconde (1). M. Karl Vogt est aussi de cette opinion (2).

J'espère avoir impartialement résumé la discussion qui a eu lieu, à propos des plus anciennes populations de l'Europe, au Congrès de 1867. Depuis cette époque, M. Pruner-Bey a imprimé, dans les Annales des Sciences naturelles de 1868, un savant mémoire sur les ossements humains exhumés à Cro-Hagnon, dans le Périgord (3), et il voit, dans cette découverte, une preuve nouvelle en faveur de sa théorie esthonienne, toujours combattue par M. Broca (4). Quoi qu*il en soit, ce savant se range à Tavis de M. Pruner-Bey pour ce qui concerne les premières populations de Htalie septen « irionale et de la Ligurie. Dans ce pays, dit-il, « c*est une race brachycéphale qui parait avoir précédé toutes les autres. Cette race ligure, que nous ont fait connaître les grands travaux de M. Nicolucci (5), s'étendait sur le littoral méditer-ranéen jusque dans la Gaule méridionale (6). » M. Pruner-Bey affirme, pour la Péninsule espagnole, la préexistence de cette race ; mais ici M. Broca résiste, au moins par rapport aux Basques transpyrénéens, en s'étayant de certaines constatations dont je parlerai plus tard. Néanmoins il admet, avant Vapparition en Europe de la race xanthocroïde, la présence d'une « race brune qui Ta partout précédée dans cette région,

(4) Yoy. le Discours de M. Broca , dans le Compte-rendu du Congrès de

«867, p. 367 etSUiv.

(i) Compterendu du Congrès de 4867, p. 361 .

(3) Annales des Sciences naturelles, de 4868 (Zoologie), p. 445-56; voy. aussi le Builet. de la Soc. d'Anthrop. de 4869, p. 446-46.

(4) Bioci, Crâne des Eyzies et théorie esthonienne, dans le Builet. de la Soc.dAnthrop. de 4868, p. 454 et suiv.

(5) Je profite de l'occasion pour recommander au lecteur Fouvrage du savant cité par M. Broca : Giustiniano Nicolucci, la Stirpe Ligure in Italia nettempi antichieneV modemi. Napies, 4864.

(6) Paul BnoGÂ, Histoire des travaux de la Société d! Anthropologie, de 4 865 ^ 4867, dans la Revua des Cours scientifiques de 4867, n<> 39.

même dans la Grande-Bretagne, et qui paraît prédominer encore dans la France méridionale, l'Ilalie et l'Espagne (1). » Cette concession me paraît avoir une portée considérable, et, d'après moi, la prédominance actuelle dans la Péninsule du type décrit par M. Pruner-Bey, serait déjà, à elle seule, un argument fort respectable en faveur de la préexistence de ce même type au-delà des Pyrénées.

Il faut convenir, néanmoins, que la pureté de cette race a dû être plus ou moins altérée, à une époque très-reculée, par son mélange avec des éléments étrangers. C'est là un fait que M. Pruner-Bey lui-même constate volontiers dans divers travaux, et qui se trouve attesté, dès l'aurore des temps historiques de l'Espagne. Tous les numismates reconnaissent que les divers types des médailles dites ibériennes sont chronologiquement circonscrits entre les temps postérieurs à Hiéron P' et à Démétrius, et Tépoque de Tibère (2). Ces médailles, que Lelewel hésitait un peu à considérer comme des portraits (3), sont pleinement acceptées comme tels par M. Boudard. « Le type du droit, dit-il, est toujours des têtes de guerriers, probablement des chefs de la peuplade. r> Ce mot « toujours » est évidemment exagéré, car l'auteur confesse qu'une partie des monnaies de la Bétique sont des effigies divines ainsi que celles de l'Ibérie gauloise. Cependant, dit le baron de Belloguet, Lelewel trouvait ces têtes « généralement semblables entre elles, et offrant un idéal dont elles s'éloignent rarement ou très-peu : l'œil grand, l'arcade sourcilière unie ainsi que le front, le nez fort, la barbe et les cheveux bouclés, p. 42. Il attribuait plus de variété aux figures gauloises. S'il a voulu parler des dispositions très-

(<) Louis Lartet, Congrès d'archéologie préhistorique. Session de Nortcich., dans la Revue des Cours scientifiques de 4869, n» 55. (S) Boudard, NumismaUque ibériennej liv. 2 , ch. L (3) Lrlrwrll, Types gaulois f p. 44.

variées de leurs coifTuros et des nombreux profils où la

. barbarie du dessin, ])Oussée jusqu'à l'inforine, est diversifiée

de toutes les manières, il a raison. Mais si nous tenons aux

têles qui ont conservé la figure humaine, et que nous

n^examinions que leurs traits, je pense au contraire que ce

sont celles de Tlbérie qui offrent le plus do variété. Un assez

grand nombre sont longues, mais le type rond prédomine

fortement. Quand M. Moreau de Jonnès a donné (1) aux

anciens Aquitains un visage ovale allongé^ il jugeait la race

I ibérique d après Tétat actuel des choses et non d'après Ten-

i semble des médailles qui nous la représentent. On y rencontre

I aussi la forme carrée. Toutes les lètes que je connais se

I présentent de profil, le front communément bas et plus ou

moins fuyant par le haut, Tarcade sourcilière fréquemment

proéminente, les nez assez forts mais rarement exagérés,

I ordinairement saillants, mais parfois très-aplatis ; leur forme

est très-variée et bien plus souvent aquiline (2) que dans les

lèles gauloises; la racine, presque toujours sans dépression

sensible, est quelquefois assez élevée pour se rattacher au bas

(le Tos frontal, et en ligne plutôt convexe que concave (3),

c'est-à-dire busquée. La lèvre inférieure s'avance le plus

souvent au niveau de la supérieure et la dépasse même dans

un assez grand nombre de figures ; enfin, le menton est

I (4) La France avant ses premiers habitants, H origines nationales de ses

populations, 4 856, p. 4 64 . Cest avec regret que je me vois forcé de mettre le lecteur en garde contre les citations inexactes et la fausse linguistique qui abondent dans ce livre, auquel le nom de son auteur a valu trop de confiance pour cette fois. — Note de M. de Belloguet , dont je partage entièrement l'opinion.

[%) J'emploie ce mot avec son sens véritable de recourbé comme le bec de i'aigle, et non celui de droit et saillant qu'on lui donne souvent. Note de M. deBsLUMSiET.

I (3) Voy. BocD., pi. XIV, 3; XVI, 9; XXXIV, 4 et 3, etc., et une

médaille de la Bibliothèque Impér., dite inconnue et classée parmi les Emporiof.

habilueltement mince et très-saillant, quelquefois même remontant vers le nez. La barbe, quand elle existe, est, à fort peu d'exceptions près, toujours courte et bien visiblement frisée. Les cheveux, pareillement courts, sont arrangés de trois manières différentes : 1® redressés sur le front et paraissant dans presque tous ces cas visiblement frisés à la façon des nègres (1) ; — 2® bouclés sur toute la tê»e, ce qui est le plus ordinaire ; M. Boudard se sert quelquefois pour caractériser ces chevelures, du terme frisé, p. 456, et al ; — 3* par mèches grosses et raides qui croissent en désordre comme sur Y^s de Rimini et sur les tètes do statues gauloises que nous avons décrites (2). »

Tels sont les caractères ethniques fournis par la numismatique dite ibérienne. Voyons maintenant ceux qui résultent du témoignage des historiens de l'antiquité.

Les populations anciennes de l'Espagne avaient, au dire de Tacite, le visage basané et les cheveux le plus souvent frisés (3).

(0 BOCD., pi. XI, 7 ; XVIII, «; XXXVII, 4« ; XII, 3 et 6; XXIV, 4

et H ; XV, 47; XVII, 9; XXXVIII, 10 à 42. Note de M. de Bellogubt.

(2) RoGET DE Bellogubt, Ethnogésie gauloise, p. 437-38.

(3) Colorait vultus y torti plerumque cnnes. Tacit., Agric, II. Ce mot torti peut signifier bouclés, ou frisés comme chez les nègres. Les traducteurs sont divisés sur ce point, et M. de Belloguet (Ethog. gaul.y p. 435) tient pour ce dernier sens. « Les habitants de ces contrées (midi de l'Europe , Grèce, Italie, Espagne et même Provence) ne sont que des métis, suivant M. de Gobineau : à plus forte raison ceux de la côte septentrionale de Vkfrir que, que Martial nous montre encore plus frisés que les Ibères de Tacite, retorto crine Mourus , VI, 39. Galien attribue aussi des cheveux courts et crépus, ouloi, aux Arabes comme aux autres habitants des pays très-chauds, mais il donne à ceux de la zone tempérée une chevelure très-longue, ni touià-fait lisse, ni tout-à-fait crépue. Strabon dit même, III, p. 4 28, Did., qoe les montagnards de la Lusitanie portaient la leur aussi longue que des femmes. Ce doit être par l'effet de quelque croisement , — (comme nous en reconnaîtrons peut-être un exemple chez les Ligures tonsi et capillati)^ — car les Celtes ont occupé ou traversé toute la Lusitanie. Ce qui est certain, c*est que tous les Ibères n'en étaient pas encore arrivés aux belles chevelures de Galien, car Martial lui-même, qui était de sang très mêlé {ex Iberis et CeiUs

Il résulte d'uD passage de Jornandès, visé à la fin de la note ci-dessous, que ces cheveux étaient noirs. Tel devait être, en eiïet, le cas le plus général, mais il existait aussi des Espagnols blonds. Silius Italicus parle, en effet, de la chevelure blonde de Phorcys, chef des Tartessiens (1), et de la chevelure rousse d'Eurytus, dont la peau était blanche comme la neige (2).

