‹ Études sur l'origine des BasquesChapitre 14 sur 39 · DUVOISIN · texte numérisé non relu

DUVOISIN

Etude 9ur la déclin.

basque, p. 7.

(8) Les lettres entre parenthèses sont purement euphoniques. '

DATIF

Larun-i,

Btdarray-i ou [r)i.

PARTITIF.. .

Larun-ek^

Bidarray^k ou {r)ik

«ÉDIATIF..

Larun-{e)z,

Bidarray-z ou [e)z.

POSITIF

Larun-[e)n ,

Bidarray-n.

ABLATIF

Larun-(e)tik,

Bidarray-'tik.

DIRBCTIF. .

Larun'{e)ra,

Bididarray-ra.

Je me suis un peu arrêté sur la déclinaison ; mais j'espère (|ue la nécessité de cette insistance se trouvera justifiée plus tard. En revanche, je ne dirai : rien de Tadjectif , si ce n'est qu'on le place toujours après le substantif qu'il qualifie : gizon eâer 6a(, un bel homme. L'étude des pronoms serait sans utilité pour le travail de philologie comparée auquel je dois me livrer plus tard, et j'ai hâte d'arriver au verbe.

Verbe. L'étude de cette portion de la langue euskarienne ' est particulièrement intéressante, et M. le chanoine Inchauspe a publié là-dessus un vaste et beau travail, intitulé Le Verbe basque. J'y renvoie les lecteurs curieux d'approfondir, jusque dans ses détails les plus minutieux, la conjugaison dont je dois me borner à donner ici un aperçu rapide, mais suffisant. II serait, je crois, fort difficile d'en présenter un meilleur que celui qu'on va lire, et dont je voudrais bien être l'auteur. Malheureusement cela est au-dessus de mes moyens, et les pages ci-après, imprimées entre guillemets, sont l'œuvre de M. le chanoine Inchauspe, qui a bien voulu les écrire à mon intention.

(( Le verbe basque est unique; mais il possède, dans sa prodigieuse flexibilité et dans la variété de ses formes, des ressources que n'ont pas les autres idiomes.

» Pour comprendre l'unité du verbe basque, il faut savoir qae les verbes attributifs des autres langues s'expriment en basque par des noms substantifs et adjectifs ; et qu'il n'y a en eskuara qu'une manière de lier les idées exprimées par ces noms, d'indiquer les temps, les modes, les rapports des per-

sonnes et des choses. Ainsi , donner s'exprime par le substantif emaite, donation, action de donner, et par Tadjectif enian, donné. Commencer se rend par haste, commencement, hasi^ commencé ; marcher par ebilte^ marche , cfctïî , mis en marche, en mouvement; arriver par heltze, arrivée, heltu, arrivé. Tous ces termes emaite^ eman; haste, hasi-, ebilte, ebili; heltze^ lieltu^ se déclinent absolument comme tous les autres noms. Pour indiquer les rapports des idées exprimées par ces noms aux temps et aux personnes, il faut recourir au verbe unique qui en est la copule nécessaire, qui leur donne la vie, le mouvement et la forme distinctive.

)) Ainsi, pour rendre, je donne une pomme, le basque dit : emaiten dut sa^ar ba f, fai en donation une pomme ; il a donné, eman du; il commençait le travail, hasten zian lana, mot à mot, il avait en commencement le travail; il a commencé à sortir, hasi da elkhiten, mot à mot, t{ est commencé en sortie; heltzen du, il est en arrivée, il arrive; heltu zen, il était arrivé-, ebiliten nintzan, je marchais, fêtais en marche; je le lui donnerai, emanen deiot ; il aura donné , eman duke ; il aurait commencé, hasizukian; il aurait marché, ebili zatekian; nous irons à lui, joauen guitzaio; il sera perdu, galdu date ; il marchera, ebilireii da on ebilicoda; tu le perdrai, galduren ou galduko duk; iu te perdras, galduren hiz, ou galduko hiz. — Les mots emarten, ha^tm, heltzen, ebilten sont au cas appelé inéssifp^r les linguistes, et rendu par la préposition en ou dam en français -, eman, hasi, heltu, ebili, galdu, sont au nominatif; etnanen, joanen, ebiliren et ebilico, galduren et galduco, sont des génitifs indéfinis de eman, joan, ebili, et galdu. Dut, da, zian, zen, nintzan^ deiot, duke, zukian, zatekian, guitzaio, date, duk, /iÎ2^ , sont les formes verbales pouvant s'appliquer, toujours de la même manière , à toutes sortes d'idées exprimées par les noms substantifs ou adjectifs.

