CHAPITRE
LES BASQUES DAPHES LA PHILOLOfilE.
(Langoe bMqne).
Si-
Voici le moment d'appliquer la philologie au problème de l'origine des Basques. Je vais aborder successivemetat, dans ce chapitre f Tancien état linguistique de TEspagne, l'histoire externe de Tidiome euskarien, et consacrer enfin à sa constitution interne une étude, non pas complète , mais suffisante pour asseoir légitimement un travail de philologie comparée. Ce travail occupera tout le chapitre suivant.
Larramendi et son école veulent que le basque ait été parlé, à des époques extrêmement reculées, non seulement dans la Péninsule, mais encore dans beaucoup d'autres pays. Tel est aussi le sentiment formulé, avec plus de circonspection et de réserve , par Guillaume de Humboldt et par ses nombreux adeptes. Les systèmes du P. de Larramendi et de Humboldt reposent principalement sur l'interprétation de l'ancienne toponymie espagnole au moyen de la langue basque contemporaine. Leurs procédés seront, de ma part, l'objet d'une étude spéciale; mais je voudrais actuellement esquisser l'ancien état linguistique de l'Espagne, à l'aide exclusif des documents irrécusables.
La Péninsule nous apparaît, dès l'aurore des temps historiques, comme occupée par des peuples parlant différents
idiomes. Nous avons d^nboriJ , sur ce point , le témoignage formel de Slrabon. Les Turdélans, dit-il, prétendaient avoir, depuis plus de six mille ans, des poèmes versifiés. Les autres habitants de Tlbérie avaient aussi une grammaire ; mais elle n'était pas la même pour tous, et ils ne parlaient pas tous la même langue (1 ).
Il faut laisser pour ce qu'elle vaut la fable relative à la haute antiquité des poèmes Turdétans, dont l'invention remonte probablement à cet Âsclépiade de Myriée, sur lequel nous savons à quoi nous en tenir (v. p. liO, 147 et 148). Strabon raconte cette tradition sans y croire , et la preuve c'est que, dans un autre passage, il nous apprend que de son temps ces Turdétans, et particulièrement ceux qui habitaient le longduBétis, avaient entièrement adopté les mœurs romaines, à ce point qu'ils ne se souvenaient plus de leur ancien langage (2). Quel intérêt les Turdétans auraient-ils eu à conserver d'anciens poèmes dont ils n'auraient plus entendu la langue?
Quoi qu'il en soit, il résulte des deux passages de Strabon précités, que les anciennes populations de l'Ibérie espagnole n avaient pas toutes la même grammaire et la même langue. Il en résulte aussi que lesTurdules, dont la provenance celtique
(4) Ka\ o\ àXkoi B'^KiipEç x^pSivrai YP*f*H^**fiwî ? o^ H^^a Ma, oi Bè f^p fXwTT?) [i.ta. SfRAB., Géog., lib. III
(2) G! (jivToi ToupBijiavof, xa\ (laXtora oî rsp^ Tbv Battiv, t&X£(oç eiç xbv 'PtûpiaCwv {jL£TaGé6Xi)VTat Tp6;:ov, oùôi t^ç ÔiaXéxtixou t^ç açEilpaç ïxi |i6;iv7ijxivoi. Strab., Géog, y lib. III, c. 2. Je crois devoir rapprocher du texte de Strabon un passage de la Grammaire des langues romanes (trad. G. Paris, p. 416-17} de M. Frédéric Diez. Cet éminent philologue a adopté, sur l'ancienne langue des Ibères, la théorie de Guillaume de Humboldt : « Les provincialismes oités par Golumelle, qui ne sont que des dérivés populaires de radicaux latins, comme focaneus de faux et beaucoup d'autres, montrent combien le latin avait, au temps où il écrivait, pénétré la population. » Cependant Cicéron parle de la langue espagnole comme d'une langue encore vivante : a Similes enim sunt dii, si ea nobis objiciunt, quorum neque scientiam neque explanationem habeamus, tanquam si Pseni Hispani in senalu nostro sine interprète loquerenlur. {De divinationsy II, 64.) »
a été prouvée (p. 209, note 1), avaient jadis un langage particulier, qui ne pouvait être par conséquent que le celtique.
L'origine celtique des Lusitaniens a été également démontrée (p. 166-469), ainsi que celle des Celtiques voisins des Turdules (p. 166). Le lecteur peut revoir (p. 166, note 3) le passage de Pline où il est dit que la langue, la religion et les noms de lieu prouvaient que les Celtiques de la Bétique étaient des Celtibères (Celtes) Lusitaniens. On parlait donc celte en Lusitanic et chez les Celtiques de la Bétique.
On sait que les Celtiques, qui occupaient les pays situés autour du cap Nérium, venaient aussi de la Lusitanie (p. 166-68). Ils devaient par conséquent faire usage d'un idiome celtique.
Tout porte à croire qu'il en- a été de même chez les Cellibériens, qui étaient des Celtes (p. 158-70), et voici un passage de Tacite qui vient renforcer cette légitime induction. Cet historien raconte que le préteur Pison fut assassiné par un paysan de la nation des Termessiens (Celtibérie) , qui n'était séparée des Yascons que par les monts Idubéda. Au milieu des tourments , ce malheqreux s'écriait à haute voix , dans le langage de son pays , qu'il ne ferait point connaître ses complices (1). D'après Silius Italicus, les Callaïques marchaient au combat en chantant dans la langue de leurs ancêtres : patriis ululantes carmina linguis (2). Est-il raisonnable de penser que, chez des peuples celtiques , la langue du pays ne fût pas celtique aussi?
J'ai établi (p. 5-6) que lesCanlabres étaient également des Celles, et j'invite le lecteur à revoir le passage où Sénèque (p. 179, note iy exilé en Corse raconte que « les Hispa-
(1) lisdem consulibus facinus atrox, in citeriore Hispaniâ, admissum a quodam agreste nationis Termestinje. Is prœtorem provinciae L. Pisonem incuriosum, ex improviso ilinere adortus , uno vulnere in mortem, adfecit... Et reperlus cum tormentis edere conscios adigeretur, voce magnâ, sermone patrio, frustra se inlerrogari. Taçit., Annal., iib. IV.
\i) SiL. Itâlic , Punie, lll, v. 34«.
niens avaient passé dans cette ile, que cela était constaté par la ressemblance des rites ; que les insulaires portaient des bonnets et des chaussures pareils à ceux des Cantabres , dont ils avaient conservé quelques expressions ; car la fréquentation des Grecs et des Ligures leur avait fait oublier Tidiome de leur pays. )) Ce passage a été déjà discuté au point de vue de la colonisatioir de la Corse par les Ibères ; mais il en demeure au moins ce témoignage, que du temps de Sénèque, les Cantabres avaient encore un langage particulier qui ne pouvait être que celtique.
Il résulte donc de la déclaration des plus graves auteurs anciens, et des inductions très-légitimes qui s'y rattachent, qu'avant et même pendant Toccupation romaine, on parlait encore des idiomes celtiques dans une grande partie de l'Espagne. L'ancienne toponymie de celte contrée fournit encore à cet égard une surabondance de preuves parfaitement mises en lumière par Humboldt (1). Sans doute, la pureté de ces idiomes avait pu souffrir pljiis ou moins de leur mélange avec les langues quelconques des populations antérieures; mais enfin, la prédominance du celtique était telle que des hommes aussi savants et aussi exercés que les auteurs déjà cités ne pouvaient pourtant pas s'y tromper.
Les nombreuses colonies phéniciennes, grecques et carthaginoises fondées sur le littoral de la Péninsule, avaient dû nécessairement y importer, chacune la langue de sa mère patrie. Enfin , la conquête romaine fit prévaloir, à la longue, l'usage à peu près général de la langue latine, plus ou moins altérée par son mélange avec les idiomes antérieurs.
Voilà donc la diversité de l'état linguistique de l'Espagne ancienne établie à l'aide exclusif des documents historiques. Le passage de Strabon, déjà cité (p. 238, note 1), estsurtout remar-
(4) Humboldt, Recherches sur les habit, primit, de l'Esp.y ch. XXX.
quable par sa précision , et je ne comprends pas comment Humboldt (1), et avant lui Qihénart(2), ont prétendu que le géographe grec n*ayait voulu constater qu'une simple variété (le dialectes. L'opinion d'Oïhénart n'est pas assez sérieusement raolivée pour que je croie devoir la discuter; mais je trouve que Humboldt se débarrasse avec beaucoup trop de sans-façon cl un témoignage qui le gêne. « Les Grecs et les' Romains, dit-il, étaient si dédaigneux des peuples barbares, et si peu disposés à s'informer exactement de ce qui les concernait, qu'ils oni bien pu tomber dans l'erreur... Ces dialectes devaient • encore moins se ressembler au temps où la nation (ibérienne) occupait des contrées infiniment plus étendues. Strabon, dans sa Description de la Gauk, a soin de distinguer la langue des dialectes. Ainsi, lorsqu'il avance que les Gaulois ne parlent pas la même langue, il entend par là que quelques-uns parlent un dialecte particulier, tandis qu'il' s'explique nettement sur la différence. absolue des langues aquitanique et gauloise. »
Ainsi, c'est avec des « devaient » pt des « ont bien pu » que le savant prussien prétend infirmer le témoignage formel et positif du plus illustre géographe de l'antiquité, d'un écrivain dont la science et la critique n'ont jamais été révoquées en doute. Mais Humboldt lui-même reconnaît , dans maint et maint passage de son livre , que les Celtes espagnols avaient conservé leur langue plus ou moins pure, et par conséquent il admet, dans une certaine mesure, cette diversité linguistique qu'il croit ensuite devoir nier. J'admets que Strabon ne constate entre les tribus gauloises que des différences de dialectes ; mais il relève entre les tribus de l'ancienne Espagne des différences d'idiomes, et la preuve , c'est qu'il les signale en se servant du même mot (yXwTta) dont il fait usage pour dis-
(0 HuvBOLDT, Recherches sur les habit, primit de l'Esp., p. 4 4 6-17. (t) OÏHtNABT, Not. utr. Vase, p. 44 et s.
tinguer les Aquitains des autres peuples de la Gaule (1). Le géographe grec parle si peu à ja légère, el il discerne toujours si soigneusement les dialectes des idiomes, que [e retrouve précisément pour TEspagne, ce que Humboldt relevait tout à l'heure à propos des peuplades celtiques. Les Tufdétans , dit-il, et surtout ceux qui habitent sur les bords du Bétis ont complètement adopté les mœurs romaines et ils ont oublié leur dialecte (ôiaXixTtxou).
Il n'y a donc pas lieu, ce me semble, de tenir compte des objections que Humboldt essaye vainement d'emprunter à rhisloire positive; et j'ai hâte de reprendre celte esquisse rapide au point où je l'ai laissée, c'est-à-dire à la diffusion du latin dans la Péninsule pendant la longue occupation des Romains. Le contingent de termes germaniques apportés en Espagne par lès barbares (Wandales, Alains, Suèves,Wisigoths) se trouve déterminé par les travanx d'Aldrete (2), de Mayans (3) et de M. Frédéric Diez (i). Quant aux mots de provenance sarrazine, j'ai déjà cité (p. 67-68) les travaux des. érudils qui ont cherché à reconnaître dans quelles proportions ils sont entrés dans l'espagnol.
Les premiers vestiges de cette langue se trouvent dans Isidore de Séville, et le plus ancien texte connu est la charte de la commune d'Aviles (Asturies), qui date de 4455, et qui a été imprimée. Le poème du Cid parait être aussi du xn^ siècle, et il est du milieu ou de la fin d'après Sanchez. Sar-
(4) Touç [liv 'Axouiiavouç, leXio)? £Ç7)XXaY[J.évouç ou -nj YXiinnî {lovov, iX>à îta\ Totç awfiaffiv, liiçepstç "ICripat (xdtXXov rj FaXaiaiç. — 'Oi 'Axouitavo! oiaç^pouai toîj vaXaTixou çuXou, xaiâ xe xâtç awp^Twv xaïa^suàç, xat xaià tîjv •yX&TTav. Strab., Géog^, lib. IV.
(2) Aldrete, Del origen de la lengua castellana.
(3) Màyans y Siscar, Origen de la lengua espanola.
(4) Fr. Diez, Introd. à la gramm, des langues romanes (trad. G. Paris), p. 74-88 ; Etymologisches Wtirterbuch der Romanischen Spracheriy M p. 80-492.
roiento comprend dans le domaine de l'espagnol les provinces de Castille* Léon, Estramadure, Andalousie, Aragon, Navarre, et en exclut les Asturies. M. Diez y ajoute, avec raison, la Murcie, et je propose d'en distraire la portion de la Navarre Iranspyrénéenne où Ton parle basque. Les érudits n'ont pas encore étudié avec la précision désirable les divers dialectes espa- .!;nols. Mayans y Siscar constate seulement leur existence, et limite leur différence à un certain nombre de mots provinciaux. « Le dialecte de Léon, dit M. Diez, est celui qu'on peut le mieux étudier, grâce au Poema de Alexandre.,, qui lui appartient ; au moins n'y a-t-il aucune raison pour prêter un autre dialecte à l'auteur, qui était natif d'Astorga (Voy. Sanchez, lU, p. 20). Si on retranche de ce dialecte ce qui vient du galicien, dont il est voisin, il lui reste en propre bien peu de chose qu'on ne puisse retrouver dans d'autres ouvrages en vieux castillan, comme le Poema del Cid. On sent des traces de ce mélange dialectal dans d'autres auteurs, par exemple dans Berceo ; et comme cet écrivain était de Rioja, sa langue trahit déjà l'influence provençale (1). »
Je demande à ajouter, sur le portugais, quelques renseignements empruntés à M. Diez. Le savant romaniste y Irouve beaucoup moins de mots basques que dans l'cspagnoi, et UD certain nombre de mots français et anglais dont l'importation résulte d'événements politiques. Souza, dans un ouvrage déjà cité (p. 67-68), a déterminé les mots de provenance sarrazine, qui sont à peu de chose près les mêmes qu'en espagnol. IjC domaine de la langue portugaise comprend le royaume nctuel de Portugal et la Galice. Les textes anciens rédigés en cet idiome, remontent un peu moins haut que pour l'espagnol, et la plus ancienne charte est de 1230.
Le lecteur a certainement remarqué que, dans cette esquisse
(0 Fr. Diez, Introd. à la gramm, des langues romanes (trad. G. Paris), p. 23. •
rapide de Thistoire linguistique de la Péninsule, je n'ai dit un mot ni des Vascons, ni des Basques. Cette lacune volontaire sera comblée dans le cours du présent chapitre; mais je demande à terminer le présent paragraphe par quelques réflexions sur les langues parlées dans la primitive Aquitaine, qui devint plus tard la troisième Aquitaine ou Novempopulanie, et enfin. la Gascogne actuelle.