Il ne faudrait pas croire que ce fussent là des cas exceptionnels; et la diversité de teint des populations de l'Espagne dans l'antiquité est formellement attestée par un passage de Calpurnius Flaccus (3). Les auteurs classiques s'accordent

genitus^ X, 66, IV, 56, etc.), oppose à celle d'un enfant de la Grèce, longue et ondoyante, [tu fleooa nitidus coma vagaris), ses cheveux espagnols roides et rebelles [Hispanis ego contumax capiUis, X, 65). Enfin, nous savons par César que les Bretons de race gauloise les portaient longs, Y, U , et Tacite ne parlant point , dans ce passage que nous C/ommentons, de la couleur de ceux des Silures^ n'en ressort-il pas que la différence qu'il définit par les simples mots torti crines , implique pour ces derniers des cheveux courts, conséquence de cette frisure naturelle qui les empêche seule de s'allonger. Jomandès, qui a copié ce passage de Tacite^ ajoute, Get., S, que ces cheveux étaient noirs. » Roget de Bellogiet , Ethog. gaul., p. 135-36.

(4) Hos duxôre viros flavenli verlice Phorcys.

SiL. Ital., Punie., III, 402.

(î) Inde comam rutilus, sed cum fulgore nivali

Corporis, implevit caveam clamoribus omnem Eurytus. /rf. /Wrf., XVI, 475elsuiv.

(3) Je copie ce passage dans le t. VI des Œuvres de Quintilien, édit. Dussault), p. 623-24. — Declamatio II. Natus /Ethiops. — Matrona iEthiopeuspeperit : argiiitur adullerii. — Exi)ers judicii est amor : non ralionem habet, non sanitatem : alioquin omnos quidem amarcmus. Non semper, inquit, similes parentibus liberi nascuntur : quid tibicum istopatrocinio est, nisi ut appareat te pecassc, sccurius ? Miramur hanc legem esse naturac ut in ,

sobolera Iranseant formae, quas quasi descript'\s species custodiunt. Sua cuique |

etiam genti faciès manet : ruiili sunt Germaniœ vultus et flava proceritas Hvipaniœ non eodem omnes colore tinguntur, — J'ai tenu à transcrire tout ce passage, dont la partie significative est en italiques. L'édition de Strasbourg porle : « Hùtpaniœ (vultus) non eodem omnes colore tinguntur, » Dussault propose de lire : « Ilispani an nofi eodem omnes colore tinguntur ? » Il est certain que nous sommes en face d'un texte incorrect, qui tendrait à attribuer aux anciens Espagnols , contrairement au témoignage de Tacite, une haute taille et une chevelure blonde. Mais, soit que l'on adopte la rectification '

à nous représenter les habitants de l'Espagne comofie agiles à la course, ardents au travail , durs au mal et à la fatigue et offrant de nombreuses analogies avec les Ligures, que l'on nous dépeint comme de^ hommes de petite taille, maigres et vigoureux (1). Les Espagnols devaient donc leur ressembler sous ce rapport : cependant les poètes et les historiens font parfois mention de guerriers de haute taille (2 .

Voilà tous les renseignements généraux que j'ai pu recueillir sur les plus anciennes populations delà Péninsule, où s'étaient établies aussi des tribus celtiques, et des colonies phéniciennes, grecques et carthaginoises.

J'ai déjà prouvé, dans la première partie de c« travail , l'origine celtique des Bèrons et des diverses tribus Cantabres (ch. I, § 1, p. 5-6), celle des Uergètes, et généralement celle de toutes les peuplades de la Celtibérie (ch. IV, § 1, p. 158-70). Il en est de même des Lusitaniens, ainsi que (les Celtiques établis sur les bords de l'Anas et dans le Nord- Ouest de l'Espagne (ch. IV, § 1 , p. 166-69). Je pourrais présenter peut-être quelques arguments dans le même sens en faveur des Astures, voisins occidentaux des Cantabres ; mais la chose ne saurait être douteuse pour les Turdélans, et nous avons, sur ce point, le témoignage on ne peut plus précis de Strabon. « A l'avantage d'un pays fertile, dit-il , la Turdétanic joint celui des mœurs douces et civilisées de ses habitants ; ce qui , suivant Polybe , doit s'entendre aussi des Celtiques, non seulement à cause du voisinage de ces peuples,

affirmative, soit que l'on accepte rinlerrc^ative, il en résulte toujours que les anciens habitants de l'Espagne n'avaient pas tous le môme teint. — Hoffmann {Die Itérer im West und Ost., 4 838, p. 10 6- H 5), fait des Ibères une race blonde , et invoque, bien à tort, le témoignage de Silius Italicus. Pour cet érudit allemand (p. Ud), les Ibères ne seraient pas les premiers habitants de l'Espagne.

(ODiOD. SiCOL., y, 39; IV, 20.

(2)Appian., /6mc., 151-53

mais encore parce qiiMIs sont unis aux Turdétans par les liens du sang (1 ). »

En voilà assez sur le contingent fourni par les Celtes aux éléments ethniques de l'ancienne Espagne (2). Passons main-

(4) T^ 5è TTJç x^P'^ 8'jSai|iovla toi xh {{[ispov xa\ tb noXiTixbv auvr)xoXou(Hjas xoU To'jpScTàtvotç* xa\ totç HeXTixotç Bè Ôii ■rfjv yeitvfawv [îj], àç efpTjxe IToX-^Sioç, Uà djv ouYyevitav. Strâb., Gtfo^f., L. III. — La plupart des auteurs anciens confondent les Turdétans et les Turdules , mais Polybe semble les distinguer. Quoi qu'il en soit, les Turdules étaient des Celtes, car Pomponius Mêla, dans la description de la partie de la côte d'Espagne située entre le Tage et le Duero, comprend les habitants de ces contrées sous le nom d'anciens Turdules (m eoque sunt Turduli veteres)^ et il ajoute un peu plus bas que toute cette côte est occupée par des Celtiques (totam Celtici colunt). — Strabon confirme le témoignage de Pomponius Mêla. « Les derniers peuples de cette côte sont les Artabres, Ils occupent le cap Nérium, qui termine le cété occidental et septentrional de l'Ibérie. Autour de ce cap sont les Celtiques, qui tirent leur origine des Celtiques situés le long de l'Anas ; car on dit qu'une partie de ces derniers et les Turdules ayant fait une expédition en Lusitanie, se soulevèrent et se battirent entre eux après avoir passé la limaia, et que ce soulèvement ayant coûté la vie à leur général, ils se dispersèrent dans ces cantons. » SiRàB., Geog., L. III. Cet écrivain atteste d'ailleurs, dans maints passages du même livre III, le caractère celtique des mœurs, des usages, et môme de l'industrie des Lusitaniens. Je crois donc avoir rempli l'engagement pris page 65 note 4, et démontré, contre M. EichhofT, l'origine celtique des Lusitaniens et des Turdétans.

(5) Nous manquons de renseignements positifs sur l'origine des Carpélans; mab peut-être ne serait-il pas téméraire de les rattacher à la race œllique. Tite-Live (XXI, 5, H) et Polybe flll) nous présentent en effet ce peuple comme aussi brave et aussi indiscipliné que les Celtiques. Sans les succès remportés par Annibal sur les Carpétans, ceux-ci auraient certainement porté secours à Sagonte. Tite-Live nous les montre aussi prenant une part très^active aux insurrections des Celtes de la Lusitanie et de la Celtibérie. Enfin, ce fut dans les montagnes de la Carpétanie que Virialhe et ses Celtes Lusitaniens trouvèrent des vengeurs de la perfidie du consul Cépion. Quand le chef espagnol fut assassiné, il commandait aux Carpétans et aux Lusitaniens coalisés. Les probabilités* que je signale en faveur de Torigine celtique des Carpétans se renforcent d'une considération qui a son prix. Près de Toletum, capitale de ce peuple, se trouvait la ville de Complutum, célèbre, d'après Prudence, par le martyre des frères Just et Pasteur. Ptolémée attribue aussi cette ville aux Carpétans, et place une autre ville du même nom chez les Callaïques, dont Strabon et Pomponius Mêla attestent formellement l'origine celtique. Il faut encore ajouter qu'au

tenant aux colonies phéniciennes, grecques et carthaginoises, dont je veux établir l'existence à laide du t'moignage exclusif et formel des auteurs classiques.

Uhistoire du commerce des Phéniciens et de leurs colonies a été étudiée dans un assez bon nombre d'ouvrages , inégalement marqués au coin de la bonne critique. Voici ce que l'antiquité nous apprend sur les établissements faits par ce peuple en Espagne.

Slrabon nous atteste qu'avant le siècle d'Homère, les Phéniciens possédaient déjà la plus belle partie de l'ibérie et de la Lybie. C'était surtout l'exploitation des mines qui les avait attirés dans la partie méridionale de la Péninsule, où ils fondèrent les villes de Malaca et d'Abdère. Ce peuple s'était aussi ren<Iu maître de Gadès et des iles Baléares (1).