)) Pour classer ces formes d'une manière méthodique, on les

divise en deux vùix qu'on appelle trahsitive et intran$iUt>e. La voix transitive exprime la possession et l'action exercée 9ur une personne ou une chose autre que le sujet du verbe ; elle rend ordinairement les verbes appelés actifs en français. La voix intransitive exprime ou un état du sujet, ou une action reçue, ou faite par le sujet sur lui-même ; elle rend les verbes appelés en français pussifs, neutres et réfléchis. Les formes transitives servent à rendre le verbe avoir; les formes intransitives rendent le verbe étrej mais il y a dans ces deux voix des modes entiers et une infinité de formes qui ne peuvent se rendre ni par avoir ni par âre, et qui, pour avoir leur signification, demandent à être unies à un nom ou à un adjectif; tels sont dezarij dezadan; dadin^ lediii, dezake^ kite^ zexakian; zaio, zaikuj zeyon^ etc.

» Un écrivain allemand (M. Van Eys), dans un essai de grammaire basque, qui n'est au fond qu'un recurage de la vieille grammaire de Larramendy, prétend qu'on ne peut pas rapporter à un verbe unique les formes transitives et intransitives, attendu (\u*elles n'ont pas le même radical Cette observation, comme la plupart de celles du même auteur, n'est fondée que sur l'irréflexion et sur TignoVance. Il n'existe pas de radical pour les formes du verbe basque, qui, dans la même voix, sontd'une variabilité infinie. Il ne faut connaître que les premiers termes du verbe pour en être convaincu. Je suis se dit niz; il est, da*^ nous sommes^ gi^o,] fêtais, nintzan; il était ^ zen; fai, dut; favais, nian, ou nuen ; il avait, zian. Il est évident qu'on ne peut pas plus donner un même radical à niz, da et zen j qu'à dut, ntan, zian; et que ni les voix, ni les formes du verbe basque, ne peuvent se distinguer par les radicaux.

» Nous dirons donc, avec les linguistes modernes, qu'il n'y a qu'an verbe en basque, parce qu'il n'y a qu'une seule manière de rendre les modes, les temps, et les relations diverses des personnes et des choses ; et parce que les mots, qui dans les

autres langues soat des verbes, susceptibles de prendre les modîBcations conjugatives, sont, dans la langue basque, des substantifs et des adjectifs qui se déclinent, et qui ne peuvent se conjuguer qu'en empruntant les formes du verbe unique.

Voici rindication des principales formes du verbe basque à la 3"^ personne du singulier :

Voix transi tiTe.

Ijidic. Prêtent : du, il a.

— Pasié : ziAX, ou kukn, il ayail.

— Futur : duke, il aura.

Inrû. Présent : beza, eguin bbza, quil fasse.

— — — ukken BEZA, qu'il ait.

SoBJ. Prêtent : dbzan, eman dezaic, quMI donne.

— — ukhen DEZAN, qu'il ail.

— Posté : LEZAX, ou VEZ.«N ] eman lezan, qu'il donnai.

— — ukhen lezajc, qu'il eut.

Gond. Prêtent : tuKfe, il aurait.

— Passé : zckian, il aurait eu.

¥alx transitive.

PoTKirriBL. Présent : dezakf, il le peut.

— — — eman dexake, il peut donner.

— — — ukhen desakb, il peut aToîr. Patié : ZBBAKIAN,. il le pouvait. .