On sait déjà (p. 14-13) que cette région limitait les anciens Vascons à l'aspect du nord. Strabon affirme (v. p. 12, note 1) que, de son temps, le langage des Aquitains ressemblait plus à celui des habitants de l'Espagne qu'à celui des populations de la Gaule. Ce témoignage constate donc, entre l'idiome des Aquitains et ceux des antiques peuplades de la Péninsule, des différences assez notables pour proscrire toute confusion. Après la conquête romaine, le latin devint graduellement la langue de toute la Novempopulanie jusqu'aux Pyrénées. Le fait nous est attesté par des auteurs des iv® et v« siècles de notre ère et par les monuments épigrapbiques. On a vu (p. 42-44) que les Vascons s'établirent en Novempopulanie après l'occupation de l'Espagne par les Wisigoths, et aucun document historique ne prouve qu'avant cette époque on ait parlé basque en-deçà des Pyrénées. Le gascon, qui est un dialecte du provençal, succéda au latin, dans cette portion de notre Sud-Ouest qui porte le nom de Gascogne, et qui cerne, avec les Pyrénées et la mer, le pays basque français. Les caractères de ce dialecte seront indiqués plus tard.
Voilà toutes les considérations générales que j'avais à présenter sur I état linguistique ancien et moderne de l'Espagne et de la Gascogne, et je puis maintenant aborder l'étude externe et interne de l'idiome euskarien.
Il est inutile de donner la géographie physique du pays basque ; mais il importe d'être fixé, le mieux possible, sur le domaine actuel de TEskuara.
On n'est pas d'accord sur le chiffre des populations qui font aujourd'hui usage de cette langue. Voici, sur ce point, les renseignements les plus récents, et, je crois, les meilleurs, recueillis par U. Elisée Reclus. c< Au 31 décembre 1854, la population des deux provinces de Guipuzcoa et de Viscaya, où Ton parle exclusrvement le basque, sauf dans les grandes villes, s'élevait à :^ 47, 470 âmes. La Navarre et la province d'Alava, où l'espagnol est la langue des trois quarts des habitants, avaient ensemble un total de 411,820 personnes. Quant au pays basque français, c'est à 120,000 au plus que Ton peut y fixer le nombre de ceux dont le langage usuel est encore un dialecte cuskarien. Relevée commune par commune, la population l)asque française aurait été en 1866 de 123,810 habitants; mais il faut en défalquer les étrangers domiciliés dans les villes de Saint-Palais, Mauléon, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, etc. De 1861 à 1866, la diminution des habitants dans le pays basque des Hautes Pyrénées, a été de 1808 (1). »
Les Basques français occupent un peu plus du tiers du département des Basses-Pyrénéss, c'est-à-dire presque la
(1) Elisée Reclus, Les Basques, dans la Rev. des Deux Mondes, n^ du 45 mars 1867. M. Francisque-Michel (Le Pays basque, cfa. I) évalue approximativement à U0,ooo le nombre des Basques français et espagnols, ♦H les répartit, en chiffres ronds, de la manière suivante : Labourd, 60,ooo ; Soûle, 30,000 ; Basse-Navarre, 60,ooo. 11 porte ji 700,ooo le nombre des Euskariens espagnols. Ce dernier chiffre est ôvidemmenl très-exagéré, et il y a lieu d'en distraire les populations de langue espagnole de l'Alava et de la Navarre transpyrénéenne.
totalité des arrondissoments de Bayonne et de Mauléon, et une très petite portion de celui d*OIoron. I^ limite qui les sépare des populations parlant le dialecte gascon, peut ètro figurée par une ligne allant du sud au nord et de Test à l'ouest, de façon à laisser en dedans les localités suivantes :
Sainl-Engrace, Montory,
Esquiule,
L'Hôpital S. Biaise,
Arrost,
Charrite-de-Bas,
Arrout,
Arbouet,
Ilhare.
\ Arrondissement I de Mauléon.
I Arr> d'Oloron.
I Arrondissement [ de
Mauléon.
Bergouey-Villenave»!
Ayherre,
Bardos,
Briscous,
Lahonce,
Bidart (4).
Arrondtseement
de
Bayonne.
(0 Frakgisque-Michel, Le Pays basque^ p. i. — Arc'hu, Uskam eUi franzes gramatka, p. 206-44, a donné la liste suivante des communes françaises où l'on parle basque. Je rectifie l'orthographe toponymique à l'aide du Dict. topogr. des Basses- Pyrénées de M. P. Raymond.
Arrondissement de Mauléon. — Canton d'Iholdy, Arhansus, *Armen> darits, Bunus, SaintJust, Ibarre, Héletle, Hosta, Ibarrolie, Irissarry, Iholdy, Ostabat, Asme, Lantabat, Larceveau, Arros, Cibitz, Uziat, Suhescun, Juxue. — Canton de Mauléon. Ainharp, Oyhercq, Aussurucq, Boquiague, Barcus, Berrogain, Viodos, Abensede-de-Bas, Garindein, Gotein, Libarrenx, Espès, Idaux, Mauléon, Licharre, Mendy, Mendibieu, Menditte, Moncayolle, Musculdy, Ordiarp, Hôpital Saint-Biaise, Ossas, Charritte, Laruns, Charrittede-BaSj Undurein, Arrast, Larrori, Larrebieu, Suhare. — Canton de Saint' Etienne-de-Baigorry, Aldudes (les) , Anaux , Saint-Martin -d' A rrossa , Ascarrat, Baïgorry, Fonderie (la), Bidarray, Irouléguy, Lasse, Ossès. — Canton de Saint- Jean-Pied-de Port, Ahaxe, Alciette, Bascassan, Aincillc- Harrielte, Ainhice-Mongélous, Améguy-Ondarolle, Béhorléguy, Bustincc- Iriberry, Bussunarits-Sarrasquette, Saint-Jean-le-Vieux-Madeleine, Saint- Jean-Pied-de-Port, Saint-Michel, Estérençuby, Gamarlhe, Ispoure, Jaxu, Lacarre, Lécumberry, Mendive, Uhart-Cize, Çaro. — Canton de Saint-Palais. Aicirits, Amendeuix, Amorots-Succos, Arbérats-Sillègue-Suhort, Arbouet, Aroue, Arraute-Charritte, Béguios-Somberaute, Béhasque, Berraute, Camou, Domezain, Saint-Palais, Etcharry, Gabat, Garris-Luxe-Oneix, Ilharre, Ithorots, Labels, Lapiste, Larribar, Lohilzun-Sorhapum, Masparraiite, Beyrie, Orègu*», Osserain, Orsanco, Pagolle, Sussaute, Uhart-Mixé. — Canton de Tardets Alos, Alçay, Alçabéhéty, Restoue, Tardets, Alherey, Saint Etienne, Etchebarre, Camou, Cihigue, Haux, Trois-Villes, Lacarry, Charritte
Le lecteur peut facilement, à Vaide des indications qui précèdent, tracer, sur une carie des Basses-Pyrénées, le domaine actuel de la langue basque en France.
Les limites du domaine' de VEskuara en Espagne sont moins bien connues que du côté de la France. Elles ne « correspondent pas, dit M. Reclus, aux circonscriptions géographiques. L'ancien royaume de Navarre et les trois provinces d'Alava, de Guipuzcoa et de Bilbao sont, en général, indiquées comme le domaine d'Euskariens parlant toujours la langue de leurs pères ; mais une partie de cet espace est envahie depuis longtemps par Tinfluence latine , et les populations se servent d'un castillan mélangé de quelques termes locaux. Le domaine de la langue basque commence à l'ouest, entre la petite ville de Portugalete, située sur le bord du golfe de Gascogne , et la capitale de la Biscaye , Bilbao , où cependant l'espagnol devient peu à peu l'idiome prépondérant; puis il pénètre au sud dans les vallées qui descendent de la chaine* des Pyrénées cantabres. Sur la pente méridionale de ces monts, la frontière des idiomes se rencontre par une ligne de niveau semblable à celle qui, Jaiis la Biscaye française (1),
de-Haut, Arhan, Larrau, Lichans, Licq, Laguingé, Abense-de-Haut, Sainte- Engrace, Sorholus, Sauguis, Sibas, Sunhar. — Arrondissement de Baïonnb. — Canton de Bayonne. Arcangues, Bassussary, Eliçaberry, Saint-Pierred'Inibe, |Lahonce, Mouguerre. — Canton d'Espektte. Ainhoue, Cambo, Espelelle, Itsatsou, Louhossoa, Sare, Souraïde. — Canton de Hasparren. Hasparren, Saint Martin-d'Arberoue, Saint-Esteben, Greciette, Bonldc, Macaye, Méharin, Mendionde, Urcuray. — Canton de La Bastide-Clairence. Ayherre, Bardos, Briscous, Isturits. — Canton de Saint- Jean-de-Luz. ;Vscain, Bidart, Birialou, Saint-Jean-dc-Luz, Uendaye, Urrugne, Béhobie, Serres, Cibourre, Guétary. — Canton d'Ustarits. Ahetze, Arbonne, Halsou, Lairessore, Villefranque, Saint-Pée, Ustarits, Arraunx, Jatxu.
La Gramatica de M. Arebu a paru à Bayonne en 4853. L'auteur était alors inspecteur des écoles pnmaires dans les Basses-Pyrénées. Son catalogue peut contenir néanmoins quelques erreurs ou lacunes faciles à rectifier ou à mmbler par une enquête plus précise.
.1] « Biscaye française » est une locution vicieuse. Il faut dire Pays basque français. La Biscaye appartient aux Euskariens espagnols.
longe la plaine de l'Âdour , et laisse en dehors toutes les villes de TAlava qui se trouvent dans la vallée de TÉbre, Vittoria, Nanclares , Miranda. Au-delà du massif des hauteurs de Salviaterra , la vallée où Ton a construit le chemin de fer d'Alsasua à Pampelune appartient encore au pays basque; mais la ville de Pampelune elle-même n'est euskarienne que par les souvenirs historiques , et plus à Test les habitants de Monréal et de Lumbier ne connaissent plus l'antique langue ibérienne ; on la parle seulement dans les hautes vallées de Roncevaux , d'Orbaiceta , d'Ochagavia , Boncal , et de ce côté le pied Anie est encore le point extrême au-delà duquel ne résonne plus la voix des « (ils d'Aïtor (1). » Ainsi des quatre provinces euskariennes il en est deux, la Navarre etTAlava, dont la plus grande moitié (sic) appartient à Tidiome castillan (2). »
En voilà assez sur le domaine actuel de la langue des Basques (3). J'ai historiquement démontré dans les deux prc-
(4) Je me suis déjà expliqué (p. 64, note^) sur ces prétendus «Gis d'Aïtor. »
(3) Elisée Reclus, Les Basques, un peuple qui s'en va, dans la Revue des Deux-Mondes j n^ du 4 6 mars 4867.
(3) Le Prince Louis-Lucien Bonaparte a publié une Carte linguistique des sept provinces basqtAes, à laquelle il renvoie dans ses Observations sur le formulaire de prône conservé naguère dans l'église d'Arbonne, p. 7 (Bayonne. veuve Lamaignère, 4867]. Jai fait vainement chercher cette carte par un ami aussi savant que dévoué, dans tous les dépôts publics de Paris. « Elle n'existe pas, m'écrit-ij, même à la bibliothèque impériale du Louvre, ou sont recueillies et conservées, sous marroquin doré, les œuvres de tous les Bonaparte.... Cette bibliothèque possède, dans le format petit in-S^ le catalogue de toutes les publications du prince Bonaparte, et les publications basques y figurent pour une vingtaine d'articles. Ce catalogue est de 4 865, et il n'y est pas fait mention de la carte, v Cela me donne à penser que ce travail n'a dû être publié, comme la plus grande partie des ouvrages du même auteur, qu'à <0, 4 2 ou 4 5 exemplaires, imprimés très-souvent à Tétranger. — M. le docteur Paul Broca a annoncé à la Société d'anthropologie de Paris {Bulletins, t. V, p. 84 2-33 ; t. III (2^ série, p. 7 et 8) qu'il s'occupe de dresser une Carte de répartition de la langue basque. Ce travail doit être
miers chapitres de la première partie de ce livre, que, depuis Tantiquité jusqu'à nos jours, les Euskariensonl été constamment cernés par des populations qui n'appartenaient pas à la race basque.
Je viens de prouver , dans le paragraphe qui précède, et toujours à Taide exclusif des textes, que ces populations ne parlaient pas la môme langue que les Basques. Il s'agit maintenant de rechercher ce que cet idiome a perdu ou gagné de terrain , des deux côtés des Pyrénées, depuis les temps historiques.
fait, pour la partie cispyrénéenne, avec le concours de M. Elisée Redus, et, pour la partie transpyrénéenne, avec celui de MM. les docteurs Yelasco, Otano et Carrion. L'entreprise de M. Broca est assurément fort méritoire, et c'est pour la favoriser, dans la faible limite de mes moyens, que je prends la liberté de signaler à ce savant, dont l'activité s'exerce sur tant de sujets, (|uelques-uns des travaux déjà entrepris, à son insu, sur la matière qu'il se propose de traiter. — M. Broca me permettra aussi d'éveiller quelque peu sa délianoe au sujet de la critique philologique de son correspondant, M. Velasco. Cet r infatigable compagnon de ses recherches » a dressé, dit M. Broca, « un petit vocabulaire manuscrit des noms de baptême usités chez lesBasquesde Zarauz, du 44 novembre 1746 au 24 février 4774, avec la traduction en langue castillane de ces noms, qui sont presque tous purement basques. Une note, consignée par M. Velasco à la fin de ce vocabulaire, porte (pie les noms patronymiques et les sobriquets des Basques sont le plus souvent empruntés à la qualité, à la situation ou à la nature du terrain où sont construites leurs demeures héréditaires^ tandis que les Castillans empruntent ces dénominations aux noms de leurs ancêtres. » Je n'ai pas yn la note de M. Yelasco, mais je sais que les noms de baptême des Eoskariens sont empruntés à l'hagiographie générale, ou à l'hagiograplhie spéciale de leur pays. L'étude comparative des noms patronymiques basques et castillans réclamerait, de la part de MM. Velasco et Broca, des connaissances très-étendues et très-précises sur l'histoire positive, la géographie historique, et le droit féodal et coutumier des deux pays. Voilà pourquoi je ne saurais trop louer la circonspection de M. d'Âbbadie, qui exhorte M. Broca à (c se tenir en garde contre une cause d'erreur dans laquelle on tombe assez souvent. > Dans le pays basque, les véritables noms des personnes sont difficiles à trouver; on désigne les individus par les noms des maisons qu'ils habitent. Tels sont ceux, en très-grande partie du moins, que M. Broca a dû obtenir; aussi est-il dangereux d'en tirer des conclusions. BuUet, de la Soc. d'anthrop, de 4 868, p. 403.