Les Grecs avaient également fondé quelques colonies en Espagne.

Une tradition rapportée par les Scymnus, de Chîo, et confirmée par Slrabon et par Eustathe (2) , attribue aux Rhodiens la fondation de Rhodè (Roses), sur la côte de la Catalogne actuelle. Emporium (Ampurias) est incontestablement une colonie massaliote (3), et les étrangers et les indigènes s'y mêlèrent si bien, qu'ils finirent par ne plus fofmer qu'un seul peuple, gouverné par un mélange de lois grecques et barbares.

mol Aléa, Etienne de Byzance affirme qu'une ville nommée Oomplutum appartenait aux Carpétans, et que ses habitants étaient des a peuples celtiques. »

(0 DiOD. SiccL., tl. VII, c. 7 ; Strab., 1. III; PoMP. Mêla, 1. III, c. 6 ; Vell. Paterculus, 1. I, etc. —Ferreras, Hist. d'Esp. (trad. d'Hermilly], t. I, p. 9, veut que Sidonia (Media Sidonia) soit aussi une colonie phénicienne.

(2) SCYMN. Ch., V. 205-206; StRAB., Géog., i. III; EUSTATH., Ad

Dionys., v. S04.

(3) ScYLAC, Peripl. Scymn Ch., v. 200 et s.; Stephan. Bys., v« 'Ea:tôpiov : Plin., Hvit nat., 1. III; Strab, Géog,, l. III. Silius Italiens Mt é^lement allusion, par l'épithètede Phoctii'cœ, à l'origine de cette ville. Punie, 1. III, V. 369.

Entre Garthagène et le fleuve Sucron (Xucar) étaient trois petites villes y fondées par les Massaliotes (1). La plus importante était Héméroscopium , dont parlent Strabon et Etienne de Byzance (2). Le premier de ces géographes attribue la même origine à Mœnacé, et déclare que de son temps il n'en existait plus que les ruines (3).

L'influence des Phéniciens en Espagne y fut remplacée par celle des Carthaginois. Ce peuple s était rendu maître, d'assez bonne heure , des iles Baléares , et nous avons , sur ce point, les témoignages formels de Diodore de Sicile et de Strabon (i). Gela porte à croire que les Carthaginois durent aussi prendre pied, vers la même époque, dans le Sud-Ouest de l'Espagne. « Il existe en Europe, dit Scylax , depuis les colonnes d'Hercule , une foule de colonies commerçantes de Carthaginois (5). » Je me borne à signaler, pour les temps postérieurs, la soumission dos peuples de la Bélique, des Bastétans et des Conslétans, par Amilcar, à qui les villes d'Ârca Leuca et de Barcelonne doivent leur existence (6). Garthagène fut fondée par Amilcar (7).

Ijà seconde guerre punique aboutit, comme l'on sait, à la ruine de l'influence carthaginoise en Espagne. Ce pays se trouva dès lors placé sous la domination de la république et ensuite des empereurs, jusqu'au commencement du v* siècle de notre ère. La Péninsule se trouva ainsi soumise à une longue et profonde romanisation, dont les résultats sont h la fois attestes

(0 Strab., Géog., 1. IIL

(2) Id.y Ibid, ; Artemidob., 1. 11, ap. Stephan. Bys., v® 'H[jL£poax6îïiov, Hemeroscopiuin est la Diana de Pline, Hist. nat., 1. III.

(3) Stbab., Géog.^ 1. III. C'est à tort que Msenacé a été confondue avec Malaca. Strabon distingue formellement ces deux villes.

(4) DlOD. SiCUL., I ; POLYB., I.

(5) Stlac, Peripl.

(6) POLTB., II.

(7) DioD, Sicul , I. XXV; Stràb., Géog., i. IIL

par Strabon, Pline, Pomponius Mêla, Ptolémée, Feslus Aviénus, et bon nombre d'autres auteurs anciens, dont les citations formeraient une brochure, sans préjudice des nombreux témoignages fournis par l'archéologie.

L'occupation de l'Espagne par les Wandales, les Alains, et surtout par les Suèves et les Wisigoths, a modiCé nécessairement les éléments ethniques de ce pays, dans une proportion qu'il n'est pas facile de déterminer avec précision. Les Patones, les Vaqueros, et les Kurdes de l'Estramadure (Batuecas), sur lesquels on a débité tant de fables poétiques (1), sont-ils les représentants des envahisseurs? Il serait, je crois, imprudent de l'afOrmer ; mais la haute taille, les formes athlétiques et les visages norwégiens des Maraj^atos des Asturies, sembleraient leur assigner une origine germanique (2).

La domination sarrazine introduisit dans la Péninsule l'élément sémitique et berbcr. Le dernier se cantonna surtout dans la région sous- pyrénéenne, et le premier dans le reste de l'Espagne (3j. On sait que la résistance aux musulmans commença , sous Don Pelage , dans les montagnes des Asturies, et que les provinces Vascongades, la Navarre, TAragon, etc., s'affranchirent aussi de bonne heure de la domination étrangère. Ce fait historique, et l'antagonisme établi par la diversité des croyances religieuses, donnent à croire que l'élément berber n'a dû se mêler que dans une proportion

(4) Madoz, Diccionario geogràfico.., de la Espana ; de L^borde, Itinér. descr. de l'Espagne, t. HI (1808). — Quant aux Cagots de la Gascogne^ la majorité des historiens et des anlhropologistes les considère comme des descendants des Wisigoths. Voy. Fr. Michel, HxsU des races mamlitesj l I, et le travail de M. Eugène Gordier, dans le Bullet. de la Société Ramond.

[i) BoRROw, Bible in Spain, c. XXII I.

(3) Reinaud, Invasions sarrazines, passim ; Dozy, Reclierches sur ^histoire et la littérature de t Espagne pendant le Moyen-âge^ passim ; Id., Histoire des musulmans d'Espagne, passim.

assez faible avec les habitanls du pays basque espagnol (1). Depuis Texpulsion des Sarrazins, la Péninsule n'a pas subi de nouvelle invasion ; mais les Basques ois et transpyrénéens se soot trouvés en contact incessant avec les populations romanisées de l'Espagne septentrionale et de la Gascogne.

Je n'insiste plus sur les éléments ethniques de TEspagne (2), el je passe à Tétude des Basques actuels d'après l'anthropologie.

L'anthropologie est une science incontestablement récente, et ceux qui sen occupent avec le plus de persistance et de

(1] J'ai déjà dit (ch. II, p. 66) que M. Pruner-Bey se proposait d'étudier, au point de vue anthropologique, l'influence exercée sur les anciens Basques par l'élément sémitique. Celle influence pourrait résulter, séparément ou conjointement, des antiques rapports des Phéniciens cl des Carthaginois avec TEspagne, et du mélange en proportion quelconque des musulmans sémites avec leurs coreligionnaires berbers qui se sont trouvés en contact avec les Euskariens espagnols. — En attendant le travail irès-désiré de M. Pruner-Bey, j'emprunle le passage suivant à M. de Qualrefages : « Il n'y a en effet aucune impossibilité à ce que des mélanges (sémitiques) de cette nature aient eu lieu à l'époque où, non-seulement l'Espagne, mais encore une partie de la France étaient envahies par les Sarrazins. On peut trouver dans les temps historiques plus anciens une autre origine pour l'élément dolichocéphale basque, et les observations mêmes de H. Broca conduiraient à préciser cet élémenl Notre savant confrère a insisté sur l'absence ou le peu de développement de la protubérance occipitale exleme dans les crânes basques. Il y voit un caractère spécial. Or, dès 4853, j'avais signalé dans mes cours ce caractère comme trèsfrap^t dans un certain nombre de crânes plus ou moins sémitiques. Il parait être bien marqué dans les crânes phéniciens de Tharros, à en juger par les photographies de M. Nicolucci. Or, je n'ai pas besoin de rappeler les rapports que les Phéniciens ont eus jadis avec les populations de toute l'Espagne ; et la conséquence à en tirer ici ressort d'elle-même. Ils peuvent, toui aussi bien que les Celtes et les races chamiliques, avoir importé la dolichocéphalie au sein des populations chamitiques. » De Quatrbfaqbs, Rapport sur les progrès de F anthropologie, p. 1 68-69.

(î) Sur l'ethnologie des peuples ibériens, consulter (parfois avec défiance) an point de vue historique, le travail de M. G. Lagneau inséré dans les Bullet. de la Soc. d'anthrop. de 1869, p. 146 et s. La réplique de M. Pruner- Bey se trouve à la suite. Ce savant a imprimé dans le môme recueil, t. IV, P- 361 et 5, une étude sur Y Anthropologie en Espagne.

conviction, sonl bien loin de s'accorder sur la valeur et Timportance des caractères généraux des races humaines. L*élude spéciale de ces divers caractères a donné lieu à de longues discussions, dont le résumé, même le plus rapide, m*entraineruit beaucoup trop loin. Je renvoie donc à la collection des Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris ceux de mes lecteurs qui tiennent à se renseigner suffisamment là-dessus, et je me borne à constater que Ton groupe volontiers en trois classes les caractères généraux des races humaines : i® caractères physiques ; 2* caractères intellectuels ; 30 caractères moraux et religieux. Chacune de ces classes comporte des divisions et des subdivisions, dont on peut voir le détail dans la troisième partie du Rapport sur les progrès de T anthropologie de M. de Quatrefages. Il s'en faut de beaucoup que les Basques aient été étudiés sous tous les aspects. Les études partielles sont, néanmoins, assez nombreuses, et je suis tenu de mettre sous les yeux du lecteur les résultats d une enquête qui, selon toute apparence, durera longtemps encore.