SupposiTiF. Prêtent : balu, s'il ayait.

— Prêtent potentiel : badeza, s'il le peut.

— — eman badeza, s'il peut donner.

— Futur : balbsa, s'il le (faisait), m futuro.

— — eman balbza , s'il donnait VoTir. Prêtent : ailu, eût-il !

— Futur : aileza (aileza eguin ! plût à Dieu qu'il fît !)

Voix intransitive

PA, il est.

ZE?(, il était.

iiATB, il sera.

bedi, jwin BKBi, qu'il aille.

— izan BEDi, qu'il soit.

— eman bbdi, qu'il se donne.

DADiN, joan DADi?(, qu'îl aille.

— izan RADirr, qu'il soit.

— eman dabin, qu^il se donue.

LiDiN, OU ZEDJN, joan zcDiN; qu'îl allât.

— — isan zEDiN, qu'il fùl.

— — eman irniJi, qu'il se ^ Liz.iTB, ou LRATEQim, il Serait.

zATEKiÀN, il aurait été.

Voix intransitivc.

DAITE, OU DAITEKE, il le peUt ; JOAR l ^ TL

[p(>ut a

— eman daiteke, il peut se dofl

— izan DAITE, il peut èlre.

ZA1TEKIAN, il se pouTait.

BAiJTz, s'il était (dans le présent).

BADADi, s'il se peut.

— joan BADADi, s'il peut aller.

BALBDi, s'il se (faisait) dans le futur.

— joan BALEDi, s'il alUii (dans )r fan AiLiTz, fût-il ! AiLEDi (ailbdi joan / plût à Dieu qu'il alUt

» Il existe d'autres formes que l'on appelle régies; elles sem* blent appartenir à la même catégorie que le subjonctif, mais elles ont un usage et un sens différents; elles rendent les diverses conjonctions françaises. Nous nous bornons à les indiquer par quelques exemples : /{ a dit que j'ai donnéj erran du eman dudau ; — allez pendant qu'il est à {a maison, joan zite etchian delarik ; — voyez ce que c'est , ikhous ezazu zer den ;

— quand tk arriveront ^ noiz heltuko diren; t venez ^ lorsque IL SERA parti jjin jsi^e ;oan datekenian ; — il regarde s'il marche, sa eguilen du ebilten denez ; — si je donne^ emaiten dudanez ; — je ne partirai pas tant qu'il restera, ez niz joanen egoiten deno ;

— parce qu'il reste, egoiten delakoz.

Les formes verbales combinées avec divers cas des noms et des adjectifs, expriment les temps avec une précision supérieure même à la langue française ; donnons quelques exem pies: s il était plus jeune j je le prendrais; dans cette phrase, était indique un temps présent, et se rend en basque par litz; — (jazteago 6a-LiTZ, har nezake; —sïi était libre^ s'il avait envie, il fallait le prendre, haizu 6a- zen, nahi 6a-ziAN, hartu behar ZEN. — Dans cet exemple, était et avait sont au passé, et se rendent en basque par le passé. Si ton frère arrivait pour dimanche, nous partirions ensemble : ici l'imparfait français indique un temps fut!:r et se rend en basque par une forme qui indique le futur : hire anayea hel ba-LEOi iganteco, joan guintakek algarrekin. Nous voyons, dans ces trois exemples le même temps de l'imparfait servir en français à indiquer et le présent et le passé et le futur, tandis que le basque dislingue très -bien et doit nécessairement distinguer ces trois temps par trois formes différentes. Voici encore la forme conditionnelle qui sert à la fois en français à indiquer un présent et un futur : // gagnerait a^sez pour vivre à son aise, mais il est désordonné : irabazten luke aski nazaiki bizitzeko, bena neurigabe da, — L'occasion SERArr à pilent favorable :

guerthaldea orai hon lizate. — // gagnerait beaucoup plus sil voulait s'en donner la peine : irabaz lezake hanitz haboro^ nekatu nahi balitz. — // partirait demain s'il avait un compagnon : joan leiteke bibar lagun bat^ balu. Dans les deux premiers exemples, les conditionnels guignerait et serait marquent un temps présent; et dans les deux derniers , gagnerait oi partirait indiquent des actions futures: — deux formes différentes distinguent ces deux temps dans le basque.