Le lecteur n*a pas perdu de vue le passage où j'ai prouvé (p. 5-9) qu'il fallait rattacher à la Tamille vasconne les Yard ules, les Caristes et les Âutrigons , qui devaient parler la même langue que les anciens Yascons. Il sait aussi (v. p. 21-22) que lès ancêtres des Basques s'emparèrent, pendant la domination vvrisigotbique , du territoire qui avait jadis appartenu aux Bèrons et aux Turmodiges. Il n'a pas oublié non plus (p. 28-29) que les populations du territoire représenté par l'ancien^ comté d'Aragon, ont cessé, à une époque indéterminée, de parler la langue basque et que c'est dans le cours du YII® siècle de notre ère^ que cet idiome a été importé par une invasion, sur la partie du versant nord des Pyrénées où il subsiste encore aujourd'hui (p. 42 et s.)- En dehors de ces événements connus, aucun témoignage positif ne permet d'affirmer que la langue basque ait jamais été parlée, en Espagne et en Aquitaine, sur un territoire plus étendu que celui que je viens de déterminer. Les systèmes du P. de Larramendi et de Humboldt ne reposent, je l'ai déjà dit, que sur des interprétations de ' toponymie ancienne , dont j'examinerai la valeur dans un chapitreparticulier; mais je crois pouvoir, dès à présent, présenter quelques arguments en faveur de l'opinion contraire.
Strabon (1) et Pomponius Mêla (2) se plaignent de l'impossibilité ou de la difficulté d'écrire, l'un en grec, l'autre en latin, les noms des localités comprises aujourd'hui dans le pays basque espagnol , et contiguës jadis au domaine de la famille vasconne, quand elles n'y étaient pas englobées. Ces plaintes ne permettent-elles pas déjà de supposer, avec quelques chances de probabilité, que les habitants de ces contrées parlaient une
(1) 'Oxvw 8è TOÎç ov6{iaoi îcXeovàÇsiv, çEtSywv tb db]8lç ttjç ypa^ç, il (i-Jj Tivi Kpbç îjôov^ç laitv ixoÛEiv IIXeuTaupouç xa\ 6apBui{Ta; xa\ 'AXXàtpiyaç xa\ iXXa )^£ipto xa\ di<jTj|x6Tepa Toûttov ôvôfiata. Strâb., Géog., lib. IIL .
(%) Gantabrorum aliquot populi amnesque sunt, sed quorum nomina nostro ore concipi nequeant. Pomp. Mêla, De sit. orb., lib. III, c. 1 .
langue particulière, et que la reprcsenlation phonéliquc de leur toponymie, à Taide des moyens fournis par les alphabets grec et romain, présentait de plus grands obstacles que dans le reste de l'Espagne ? Cette conjecture me parait d'autant plus probable, que les plus anciens historiens de la Péninsule, Orose, Isidore de Séville, Tabbé de Valclàra, etc., sont absolument muets sur les hautes antiquités des Vascons , et qu'ils n'auraient certainement pas manqué d'en parler, si ce peuple avait occupé, à une date quelconque, une portion du territoire espagnol plus vaste que celle dans laquelle il se trouvait alors cantonné. Mayans y Siscar, qui était versé dans le basque, a fait une analyse de cette langue où il y a peu à reprendre (1), et il pense que l'emploi de cet idiome n'a jamais été général dans la Péninsule. Deux historiens de la littérature espagnole, les frères Hohedano , reconnaissent qu'ils ne donnent le nom (le Cantabres aux Basques que pour obéir à l'usage (2) ; mais ils ajoutent que, dans l'antiquité, ce peuple ayant toujours été con6né dans ses montagnes , il n'a pu propager sa langue dans les autres contrées de l'Espagne. Ils font même remarquer • que cette hypothèse est confirmée par l'antique toponymie du territoire des Yascons; car elle n'offre pas une seule des dénominations d'origine évidemment celtique, qui se rencontrent en si grand nombre dans le reste de la Péninsule.
L'opinion de Mayans y Siscar et des frères Mohedano, a trouvé dans Graslin (3) un adepte des plus fervents. Le sentiment de cet auteur a ici d'autant plus de poids, que pendant vingt ans il a exercé les fonctions de consul de France à Santander, c'est-à-dire sur l'ancienne limite du pays des Cantabres et de
(0 Matans t Siscar; Orig. de la lengua espmola, n® i3, p. 9; no 98, p. 84 ; cf. Alorbtb, D9I origen de la Ungua castellana^ passim.
(î) MoHBDANO, Hist. lit. de Espam, t. I, n«« iO et ii, p. 27 ; t. Il, n»408, p. 403.
(3) GRàSLiN, De l'Ibérie, p. 241 et s.
celui des Yascons. « Il existe, dit-il, dans la province de Santander, à quatre ou cinq lieues de sa capitale, des peuples nommés Pasiégos , qui vivent dans des montagnes réputées inaccessibles (1). Ces peuples, dont les mœurâ très-bizarres contrastent avec celle des populations qui les entourent; dont l'indépendance, encore cantabrique, exige souvent le déploiement de forces considérables pour les ramener à une apparence de soumission aux lois générales, sont, sans contredit, ce qu'ils étaient il y a plus de deux mille ans. Leur pays touche immédiatement h ce\u\ où la langue basque est encore nationale; ils vivent de la contrebande qu'ils vont chercher dans les provinces biscayennes. De temps immémorial , leurs femmes et leurs filles, chargées d'une hotte énorme, qui porte souvent le berceau de leurs enfants , vont aussi chercher dans les mêmes provinces le beurre qu'elles fournissent à celle de Santander. Les hommes et les femmes de ce pays parlent un espagnol très-corrompu , mais dans lequel il serait impossible de surprendre un seul mot de la langue basque ; il ne serait pas possible de leur faire comprendre la signification d'un seul mot de cette langue.
(( Ne doit-on pas conclure de cette observation que l'idiome des pays bîscayens, loin d'avoir été général en Espagne, n'a jamais pénétré chez ces peuples cantabriques, quoiqu'ils aient été en contact immédiat avec des peuples qui , le plus généralement, ne connaissaient que cet idiome ? »
Le lecteur appréciera la valeur et la portée de ces considérations ;, mais il est certain que , depuis une époque assez récente, l'idiome euskarien a perdu du terrain de l'autre côté des monts. D'après Garibay (2), on aurait parlé cette langue,
(4) Ces peuples sont vulgairement nommés Pasiegos, de leur ville principale située au milieu des montagnes, et dont le nom est Pas. Note de Graslin.
(%) Compendio histotial d'Espana, liv. IV, c. 4. — « Je suis, dit M. FbancisQUE-MicHEL, fondé à révoquer en doute la première partie de cette
de son temps , dans toute la mertndad de Pampclune, une grande partie de la Navarre, la ville et Tévèché de Bayonne. « Un navarrais d'Olite assurait que cet idiome a perdu environ huit lieues de territoire dans la Navarre espagnole. Il avait parlé le Basque avec les enfants de son âge à Olile, il y a Irente-cinq ou quarante ans, et aujourd'hui il faut remonter dans la Navarre sept ou huit lieues au nord de cette localité, une demi-lieue plus loin que Pampelune, pour entendre parler cette langue dans les villages, où son empire s'étend, non sans quelques interruptions. Ces interruptions sont particulièrement remarquables dans la Romanzado , vallée de la merindad de Sanguesa, et dans Yalmiradia de Navascues, où Ton a toujours parlé un dialecte de l'espagnol (1). Dans les villes et dans le ressort de Portugalete, de Valmaseda et de Lanestroa (Biscaye), on ne parle plus que castillan , bien que les noms de la plupart des villages soient incontestablement basques , et' donnent par conséquent à croire que cette langue était autrefois celle du pays (2). 11 en est de même d'une partie de la province d'Alava. Joaquin Josef de Lanzaduri affirme qu'au commencement du xviii^ siècle on parlait encore basque à Nanclares, localité située à deux lieues de Yittoria (3). D'autres écrivains font remarquer que le nom de Zayas de Bascones^ village voisin d'Osma (province de Burgos;, laisserait supposer que cet
assertion, surtout depuis la publication de la chronique d'Ânelier, qui fait à chaque instant parler des bourgeois de Pampelune et des gens du peuple, dans la guerre civile de 4 276, et qui ne donne pas môme à soupçonner qu'en fait de langue courante, il soupçonnât l'existence d'une autre que la sienne. Il n'est pas inutile d'ajouter que les noms basques qu'il cite sont en minorité. » Le Pays basque, p. 6.
(1) D. José Yanguas y Mirandâ, Dkcionario de las antiguedmles del reino fie Navarra, t. III.
(2) Diccionario geog.-hist. de Espana, sect. II, t. II, p. 487.
(3) Los compendios histéricos de la ciudad y villas de M. N. y M. L. jmvincia de Alava, p. 146-447.
idiome était usité encore plus loin (1). Un anonyme a taché d'établir que l'invasion de l'espagnol et du français, dans le pays Basque, réduirait à un demi million le nombre de ceux qui parlent la langue euskarienne (2).
A ces renseignements empruntés à diverses sources, il convient d'ajouter encore ceux qui sont fournis sur le même sujet par le docteur Paul Broca, dans le t. V. du Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris (3). « J'ai demandé à mes amis (MM. Elisée Reclus et le docteur Honoré Broca, d'Oloron), dit-il , s'ils avaient connaissance que le patois béarnais eût quelque peu empiété sur le basque dans des temps plus ou moins modernes. Ils m'ont répondu l'un et l'autre négativement. Nulle part, pas même dans les villages béarnais les plus rapprochés de la ligne que je viens d'indiquer (4) , on ne se souvient d'avoir entendu parler de l'époque où la langue basque aurait pu être usitée. Mon confrère , M. Honoré Broca , m'a signalé, il est vrai, que dans trois localités limitrophes, Licq, Montary (5) et Tardetz, un certain nombre d'habitants sont
(0 P. José de MoRET, Investigaciones historicas del reyno de Navarra, p. 67 et 78 ; P. Gabriel de Henâo, Averiguadones de las antiguedades de Cantabria, p 305. Néanmoins, M. Fr. Michel ftdt remarquer que ce nom de Vascons se retrouve dans d'autres localités assez éloignées des provinces vascongades.
(2) De l'eusquére et de ses erdèreSy ou de la langue basque et de ses dérivés, t. I, p. 20.
(3) Broca, Carte de répartition de la langue basque^ dans le Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris, t. V, p. 819-23.
(4) La ligne dont parle le docteur Broca est à peu près la même que celle que j'ai indiquée moi-môme ci-dessus.
(6) Quand MM. Paul Broca et Elisée Reclus publieront leur Cc^te de répartition de la langue basque, je ne saurais trop les exhorter à soigner l'orthographe toponymique, et à ne pas écrire, par exemple, « Montary » pour Montory, « Barenx » pour Bérenx, « Esquiale » pour Esqoiule, « Aquerre » pour Ayherre, etc. M: Broca fera bien aussi de ne pas répéter {Bullet. de la Soc. d'anthr. de 1868, p. 7), qu'il « a reconnu qu'il y a en France une séparation brusque, et, par suite, une ligne de démarcation bien nette entre le basque et le français. » Sans doute, la netteté de cette
béaraais et parlent béarnais en némc temps que basque ; mais il ajoute que cet ordre de choses est déjà ancien, et que le béarnais ne fait aucun progrès dans ces populations miparties.
9 En Espagne , le basque a perdu beaucoup do terrain depuis le commencement de ce siècle. Il y a cinquante ans, il s'étendait au sud jusqu'à la Puente de la Beyna (en Navarre); aujourd'hui les limites de celte langue passent un peu au nord de Pampelune ; par conséquent elles ont reculé d'environ huit
lieues vers le nord. Ce recul s'est effectué graduellement,
de proche en proche. »
Voilà tout ce que nous apprennent les savants sur le terrain perdu par le basque, des deux côtés des Pyrénées, à des dates non précises, mais dont on ne saurait pourtant contester le caractère plus ou moins récent. Je crois pouvoir ajouter que, sur le versant nord de la chaîne, Tidiomeeuskarien parait avoir médiocrement reculé devant l'invasion du gascon. En effet, la toponymie du pays basque français a été fixée , sous le régime féodal et monarchique , ainsi qu'il appert d'un grand nombre de titres et documents utilisés par M. P. Raymond , dans son Dictionnaire iopographique du département des Basses- Pyrénées. Ce laborieux et sagace paléographe a soigneusement inventorié tous les noms des lieux, avec citations à l'appui; et il a annexé à son livre une Table des formes ancieimes destinée à faciliter les recherches. L'étude attentive de ce travail m'a
ligne séparative a été depuis longtemps reconnue en deçà des Pyrénées, mais le français n'est pas l'idiome dont le domaine confine à celui du basque : c'est le gascon, qui est un dialecte du provençal, comme Ta fort bien établi M. Fr. Diez. — En revanche, M. Broca me semble dans le vrai quand il constate, avant tout autre savant, que « de l'autre côté des Pyrénées on observe, entre les deux zones où le peuple parle exclusivement soit le basque, soit le castillan, une zone intermédiaire où le basque et le castillan sont tous deux, et côte à côte, d'un usage populaire. » Bullet. de la Soc. d'anthrop, de 4868, p. 7-8.
convaincu que la (oponyAie du ^ys basque cispyrénéen a souvent subi, depuis sa première fixation graphique, des transformations assez notables. Ce qui m'a paru tout aussi certain, c'est le caractère très-généralement roman de la toponymie du territoire gascon qui cerne le pays basque du côté de la France. Celle toponymie a été fixée aussi pendant les périodes féodale et monarchique. Cependant il existe des noms de lieux à physionomie basque dans les vallées de Barétons (Ance , Abarri, Aramits, Lourdis, Urdete) et d'Aspe (Lescun, Orcun, Ëygun, Urdos). En dehors de ces vallées je pourrais citer les localités de Bidache, Guiche, Charre, etc. (1). Il ne serait donc pas téméraire de supposer qu'à une époque impossible à préciser, les populations de ces diverses contrées, qui parlent aujourd'hui gascon, faisaient usage de l'idiome euskarien.
Du côté du levant , c'est-à-dire le long de la rivière du Saison et du Gave d'Oloron dans lequel il se déverse, la langue basque ne paraît guère avoir perdu du terrain, car la toponymie de la rive droite de ces cours d'eau (Lavie , Dauna , Sallenave , Loustancau , Casemayou, Capdepont, Gestes, Rivehaule, etc.,) est très-généralement gasconne, et remonte plus ou moins haut. Ce n'est pas tout. Sur la gauche de la route qui va du nord au sud, de Salies à Saint-Jean-Pied-de- Port, en passant par Sauveterre, on trouve, à deux kilomètres environ de Salies, un ancien fief du nom d'Esperbasquc iVostau (TEsperhasco 1385, cens, f* 6; Esperabasco , 1546, Réform. de Béarn, B. 754). Ce fief, qui relevait de la vicomte de Béarn est fautivement nommé Desperbasque dans le n"" iH de la Carte du dépôt de la guerre, qui est, avec le Dictionnaire des Postes, la plus riche mine de bévues toponymiques. Esperbasque signifie « espère le Basque » attends-toi à arri-
(4) On retrouve, dans le pays basque, les similaires ou analogues de Li plupart de ces noms de lieux.
ver dans son pays (4) , et en effet on y arrive bientôt en tirant vers le sud.