Caractères physiques. — Taille. Le colonel Napier, dont Prichard s'est approprié les observations sur les Basques (t. II, p. 336), a surtout étudié ce peuple sur le versant sud des Pyrénées. Pour lui, les Euskariens sont une race grande, et même parfois très-grande, de l'autre côté des monts. jM. Broca en fait au contraire des hommes petits et trapus (1), et H. Alfred Maury semble se rallier au même sentiment, quand il dit que les Basques sont moins grands que les Béarnais (2). M. de Quatrefages trouve que leur taille « n'est pas supérieure à celle des Français ; elle serait plutôt inférieure (3). » M. de Belloguet paraît être d'un avis contraire,

(4) Broca, Mém. de la Société d'anthropologie de Paris^ 4 859.

(2) Alfred Maïiry, La Terre et l'Homme, p. 405.

(3) Bullet. de la Société d'anthropologie, t. II, p. 691.

et voici comment il s'exprime. Les Basques « de France, à partir de Saint-Jean-de-Luz et de Bayonne, en passant par Hasparren, Saint-Palais et Mauléon, m'ont paru d'une taille assez élevée pour les hommes, très-variable chez les femmes (1). » Nous verrons plus bas que M. Elisée Reclus constate, pour la vallée de Sainte-Ëngrace, la haute taille des habitants. La vérité est qu'il y a, en France et en Espagne, des Basques de toute taille; et ce fait, dont j'ai été maintes fois à même de me convaincre personnellement, sera aussi reconnu, j'en suis certain, par tous les observateurs libres de préventions.

Coloration. Le colonel Napier, suivi par Prichard, fait des Basques un peuple au teint blanc, et Arthur Young, cité par M. Michelet (2), les compare, sous ce rapport, aux highlanders de l'Ecosse. Pour M. de Quatrefages, le teint des Euskariens est, au contraire, brun et peu coloré (3). Ces descriptions contradictoires s'expliquent par une variété de coloration dont il est facile de se convaincre.

Couleur des yeux. Pour Napier et Prichard, les yeux des Basques sont d'un bleu clair, et M. de Belloguet déclare que, sur le versant nord des Pyrénées euskariennes, il a reconnu un très-grand nombre « d'yeux bleus, gris bleuâtres ou bruns clairs, rarement bruns foncés (4). » H. de Quatrefages tient pour les yeux noirs (5). Sur 47 Basques

(0 RoGBT DE Belloguet, Ethnogénie gauloise, p. «<5. — M. Ctskc- MoNCAUT, Histoire des Pyrénées, t. I, p. 430, a essayé de déterminer les caractères ethniques des Basques ; mais ce travail ne mérite pas la moindre confiance, et témoigne, une fois de plus, contre ce compilateur, d^une infirmité radicale, et qui s'étend jusqu'à l'orthographe.

(2) Hist. de France, t. II, p. 49.

(3) Revue des Deux-Mondes, 45 mars 4 850.

(4) Ethnogénie gauloise, p. 243.

(5) Souvenirs d'un naturaliste, dans la Revue des Deux-Mondes, n^ du 45 mars 4 860.

actuels (les environs de Saint-Jean-de-Luz observés par le docteur Argelliès, 25 « se rattachent à la série des yeux bruns (n*** 1 à 5 de Téchelle chromatique) ; < 4 à la série des yeux bleus (n^ 6 à 10 ; 7 à celle des yeux verts (n*»* < 1 à 45); et \ seul à la série des yeux gris. Au point de vue des tons des diverses nuances, nous remarquons qu'il n'y a aucun ton très-foncé correspondant aux n°' 1 , 6, 7 et 1 1 de l'échelle. Dans la série des bruns, les n^ 2 correspondant au brun foncé sont au nombre de 2 seulement; le brun intermédiaire, ou n^ 3, se présente 1 1 fois ; le brun clair (n® 4) n'existe que 2 fois, et enfin le brun très-clair (n® 5) n'est pas noté moins de 10 fois. Dans l.i série des bleus, il y a 2 yeux bleu foncé (n« 12) ; les 12 autres sont bleu clair (n° 14), sinon dans toute leur étendue, du moins dans la plus grande partie de leur étendue. Dans la série des verts, il y a un seul œil très clair ; tous les autres sont du ton clair (n° 9) et du ton intermédiaire (n° 8). Enfin, le seul œil de nuance grise appartient au jjris intermédiaire (n*' 18), que l'on confond habituellement avec les yeux bruns.

a II résulte de cette analyse aride, que les yeux (dont s'agit),., peuvent se ramènera deux types anthropologiques : le type pigmenté (yeux bruns), comprenant 25 numéros, et le type non pigmenté (yeux bleus ou verts), comprenant 21 numéros.

» La différence entre ces deux types est assez prononcée pour qu'il soit permis de l'attribuer à une différence ethnique, et de présumer que la population descend de deux races au moins, l'une à l'œil pigmenté, l'autre à l'œil non pigmenté (1 ). »

Les représentants des deux types étudiés aux environs de Saint-Jean-de-I-uz par le docteur Argelliès, se retrouvent, en

(4) Paul Broca, Sur les Basques de Saint-Jean-de-Luz, dans le Buliet. de la Soc, d* anthropologie, séance du 9 janvier 4868.

proportions variables, dans tout le pays basque. Les yeux bleus m'onl paru être assez nombreux dans certaines parties de la vallée d'Amezcoa (Navarre espagnole).

Barbe^ cheveux. Napier, suivi par Prichard, fait des Basques un peuple blond. M. Francisque-Michel affirme que les blonds sont nombreux dans la \a)lce de Soûle, et M. de Belloguet déclare qu'un très -grand nombre d*Euskariens français ont les cheveux plus ou moins châtains, a Jai même, dit-il, remarqué parmi les enfants, — et quelquefois chez les femmes, — beaucoup de têtes blondes, qui brunissent

I sans doute avec le temps (1). » Au contraire, M. de Quatre fages avait été frappé d'abord de la prédominance des cheveux noirs (2) ; mais il a reconnu plus tard qu'il y avait aussi beaucoup de blonds parmi les Euskariens. « J'en ai vu, dit-il, un grand nombre dans les environs de Saint-Sébastien ; j avais cru d'abord que la couleur claire de leur chevelure était le résultat de quelque croisement ; mais j'ai pu m'assurer que ces individus blonds présentaient, sous tous les autres rapports, les caractères de la race basque parfaitement pure. — J'ai eu l'occasion de causer sur ce sujet avec M. d'Abbadie ; il pense, comme moi, qu'il y a de vrais Basques blonds (3). )) M. Elisée Reclus affirme que les fiasques de la vallée de Sainle-Engrace sont blonds, et cela est au moins vrai pour la grande majorité. Sur les 47 Basques des environs de Saint - Jean-de-Luz observés par le docteur Argelliès, 4 doivent être

I retranchés à cause de leurs cheveux gris ou blancs. En comparant, dit M. Broca, les numéros du tableau dressé par U. Argelliès k avec ceux du tableau chromatique qui accom-

(4) RofiET DE Belloguet, Ethogén. gaul, p. 213.

(2) Souvenirs d'un naturaliste^ dans la Revue des Deux-Mondes, 1 5 mars

(3) Bullet. de la Soc. danthr., t. II, p. 406-7. M. Boudin affirme aussi, à bon droit, avoir vu bon nombre de Basques blonds à Saint-Sébastien.

pagne les Instructions générales de la Société (d'anthropologie), on reconnaîtra d'abord que la Qouleur des cheveux est toujours foncée. Il n'y a pas un seul cas de cheveux blonds. Deux fois la couleur est d'un brun rougeàtre ; dans tous les autres cas, elle est châtain foncé ou tout-à-fait noire (1). »

Ces descriptions si diverses correspondent réellement à une grande variété de coloration dans la chevelure des Basques. Parmi ces chevelures, les diverses nuances du châtain m'onl paru dominer ; maïs on y trouve aussi le brun foncé et le noir, ainsi que le blond franc, notamment dans certaines parties de la vallée d'Amezcoa (Navarre espagnole).

Tête osseuse. La distinction des races en brachycéphales et dolichocéphales, a été établie par Retzius. Le savant suédois croyait que Vàge du bronze avait été inauguré, en Europe, par des populations rapportables au type dolichocéphale, et il en concluait que le type brachycéphale représentait la race antérieure, celle de Vàge de pierre. En conséquence, tous les habitants de l'Europe qui ne parlaient aucune langue indoeuropéenne, devaient , à son avis, être considérés comme brachycéphales, et il rangeait dans cette catégorie les Lapons, les Finnois et les Basques.