)) Mais les particularités les plus frappantes qui distinguent le verbe basque nous restent encore à signaler.

» Les langues, soit sémitiques, soit indo-européennes, indiquent, dans les divers temps du verbe, la première, la seconde et la troisième personne au singulier et au pluriel, par des terminaisons particulières; mais là se bornent leurs ressources. La langue basque distingue, dans les terminatifs de son verbe, les personnes et le nombre, et de plus le régime direct et indirect avec toutes les variations nominales ou pronominales, singulières et plurielles ; bien plus, elle varie ses terminatifs selon le genre, la qualité et le nombre des personnes auxquelles on s'adresse; en sorte qu'un terminalif exprimera à la fois le mode, le temps, le sujet, le régime, le singulier ou le pluriel du sujet et du régime, et la personne ou les personnes à qui Ton parle. Et tout cela se fait avec une simplicité aussi remarquable que la complication ; donnons un échantillon de cette prodigieuse fécondité, dans la 3"^ personnci du singulier du présent de l'indicatif.

n H donne, à rindéfini qui est la forme du discours public , et que Ton emploic lorsqu on parle à plusieurs personnes, se rend par emaiten du, il donne, il le donne. Si on s'adresse à un homme que l'on tutoyé, on dit — dix. à une femme que l'on tutoyé, — din,

à une personne que Von respecte — dizu.

\\Qc le régime direct pluriel, on dit à Findéfini, emaiten ditu, il les donne.

au masculin, — ditik, au féminin, — ditin, au respectueux, — ditizu.

.\\*r, régime direct sing. et régime indirect sing., emaiten deio, il le lui donne.

masculin, — diok.

féminin^ — dion.

respectueux — diosu.

Axr régime direct plur. et indirect sing. indéfini, emaiten dbitzo, il les lui donne.

masculin , — ditzok.

féminin, — ditzon.

respectueux — ditzozu,

Avir régime direct sing et indirect plur.^ indéfini, — dbib , il le leur donne.

masculin, — diek.

féminin, — dien.

respectueux, — diezu,

An'v régime direct plur. ol indirect plur. indéfini, emaiten dbitzb, il les leur donne.

masculin. — ditzek.

féminin, — ditzen.

respectueux, — ditzezu,

A\»'c régime direct personnel, ^"^ personne, «natte» nai ou nau, il me donne. Masculin nie, féminin mVi, respectueux, nizu î'pers. emaiten haï, il te donne. //'. loi, est des deux genres. Au respectueux on dit, emaiten zutu , il vous donu(^

(vous singulier).

— — — emaiten zdtib , il vous donne

(vous pluriel).

— — — emaiten outu , il nous donne, il tin» le donne, emaiten deit, masculin ditak, féminin, ditan, respectueux, ditazl. Il nip \\'s donne, emaiten deizt, masculin diztak, féminin diztan, respectueux diztatzl . n (0 le donne, à toi homme, emaiten dbik, il te le donne.

à toi femme, — dein.

à vous, singulier^ — duzu.

à vous, pluriel, — deizie.

Il nous le donne, — emaiten deikd pour deigi.

masculin — dikuk,

féminin, — dikun.

respectueux, — dikuzu.

II se donne ^ ^ l'indéfini , emaiten da; da e&X la forme intransitive,

masculin, — duk.

féminin , — dun.

respectueux, — ^ duzu.

Il se donne à moi , — emaiten zku, pour doit qui ne se dit pas.

masculin^ — zitack,

féminin, — zitan.

respectueux, — zitazu.

Il se donne à toi , masculin emaiten zâik. à toi, féminin — zain. à vous, singulier — zaizu.