Voilà tous les renseignements purement historiques que j'ai pume procurer sur le domaine ancien et moderne de la langue basque, dont je -vais maintenant constater l'existence, à Taide des plus vieux documents, et rechercher les plus anciens vestiges.
J'ai déjà cité, dans le présent chapitre, un passage de Strabon, con6rmé par Pomponius Mêla, sur la difficulté de prononcer les noms des Pleutaures , des Bardyètcs , des Âllotriges , et de quelques autres peuplades dont la position géographique , qui me parait très-stgniticative , a été déjà déterminée dans la mesure du possible. Ce passage, sans être un argument méprisable, n'est pas cependant de nature à produire une entière conviction, et il faut en dire autant d'une phrase de la légende de saint Amand , apôtre des Basques à 1 époque de Dagoberl: « Pendant que le saint prêchait la parole divine et annonçait l'évangile du salut, un des serviteurs, homme léger et frivole autant que vain , à provoquer la risée par des paroles bouffonnes et des éclats de rire , un de ces hommes que le vulgaire nomme mimilogues (2). » Les trois
(4) De même on trouve sur la rive droite do TAdour, Saint-Etienne (LAribelabourty corruption de Rive-Labourt {Sanctus-Stephanus de Ripa- Laburdi, v. 4 449, cart. de Rayonne, f<* 5 ; Sent-Esteven de Rivelabort, 1354, ch. du chap. de Bayonne), à cause de sa proximité du pays de Labourd, situé sur Fauire rive du fleuve. On pourrait citer d'autres exemples sans sortir de la Gascogne.
(5) Dom antem eis verbum prsedicaret divinum, atque Evangelium annuntiaret salutis, unus e ministris assurgens, levis ac lubricus, necnon et superbus, atque etiam apta cachinnans risui verba, quem vulgus mimilogum {id est jocularem) \ocat, servum Chrisli detrahere cœpit, etc. BoLLiLND. VI, Febr. In fest. S. Amandi, Episc. Trajectensis. — Il n'est pas rare de voir les écrivains du temps de Fauteur de cette vie annoncer ainsi un terme vulgaire et ne donner qu'un mot prétentieux ; ils ne veulent pas écrire le vrai mot et le font deviner, le transposent, pour ainsi dire : la glose [id est jocularem) donne le mot que l'auteur avait réellement dans la pensée en écrivant mmilogum. Note de M. Gaston Pabis, Hevue critique de < 866, art. 499. *
pièces connues sous le nom de Chant d^Annibal^ Chant des Cantabres et Chant (TAltabiscar , sont apocryphes et de fabrication récente, ainsi que je l'ai démontré dans une dissertation spéciale (1). Evidemment cela n'est pas concluant; mais il n'en faudrait pas dire de même, pour le basque transpyrénéen, d'un acte de l'année (de l'incarnation) 1167, tiré des archives de Pampelune, et rapporté par le P. de Moret. Cet acte contient deux mots basques: Maizter^ qui veut dire chef de bergers {mayoral de pastores) et buruzaguij chef de cultivateurs (mayoral de peones) (2). Les deux plus anciennes constatations relatives à l'usage de cet idiome sur le versant nord des Pyrénées occidentales^ résulte d'un passage de la vie de saint Léon, et d'un articlç de la coutume de Dax. On lit dans la vie de saint Léon , évèque et martyr à Bayonne , que lui et ses compagnons « ne purent entrer dans la ville (de Bayonne) , car les portes étaient fermées de tous côtés , à cause des embuscades des Basques , qui harcelaient la cité nuit et jour. I^ bienheureux Léon monta sur une colline située non loin de la porte qui regarde vers le midi, et y construisit une cabane... Voilà que, pendant la nuit , les brigands basques, ayant rencontré les frères du saint, leur demandèrent qui ils étaient, et d'où ils venaient; mais ceux-ci ne les comprirent point. Cela n'est pas étonnant , car l'idiome de ce peuple ne ressemble à
( 1 ) Jean-François Buldé^ DissertiUion sur les chants hénfiques des Basques. Paris, A. Franck, 4866 (épuisé). Voy. sur ce travail le judicieux compterendu de M. Gaston Pabis (Revue critique de 4866, art. 499). Ce critique accepte mes conclusions, mais il relève à bon droit quelques inadvertances de détail^ et je sois heureux de Ten remercier publiquement. — Les arguments de ma Dissertation seront reproduits et complétés dans le dernier chapitre du présent ouvrage.
(2) Defensores supradictanim baccarum erunt Rex et Episcopus, et ipsc cornes vel successores ejus. Est autem inter Ortiz Leoharriz, et Aceari Umea, quod Ortiz Lehoarriz faciet, ut lingua Navarironim dicitur, uDa Maizter ; et Aceari Umea iaciet Buruzagui, quem voluerit. P. de Moasr, Antiguedades del Beyno de Navarra, p. 97.
aucune autre langue, mais au contraire s'en éloigne complètement (4). » Cela est clair et significatif. Si la légende n'est pas cootemporaine de ^aint Léon, elle n'est pas postérieure au xin« siècle, ainsi qu'il serait facile de le prouver par le ton général du récit et quelques termes spéciaux de latinité barbare.
Le basque n'a jamais eu d'existence officielle, et nous verrons, dans l'avant-dernier chapitre de cet ouvrage, qu'aucun document du droit coutumier des Euskariens n'est rédigé dans leur langue. Néanmoins, j'ai trouvé dans un manuscrit conservé aux archives de Dax (Landes) et intitulé: Las œstumes de la ciuiai Daqs e deu ressort de quere, la disposition suivante , qui paraît remonter au xiv* siècle.
a Mauleon. Note que segont la costume de Mauleon de Soûle la demande e la défense si es demandai, se deu far en basquoas. Probe per lo cinquoau judyat (2). »*
Je crois inutile de signaler les documents postérieurs qui constatent l'existence du basque en-deça des Pyrénées ; et je
(4) Âttentus ergo cum suis cohseredibus ingredi civitatem minime potuit, quia fores ex omnî parte erant clausae propter insidias Yasculonim molestantium nocte et die civitatem. Ascendit ergo B. Léo in quodam monticulo non longe a porta qnx respicit al plagam meridionalem ; et ibi
erexit cellulam Quos (fratres Leonis) noctumo tempore Yasculi prse-
datoies reperientes, et qui et unde essent interrogantes, sancti eos non intellexenmt. Nec mirum, cum illorum idioma nulli lingagiosit consonum, imo penitus alienum. Bollaud. I, Mart. In (est. S, LeoniSy mort, archiep. BoUmag, apostoL Baion. — On sait que saint Léon était né à Carentan en Normandie. La leçon que je viens de citer ne se trouve pas dans le Bréviaire de Goutances. — Un honnête et remarcjuable historien de la ville de Bayonne, M. Jules Bàlasque, voudrait reporter l'apostolat de saint Léon à l'époque même de la diffusion du christianisme dans la Novempopulanie. Je tâcherai peut-être un jour de réfuter cette opinion, qui, du reste, n'infirmerait en rien ce que j'avance sur la date approximative de la légende.
[t] Les appels de la justice de Mauleon étaient alors portés à Dax, devant le sénéchal des Landes.
vais maintenant rechercher à quelle époque on a commencé de fixer graphiquement cet idiome.
Les plus anciens et les plus authentiques monuments du Basque en Espagne sont au- nombre de cinq, sans compter le fragment sur la bataille de Béotibar (4). Ce sont d'abord les
(4) Yoiei ce fragment, publié pour la première fois par Esteban de Garibay, et inséré depuis dans de nombreux recueils, notamment dans le Romancero Casteîlano de Depping. (Leipzig, 4847.)
Mila urte y garota Depuis plus de mille ans
Ura vede videan : Ueau va son chemin.
Guipucoarroc sartu dira Les Guipuzco&ns sont entrés
Gasteluco etchean. Dans la maison du château-fort ;
Nafarrokin artu dira Avec les Navarrais ils se sont livrés
Beotibarre pdean, etc. A Béotibar bataille, etc.
Il s*agit ici d'une bataille gagnée par les Guipuzcoans sur les Biscayens, le 49 décembre 43Î4. En conséquence, plusieurs érudits ont cru pouvob rapporter ce fragment au xiv« siècle, et Humboldt et Fauriel partent de cette donnée, ainsi que des différences qu'ils relèvent entre les six vers ci- dessus et le Chant des Cantabres, pour tâcher de déterminer approximativement l'âge de ce dernier poème, et pour argumenter en faveur de son antiquité. Cette opinion est contraire à celle d'un grand nombre d'érudits espagnols, qui veulent que le fragment de la bataille de Béotibar ne soit que la traduction d'une romance. A quelle époque la pièce espagnole auraitelle été rimée ? La chose est difficile à préciser ; mais il n'est pas rare de voir dans les Romanceros beaucoup de poésies du môme genre composées sur un thème unique. Exemples : les romances du roi Rodrigue, de la bataille de Roncevaux, etc., etc. L'original de cette chanson, dont les érudits espagnols affirment que les six vers basques ne sont qu'une traduction, se trouve, sans doute, d ins le Romancero gênerai d'Andres de Villata, que je voudrais avoir sous la main, au lieu du recueil abrégé de Don Eugenio de Ochoa. Mais quand cette autorité nous ferait défaut, et quand la romance populaire aurait été composée en basque à l'époque même de la bataille de Béotibar, son langage n'aurait-il pas dû se modifier plus d'une fois, afin de pouvoir toujours être compris par les générations successives de chanteurs ? Qui donc se soucie de conserver, par la tradition, des choses devenues inintelligibles ? Comment se peut-il faire que le basque du x\* siècle étant pour nous si obscur, celui du fragment de Béotibar soit si intelligible et si clair ? Comment expliquer cela, sinon par le rajeunissement du texte primitif, ou tout au moins par cette récente version cuskarienne d'un chant espagnol, admise comme indubitable par plusieurs savants de la Péninsule ?
vers de Domenjon de Andia, donnés par le Diccionano geografico' histôriœ de Espana.
Sagarra eder, guezatea La belle pomme, la douceur,
Gnerrian ère espatea. Au côté aussi Tépée.
Domenjon de Andia Domenjon d'Andia
Guipuzcoaco erreguia. Du Guipuzcoa le roi.
Vient ensuite une devise tirée d'un tableau héraldique de Leyzaur, à Andoin, et représentant un hibou.
Jauna, guc zuri Seigneur, nous à tous,
Ez zuc guri Non tous à nous.
Leizarturrac ontzari. La frênaie au hibou.
Les trois derniers fragments ont été donnés par le docteur Don Lope Martinez de Izasti, dans son Compendio histôriœ , et accompagnés par lui d'une application relatiTe à l'époque où ils ont été composés, mais qui ne remplace que très imparfaitement la traduction, que personne n'a osé entreprendre (1).
(1] A défaut de cette traduction, je crois dcToir reproduire ici les réflexions de Don Lope. — Bon nombre de caoalleros étaient dans l'habimde, au xt« siècle, de se rendre dans la ville d'Ouate, d'où ils partaient ensuite pour la chasse. Uun d'eux^ frère du sire de Muxiay Butron, devint l'amant d'une dame de la famille dlJgartezavals et fut tué par le mari. Gomez Gonzalez de Burton fut inquiété à propos de ce meurtre ; il Tint à Mondragon avec toute la Biscaye contre Oiîate^ et se prépara à la résistance. Les habitants employèrent le feu pour le contraindre à sortir, et une sortie eut lieu, suivie d'une bataille près de La Madalena, où périrent les combattants. Voilà ce qu'attesteraient les cinq vers du premier fragment. — Vers le milieu du xv« siècle, les lacayos^ sorte de miquelets, étaient dans l'habitude de venir, de tout le pays l)asque, chercher un asile chez Sancho Garcia de Garibay, habitant d'Onate. Au port de San-Adrian/ces lacayas demandèrent un pourboire à Juan Zaar, muletier de Hernani, qui le leur refusa et fut déTalisé. Juan Zaar porta plainte au corrégidor et à la junte proTinciale, qui euToyèrent le merino mayor à Onate avec une escorte respectable. Alors Sancho Garcia de Garibay et ses lacayos se réfugièrent dans la grotte de Santa-ïbia, longue d'une demi-lieue. Ils y furent assiégés par le merino mayor ; mais la grotte avait une porte par où les lacayos recevaient des TÎTres apportés par un certain Zalagarda, dont le nom se
Gomez andia canarren Ânzan presebal bere Bai Joainicori bere Madalenaan ei danza Viola, trompeta bagué.
Ala Zalagarda, Zalagarda mala Zalagarda gaisto. Onatzarra ondaco.
Ârdao zuri, ardao Madrigalgoa, Ardao zuria Mendoza gana doa Alabana sanda ili gogoa.
Zalagarda zanda ilira doa.
Sanda iliac atrac dita zizarrez Nola zizarrez da ala zeadaler Hermandadea arcandoa negarrez Anso Garcia e gasteluori émanez Ec invinda estiquicha esan ez.
Lascavarroen y esataco lastorra . Lascavaro costatuan onela Gavaz ère urtunica obela Argiii izarroc ditugula candela Ostatuan guera dira igu emenda.
Ces cinq fragments appartiennent incontestablement au xv^ siècle. La traduction des deux premiers n'offre rien do bien satisfaisant pour Tesprit, et celle des trois derniers est impossible. Cela tient à la transformation que la langue basque a subie constamment, à une décomposition graduelle, dont il
trouve dans le couplet cité. Le nom de Mendoza, dans le quatrième vers, est celui du merino mayor, dont la provision de vin fut enlevée et portée aux lacayos dans la grotte, où la hermandad les tint quelques jours bloqués, et essaya vainement d'enfumer les assiégés en mettant le feu à la porte. Mais cette manœuvre n'aboutit point, et la déconvenue du merino fut célébrée par le chant ci-dessus, qui est en dialecte guipuzcoan. Compend. hi$t., Append.^ p. 85-96.
est facile de suivre les progrès, de l'autre côté des monts, depuis Figueroa (1), Beriain (2), etc., jusqu'aux poètes et prosateurs de l'époque contemporaine.