Bon nombre d'anlhropologistes acceptèrent, sans la vérifier, au moins par rapport aux Basques, la théorie de Retzius, et quelques philologues se bornèrent à des comparaisons grammaticales et lexicographiques tout-à-fait insuffisantes. Le docteur Paul Broca confesse qu'il a lui-même subi d'abord l'influence de ce système, dont il s'est publiquement séparé, en 1862, par son mémoire Sur les caractères des crânes basqueSy inséré dans le Bulletin de la Société d'anthropologie. L'année suivante, M. Broca a fourni à ce recueil un nouveau

(4) Paul Bbocà, Sur les Basques de Saint-Jean-dê-Luz , dans le BuUet de la Soc. d'anthr.<, séance du 9 janvier 4868.

mémoire sur le même sujet , et voici le résume des deux Iravaux.

Ce savant, aidé de M. Gonzalez Velasco, de Madrid, avait réussi à se procurer soixante crânes basques, provenant du cimetière de Zarauz (Guipuzcoa). L'élude de ces crânes permit à M. Broca de constater la présence de 29 dolichocéphales, 49 mésalicéphales, et 12 brachycéphales seulement. Ces derniers dépassaient Tindice céphaliquc de 80 pour 100, où commence la sous-brachycéphalie, et aucun d'eux n'atteignait la limite de 85 pour <00, où commence la brachycéphalie vraie. Seuls, les numéros 34 et 24, avec les indices respectifs de 82, 73 et de 83, 24 se rapprochaient un peu de cette limite ; de sorte que dans toute une série de soixante crânes, c'est à peine s'il y en avait deux que l'on put considérer comme nettement brachycéphales. Voici maintenant les conclusions du travail de M. Broca :

« Deux choses me paraissent découler de l'étude qui précède :

w En premier lieu , les crânes dolichocéphales des Basques de Z... diffèrent beaucoup des crânes dolichocéphales des autres races de l'Europe. Au lieu de présenter une dolichocéphalie frontale, ils présentent une dolichocéphalie occipitale, due à la fois au développement exagéré des lobes postérieurs du cerveau, et au peu de développement de sa région antérieure.

)) En second lieu , les Basques, si différents des dolichocéphales d'Europe, se rapprochent, au contraire, beaucoup des dolichocéphales d'Afrique. Par la conformation de leur crâne cérébral, ils sont très-semblables aux Nègres qui, du reste, sous ce rapport, diffèrent peu des races africaines orihognathes.

)) Maisjemehàle d'ajouter que les Basques se distinguent à leur tour de toutes les races d'Afrique, même des plus

orthognalhes, par la petitesse de leur mâchoire supérieure, par le peu de développement de leurs bosses cérébelleuses, et par l'atrophie relative de leur protubérance occipitale. Ces caractères , d'ailleurs , différencient aussi les Basques des races d'Europe.

» Je conclus de là, que si l'origine des Basques de Z... devait être cherchée en dehors du pays basque, ce ne sérail ni parmi les Celtes, ni parmi les autres peuples indo-européens qu'on aurait la chance de trouver leurs ancêtres, et ce serait plutôt vers la zone septentrionale de l'Afrique que les recherches devraient se diriger. Il est assez probable que dans la paléographie (sic) de notre continent, l'Espagne se continuait avec le nord de l'Afrique. On ne devrait donc pas s'étonner des analogies assez étroites entre les populations primitives de ces deux régions, quand même on ne saurait pas que depuis les temps les plus anciens de nombreuses migrations ont eu lieu de l'une à l'autre rive du détroit de Gibraltar (1). »

M. Pruner-Bey protesta, dès l'origine, contre les conclusions de M. Broca. Ce savant, qui avait déjà affirmé la brachycéphalie des Basques, et déclaré que leur crâne présente le type de celui des Lapons (2), s'éleva contre la dolichocéphalie proclamée par M. Broca, et se fit fort de prouver que la série des crânes allongés, présentés par ce dernier, était rapportable au type celtique. M. Pruner-Bey intervenait d'ailleurs dans la discussion avec des observations nouvelles, et il avait prié M. Antoine d'Abbadie de mesurer, dans plusieurs localités du pays basque, des crânes de personnes vivantes. Sur 16 hommes soumis à cette opération, a il y en a , dit-il , 10 éminemment brachycéphales ; 5 s'éloignent de la brachycéphalie sans être

(0 Bullet, de la Soc, d'anthrop, de 4 863, 4« fascicule. (%) Discussion sur les brachycéphales^ de la France, dans le t. Il da Ballet de la Soc. d'anthrop., p. 647.

pourtant tous franchement dolichocéphales, et 1 présente les proportions d'un crâne ovale. Notons aussi que 3 des individus doh'chocéphales sont originaires du Guipuzcoa. Parmi les 3 femmes, il y en a une brachycéphale ; et une du Guipuzcoa éminemment dolichocéphale ; la tète de la troisième se rapproche plutôt de cette dernière forme (1). » Celte disparité des formes de la tète fait qu'on se demande si les Basques ne sont pas sang-mélés. M. d'Abbadie reconnaît que « les Basques sont une race mélangée quant au physique, » et M. de Montagne déclare que « dans Tétat actuel, la population basque présente des types divers. » Ce fait est également confessé par M. Broca : « Je suis convaincu , pour ma part ,

qu'ils (les Basques) n'ont pas échappé aux croisements J'ai

remarqué que l'aspect extérieur, les formes du corps et la stature ne sont pas les mêmes dans les localités que j'ai traversées. Ainsi, les Basques français diffèrent assez notablement des Basques espagnols, et se rapprochent à certains égards de leurs \oisins les Béarnais. . J'admets donc que les Basques ne sont pas de race tout-àfait pure. »

Il est certain que les mesures de crânes prises par M. d'Abbadie et utilisées par M. Pruner-Bey, ont une haute portée, M. de Quatrefages fait remarquer, avec beaucoup do justesse , que les chiffres recueillis « proviennent d'individus appartenant à diverses localités. Les crânes étudiés par M. Broca provenaient d'une seule localité. De plus cette localité , d'après les détails qui ont été donnés verbalement, est placée dans des conditions fort exceptionnelles. Il me parait fort difficile de voir dans Z... un point où doive nécessairement se retrouver la race basque typique ] je trouve au contraire bon nombre de raisons pour penser que ce lieu a dû posséder une population

(4) Pruneb-Bey, Sur les crânes basques^ dans le BuUet, de la Soc. d^anthrop.

quelque peu spéciale J'arriverais à conclure que tout ce

qu'a dit M. Broca n'est peut-être rigoureusement applicable qu'à Z.., et que les nombres recueillis par M. d'Abbadie doivent , selon toute apparence , se rapprocher davantage de ce que présente Tensennble de la race basque. Je suis d'ailleurs le premier à reconnaître que les mesures prises sur le vivant ne peuvent offrir autant de garanties que celles qui résulteal de la mensuration d'une tète dépouillée de ses parties molles.

(( S'il m'était permis de placer de simples souvenirs à côte d'études aussi précises , je dirais que près de cinq mois de séjour à Saint-Sébastien m'ont laissé du type basque une impression générale peu conforme avec l'existence de crânes vraiment dolichocéphales, et j'ai eu le plaisir de me rencontrer entièrement sur ce point avec M. d'Avezac (1). »

La discussion sur les crânes basques a recommencé à la Société d'anthropologie, en 1867 (2). Dans rintcrvallc, M. Velasco avait fait un nouvel envoi de crânes provenant toujours de Zarauz, ce qui portait à 77 le chiffre de la collection euskarienne alors possédée par la Société. De son côté M. Broca avait pris, dans la même localité , des mesures sur les têtes de onze personnes vivantes. M. Pruner-Bey trouve « sur ces vivants un indice céphalique qui est en relation parfaite avec celui des crânes. Quatre individus seulement présentent un indice céphalique de 80 ou un peu plus, les autres oscillent entre 79, 90 et 79, 68 (3). » Par conséquent, sauf plus ample informé, la collection des crânes basques de la Société représente , ni plus ni moins , l'état crânien des habitants de Zarauz. Passant ensuite à Texamcn de trois crânes placés sous les yeux de ses collègues, M. Pruner-Bey trouve

(4) De Quatrefages, Rapport sur les progrès de l'anthropologie, p. Î67-66.

(2) Pruner-Bey, Sur les crânes basques et Péponse à M. Broca^ dans le Bullet. de la Soc. d'anthrop. de 48C7, p. 40-30.

(3) /d., Ibid., p. 43.

que ces tètes appartiennent à deux races très-diverses ; le numéro 2 représente l'une, et les numéros 10 et 41, masculin et féminin, l'autre.

<c D'abord le numéro 2 est brachycéphale (80,50) relativement aux deux autres (75, 90 et 71); et il est moins volumineux (530 à 545 et 535). Mais là ne s'arrêtent pas les différences. Voyons les autres détails , et commençons par le numéro 2. En sa qualité de crâne brachycéphale , il partage avec tous les crânes de cette classe la forme qui les caractérise dans la boite cérébrale.

)) Frontaly représentant un triangle dont la base est constituée par une ligne transverse droite à la suture coronale et à la pointe coupée au front,

» Pariétal, à contours carrés.