à vous, pluriel — zaizie.

ir se donne à nous zaikUf masculin zikuk, féminin zikun, respectueux zikuzu; — à lui zaioy masculin ziok, zion, ziozu ; — à eux zaté, masculin ziek^ féminin zien , respectueux ziezu.

(( Voilà une partie des nombreuses transmutations que subit la seule 3^ personne du singulier du présent de Vindicatif. Si Ton songe que les mêmes transformations se font à chaque personne, au pluriel comme au singulier, et qu'elles se répètent à tous les temps et à tous les modes, on comprend sans peine que, lorsque un auteur a voulu donner le verbe basque dans tout son développement , il ait produit un énorme volume in-quarto.

B II existe dans le langage, pour un très-petit nombre de verbes d'un usage fréquent, des formes verbales irrégulîère^ qui semblent se rapprocher de la manière de conjuguer des autres langues. Ces formes ne s'étendent jamais à tous les temps et à tous les modes des verbes , et elles peuvent toujours être remplacées parla forme régulière. Elles sont composées de la racine du nom verbal réduit à sa plus simple expression, et du terminatif du verbe régulier auquel il est uni ou plutôt intercalé; c'est une contraction de formes régulières. Ainsi je sais s'exprime par dakit , composé de jakin , jakite , savoir , dont on conserve la substance , aki qu'on a intercalé à

dut^ en !e substituant à la liaison u; — dakik, iu sais, est de même composé de aki et duk ; — naMan, je savais, de aki et nian; zakian, il savait^ de aki et zian; — - deramat, ou daramai, j'emporte, se compose de eramariy emporter, et du^;neraman, de eraman et nian ; — doa , il va, se compose de joan dont on ne conserve que oa et de da ; -^zoan^ il allait, de joan et jsen. Le pluriel intransitif emprunte toujours la caractéristique tz des relations indirectes '.— doaTza, ils vont; — jzoaTzan, ils allaient. Nous renvoyons les lecteurs qui désirent plus de détails sur cet intéressant sujet, aux ouvrages spéciaux qui ont été composés dans ces dernières années et qui ont été initiés au mécanisme particulier de cette langue. )>

Ici finit le travail de M. le chanoine Inchauspe , et je vais restreindre le plus possible les considérations que j'ai à présenter à ce sujet.

Je dois noter tout d'abord la différence entre le verbe transitif et intransitif ^ qui domine toute la conjugaison , et ensuite la distinction entre les verbes réguliers et irréguliers établie par les grammairiens. Dans les verbes irréguliers, le caractère d'incorporation est manifeste, et la racine simple se trouve entourée des particules pronominales du sujet et du double régime, qui forment corps avec elle.

Les verbes réguliers demandent un examen plus attentif. Chez eux, la racine verbale précède le transitif et Tintransitif, dans lesquels on a voulu voir deux verbes auxiliaires. Il est néanmoins à remarquer que le verbe régulier n'entre pas dans la phrase sous la forme de simple radical , mais comme nom verbal pourvu d'une flexion casuelle.

Les grammairiens ont commis, pour la plupart, une erreur par rapport aux prétendus verbes auxiliaires niz , intransitif, et dut, transitif. Le savant abbé Darrigol a parfaitement démontré que niz est un pronom personnel pourvu d'une désinence casuelle, et signifiant far tnoi. Ixs môme gram-

mairien a établi que dut équivaut au latin ici mihi. C'est à quoi se réduit au fond tout ce que Ton a dit exprimer être et avoir.

Tel est le véritable caractère des éléments constitutifs de la conjugaison basque, et c'est faute d'avoir bien pu Téludier que Humboldt et d'autres philologues sont tombés dans des erreurs, aujourd'hui rendues manifestes par les progrès de la science et l'abondance des informations.