Les deux premiers textes basques fixés de ce côté des Pyrénées sont un refrain de chanson et un passage de Rabelais. H. Gaston Paris m'a obligeamment envoyé copie du premier document, extrait d'un manuscrit de la fin du xv^ ou plutôt du commencement du xvi* siècle, qui contient des chansons dont plusieurs sont populaires. L'une d'elles a six couplets, dont le refrain basque est le même à tous. Voici le premier couplet :
Une mousse de Biscaye, L'autre jour près ung moulin, Vint à moi sans dire gaire, Moy hurtant sur son chemin, Blanche comme ung parchemin :
Je la baisé à mon aise.
Et Aie dist sans faire noise :
Soaz ioaz ordonarequi (3).
(4) FiGUEROi (El illustrissimo Don Antonio Yenegas de), Obispo de
Pamplona : Relacion de las fiestas que hizo el dia del Santissmo
Sacmmento y par lodo su octavario^ este ano de 4 609, con las pœsias que fueronpremiadaSf conforme a hs certamenes. . . Petit in-8o. Pamplona, 4609.
(2) Don Juan de Beriain, Doctrina cristiana, en castillan d'abord, puis en basque. Petit in-S^. Pamplona, 4 626.
(3) Le lecteur voit, par la mesure du vers, que soaz est monosyllabique. Au troisième couplet, Tamant impatienté de ce refrain s'écrie :
Par mon serment, vecy rage !
Ce n'est françoys ni latin ; PArler un autre languaige, Laissez votre bisquayn.
Au dernier couplet il y a ordonarequm, ce qui rime mieux et est plus conforme à la grammaire. — Le manuscrit donne la musique, qui peut-être I est originairement un air basque.
Je me suis adressé, pour la traduction du dernier vors, à M. le chanoine Inchauspe, auteur du beau travail sur le Verbe basquey et à M. A. Marrast, le consciencieux traducteur de G. Humboldt D'après M. Tabbé Inchauspe , il faudrait écrire: (( zoaz ZOOM ordonarekin {ordu onarekifij forme usitée), allez, allez, qu'il ne vous arrive malheur ; mot à mot : allez, allez, avec l'heure propice, avec l'heure bonne. Presque partout le cas socialif s'exprime par kin plutôt que par fci. » Voici les renseignements recueillis pour moi par M. Marrast : « soaz, ioazy aller-vou^-en, ou allez! allez. —Ces mots semblent mal orthographiés. Il faudrait un a à la tin de chacun, c'est-à-dire soaza, ioaza :— Ordonarekin semble composé de ordonaizia (ordonner) dérivé du latin, et de eguin, avec. — Ces mots pourraient donc signifier: Allez! allez! Je vous l'ordonne. Mais on nen est pas bien sûr. — Orduœuaequin veut dire: avec le dernier. Peut-être faudrait-il lire ainsi. »
Le second vestige de la fixation graphique du basque endeçà des Pyrénées, nous est fourni par Rabelais, «c Adoncques dist, Panurge: Jona andie guaussa goussy etanu beharda erremedio bcharde versela ysser lauda. Aubat es oloy es nausu ey nessassust gourray proposian ordine den. Noneyssena bayta facheria egabc gen herrassy badia sedassu noura assia. Aran houdavan gualde cydassu naydassuna. Estou oussye eg vinan soury hien en dastura egui harm. Genicoa plassar valu. — Estes- vous là, respondit Eudemon, Genicoa (1).
(1) Pantagruel, L. I, c. 9. La restitution et la traduction de ce passage ont été tentés, avec beaucoup plus d'audace que de sens critique et pl\ilologique, par Lor. Urhërsigabbu, dans son Examen critique du Manuel de la langue basque (de Lécluse). Bayonne, 1836. L'auteur déclare en être redevable « à l'aimable complaisance de M. D*** Labourlain et de M. E*'* Souletain. Voici le résultat de la collaboration de cet a aimable i> trio, a Jaun handia, gauza gucietan da erremedio ; bebar da bercela icer lan da. Ambatez othoyez nauzu, eguin ezazu, gur aya proposatia ordine den. Non
Ce passage incompréhensible, ne se trouve pas dans les
éditions antérieures à celle de Dolet (4544). Rabelais l'a donc
introduit après coup dans son Pantagruel, et il est absolument
impossible de nier qu'il ait été rédigé dans Tidiome euskarien.
Cela se prouve à suf6sance par l'emploi de plusieurs mots
diversement orthographiés depuis, tels que yana, seigneur,
gmicoa, Dieu, etc. Certains commentateurs peu habiles ont
suspecté la pureté de ce morceau , sous prétexte qu'on n'y
rencontre, sous leurs formes actuelles, ni pronoms personnels,
tels que m, jsu, ht, zuek^ /lau, howra^ etc., ni les temps du
« izanen baita facheria gube, ginaraci bcda zadazu neure azia. Ârren horen bondoan, galde nabi duzuna; eztut butia equinen zuri nie, erten derauzut equia arimaz, Jainoac placer badu. » Ce qui veut dire : « Mon grand monsieur, à toute chose il faut un remède ; il en faut un, autrement besoin est de suer. Je vous prie donc de me faire connaître, par signe, si ma proposition est dans l'ordre; et si elle vous paraît sans inconvénient, donnez-moi ma subsistance. Puis après cela, demandez-moi tout ce que vous voudrez, je ne vous ferai faute de rien ; je vouk dis la vérité du fond du cœur, s'il plaît à Dieu. » — Au moment où je corrige les épreuves de ce chapitre, je reçois une brochure de M. Cénac-Moncaut, intitulée : Lettres à MM, Gaston Paris et Barry sur les Celtes et les Germains, les citants historiques deR Basques et les inscriptions vasconnes des Convenœ. Cette brochure, comme toutes les productions historiques et philologiques du même auteur, est audessous de toute critique. Les érudits doivent éviter de discuter contre M. Génac-Moncaut, pour des raisons analogues à celles qui défendent aux mathématiciens d'argAmenler contre ceux qui cherchent la quadrature du cercle ou le mouvement perpétuel. Je trouve donc tout naturel que M. Cénac- Moncaut ait imprimé à la p. 24 de sa Lettre à M. Gaston Paris : « M. Bladé sait très-bien que le passage de Rabelais est du basque très-net, à Forthographe près. » L'auteur de cette phrase a des raisons, connues de tout le monde, pour ne pas se montrer rigide en matière d'orthographe, et il veut hien me garantir que la restauration du passage basque ci-dessus « a été contrôlée, sous ses yeux, par M. Goyetche, de Saint-Jean-de-Luz, qui l'a trouvée parfaitement exacte. » M. Goyetche, qu'il ne faut pas confondre avec l'abbé Goyetche, le traducteur basque des fables de Lafontaine (Bayonne, <85î), est un écrivain digne de servir de garant à M. Génac-Moncaut, comme j'aurai l'occasion de le prouver dans le chap. IV de cette seconde partie. La Dmertation des chants hérdïques des Basques, où j'examine le passage euskarien du Pantagruel (p. U et 45), a paru en 1866. Pourquoi donc M. Cénac-Moncaut dit-il qu'on « m'a prouvé » la pureté de ce passage à l'aide d'une restauration publiée en 4 826 ?
verbe être, nts, his^ da, ghira^ etc. (1). Je ne saurais accepter une supposition aussi gratuite. Il résulte, en effet, de Tusage de certains mots, que Panurge demande à Pantagruel un remède {erremedio) contre la pauvrelé, et qu'il ne fait par là que renouveler une requête déjà formulée en plusieurs autres langues. Est-il naturel de croire que Rabelais, qui avait tant de facilités pour se renseigner auprès des Basques « ait retouché son œuvre pour interpoler un passage incorrect ou vide do sens? Ne faut-il pas, au contraire, en tirer la conséquence qu'il s'est passé, des deux côtés des Pyrénées occidentales, depuis deux ou trois cents ans, un phénomène identique, 'Cl que l'idiome euskarien a subi de telles modifications que les anciens fragments sont devenus à peu près inintelligibles? Sauf le refrain et le passage de Rabelais sur lesquels je n'in-
(4) Cette réflexion^ trahit , chez ceux qui l'ont acceptée, la plus complète ignorance de l'histoire de la grammaire basque. Cette grammaire s'est considérablement modifiée depuis le dix-septième siècle, et notamment la conjugaison. Il suffît, pour s'en convaincre, de comparer les deux études consacrées h cette partie du discours par Oïhénart d'une part, et de l'autre par M. le chanoine Inchauspe. La première se trouve dans le XIV® chapitre de la Notitia utriusque Vasconiœ (4638), et la seconde, publiée en 4 858, forme un gros in-4« intitulé : Le verbe basque. C'est ainsi, pour me borner à un exemple très-judicieusement choisi par M. d'Abbadie (Etudes grammati^les sur la langue euskarienrie, p. 7 et 8), que du temps d'Oïhénart le dialecte labourdin possédait une forme isolée du futur.
naztCite^ je serai. garate, nous serons.
az(ffte, tu seras. saratee, vous serez.
date^ il sera. dirate, ils seront.
Cette forme du futur simple est actuellement méconnue dans la conjugaison isolée du verbe, et ce temps s'exprime le plus souvent par la forme composée izanen naiz. Au contraire, le Souletin dit simplement nizate. — M. d'Abbadie fait aussi observer, avec raison, que le génie labourdin « a fait irruption jusque dans les livres les plus élémentaires consacrés à l'enseignement religieux des Basques cispyrénéens. » On ne saurait assigner de date précise à ce phénomène^ et M. d'Abbadie ne s'explique point là-dessus ; mais l'irruption dont il parle grossit toujours depuis une cinquantaine d'années.
siste plus , le basque cispyrénéen ne saurait montrer des monuments plus anciens que les poésies du curé Bernard Dechepare (1587), la version huguenote commandée à Jean (le Leiçagarra par Jeanne d'Albret (1591), et les proverbes basques imprimés par Oibénart en 1657, mais qui sont évidemment bien antérieurs à leur publication (1). Or je dé6e l'euskarisant' le plus exercé de nier que ces livres renferment bon nombre d'archaïsmes et d'obscurilés souvent impénétrables, et dont nous voyons le nombre décroître graduellement^ à mesure que nous descendons , depuis le x\i^ siècle jusqu'à nos jours,, la série des poètes et des prosateurs basques cispyrénéens.
Le lecteur est, je crois, suffisamment fixé sur Vancien état linguistique de l'Espagne, sur le domaine antérieur et actuel de ridiome basque, sur la constatation historique des époques où cet idiome apparaît et se trouve enfin fixé par l'écriture (2) et l'imprimerie. Il sait également à quoi s'en tenir sur les modifications notables subies par cette langue, sur les deux versants des Pyrénées occidentales, depuis le xvr siècle. Je puis donc utilement tenter l'esquisse rapide, mais suffisante, du mécanisme grammatical de Yeskuara.
(1) Je ne tiens pas compte d'nn calendrier basque (Kalendera basco) introuvable, et qui, d'après Renouard, aurait été imprimé à la Rochelle en 1571. Ce devait être un ouvrage de propagande protestante.
(i) Il a été plusieurs fois question, dans le cours de ce paragraphe, de ce que j'appelle « les plus anciens monuments écrits de la langue basque. » J'entends par là les plus anciens monuments connus ; mais je ne prétends pas qiill n ait pu et qu'il ne puisse en exister d'encore plus anciens. Je veux dire tout simplement qu'ils ont échappé jusqu'à ce jour aux recherches, pour si actives et si persévérantes faites dans le pays basque cis et transpyrénéen par des historiens et des philologues aussi hien informés que Garibay, le P. de Moret, Don José Yanguas y Miranda, Oîhénart, PoQvreau, Bêla, d'Âhbadie, le prince Lucien Bonaparte, MM. Balasque, P. Raymond, archivistej des Basses-Pyrénées, et M. Dulaurens, archiviste de la ville de Bayonne.
' J'en ai dit assez sur Thisloire externe de la langue basque, el je puis maintenant consacrer à son mécanisme une élude suffisante pour servir de base au travail de philologie comparée qui doit occuper tout le chapitre suivant. Celle étude doit porter sur la phonologie, les racines, la formation des mots, la déclinaison et la conjugaison , sans préjudice de quelques remarques relatives à diverses particularités de Tidiome euskarien. Mais avant d'aborder ces divers sujets, je demande à donner l'esquisse rapide des divers travaux entrepris sur la grammaire basque. Je m'expliquerai sur les glossaires quand j'aurai à parler des racines.
Le premier essai de grammaire basque a paru en 1607, à Mexico, où un grand nombre d'Euskariens avait alors émigré; il a pour titre: Discutsos de la antiguedad de la Lengua cantabra Basconga/la, et pour auteur Ballhasar de Echabe, natif de la province de Guipuzcoa. Après lui, Oihénart (1638) a consacré au même sujet le chapitre XVI de la Notitia utriutsque Vasconiœ. En 1729, un jésuite espagnol, professeur de théologie au collège royal de Salamanque , le P. Manuel de Larramendi , donna son El impossible vincido : Arte de la lengua Bascongada. Larramendi est aussi l'auteur d'un dictionnaire dont je parlerai en temps utile. La Gramatika Escuaraz eta Francezez du notaire royal Ilarriet, a été imprimée à Bayonne, en 1741, et la Grammaire basque de Fleury-Lécluse, à Toulouse, en 1826. Ces travaux ont été fort judicieusement appréciés par M. Antoine d'Abbadie, dans les Prolégomènes des Etudes grammaticales sur la langue euskarienne (p 28 37). Tous les anciens grammairiens que je viens de nommer méritent le même reproche. Au lieu de tirer de In grammaire euskarienne même le? règles
(le la langue basque, ils ont calqué leurs ouvrages sur le plan des grammaires latines, espagnoles et françaises.
La Dissertation critique et apologétique sur la langue basque de Tabbé Darrigol (Bayonne, -1827), marque Tavènement de la véritable méthode pour Tétude de la grammaire euskarienne. Uauleur, mort à Irente-huit ans supérieur du grand séminaire de Bayonne, possédait des connaissances, fort étendues pour répoque, en philologie ancienne et moderne; et malgré quelques erreurs de détail, c'est bien lui qui a ouvert la voie, et qui a le premier décrit le véritable mécanisme de la déclinaison et du verbe basque. Les Etudes grammaticales sur la langue euskarienne de Chaho (Paris, 1836), ÏUskara eta Franses gramatika de M. J.-B. Archu (Bayonne, 1853), la Gramatica Vascongadade Lardizabal (Sainl-Sébaslien, 18S6), et le travail d'Yturriaga , n'ont guère avancé la question. Mais Le Verbe Basque de M. Tabbé Inchauspe (Bayonne, 1858) est un livre de premier ordre, qui montre, pour la première fois, dans tous ses immenses développements, la conjugaison euskarienne. Je regrette de ne pouvoir en dire autant du travail de M. H. de Charencey intitulé : La langue Basque et les idiomes de r Oural (Paris, 1862-66), et M. Van Eys lui a justement reproché (Revue critique, 1866, art. 107) de multiplier gratuitement les cas , dans la partie de son travail relative à la déclinaison basque. L'abbé Inchauspe lui a également adressé à bon droit quelques autres reproches, dans son article inséré dans les Annales de philosophie chrétienne^ n"* de juillet 1866. O dernier a dirigé aussi certaines critiques contre YEssai de (jrammaire de la langue basqu£, de M. Van Eys, Amsterdam, 186., 2^ édit.). En6n, le capitaine Duvoisin, a donné (Bayonne, 1866) une Etude sur la déclinaison basque qui révèle uTi homme profondément versé dans la pratique de la langue euskarienne.