» Occipital^ en triangle en corrélation avec le frontal , et sans saillie à la région de la protubérance... — Mais ce qui est bien plus saillant dans notre numéro 2, c'est Yarchitecturc de la face... Chez le brachycéphale, la face, dans le sens vertical , offre des contours triangulaires, prenant pour base du triangle un plan qui passe par le bord des os malaires, et dirigeant les lignes isocèles en haut, en suivant les bords du malaire et de l'apophyse orbitaire externe pour les joindre en haut du front (1). »

H. Pruner-Bey s'attache ensuite à établir que ces derniers caractères se retrouvent dans le crâne numéro 2 , et qu'il a sous les yeux un type crânien qu'il appelle provisoirement mongoUndêj tandis que les deux autres (n°» 1 et 10) appartiennent à la « branche celtique. » Pour lui, le numéro 2 est un crâne ibère ; mais il ne nie pas d'ailleurs que, dans les crânes de Zarauz, l'élément celtique ne prévale sur l'élément mongoloïde.

iO Id.y Ibid.y p 43-16.

La discussion a repris, cd 1868, à la Société d'anthropologie, comme on peut voir par les deux travaux de M. Broca, sur les Crânes bcLsques de Saint-Jean-de-Luz (n® de janvierfévrier). Le savant auteur y rappelle, dès le début, la communication faite par M. Wirchow au Congrès d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de 1867. Il résulte de celte communication, que six crânes, recueillis en Biscaye par M. Wirchow, sont, de tous points, semblables à ceux de Zarauz, et que, parmi ces derniers, ceux qui sont brachycéphales présentent des synostoses prématurées qui ont entrave le développement de leurs formes naturelles. Passant à l'étude des 47 têtes de Basques vivants, observés dans les environs de Saint-Jean-de-Luz par le docteur Argelliès, M. Broca s'exprime ainsi :

(( L'étude des indices céphaliques, nous conduit également à reconnaître la multiplicité des éléments ethniques de cette population (de Saint-Jean-de-Luz). Considérons d'abord les indices céphaliques-céphalométriques indiqués sur le tableau (dressé par M. Argelliès;. Le minimum descend à 76,68, le maximum s'élève à 90,55. Mais il y a lieu d'établir des catégories correspondant à celles qui servent à la classification des crânes, d'après les indices céphaliques-cràniométriques. Je montrerai , dans une communication spéciale (I), que pour passer de l'indice céphalométrique à l'indice cràniométrique, il convient de retrancher du premier deux unités. En faisant cette réduction, qui ne peut être qu'approximative, on obtient le tableau suivant :

INDICES cépHALiûUEs. Nombres de la série

de M. ArgelUès.

crâniomctriques. céplialométriques. les S sexes H. F.

Dolichocéphales pares, au-dessous de 75 au-dessous de 77 IL^ 1||^ Oj^.

Sous-dolichocéphales.... de 75 à 77, 77 de 77 à 79, 77 91'" 9i*" 0( "

Mésaticéphales de 77, 78 à 80 de 79, 78 à 8Sl 6-^ 5-^ 1—1

Sous-brachycéphales de 80, 01 à 85 de 82, 01 à 87 U}^s 20)^ 4| -

Bracbycéphales purs de 85^ 01 et au-delà 87, 01 el au-delà 7^' Ar^ 3\

Totaux. 47=47 39=^39 8=8 (4) Bullet. de la Soc. d'anthmp. de 4 868, p. 25.

a Les brachycéphales sont donc tes plus nombreux ; après eux viennent les dolichocéphales, et enfin les mésaticéphales sont les moins nombreux de tous. Il n'y a qu'un seul dolichocéphale pur : c'est le numéro 12, dont l'indice céphalique selève à 76,68, tout près de la limite 77, où commence la sous-dolichocéphalie ; il suffirait d'ajouter un demi-millimètre au diamètre transversal de cet individu, pour que son indice céphalométrique atteignit 77, et pour le faire passer dans la section des sous dolichocéphales. On peut dire, par conséquent, qu'il y a dans la série : 10 sous-dolichocéphales, 6 mésalicéphales, 24 sous-brachycéphales, et 7 brachycéphales purs. Et il est permis d'en conclure que la population est issue du mélange de deux races, l'une dolichocéphale, l'autre brachycéphale. .Celle-ci est manifestement prédominante (1). ))

M. Broca a repris, devant la Société d'anthropologie, l'examen des Crânes de SainUJean-de^Luz^ dans la séance du 23 janvier 1868. Il reconnaît le caractère brachycéphale d'un crâne provenant d'un village voisin de Saint4ean-Pied-de-Port, et envoyé par le docteur Laphitzondo. Il reconnaît aussi qu'une série de mesures céphalométriques, recueillies sur le vivant, dans les environs d'Urrugne, par M. Antoine d'Abbadie, tend à établir que la brachycéphalie est prédominante dans cerlaines parties du pays basque français. « Sur dix-neuf indices, seize hommes et trois femmes, il y en avait onze dont l'indice céphalique était compris entre 80 et 90; et, quoique la série fût trop courte pour avoir une valeur décisive, elle rendait, du moins, assez probable que le type des Basques du Labourd (Basses-Pyrénées), était différent de celui des Basques espagnols (2). »

(4) Broca, Crânes basques, dans le Bullet. de la Soc. danthrop, de 1868, p. 46-47.

(î) Bullet. de la Soc. d'anthrop, de 4868, p 49-50.

Ces considérations ont conduit le docteur Broca à demander à son confrère, M,Ârgelliës, le travail céphalométriqae dont il vient d'être question. Le savant professeur s*est également procuré cinquante-huit crânes provenant tous d'un cimetière de Saint-Jean-de-Luz antérieur à 1532.

(( Ce qui frappe d'abord dans cette série (réduite à 57), c'est l'existence de deux types bien distincts, l'un dolichocéphale, et lout-à-fait semblable au type dominant de Z..., l'autre manifestement brachycéphale. Le premier type forme un peu plus du cinquième de la série; le second en forme plus des deux tiers. Le reste de la série comprend des crânes mésaticéphàles , intermédiaires entre les deux autres groupes, et paraissant résulter du croisement des deux types précédents. — Les traits caractéristiques des Basques de Z... ne se retrouvent pas seulement sur les crânes dolichocéphaliques de Saint- Jean-de-Luz : ils existent encore, à l'état sporadique, sur un assez grand nombre de crânes brachycéphales. Cette particularité doit être attribuée, sans doute, en grande partie, au mélange des races ; mais il me parait probable que, si elle en dépendait exclusivement, ce mélange aurait eu pour conséquence d'atténuer à la fois les caractères des deux types précités. — J'ai lieu, d'après cela, de croire, ou plutôt de supposer, que les deux races-, l'une brachycéphale, l'autre dolichocéphale, dont le mélange aurait produit, avant le seizième siècle, la population de Saint- Jean-de-Luz, différaient beaucoup plus par l'indice céphalique que par les autres caractères. L'une de ces races est actuellement prédominante dans la Vasconie espagnole ; quant à l'autre, qui prédomine aujour* d'hui dans la terre de Labourd, et sans doute aussi dans le reste de la Vasconie française, il est probable qu'avant de se trouver en contact avec la première, de ce côté des Pyrénées, elle alliait déjà les caractères de la brachycéphalie avec plusieurs traits empruntés à la race des Basques d'Espagne, soit

que cette similitude fût le résultat d'un mélange antérieur, soit qu'elle dépendit de l'influence atavique d'une race plus ancienne, souche commune des deui branches qui , en se fixant sur les deux versants des Pyrénées, s'y seraient croisées respectivement avec deux populations autochtones diiïérentes, lune dolichocéphale en Espagne , l'autre brachycéphale en France (i). »

MM. Pruner-Bey et Broca ont continué leur discussion à propos des Ossements humains des Eyzies et des Crânes des Eyzies et théorie esthonienne (2). M. Pruner-Bey, contredit par M. Broca, persiste à rattacher les Basques à la souche mongoloïde. Mais ce débat soulève, pour toute l'Europe, une question d'ethnologie générale et de priorité d'occupation , ou tout au moins de coexistence des races brachycéphale et dolichocéphale. Je me suis borné (p. 197-203), à signaler la difficulté sans me prononcer à ce sujet. La seule conséquence spéciale qu'il m'importe de tirer de tous les travaux de cràniologie euskarienne, sur lesquels je crains de m'èlre un peu trop arrêté, c'est que les Basques actuels ne sont pas un peuple de race pure, et qu'ils ont subi , même avant les temps historiques, des mélanges dont il est impossible de fixer In proportion.

Agilité. La plupart des anthropologistes croient que la race basque tout entière possède cette qualité à un degré éminent. Silius Italiens parle déjà de l'agilité des Vascons (3), dont les descendants, plus ou moins mêlés, sont encore, en grande partie, si passionnés pour la danse, le jeu de paume et les

0) Id, Ibid., p. 61-63.

(t) Yoy. cette discussion dans les premiers i^u/^t. de la Soc. d'enihrop. de 1868.

(3) At juvenem quem Yasco levis, quem spicula densus Gaataber urgebat.