Humboldt, et d'autres savants après lui , comptent, dans la conjugaison basque, huit personnes. Troisont irait à la seconde personne, dont deux varient selon qu'on parle à Thomme ou ù la femme, et la troisième est une forme respectueuse. Ces distinctions pronominales, combinées avec le double régime, donnent naissance à deux cent six formes fondamentales, que Humboldt considère comme des conjugaisons. « Donc rien d'étonnant, dit M. Pruner-Bey, si un illustre personnage, me dit-on, a trouvé au-delà de vingt mille combinaisons verbales (1). » Je ne nie pas l'exactitude du. calcul de Humboldt et l'opulence de la conjugaison basque. Néanmoins je ne pois m'empêcher de remarquer que bon nombre de combinaisons, acceptables en théorie, sont repoussées par la pratique.

Voilà tout ce que j'avais à dire sur la conjugaison basque. L'intérêt de l'étude de philologie comparée que je vais aborder tout à l'heure ne me commande pas d'étendre à d'autres parties du discours, et à la syntaxe de l'idiome euskarien, des recherches pareilles à celles que je viens de consacrer à sa phonologie, à sa déclinaison et à son verbe. Je n'ai donc plus qu'à terminer le présent chapitre, en formulant les conclusions

(4) Prumbr-Bbt, Sur la langue dts Basques, dans le Bullet de la Soc. d'anthrop. ùe 4âe7, p. 64.

qui me paraissent résulter des recherches auxquelles je viens dame livrer (1).

(4) J'ai déjà dit que je n'avais pu mettre la main sur la Carte lingiMStique des sept provinces basques du prince Louis-Lucien Bonaparte. Par ses propres recherches ou par celles de ses auxiliaires, ce savant est à coup sûr en état de signaler mieux que personne les divers dialectes euskanens, dont la caractéristique complète ne peut trouver place que dans les ouvrages purement grammaticaux. Je me borne donc à constater que, dans ses Observations sur le formulaire de prône conservé naguère dans t^églùe d'Arbonne, le prince Bonaparte distingue cinq dialectes, dont il signale quel- ({ues particularités, au point de vue de la phonologie, de la déclinaison et de la conjugaison : 1^ Guipuzcoan, caractérisé par det, dezu, etc.; %^ Biscaïen, caractérisé par dot^ dozu, etc. ; B^ Navarro-Lsibourdin, caractérisé par dut, duzu, naiz, etc. ; 4^ Bas-Navarrais, caractérisé par niz, etc., sans le traitement respectueux. Le prince Bonaparte divise le Bas-Navarrais en trois « sousdialectes^ » dont le premier est le Bas-Navarrais de Baïgorry, ou Bas-Navarrais propre, « parlé dan» les vallées de Baïgorry et d'Ossès, à Ârnéguy , localité du pays de Cize, à Yalcarlos, dans la Navarre espagnole, et dans les maisons du Paisquint de la môme province. Dans ce sous-dialecte, l'a se transforme en t devant la, Ye et Vo, » Il se subdivise en deux variétés. La première, comme le baîgorrjen, possède la forme interrogative et le nom verbal en ukhan, mais elle change en uya au lieu de changer en ia, les mots terminés en u. C'est ainsi qu'au lieu de buria, elle dit buruya. Cette variété est parlée dans les localités suivantes du Labourd : Bonloc, Hasparren, Louhossoa, Macaye et Mendionde. La deuxième variété de ce sous-dialecte change, comme la précédente, Vu en uya, mais elle n'a ni forme interrogative, ni ukan, ou si tant est qu'elle fasse entendre quelquefois ce dernier, cela n'a lieu que dans quelques localités , d'une manière exceptionnelle et comme d'emprunt. Elle est -parlée dans les localités suivantes du Labourd: Cambo, Espelette, Halsou, Itsatsou, Jatxou, Larresore, Souraïde, Ustarits et Yillefranque. Le troisième a sous-dialecte » est le bas-navarrais-aezcoan ou espagnol, a parlé dans les neuf localités suivantes qui constituent la vallée d'Aezcoa : Âbaurea-Alta, Abaurea-Baja, Aria, Aribo, Garayoa, Garalda, Orbaiceta, Orbara et Villanueva. » La variété aezcoane se distingue de ses congénères par diverses particularités dont le détail serait trop long, et parmi lesquelles je ne veux signaler que l'absence de Vh aspiré. 3* Navarro-Souletin, comprenant les cinq sous-dialectes ci-après : o 4 . Souletin de la Soûle ou Souletin propre, représentant du dialecte, t. Roncalais delà Navarre espagnole. 3. Salazarais, ou Saleneo de la même province.