Voilà tout ce que j'avais à dire sur les principaux ouvrages
de grammaire basque , dont j'aborde maintenant Texiiosé dans Tordre indiqué plus haut.
Phonologie. La phonologie euskarienne a été généralement assez mal étudiée. C'est pourquoi le lecteur me permettra sur ce sujet, une certaine insistance.
L'alphabet basque se compose , d'après H. le chanoine Inchauspe (1), des voyelles a, », ou, e, o, des vingt-sept consonnes et de quelques lettres doubles.
dy tf thy t mouillé;
5, shj chj tchy Zy tZj ç, tS;
(/, /i, fe, khyji
i, m, n, r et rr, n et / mouillé.
Dans phj les deux lettres se prononcent séparément {phesta^ fête). Le gdegh esi dur, et le j , en Guipuzcoa, comme en Espagne, en Labourd et en Navarre^ a le son du d mouillé. La lettre/* ne se trouve, en euskarien, que dans les mots im* portés. (( Un seul son , dit M. Pruner-Bey, est particulier au basque, et cest une sifflante que j'ai désignée par sh D'après ce que j'ai vérifié sur la parole suivante, ce son est intermédiaire au s et au ch français (Sf). »
J'ai déjà exposé, d'après le prince Louis-Lucien Bonaparte (p. 83-85), la loi de l'harmonie des voyelles en Basque ; mais je dois examiner en détail quelques autres points de phonologie , que l'on a prétendu être caractéristiques de l'idiome euskarien (3).
(4) Uabbé Inchauspe, le Verbe basque, p. XI-XII.
(2) Prcner-Bey, Sur la langue des Basques, dans le Bullet. de la Soc. d'anthrop, de 4 867, p. 47.
(3) Je croîs que cet examen sera facilité par la connaissance de la caractéristique du dialecte gascon. La voici, telle que la donne M. Fr. Diez.
« Si nous passons, dit-il, de l'orient du domaine provençal à l'extrême i occident, nous remarquons un dialecte, le gascon, qui ne peut renier sa
« Rigoureusement, dit Humboldt, le basque n'admet pas de f\ mais souvent le p elle ose changent en /*, comme dans upaldu et afaldu. On réemploie aussi pour désigner des noms semblables ; par exemple, le nom de la province Navarra est quelquefois écrit : Nafarra.
« Aucun mot (basque), dit Humboldt, ne commence par r. Le basqne fait précéder d'un e tous les mots étrangers de cette catégorie, et redouble alors IV, en l'adoucissant de manière à la rapprocher du son du d. Aussi dans certains mots, comme
commanauté primitive avec le provençal, mais qui porte tant de caractères étrangers que les Leys cfamors ne la regardent pas comme limousin : < Âpelam lengatge estranh coma frances, engles, espanhol, gasc6, lombard (il, 388). » A ces particularités appartiennent la préposé à IV (ren = arrei, riu = arriou), comme en basque; // initial pour / comme en catalan {levar ^= lîebà, leit^= Hit) ; r médial pour / (galina = garie) ; ch pour s ou ss (smes = chensj laissar = kûssà, conois =:^ counech) -, ca guttural, jamais palatal {causi et non chausi) ; qtui prononcé en faisant entendre Vu {can = couan), de môme gaitar ^:= gouaita) ; y mis pour/, comme en basque ljutjar=yutyà, joya=yoye^ satge = sage) ; b mis toujours pour r, comme en basque (t;o/ta=6ou20, serotct = »cr6ic») ; h pour/", comme en espagnol ( fagot = hagot^ far = ha, femna = hemne ). » Dibz, Introd. à la gramm. des langues romanes (trad. G. Paris), p. 137. — A la fin de ce passage, Tauteur dit en note qu'il restreint sa cai-actéristique du dialecte de la Gascogne « à la partie sud de la province, » c'est-à-dire à la Navarre et au fiéarn. Je comprends que M. Diez ait pu facilement déterminer les caractères du gascon pour la partie sud de la province, à l'aide des nombreux textes anciens et modernes de la variété béarnaise. Mais la langue de la ce Navarre » (française) est le basque, et l'illustre romaniste n'a pu, par conséquent, trouver dans cet idiome les éléments d'une caractéristique du dialecte gascon. Los fors et costumas deu royaume de Navarre deça-foris (yzM, m. dcccxxiii), sont en béarnais de l'époque de Louis XIII. L'idiome de ce statut n'est donc pas le même que celui de la très-grande majorité des populations qu'il régissait ; et si M. Diez a utilisé, comme je le; crois, pour sa caractéristique, les fors de la Basse-Navarre, il n'a par œnséquent opéré que sur des textes béarnais. Cette caractéristique du dialecte gascon a donc été rédigée avec des moyens d'information trop restreints pour être définitive, et il est fort à désirer qu'elle soit l'objet d'un nouveau travail de la part d'un provençaliste aussi compétent que M. Paul Meyer. Quant aux divers patois de la Gascogne, mon excellent ami, M. Léonce Couture, est dans une situation toute spéciale pour fournir, sur leurs caractères et leurs domaines respectifs, de précieux renseignements.
erastea et edcLstea (dialecte de Labourd), il y a conversion de IVen d. On dit aussi erregue pour roi (1). »
Nous examinerons plus tard les conséquences que Humboldt prétend tirer de cet argument. Voyons maintenant si ce philologue a bien et complètement examiné les deux phénomènes phonétiques dont il parle.
Je ne conteste pas l'absence de l/en basque. Dans les mots importés, cette lettre est tantôt conservée (fedea^ foi, faLca, faux, etc.), tantôt supprimée (tnna, farine, lora^ loreaj fleur, etc.), tantôt remplacée par ph(p/iagfoa, hêtre, phesia^ fête, etc.), tantôt représentée par /i {hctstial^ fastidieux, dégoûtant, etc.). L'étude approfondie des dialectes peut seule donner l'explication complète de ces habitudes. Les Gascons transforment aussi Vf en h (huret^ furet, Aum, fumée, etc.), et les Espagnols agissent souvent de même (hacer^ faire, harinaj farine, etc.). Cette répugnance pour Yf n'est donc pas un fait limité à l'Eskuara, et se retrouve dans les idiomes des pays voisins.
Je conviens que le basque n'a point eh propre de mots commençant par r, et que lorsqu'il donne l'hospitalité, dans son glossaire, à des mots où l'r est en tète, il a soin de les faire précéder d'une voyelle. Sur le versant nord des Pyrénées occidentales, cette voyelle est un a. Exemples : arrastelua, râteau, arraza^ la race, arrichina, résine, etc. Le même phénomène se produit dans le gascon, comme on l'a vu dans l'avant-dernière note. De l'autre côté des Pyrénées, les Basques disent aussi arroka, rocher, arrokia, éponge (qui adhère aux rochers), arropa, robe, etc. Cependant ils préfixent plus volontiers l'e : crresina, résine, erresmo/a,. rossignol, erro6ia, rage, etc. Peut-être en bien cherchant, trouverait-on quelques mots où ces préfixes a et e, seraient remplacés par un «. Ainsi, selon les pays, riz se dit arosa et irisa.
(4) HcMBOLDT, RechercheSy p. 20.
Ainsi Humboldt a imparfaitemenl observé et décrit le phénomène phonétique dont je m'occupe. Il a eu de plus le tort de croire ce phénomène limité au pays basque. Ce philologue pouvait pourtant se convaincre, sans grandes recherches, que la même chose se passe dans la majeure partie de la Gascogne, comme elle se passait jadis jusquen Roussillon. « On trouve, dit mon savant et très-modeste ami B. Alart , des traces de cette particularité dans les noms de Ria, Ro, Bahaur, RaU leu,etc., qui, dans les plus anciens documents, se trouvent toujours écrits : Arria^ Arro y Arrahur^ Areleu (1). « Voilà donc encore un fait qui , loin d'être spécial au basque, existait jadis en catalan, et existe encore en gascon, qui sont deux dialectes de l'ancienne langue provençale
(i Si ne figure jamais au commencement d'un mot dans la langue basque (2) »
La remarque de Humboldt est parfaitement juste, mais je ne saurais accepter les conséquences qu'il en tire. Ce phénomène phonétique est fort ancien. Il dépasse de beaucoup les limites du pays basque et même de la Péninsule espagnole.
Voici comment s'exprime à ce sujet M. Auguste Brachet, dans sa Grammaire historique de la Langue française :
« Aux sons initiaux 5C, $m, sp, st qu'ils ne pouvaient prononcer qu'avec difficulté, nos ancêtres ajoutèrent un e qui facilitait l'émission de cette consonne composée en la dédoublant : espace (spâlium), espèce (spécies), espérer (sperâre), estomac (stomàchum), esclandre (scàndalum), esprit (spiritus), ester (stôre), escabeau (scabéllum), escient (scientém), esclave
(4) B. Alaet, Géographie historique des Pyrénées-Orientales, p. 7. — On troave d*autres ressemblances phonétiques entre le gascon et le catalan. Ainsi, dans une grande partie de la Gascogne, levar = lleba, leit = Hit, et en catalan, / initiale s'adoucit en // [Uibre, Uoch, Hum). Voy. Diez, Introd. à la gramm. des langues romanesy p. <37 et 440.
(5) Humboldt, Becherches, p. 20.
(s/avus), escalier (^calarium) (1). Dès le seizième siècle, plusieurs de ces mots subissent une modification : V$ tombe, et la suppression en est marquée par l'accent aigu qui surmonte IV initial : état («tatum), épxce («pécies), échelle («cala), écrin (scrinium), étain (stànnum), étable (slàbulum), étude (stûdium), épais («pissus), école ($chôla), étroit (strictus), époux (spônsus), épine (spina), épi (spica), étoile (Stella), épée (spatha), Ecosse (Scôtia) (2).
» On en vint même par une fausse assimilation à ajouter un e à des mots qui n'avaient point d's en latin : côrticem (écorce), carbûnculus (escarboucle), etc. (3). »
Le même phénomène phonétique a été décrit aussi par M. Gaston Paris. « Les inscriptions nous apprennent, dit-il, que le latin populaire avait une tendance à faire précéder d'une sorte de demi-voyelle les combinaisons $c, 5<, 5p, etc., quand elles commençaient le mot, et à dire par conséquent, iscatrinum, istellaj ispatula. Il est, d'ailleurs, à remarquer qge le latin avait déjà exclu, au commencement des mots, des combinaisons de Vs avec une lettre suivante, qu'admettent parfaitement le grec ou l'allemand, comme $1^ sm, sbj sf] on a constaté, en outre, qu'il est difficile de prononcer tous ces groupes de consonnes sans les faire précéder d'une sorte
(4) Le français, nous Favons dit souvent, vient du latin populaire et non point de la langue littéraire romaine. Or, au cinquième et au dixième siècle, le latin vulgaire ne disait plus spatiurriy speraref stare, etc.. , mais ispatium, isperare, isUxre, comme on le voit par les inscriptions et les diplômes des temps mérovingiens. Cet i que le peuple avait ajouté pour faciliter l'émission du son, devint e en français : espace (tspatium), ester (tstare), espérer (isperare), etc. Note de M. Auguste Brachet.
(8) Il est inutile de dire que je passe sous silence* les mots savants lois que : scandale, stomacal, stérile^ spectateur, etc. Note de M. Auguste Brachet.
(3) Auguste Brachet, Grammaire historique de la langue français. p. 4 32-33. — Dans les mots latins cités entre parenthèses, l'accent aigu marque la syllabe affectée de l'accent tonique.
d'aspiration vocale, qui est comme Télan que prend la voix de franchir ce petit obstacle; aussi d'autres langues ont«-elles imité le latin dans ce procédé. Plus les inscriptions sont récentes, plus les formes en % deviennent nombreuses ; elles abondent dans les inscriptions chrétiennes, qui laissent largement pénétrer le parler vulgaire, et en particulier dans celles de la Gaule. Cet i, qui n'existe pas en valaque et n'existe qu'à peine en italien, s'est conservé tel quel dans le dialecte sarde {istelUiy ispiritu) ; dans les quatre langues de l'ouest il est devenu e, et c'est sous cette forme qu'il nous apparaît dans les plus anciens monuments. Nous obtenons ainsi la forme espatula (1). » Le reste du passage que je viens de transcrire en partie, roule sur les transformations successives despatula pour aboutir au mot français épaule^ et est par conséquent inutile à rapporter. La partie que je yiens de citer suffit néanmoins à établir que, loin d'être un phénomène, phonétique particulier aux anciens habitants de l'Espagne et aux Bas(:|ues actuels, la répugnance à faire commencer les mots par si (et par se, sp, etc.) est depuis longtemps un fait général dans l'Europe occidentale (2). Je crois avoir démontré que les trois habitudes phoné-
(4) Gaston Paris, Grammaire historique de la langue française^ leçon (l'ouverture^ p. 26-Î6 — L't préfixe au lieu de Te, se trouve dans plusieurs mots basques : iskiribua, écriture ; izpiritia , esprit, etc. On trouve 9ième cet t préposé à des mots qui ne commencent pas par une s suiyie d'une autre consonne. Exemples : icekitu {siccare) sécher, brûler; tceA^'a, ardeur; izena {signum\ nom, signe; izierdia (sordes), sueur, saleté; ikharritu (carrus et carrum) char. Parfois cet i est remplacé par un e, comme dans egosia, cuit.