SiL. Itauc, Punie. ^ X.

combats de taureaux. Il ne faut pourtant pas croire que la passion de ces exercices soit limitée à une partie des populations du pays basque. On danse beaucoup en Gascogne et dans le nord de l'Espagne. Le jeu de paume était encore en grand honneur dans tout notre Sud-Ouest au siècle dernier, et les Euskariens ont eu le bon sens de le conserver. Quant aux courses de taureaux, elles ont lieu non-seulement en Espagne et chez les Basques, mais dans le département des Landes et une partie de celui du Gers. Pour les Gascons el les Euskariens français, les courses sont généralement des spectacles non sanglants, où les jeunes gens du pays se contentent de faire montre de leur force et de leur adresse (1). Ces divers exercices sont à la fois, pour une partie notable du peuple basque, la cause et l'effet d'une agilité, dont le renom a été gratuitement étendu à la nation tout entière. J'ai ou, en effet, l'occasion de me convaincre, par plusieurs voyages, que partout où la danse, le jeu de paume et les courses de taureaux sont négligés, l'agilité des gens du pays est beaucoup moins grande, et je me trouve d'accord, sur ce point, avec M. Elisée Reclus. « Il existe, dit-il, loin de la mer, dans les gorges des Pyrénées, plusieurs groupes de populations qui diffèrent sensiblement par leurs traits et leur démarche des populations de la côte. C'est ainsi que dans la vallée rarement visitée de Sainte-Engrace..., la plupart des habitans, qui d ailleurs, parmi tous les Basques, sont ceux qu'a le moins modiBés la civilisation française, sont blonds, massifs de taille, lents dans leurs allures (2). »

(1) Sur les Amusements du peuple basque, Voy. Fr. Michel, Le Pays basquq, ch. V.

(2) Elisée Reclus, Les Basques, un peuple qui s'en «a, dans la Revue des Deux-Mondes, n« du 1 5 mars 1867. Cet article doit être lu avec une certaine défiance. Quand l'auteur parle d'après ses propres informations, il mérilc d'ordinaire un crédit , qu'il faut trop souvent lui retirer dès qu'il s'aventure sur la foi d'autrui. C'est ainsi, pour me restreindre à deux exemples,

Caractèbes intellectobls, — Poésie, musique, M. Ldgneau (1) accorde aux Basques Y « instinct de la poésie et de la musique. » Je suis loin de nier Tintérêt d'un certain nombre de pièces composées par des Euskariens lettrés ; mais loin d'y trouver un signe de race, je n'y \ois que la manifestation estimable de qualités individuelles, développées sous Tinfluence du génie ancien, espagnol et français. La littérature artistique des Basques est essentiellement moderne, et toute d'imitation. C'est là un fait dont je me suis convaincu par des études longues et minutieuses ; mais je perdrais trop de temps à le démontrer, et j'aime mieux renvoyer le lecteur au chapitre IX du livre sur Ze Pays basque de M. Francisque-Michel. Ce chapitre, intitulé : Poésie populaire des Basques, contient néanmoins un assez grand nombre de poésies artistiques pour ne laisser aucun doute sur la vérité de mon assertion.

Les poésies vraiment populaires doivent être considérées comme une manifestation plus exacte des aptitudes poétiques des Euskariens. Ces poésies ont été publiées en partie, pour

que M. Reclus semble accepter comme authentique le chant d'Altabiscar, et que, sur la foi d'un menteur tel que Chaho, il donne aux Euskariens le titre de « fils d'Aîtor. » Je lis quelques pages plus bas : « D'après eux (les Basques), c'était en Escuara que le premier homme aurait salué la lumière en naissant à la vie; l'orthodoxie locale érigea même en article de foi que Dieu parlait basque en se promenant avec Adam et Eve dans le paradis terrestre, et bien mal venu aurait été l'étranger qui se serait permis d'émettre un doute sur ce fait primitif de l'histoire humaine. » Ceci est tout simplement une bévue. Jamais « l'orthodoxie locale » n'a érigé cette sottise en « article de foi, » et jamais l'étranger n'a couru de périls pour en avoir douté publiquement. Toute cette fantasmagorie se réduit à l'assertion extravagante de l'abbé d'Iharce de Bidassouet, rapportée plus haut (p. 65, note 3}, et qui n'a jamais obtenu grand crédit dans le pays liasque. — En résumé, sauf quelques observations géographiques vraiment intéressantes, l'article de M. Reclus est un travail de seconde main, hâtivement composé à l'aide du livre de Humboldt, des Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, et des écrits de MM. de Charencey et Eugène Cordier.

[i) Lagnbau, Ethnologie de la France, dans le Bulletin de la Société iantkrop., t. II, p. 840.

le pays baTsquc transpyrénéen, par Don Ignatio de Izluela (1), et pour la région cispyrénéenne par M. Francisque-Michel. Elles prouvent à suffisance que les Basques ont emprunté, tant pour la poésie artistique que pour la poésie populaire, la prosodie des peuples voisins, et que Borrow a eu parrailement raison de dire : a Les Basques sont un peuple de chanteurs plutôt que de poètes. Malgré la facilité avec laquelle leur langue se prête à la composition des vers, ils n'ont jamais produit un poète de quelque réputation... On ne saurait rien imaginer de plus stupide (que ces poésies populaires), de plus commun, de plus dénué d'intérêt. Loin d'être martiales, elles se rapportent aux incidents de la vie journalière et paraissent entièrement étrangères à la musique. Evidemment elles ^ont de date moderne (2). »

Dans la poésie populaire, les proverbes, recueillis par Oïhénart(i657) et quelques autres érudils, échappent néanmoins à celte appréciation que je ne trouve point sévère. Mais la littérature parémiologique des Euskariens ne saurait être considérée comme vraiment originale. Elle a subi directement l'action de l'Espagne et de la Gascogne, et peut-être même indirectement celle des Sarrazins (3).

(1) Ignatio de Iztceta, Escualdun ancina ancmaco ta are lendabidco et orquien Dantza on iritei pozcarri gaitzic gabecoen scmu gogoangarriac berenitz neurtu edo varsoaquin. In-fol., Donostian, 4826.

(î) Bible in Spain, by George Bobrow, p. 249-220. Cet écrivain ne parle que des poésies des Basques espagnols, mais il en est de même des Basques français, comme on peut le voir dans le livre de M. Fr. Michel. — Il est bien entendu que je ne comprends pas parmi les monaments de la poésie populaire des Euskariens les chants à'Annibal, des Cantabres et à'Àltabiscar, dont j*ai prouvé la fausseté dans ma Dissertation sur les chants hérétiques des Basques. Cette brochure (épuisée) sera complétée et remaniée dans un des chapitres de cet ouvrage.

(3) Comparer notamment le recueil des proverbes d'Oïhénart avec les Anciens proverbes basques et gascons, publiés une trentaine d'années auparavant par le sieur de Yoltoirk, et réimprimés plusieurs fois. J'ai sous les yeux Tédit. de 4 845. Paris, Techener. Voy. aussi Fa. Michel, Le Pays basque, cb. III.

En voilà assez sur la poésie, et je passe à la musique (1). Le recueil qui en contient le plus est celui d'Iztuela déjà cité, mais on en trouve aussi dans un ouvrage publié à Londres en 1838, et intitulé : Sketches of Scenery in the Basques Provinces of Spain, with a sélection of national Music. Borrow, qui n'a connu, je crois, que le recueil d'Iztueta, s'exprime ainsi sur Taptiiude musicale des Euskariens : « Leurs voix sont remarquablement douces, et ils sont renommés pour leur

(aient dans la composition musicale Ces airs (notés par

Iztueta), au son desquels on croit que les anciens Basques avaient l'habitude de descendre de leurs montagnes pour combattre les Romains et plus tard les Maures, consistent en marches d'une harmonie sauvage et pénétrante, qui nous transporte dans le voisinage très-rapproché de quelque combat acharné. Il semble que Ton entende la charge de la cavalerie sur la plaine qui résonne, le- cliquetis des épées, et la course impétueuse d'hommes sortant de gorges de montagnes (2). ))

Je trouve que, pour un anglais, Borrow accorde beaucoup trop à l'imagination, et qu'il prodigue à tous les airs notés par Iztueta une admiration qu'il fallait restreindre à quelquesuns. (( Presque tous ces airs, dit un juge plus compétent, sont évidemment mal notés. On y trouve de fréquents changements de rhylhme et de tons, dont les Basques n'ont pu s'accommoder, quelque inculte que l'on puisse supposer leur sens musical. Ceci, joint au défaut d'interprétation locale, ne permet que des appréciations bien insuffisantes, et, dans certains de ces chants, le vague et la bizarrerie sont tels que j'ai cru avoir devant les yeux de véritables énigmes.

» On ne peut se dispenser d'établir pour ce recueil deux catégories bien distinctes : à la première, doivent se rapporter

(1) Les anciens Vascons avaient une flûte particulière appelée Vasca tibia Voy. JuL. SoLïif., c. 5 ; Sbrvius, m lib. XI JEneid» [l) Boaaow, Bible in Spain^ p. 240-20.

les airs qui possèdent une physionomie nationale bien caractérisée; à la seconde catégorie ceux qui, à n'en pas douter, ont pour auteurs des musiciens contemporains, musique française Irès-banale, qui a dû pénétrer chez les Basques avec les danses qu'elle accompagne (1).

» Le plus grand nombre des airs de la première catégorie appartiennent au rhythme binaire ( mesure à f ).

» Les deux morceaux qui ouvrent le recueil doivent conserver le premier rang pour Toriginalité du tour mélodique et la profondeur du sentiment. On doit les regarder comme les types nationaux les plus complets.

» Le premier, intitulé Cuarrentaco erregiiela^ est touchant et coloré. L'oreille est en même temps étonnée et charmée par une sorte d'élrangeté indéfinissable. La phrase Aingueruchoa jarriy etc., est particulièrement belle. Elle est empreinte d'une noble mélancolie.