4. Cizo-Mixaîn, subdivisé en Cizain^ Mixain, Bardosien et Arberouan.

5. Adourais ou basque des rives de l'Adour, parlé à Urcuit, Lahonce, Briscous, Mauguerre avec Eliçaberry, et Saint-Pierre-d'Irube. Tous ces dialectes admettent plus ou moins le traitement respectueux, contrairement

Aucun document positif ne prouve que les plus anciens habitants connus de la Péninsule aient tous parlé un même idiome, qui serait aujourd'hui représenté par le basque.

H résulte, au contraire, des témoignages concordants d*un grand nombre d'auteurs classiques, que TEspagne était occupée, dès l'aurore des temps historiques, par des populations d'origine et de langues différentes.

Le domaine du basque est limité, pour TEspagne, aux provinces de Biscaye, de Guipuzcoa, et à une partie de la Navarre Iranspyrénéenne et de l'Alava. En deçà des monts, il embrasse presque en entier les trois pays de la Soûle , de la Navarre française et de Labourd.

Les Vascons, et les Basques qui sont leurs héritiers plus ou moins directs, ont, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, été constamment cernés par des populations parlant d'autres langues que la leur.

L'eskuara a perdu du terrain depuis les temps historiques; mais ce phénomène est particulièrement sensible sur le versant méridional des Pyrénées.

Les témoignages de Strabon et de Pomponius Mêla permettent de croire, avec une certaine vraisemblance, que les anciens peuples Vascons, ancêtres plus ou moins directs des Basques actuels, parlaient une langue particulière. En tons cas, il n'est pas possible de contester que l'eskuara ait été trèsanciennement parlé dans un canton du nord de la Péninsule. Néanmoins, l'existence du basque n'est positivement constatée

au Bas-Navarrais. » Dans la note qui termine le travail que je viens de mettre à contribution, le prince Bonaparte s'exprime ainsi : a L'étude sur les lieux mêmes de la Navarre espagnole vient de nous prouver d'une manière évidente que cette province n'a pas de dialecte qui lui soit propre, mais qu'elle se divise entre les autres, le biscaïen excepté. Le navarro-labourdin y domine, mais ce dialecte a pour représentant légitime le sous-dialecte labourdin de France. Il en est de même de TAlava, où le biscaïen est le seul dialecte qui soit maintenant en usage *dans un très-petit nombre de localités. »

qu*à dater du xii^ siècle pour la région transpyrénéenne, el à partir du xiv^ pour la région cispyrénéenne.

Les plus anciens monuments littéraires du basque, actuellement connus, ne remontent pas plus haut que le xv* siècle |)Our FEspagne, et le xvi* pour la France. Ueskuara a subi , depuis cette époque, des changements si notables, que ses plus anciens monuments sont plus ou moins obscurs, quand ils ne sont pas tout-à-fait inintelligibles.

Celte langue n'a pas d'alphabet particulier, et plusieurs phénomènes phonétiques qu'on lui croit généralement propres, se retrouvent dans les langues romanes circonvoisines, auxquelles le vocabulaire euskarien a fait de nombreux emprunts.

Le basque porte des traces aussi nombreuses qu'évidentes d'un ancien état monosyllabique, depuis longtemps remplacé par l'agglutination. Dans cet idiome, les mots se forment par dérivation et composition. Dans ce dernier cas, il n'est pas rare de voir se produire, mais^ avec une intensité presque toujours médiocre, le phénomène holophrastique ^ dit aussi d'encapsulation,

La morphologie de l'eskuara est très-généralement caractérisée par des postpositions, dont l'office consiste à modi6er diversement l'idée exprimée par le radical.

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