(t) Dans la toponymie française « Ve est ajouté généralement en avant des mots qui commencent par l'une des consonnes doubles se, sp, st, faisant naître par là la syllabe «9 , qui est devenue é , d'après les habitudes de Torthographe moderne, pour les noms de lieu de la langue d'oil : Escoralia, Escorailles (Cantal); Sifondilianum y Espondcilhàn (Hérault); Scabrona, Échevronne (Côte d'Or) ; SpissiOy Èpasse ^Côtc-d'Or) ; Stampœ, Êtampcs (Seine-et-Oise. » J. Quichebat, De la formation françaùe des anciens noms de UeUy p. 25.
tiques que Uumboldt croit particulières au basque, ont eu et ont encore un domaine plus étendu que celui de cette langue, ce qui prouve que les Euskariens les ont empruntées aux peuples voisins. Il serait facile, d'ailleurs, d'en fournir d'autres exemples. Ainsi les Basques n^ font point usage du t, et le remplacent constamment par b, de même que les Gascons, les Languedociens, les gens de l'Âgenais, du Quercy, ceux du comté de Foix et de quelques autres pays. En espagnol aussi n v devient souvent b, et l'on écrit bixUj Danuvius^ varon^ abogar, pour vt<rt(, Dauubius^ t>anm, abogar (1). » Ainsi encore, en espagnol g se change en y dans yeloj yemma\ les Béarnais disent aussi yeJa, yutj/a, etc., et les Basques, placés sous cette double influence, disent, par imitation, yustOy juste, yokhariy joueur, Yudua, juif, etc.
Racines. Il n*a été encore entrepris, sur les racines euskariennes, qu'un seul travail , qui va de la page 245 à la page 259 de la déplorable Histoire des Basques ou Escualdunais primitifs (2) de M. A. Baudrimont. Ce travail est encore pire, s'il est possible, que le reste de l'ouvrage, et décèle, chez Fauteur, une complète inintelligence de son sujet. On trouve, dans le catalogue de ces prétendues racines, une foule de mots empruntés, à des époques plus ou moins récentes, aui glossaires étrangers, et je me contente d'en relever quelquesuns sur les pages 245 et 246. Abeto^ sapin, abiKd, génie, akhabay finir, adarg^ bouclier, adio^ adieu, altare et aMare, autel, ampollj ampoule, amu, hameçon, anminay âme, anima- Ka, animal, etc., etc. Le lecteur est fixé, par ce simple extrait, sur la compétence philologique de M. Baudrimont ; mais il
(1) TiCKNOR, Hist. de la littérature espagmle (trad. Magnabal), p. xviii.
(«) Voy. sur ce livre rarlicle de M. Ad. Pictet, dans la Bibliothèque universelle de Genève de <854, et ce que j'en ai dit moi-môme dans la 1\evue de Gascogne,
Taut bien reconnaître que l'étude des racines est la partie la plus difficile de la grammaire euskarienne.
On sait que le basque n'a été fixé par l'écriture qu'à une époque relativement très-récente. Il n'est donc pas étonnant que les glossaire» de cette langue contiennent un trèsgrand nombre de termes empruntés aux peuples voisins. Le Thesora hirour linguietaqua Francho Espanola eta Hasquara attribué à Vincente Garcia Ordonex de Lloris, et publié à Bayonne en 1642, doit être considéré comme le premier essai de dictionnaire basque (1). Vient ensuite le glossaire manuscrit de Sylvain Pouvreau (xvu* siècle), conservé à la bibliothèque de la rue Richelieu (2), le Dicdonario trilingue del Castellano,
M) Des essais plus ou moins informes de glossaire euskarien avaient pourtant été entrepris avant l'impression de cet ouvrage, bt je crois être agréable au lecteur en les lui signalant. — Joannes Màukus, Constan- TiiNus, Traductio vocabulorum de partibui Mdium in linguam gallicam et imconicam ex Francisco Mario Grapaldo, in-18. Mons Âlbani in sedibus Gilberte bibliopole, s. d. (Duverdier en parle dès 4686, et la dédicace perle : Aginni khaiendas martias quingenta (1600). Rarissime). Lucio MiRiXEO SicuLO, Cosas illustres y excellentes de Espana, in-fol. Âlcala Je Henarès, 4 539 (Complutum). L'auteur consacre un chapitre à traiter de l'ancienne langue des Espagnols (Qua/ ^' anti^tiam^nte la lengua espanola). On y trouve 38 mots et 49 noms de nombre avec la traduction, m A en juger par les verbes cités, dit M. d'Abbadie, ces mots sont pris dans le biscayen. Quelques mots sont cependant tels qu'on les retrouve aujourd'hui dans le Guipuzcoa et se prononceraient autrement dans la seigneurie de Biscaye. >?
(2) Le vocabulaire de Sylvain Pouvreau, dit M. d'Abbadie, est un des pins curieux monuments de la langue, soit par son ancienneté, soit par sa richesse en mots tirés des dialectes souletain et navarrais, et qui manquent au travail de Larramendi. C'est un manuscrit petit in-folio contenant, en 336 pages environ, dix mille mots basques avec l'explication en français et de nombreuses citations d'idiotismes basques. Les lettres A et B manquent, et la première page du vocabulaire ne commence qu'au mot cafarda. H existe encore quelques autres lacunes dans le corps de l'ouvrage, notamment entre les mots ffeX Ki. Les proverbes d'Oïhénart sont cités plusieurs fois avec renvois aux. numéros du recueil. A la fin du vocabulaire principal sont 42 pages grand in-folio commençant au mot Areba et finissant } par Asterea ; c'est probablement la deuxième copie de l'ouvrage : on a
Bascuenœ y latin àv\ P. de Larramendi (San-Sebastian, 1743), et le Vocabulaire des mots basques Bas-Navarrais^ de Salaberry (Bayonne, 1857).
C'est à ces glossaires., augmentés par des recherches plus complètes, qu'il faudrait demander les éléments d'un bon travail sur les racines euskariennes. On devrait s'attacher tout d'abord, à écarter tous les mots d'origine latine, romane, germanique et sarrazine ; mais ce n'est pas là une médiocre difficulté. Bon nombre de ces mots ont subi des transformations notables, sous l'empire d'habitudes phonologiques, qui varient selon les cantons, et qui n'ont encore été étudiées jusqu'à ce jour que d'une façon incomplète. On en jugera par deux ou trois exemples pris au hasard.
Makila ou makhila , bâton , que certains ont rapproché à tort de l'hébreu maquel, tuer, vient tout bonnement du latin haculus : m = fc, k ou kh = c dur, % (qui est long) = ti. Mirchica, pèche, vient de persica: m =p, t = e, es =5.
commencé à y placer les mots français, espagnols et latins vis-à-vis des mots basques. Le vocabulaire est précédé de 23 pages entourées d'une liste de 2S9 mots appliqués par une autre personne, probablement Arnaud Oïhénart. L'une de ces feuilles porte la date du 30 mai 4665. On voit encore au commencement du volume un fragment de grammaire basque. Sa terminative Keria y est bien rendue, mais on y méconnaît le mode indéfini. Le volume se termine par 45 pages de prières à la sainte Vierpe en dialecte du Labourd : quelques-unes .d'enti'e elles sont aussi écrites en français. Une feuille de parchemin, annexée au volume, contient un projet d'approbation du Roi pour les ouvrages que Sylvain Pouvreau se proposait (le publier. Ces ouvrages, annoncés comme terminés, sont une traduction de Vlmitation de Jésus-Christ, une grammaire basque et française avec quelques dialogues familiers pour le commerce des deux langues, enfin le Dictionnaire basque, français, espagnol et iatin. Le précieux manuscrit de S. Pouvreau se trouve à la Bibliothèque royale, sous le n9 7,700, 3, 4. Il ne paraît pas qu'aucun de ces travaux ait été imprimé. 11 était prêtre du diocèse de Bourges, et d'après quelques indices, il nous paraît être natif des environs de Saint-Jean-de-Luz. » D'Abbadie et CHàHO, Études grammaticales, p. 47-48.
Progaiu , prouver (probare) : g z= b, Guiristioa , chrétien idirisiianus): 9 = ch (dur), ut, additionnel, oa, désinence.
La besogne est loin d'être toujours aussi facile ; et, si j'écris jamais là-dessus un mémoire spéoial, j'établirai, par une foule d'autres exemples , que les mots importés de l'étranger ont payé leur droit de cité au prix de métamorphoses bien autrement remarquables. L'accueil qui sera fait au présent ouvrage influera certainement beaucoup sur la résolution que je dois prendre à ce sujet ; mais les exemples ci-dessus suffisent pour fixer les idées, et faire voir comment le glossaire euskarien se trouverait déjà notablement réduit par le procédé d'élimination dont je parle. Il faudrait distraire aussi les termes composés, soit par la réunion de mots exclusivement basques , soit par le rapprochement des mots basques et importés, en tenant compte, dans tous les cas, des modifications par eux subies, sous l'influence du procédé holophrastique dont il sera question plus bas. C'est ainsi que l'on rayerait hasurdea^ sanglier, composé de basoa, forêt, et urdea, porc : porc de forêt, porc sauvage. Sagamoa , cidre de sagarra , pomme, noa, boisson : boisson de pommes, etc., etc. Il faudrait proscrire encore plus sévèrement les mots destinés à l'expression d'idées étrangères à la masse du peuple euskarien, et que le P. de Larrainendi se plait à forger à l'aide d'éléments basques, quand il ne les invente pas gratuitement. Aux premiers appartiennent ibaizaldia^ hippopotame « de ibaia, rivière, et zaldia^ cheval, cheval de rivière; izarkindea, astronomie, de izarraj étoile, et kindea, connaissance, connaissance des étoiles, etc. Les seconds sont représentés, par exemple , par izitza , hiéroglyphe (Isis) ; mutyla , esclave (mutilé, eunuque), etc., etc.
Celte tache une fois accomplie, il importerait de relever, dans le glossaire des Basques, les mots celtiques que les Yascons, ancêtres de ce peuple, pourraient avoir empruntés,
dans rantiqiiilé, aux peuplades celtiques du nord de l'Espagne, et aux tribus de TAquitaine, ou même qui pourraieui être arrives à la connaissance des Euskariens, à des époques antérieures , par des moyens qui ne nous sont pas connus. Mêmes réflexions par rapport aux termes qui se retrouvent dans les autres langues aryennes, les idiomes du groupe touranicn, etc. On obtiendrait ainsi, par l'emploi de cette méthode, un résidu plus ou moins considérable, et inattaquable par les procédés actuels de la philologie Jusqu'à nouvelles informalions, ce nésidu pourrait être considéré comme le patrimoine spécial et distinct des Basques. Les origines linguistiques de ce peuple se trouveraient, en même temps , plus ou moins éclairées parla possession commune avec d'autres groupes de langues, de séries plus ou moins nombreuses de radicaux caractéristiques d'un éiat social peu avancé.
En attendant que ce travail soit fait par d'autres ou par moi, rétude de Tidiome euskarien révèle facilement, sous la forme ngglutinalive qu'il Tcvèt aujourd'hui , un monosyllabisme antérieur, dont j'ai déjà cité plus haut des exemples: ots {bruit, p. 107), ug (fertilité, p. 107, 116), ur (animal. p. 117), gflf (plume p. 117), ar, prendre, as, commencer, az, nourrir, el, arriver, etz, fermer, ez, dompter, i7, mourir, ils, flétrir, wf5, vider, ufjs, laisser, ja/, soriW,* jars, manger, jar, s'asseoir, jets, venir, jo, frapper, jos, lier,yun, aller, ken^ ôter, lot, lier, motz, couper, pîtz, vivifier, allumer, sar, entrer, etc., se retrouvent dans un grand nombre de composés (1).
(4) a On peut admettre de prime abord, dit M. Diez, qu'il reste (dans l'espagnol) peu de traces des idiomes antérieurs à la conquête romaine. Quelques expressions ibériques, adoptées ou citées par les Romains, se retrouvent dans les dictionnaires ei;pagnols, mais toutes ne sont certainement pas dans la bouche du peuple. I)e celles-là seules qui sont populaires, on peut affirmer qu'elles sont arrivées de ribérique à la langue actuelle par l'intermédiaire de la romana rustica espagnole, où le latin les avait puisées ; les autres ont été postérieurement empruntées aux écrivains romains. Il
Composition des mots. Elle s'efTectue, dans la langue basque, par la double voie de la dérivation et de la composition. La dérivation a lieu moyennant un assez grand nombre de particules qui, à mesure qu'elles s'agglomèrent, modifient le sons, le nuancent à volonté, et changent la catégorie grammaticale. Le cas de la déclinaison peut en outre se superposer, on même temps que les modes et les nombres, cl le root, en
fâut Doter par exemple bellux ou balluca, sable mêlé d'or, maintenant baluz, petite pépite d'or (Voy. Voss, etymologicum) ; canthus, cercle d'une roue, grec xav06ç, d'après Quintilien espagnol ou africain (Sceider, I, «H), cf. espagnol canto, bout ou bord de quelque chose ; celia, bière de froment, espagnol même mot ; cetra, bouclier de cuir, esp. même mot ; cuscu/mm, graine de kermès, esp. coscqjo ; dureto, étuve, baignoire, esp. même mot ; gurdus, bêle, sot, d'après Quintilien et Laberius (Voy. Voss. etym.\ esp. gcrdo dans le sens de gros (cf. italien grosso, gros, bêle ; grec ::a/uç, gras, bêle) ; lancea, mot espagnol d'après Âulu-Gelle, allemand ou gaulois suivant d'autres, esp. lanza ; palacra, palacram, lingot d'or, esp. même mol. En outre, on peut expliquer avec assez de certitude par le basque un certain nombre de mots espagnols ; voy. par exemple dans le Dict. étymol. les art. ademan, âlabe, amapola, àngaro, ardite, balza, burga, chamarasca, estacha, ganzuùy garabitOy garbanzo, ganzuza, guijo, gurruminOy hervoro, ^^9<i, jorgina, leîo, mandria, modorra, morcon, moron, navaja, oqueruela, sarracina, socarrar, vericueto, zaga, zahurda, zalea, zamarro, zanahoria, zaque, zarria, zato, zirigana. Pour d'autres, cette étymologie est plus douteuse ; au reste, la langue espagnole semble à peine avoir conservé quelques traits du système phonique des Ibères (Voy. Dict. étymol., p. xi). » Dikz, ïntrod. à la gramm. des langues romaneSy p. 4 17-49. — Ce passage suffit à prouver que M. Diez accepte d'une manière à peu près complète la théorie iliérienne de Humboldt, contre laquelle j'ai déjà fourni bien des raisons empruntées à l'histoire et à la philologie. L'examen direct de cette théorie aura lieu dans le chapitre IV. En attendant, je suis loin de nier que l'espagnol ait pu emprunter quelques mots au basque ; mais je ne crois pas qu'il soit permis d'argumenter, au profil de la théorie de Humboldt, de la présence dans les glossaires euskariens des mots dont M. Diez a donné la liste. Le savant romaniste me paraît surtout avoir ici consulté le Dkcionario trilingue du P. de Larramendi, qui a basquifié sans façon, ainsi que je l'ai déjà dil, un grand nombre de mots, dont les Euskariens ne font pas usage. Quant aux autres termes espagnols qui ont vraiment droit de cité en Eskuara, leur adoption s'explique par les raisons semblables à celles qui justifient la présence des vocables de provenance laline, germanique, sarrazine et romane.
lu
se déclinant, présente des relations doubles, triples, clc. Chaho est le seul gramaiairien qui ail travaillé sur les terminalives basques, et voici la liste qu*il en donne (4).