)) Le deuxième chant, San Sébastian, est d'un autre style. Naïf et pittoresque, comme ces airs qu'on se souvient d'avoir entendus dans les montagnes, il est orné de nombreux échos que l'art ne désavouerait pas.

» Parmi les airs qui suivent, YErreguela zarra doit être cité, bien que sa valeur soit fort au-dessous du Cuarentaco

(1) Ma famille a fait jadis des sacrifices fort infructueux pour me &ire apprendre la musique, et aujourd'hui je connais à peine les notes. Néanmoins je retiens d'instinct les mélodies populaires avec une exactitude et une facilité qui ont parfois surpris les musiciens distingués auxquels je me suis adressé pour la notation des chansons populaires de TÂrmagnac. Au nom de celte aptitude, très-peu scientifique il est vrai, je me permettrai d'ajouter quelques mots aux réflexions de l'auteur dont j'invoque l'autorilé. — Les Basques n'ont pas adopté seulement quelques récentes et banales productions de la musique française. Cette adoption remonte plus ou moins haut dans le passé, et s'étend à Lon nombre d'airs populaires ou popularisés en Espagne ou en Gascogne. Je citerai notamment, parmi ces derniers, les compositions évidemment artistiques faites au siècle passé pour les chansons du chevalier Despourrins. Plusieurs de ces airs ont pénétré dans la vallée de SouIe.

et (la San Sébastian. IJErregucla sarra est un air semi-badin, avec une certaine monotonie villageoise.

» Le Pordon Dantza nous offre des motifs d'une amoureuse langueur et d'une grande vivacité. Signalons encore Upelatigui^ Ondarrabia chiquia^ Ormachulo, Espata Dantza, Procesiao mua, Bucaera et Graciana, Tous ces airs sont remarquables à divers titres.

» N'oublions pas les deux chants de Chacolin et de MispirotZy qu'à leur belle simplicité et à la variété de leur dessin mélodique on croirait échappés de la plume de Haydin ; ni la Nescattif qui est un très -joli air de chasse. Quant à ceux dont il n'est pas fait mention ici, on croit pouvoir affirmer que le plus grand nombre a été ajouté au répertoire par des musiciens médiocres (1). »

(4) Geoi^e ÂMÉ, cité par Fr. Michel, Le Pays basque, p. 436-38. On trouve à la fin de c^ ouvrage les quatre airs les plus remarquables du recueil dlztueta. Je me les suis fait jouer souvent, et je déclare n'avoir jamais entendu rien de pareil dans la musique populaire des contrées qui cernent le pays basque. — Le Bullet. de la Soc. d'anthrop. de 4 867, p. 434 et suiv., contient une note de M. Fétis sur un Nouveau mode de classification des races humaities d'après leurs systèmes musicaux. Je suis malheureusement hors d'état de juger de la portée de ce travail, dont l'auteur, appuyé par MM. Defert et Broca, affirme la valeur delà musique en anthropologie. D après lui, le la est la note fondamentale des échelles tonales dans l'Inde, dans la Perse, chez les Egyptiens, les Arabes et tous les peuples sémitiques, les Lydéens, les Grecs et les Turcs. « Le peuple finnois garde un isolement singulier en ce qui regarde son échelle musicale. Cette gamme est formée de cinq sons : sol, la, si bémol, ut, ré, qui la rend essentiellement différente dfô peuples de race mongolique, dont les cinq sons ne résultent que des intervalles de tons et de tierces, sol, la, si, ré, ut. — De cette difiérence de constitution tonale résultent des mélodies dont te cararactère est très-opposé. Les chants des populations mongoles, chinoises, japonaises ou coréennes ont un caractère étrange, produit par la solution de continuité de l'échelle, tandis que le demi-ton de la gamme incomplète des Finlandais rend les mélodies de la Finlande touchantes et gracieuses. — Le système rhythmique il cinq temps de la musique des Finlandais, sépare aussi leurs mélodies de celles de tous les peuples connus. » — Je lis à la page 1 60 du môme recueil une réflexion de M. Broca qui trouverait « bon de demander à M. Fétis

M. Âmé a parfaitement raison de classer les airs populaires ou popularisés, qu*on chante dans le pays basque, en deux catégories, et de compter pour rien ceux qui sont d'introduction évidemment récente. Les autres lui paraissent avoir une physionomie nationale bien caractérisée. J'aurais voulu savoir à l'aide de quels éléments il apprécie la nationalité de cette a physionomie. » Un air peut être national sans être indigène, et beaucoup de vieilles chansons de la France sont encore populaires au Canada. Les Basques ont emprunté bon nombre d'anciens airs à la Gascogne et à l'Espagne septentrionale, et rien ne prouve que le petit nombre de ceux qui ne se retrouvent pas dans ces deux pays n'y aient pas été chantés autrefois. Parmi ces airs, certains, tels que le Cuarrentaco erreguela et le Choria caiolan^ sont assortis de poésies rimées d'un caractère relativement moderne, ce qui permettrait de croire qu'il en est cle même pour la musique.

Ces considérations prouvent, à mon avis, qu'on ne peut tirer aucun profit, au point de vue anthropologique, de la poésie et de la musique populaires des Basques.

Caractères moraux et religieux. — Propriété. M. de Quatre fages la met, avec raison, au nombre des caractères moraux et religieux. Quelques historiens jurisconsultes ont cru voir, dans les anciens monuments du droit euskarien, une organisation spéciale de la propriété ; mais je prouverai leur erreur dans l'avant-dernier chapitre de cet ouvrage.

Religion. J'ai déjà cité (p. 55, note 1) un passage de Julius Capitolinus, qui prouve que les anciens Vascons passaient

quelle est la gamme américaine, car, d'après lui, celle des Basques différerait de toutes les autres. » Il n'est pas question des Basques dans la communication de M. Félis, et les Finnois seuls sont placés par le savant directeur du Conservatoire de Bruxelles dans un état d'isolement musical. Il n'en est pas moins vrai que M. Fétis rendrait un vrai service à la science en étudiant la musique populaire des Basques, et en déterminant de quel type elle se rapproche le plus.

pour d'habiles angiires. (les pratiques superstitieuses duraient encore lors de Tapostolat de saint Amand (1). Depuis leur conversion, les Basques espagnols et français ont fait preuve d'un attachement constant à la foi catholique. Pendant le xvi^ siècle, le sabbat(assemblée de débauche et d'impiété), a positivement existé dans le Labourd et une partie de la Gascogne (2),

Je crois avoir exactement résumé, et complété au besoin, les études faites jusqu'à ce jour sur les caractères anthropologiques des Basques. Il est temps de terminer ce chapitre par l'exposé des conclusions positives et négatives qui me paraissent résulter de ce genre de recherches.

Au commencement de la période quaternaire, la Péninsule espagnole tenait à l'Europe occidentale par l'isthme des Pyrénées, et à l'Afrique septentrionale par un autre isthme, actuellement occupé par le détroit de Gibraltar. Le Sahara n'avait pas encore émergé.

L'existence de l'homme à cette ép'^que est attestée, pour le raidi de la France, l'Espagne et l'Afrique septentrionale, par (le nombreux et irrécusables vestiges.

L'état actuel des informations donne à croire que la Péninsule et les pays situés au pied du versant nord des Pyrénées ont été d'abord occupés par la race brachycéphale, de médiocre stature, etc., que M. Pruner-Bcy désigne sous le nom de race mongoloïde.

La pureté de cette race a été altérée de très-bonne heure par son mélange avec les éléments étrangers, et à des époques relativement plus récentes par l'établissement des Celtes, des Phéniciens, .des Grecs, des Carthaginois, des Romains, des

(4) Gentem..'. nimio errôre deceptam, ita ut auguriis, vel omni errori (ledila, idola etiam pro Deocoleret. Vit, S. Amand, ap. SuaiuM. t. II, febr. 6.

(2) Voy. là' dessus Delancre, Tableau de l'inconstance des tnauvaù anges, ot les Arrcsts notables ; Mahca, Hist. de Béarn^ 1. III, c. i:i ; Francïsque- MiCHSL, Le Pays basque^ ch. VIII.

Germains et des Sarrazins en Espagne. Néanmoins, ta persistance et la prédominance de l'ancien type sont attestées par la numismatique, Vhistoire et Tanthropologie.

Aucune découverte anthropologique vraiment sérieuse ne permet jusqu'ici de rattacher directement les Basques aux populations de l'Amérique, ou aux races berbères qui ont jadis occupé le nord de l'Afrique.

L'étude, encore incomplète, des caractères anthropologiques des Basques, impose aux savants une extrême circonspection. On n'a pu tirer jusqu'ici aucune conclusion légitime de l'examen de la poésie et de la musique populaires, ni de celui des croyances religieuses. L'histoire a déjà prouvé que les Basques , héritiers plus ou moins directs des Yascons, sont un peuple fort mélangé ; et cette conclusion se trouve confirmée par l'étude de la taille, du teint, de la coloralion des cheveux, de la barbe et des yeux, et par l'inégale répartition de certaines aptitudes physiques (agilité). Néanmoins, la moyenne delà plupart de ces caractères (taille, teint, coloration de la barbe, des cheveux et des yeux oii dominent les nuances sombres, tète osseuse même) permettraient généralement de constater un assez bon nombre d'analogies ou similitudes entre les Basques anciens et modernes, et la race à laquelle M. Pruner-Bey donne le nom do mongoloïde.

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