1° Terminative tsd. Handitsu, grandiose, oldotsu^ sanguin. 2* — TU. HanditUj agrandi , chouritu, blanchi.
3® — THURA et THURA , adoucic. Lothura , jointure*,
erradura, brûlure.
4® — KHURA et KDRA. mtn/fcum, partie raoisie, gor-
rikuray rougeur partielle.
S'^ — TA. Handita, quantité de ce qui est grand,
ahurta, poignée.
6<> — KA (avec valeur médiative). Ahurka, avec les
mains, makillaka, à coups de bâton.
7*» — ARA, TA-ARA ct KA-ARA. Egunîara, à la clarté
du jour, okerkaraj tout de travers.
8° — ARi, TARI et KARi. ThUzlari, chasseur, eskutari,
glaneur, artekariy médiateur.
9* — GARRi. Handigarrij qui est de nature à faire
grandir, a/ia/Zce^arn, qui est à faire honte. 10« — AR et TAR. Arauar, Alavais, Bizkaïar, Bis-
cayen , Nafartar^ Navarrais.
11 • — Tar-zon. Handiiarsun , grandeur, suhurtar-
xun, sagesse.
12" — ARO et ZARO. Haixdizaro^ âge de la grandeur,
chifizaro^ âge de petitesse.
13® — (iOA. Handigoa. grandeur, chipigoa, peti-
tesse.
H"* — KERïA. Handikeria, affectation de grandeur,
chipikeria, trait de petitesse, ordikeria, ivrognerie.
(«) Chaho, Etudes grammat,, p. 18-27.
TZE. SacartzBy pommier, madaritze^ poirier. La valeur du tze change suivant les noms auxquels il s'adapte : Handitze^ grandir, agrandissement; hourtse, foudre, fonte.
Les radicaux prennent la terminative te : izate , être , existence ; joaiie^ aller, allée. TE, à la suite des noms appellatifs et qualificatifs, exprime le nombre et la quantité : handite , quantité de ce qui est grand ; cAoïinto, quantité de ce qui est petit.
TELi. Harriieli^ amas de pierres, elhurteliy amas de neige.
KiN. Gaintikiny ce qui a débordé, moutzkin, coupure, excédant, revenu.
Kl. Goraki, hautement, gorderkiy secrètement.
GHi. Egurteghiy bûcher, chinaurriteghi j fourmilière.
Li-AR. Bestaliar^ qui est de fête, ezteïliar, qui est de noce.
Tun. Handitiar, ami du grand, g&iztiar, ami du matin, matinal.
Ti. Ghezurtij menteur, eghiatù véridique.
Kl. Olhilakiy morceau de toile, ezurki, morceau d'os.
KiA. Sarghia, lieu d entrée, elghia^ lieu d'arrivée.
KAiLLU. Handikaillu, ce qui seit à agrandir, ederkaillu, ce qui sert à embellir.
GUNK. Handigune^ côté grand , hongune, côté bon.
KUNTE (exprimant impulsion vers). Nahikunte, désir, otislekuntey persuasion.
27® — ciHEï (deslinalion). Emazîegfm, future épouse,
senarghéi, futur époux.
28® — GHiN. Zurghin , charpentier, itzaghin^ clou-
lier. Dans quelques dialectes ghin devient
GHILE.
29® — ZALE. Handizale^ agrandisseur, bilzale^ pour-
voyeur. La syncope de cette terminaisoir donne, pour les mots terminés par s, r, s, u, », etc., tjorte, celui qui envoie, egozle^ celui qui fait cuire, etc.
30® — ZAÏN (avec le sens de nerf, soin , conduite).
Ahuntzaïn^ chevrier, artzaïn , berger. Le z disparaît quelquefois, comme dans ourdaïriy porcher, ulhain, vacher.
31® — KO (adhérence, appartenance, combiné avec
r). Handikor^ sujet à grandir, erraskor, inflammable.
32* — KHOï (affection, tendance). Eigfo^fc/iot, goulu à
têter. Par la suppression de Yh on a handioïj hautain, altier, nigarroï^ pleureur.
33® — ous. Handious^ hautain , altier.
34® — KOT (dédain , mépris). Handiskot , un peu
grand.
35® — AïL, ATS, ATCH. ChourroUy blanchâtre, huilais,
jaunâtre, gorraich^ tirant sur le rouge.
Je crois avoir résumé très-fidèlement le travail de Chaho, sur ce qu'il appelle des terminaîives ^ mais cet auteur a grand tort de croire que toutes appartiennent en propre aux Basques. Ainsi les terminaisons désignées par les numéros 3, 4, 8, 44, 33 et 34, se retrouvent en espagnol ou en gascon, ei parfois dans ces deux langues, avec les seules modifications commandées par les lois phonétiques qui leur sont propres. Le
n°7 (ar et iar) n*est aulre chose que la postposilion caractéristique du cas que le capitaine Duvoisin désigne sous le nom de directif. Cette postposilion, appliquée à un nom de lieu, sert à caractériser ses habitants, et le directif, comme les autres cas de la déclinaison basque , peut se décliner à son tour. Ainsi, par exemple, Biskayarra, à, vers, de Biscaye, donne • Biskayarj Biscayen, qui se décline lui-même comme substantif. Le n** 19 , ghiy donné comme terminaison, est une véritable racine postposée à d'autres mots. Ghi ou giz emporte en effet Tidée d'agrégation, d'assemblage ; il est donc tout naturel que l'on s'en serve pour exprimer l'idée d'amas, débuches, de réunion de fourmis, egurteghi^ chinaurriteghi j etc.
Je pourrais peut-être relever encore quelques autres erreurs dans le travail de Chaho ; mais je crois en avoir dit assez pour démontrer qu'il est à refaire , et je hâte de tous mes vœux le moment où le capitaine Duvoisin publiera les recherches qu'il promet, sur la même matière , dans son Étude sur la déclinaison Basquç.
La composition des mots destinés à traduire d'autres idées que celles qui sont exprimées par les radicaux employés, a lieu par syncope et par ellipse. Ainsi le cirberkuiay alliage de plomb et.d'étain, est formé de ciraidùj étain , et de berunay plomb, suivis de la terminaison kuia ou kia-
Le lecteur est prié de remarquer que dans cirberkuia, le mot draid n'entre dans le composé que pour la syllabe cir^ et le mot berunay que pour la syllabe ber. Ce phénomène, dont certains philologues ont exagéré la fréquence et l'énergie, n'est pourtant pas rare en basque , mais je veux me borner à deux exemples. Mintzoa , parole , a été formé avec mihia ou mta, langue, et otsoa ou otzoa, bruit; beule, de cil, de beguia, œil, eiufé, cheveu, etc. Ce procédé même a reçu des grammairiens le nom d'encapsulation ou incorporation.
On comprend sans peine que remploi des procédés de composition des mots que j'ai décrits, doivent souvent fournir des termes très-longs el très-complexes. Dans ses Etudes grammaiicales sur la langue Euskarienne , Chaho cite: a Guizonkar-itU'Cheghi-nitO'aren'aren'are'ki'la'kohi'aren-areki, avec celuide rinfiniment petit, qui est celui de la Irès-chère petite qui est devenue aimant tant soit peu les hommes. » Ce composé ne contient au fond que deux radicaux, guizon (et mieux ghizon ou gizon) et kar = homme et aimer. Le reste se compose de particules et de rapports, el le tout peut se conjuguer. Est-il besoin d'ajouter que si des mots d une telle longueur sont très -acceptables en théorie, on ne les rencontre jamais dans la pratique?
Ces explications prouvent, je crois, suffisamment, au profil de la langue basque, Textrême énergie du procédé agglutinai! f, en même temps que la facilité d'exprimer les plus fines nuances, et celles de convertir les diverses parties du discours.
Déclinaison. La déclinaison basque a été étudiée par les grammairiens antérieurs à Tabbé Darrigol, mais le travail de cet ecclésiastique est, à bon droit, considéré comme la première entreprise vraiment sérieuse. L'abbé Darrigol distingue le mode indéfini du mode défini, qui possède seul le singulier et le pluriel. Dans, son paradigme de la déclinaison d'un nom adjectif, il énumère quinze cas, réduits aux dix suivants dans la déclinaison du substantif: nominatif, actif, médiatif (de, par), positif (dans) , datif (à), génitif ((fe), unitif (avec), destinatif (pour), ablatif (de), approximatif (à, vers).
Le travail de Chaho sur la déclinaison basque est dépourvu d'originalité. M. de Charencey s'est exercé sur le même sujet, dans le premier fascicule de son travail intitulé: La langue basque et les idiomes de VOural L'auteur distingue, comme l'abbé Darrigol, le mode indéfini, du mode défini ayant seul le sin-
gulier et le pluriel. Il distingue les flexions , en flexions casuelles proprement dites, flexions poslpositives et flexions composées. Les premières sont celles qui n'ont qu'une valeur de position, et sont dépourvues de toute signiflcation propre {a, aCy t, ik , ez, an, tara), auxquelles M. le chanoine Inchauspe (1) propose d'ajouter fctn, ki, ko^ kal. Les poslposilions (gabe, sans, gana, vers, ganik, de (ex), galik, à cause et malgré, auxquels M. le chanoine Inchauspe ajoute tzat et dako ou tako, (pour) ont par elles-mêmes une signification, et peuvent facilement se détacher du mot. Dans les flexions casuelles, M. de Charencey énumère les cas suivants: nominatif, actif, médiatif, génitif, datif, locatif, destinatif (à formes destinative adverbiale) , inessif , illatif (à formes transitive animée, commoralive inanimée), intensif (à formes transitive et commoratif) , élatif ( à formes inanimée et animée ) , causalif et despalif. Les flexions postpositives comprennent le sociatif (singulier et pluriel), le modal, le caritif , l'instrumental, le sublatif, l'adverbial, le continuatif, le contributif, Tunilif et l'inclusif. Dans les flexions composées , M de Charencey distingue le médiatif, locatif, élatif, sociatif, modal et instrumental, le génitif-locatif , le datif-actif, le datifdouble , les locatifs génitif, médiatif, destinatif, modal, et 2« adverbial, le destinatif-modal, l'inessif-locatif, les illalifs locatif et continuatif, les intensifs médiatif et continuatif, les élalifs inessifs et illatif», les modaux locatif, double, et 2® adverbial, le caritif- inessif, ladverbial 2° et locatif, le datifactif et inessif, l'illalif-locatif et inessif, et le caritif-inessif et datif-actif.
Ceiiçi longue et complexe nomenclature ne s*est pas produite sans critique. Dans les flexions casuelles, M. le chanoine
(«) Sur rorig. et les affîn. de la langue basque, dans les Annales de philosophie chrétienne, n« de juillet <867.
Inchauspe repousse, pour de très-valables raisons, le sublatif (pe ou be Gnal), rinclusif (ia)y lunitif (^u) ; et, dans les flexions composées, toutes celles que M. de Charencey énuroère après lelalif-locatif.
M. Van Eys s'est également expliqué sur cette portion du travail de M. de Charencey. « On pourrait, il est vrai, dit-il, admettre dans la langue basque trois cas: le nominatif, le génitif et le datif, mais seulement à titre de concession faite à la routine.
« En principe , la déclinaison basque n'existe pas ; selon nous, il n'y a que des postpositions qui remplacent les prépositions des autres langues. Nous trouvons donc cette méthode fausse et défectueuse , sans parler de Tapplication de la dite méthode, qui est un véritable casse-tète, même pour celui qui s'occupe du basque. L'auteur lui-même paraît trouver le système défectueux, quand il dit à la page 83 « qu'il ne se flatte pas d'avoir réussi à réunir toutes les flexions; u et cependant il admet trois classes de flexions , dont les deux premières comptent vingt-trois cas! Un des cas de la troisième classe prendra le nom de: caritif-dalif-actif; il nous semble que c'est trop exiger de la mémoire. Et pourquoi tout cela, nous le demandons? Uniquement parce que l'on s'est habitué à trouver une déclinaison dans les langues indo-européennes (1). »
L'auteur que je viens de citer a publié lui-même, en 1866, à Amsterdam, un Essai de grammaire de la hngue basque^ réédité en 186 , avec le nom de M. Van Eys. La première édition de cet Essai a été l'objet d'un examen critique de la part de MM. de Chirencey et Zotenberg (2). Tout en louant cet ouvrage, M. de Charencey défend néanmoins sa classification des désinences casuelles. M. Zotenberg s'ex-
(<; Revue critique, de 4 866, art. 407. (2) Revue critique, de 4 866, art. 39.
prime aussi en termes bienveillants. Néanmoins, il reproche à M. Van Eys d'avoir adopté la vieille orthographe du P. de Larramendiy et de n'avoir pas assez tiré les lois de la grammaire euskarîennc de l'étude même de cet Tidiome.
Les idées de M. Van Eys n'ont pas trouvé de crédit auprès du capitaine Duvoisin, auteur d'une Élude sur la déclinaison basque publiée à Rayonne en 1866. Désireux de ramènera ses véritables proportions le paradigme d'une déclinaison qui lui parait avoir été trop compliqué par les uns et trop simpliBé par les autres, le capitaine Duvoisin s'est mis en quête d'une méthode pour reconnaître les parties de la déclinaison. « Un principe découlant de Tordre naturel des choses , dit-il , c'est que la déclinative ne régit pas le substantif. Elle doit s'adapter au radical sans l'altérer en rien, et chaque signe casuel marquera ainsi une relation distincte. Un cas étant établi, il peut bien recevoir un afiixe qui formera un dérivé, mais non deux signes casuels successivement et l'un sur l'autre. Deux signes casuels emportent deux relations ; il ne leur est pas donné de Tormer une relation mixte ou combinée. C'est du moins ce qui arrive dans le basque et met sa déclinaison au net, en faisant tomber l'étalage de cas élevé autour d'elle (1). » En conséquence, et pour des raisons assez longuement déduites, le capitaine Duvoisin ne reconnaît que neuf cas pour le mode indéfini, et huit pour le défini. Des considérations euphoniques lui font répartir les substantifs communs en trois classes ; mais il y a réellement unité dans la déclinaison basque, qui n'a ni masculin ni féminin, et le paradigme suivant suffira pour G\er les idées du lecteur.
{<) Étwle mr la déclimifton banque, par h» capitiine Duvoisin, p. 25.
io
Mode lioidéflnl.
PASSIF
Idi — (bœuf).
ACTIF
Idi — k,
GÉNITIF
Idi — {r)m
DATIF
Idi — (r)r,
PARTITIF. .
Idi — (r)ik,
MÉDIATIF. .
Idi — 2,
POSITIF
Idi — {t)an,
ABLATIF
Idi — tarik,
DIRBCTIF. .
Idi — (ta)ra
Mode défini.