‹ Études sur l'origine des BasquesChapitre 15 sur 39 · LES BASQUES D APRES LA PHILOLOGIE · texte numérisé non relu

LES BASQUES D APRES LA PHILOLOGIE

( Philologie comparée ).

J'en ai dit assez sur Tancien état linguistique de TEspagne, sur l'histoire externe du basque, et sur la morphologie de cel idiome, qu'il s'agit d'apprécier maintenant avec le secours de la philologie comparée.

C'est un principe aujourd'hui vulgaire, que les langues se divisent, d'après leur degré de développement, et sans tenir compte de leurs généalogies, en trois classes appelées : isolante ou monosyllabique, agglutinante ou agglomérante et fléchissante. Dans la classe isolante, c'est-à-dire au plus bas degré de l'échelle, il n'existe que des radicaux monosyllabiques, non susceptibles de déclinaison , conjugaison , etc. Ces radicaux invariables servent, en général, à exprimer le même sens dans l'acception substantive, adjective, verbale, adverbiale, etc., de sorte que, dans la théorie des langues isolantes, l'oraison devrait résulter de la succession des radicaux. Néanmoins il n'en est pas ainsi en la pratique; et même dans le vieux chinois, qui représente le mieux les langues isolantes, nous voyons les radicaux déterminés de plus près par le voisinage d'autres monosyllabes. Ainsi, du rapprochement de i il employer » et H a violence, » résultera un mot signifiant a avec violence. » La racine principale peut être modifiée dans

son sens par des particules préposées ou poslposées, el môme par les deux choses à la fois.

On comprend qu'à la longue les . monosyllabes destinés irhabilude à l'expression des rapports, aient une tendance à se souder plus ou moins intimement avec la racine principale, ce qui n'a lieu qu'au prix d'abréviations et d'altérations destructives de l'ancienne intégralité de ces monosyllabes. Voilà comment se forment les langues agglutinantes ou agglomérantes, représentées notamment aujourd'hui par le groupe touranien. Dans les idiomes de cette classe, les particules modificatives (le la racine principale peuvent être préposées , postposées ou ihBxées; et l'on comprend, sans que j'aie besoin de recourir à des exemples, que ces trois modes simples de réunion peuvent donner aussi naissance à quatre combinaisons secondaires.

Quand les idiomes en sont arrivés insensiblement à exprimer les modifications de l'idée par celle des racines, ils passent dans la classe fléchissante^ représentée par les langues indo-européennes, dont le mécanisme, et notamment celui du grec et du latin, est trop connu pour que j'aie besoin d'insister. Je ne ferai pas de même pour les idiomes sémitiques, qui appartiennent à la même classe, mais qui pourtant diffèrent fort, au point de vue morphologique, des langues indo-européennes. Avant sa dissolution en langues particulières (hébreu, cbaldéen, arabe), le sémitique apparaît déjà comme ne possédant pas de racines nues pour l'oreille, existant dans le son une fois extraites du mot. Ces racines ne contiennent pas de voyelles, comme l'indo-germanique, et dépendent des consonnes seules. Ces consonnes ne peuvent être prononcées qu'avec le secours de voyelles, dont l'adjonction ne se produit en sémitique qu'en exprimant une idée de rapport. Prenons, par exemple, les mots sémitiques suivants : hébreu, qâtalj arabe, quaiala a il a tué ; » hébreu, hiqtU^ « il fit tuer ; » arabe, maqtû-

lum (( tué, )) etc. La racine des mots cités consiste dans les trois consonnes gfl, en dehors desquelles rien n'a pour mission , dans ces roots , d'indiquer la signiGcation pure et simple.

Il n'en est pas de même dans les langues indo-européennes, et je n'en veux citer qu'un exemple emprunté à M. Schleicher. r^s mots allemands lieb « cher, )> plus anciennement luibs^ forme primitive luib-ds (i); glauben, croire, plus anciennement ^a-/auiH;an (pa est une préposition inséparable; laubjan signifie à peu près « avoir pour agréable, juger digne) ; lob <( louange » forme primitive lub-ans ; la racine principale de ces mots peut s'obtenir sûrement ici d'après les lois de la langue allemande. Cette racine est lub (prononcer loub) et a pour fonction d'exprimer l'idée de u désirer, aimer, » puis aussi « d'être agréable, être digne, » Ici la racine est articulée, et l'idée se trouve traduite par des syllabes ayant une existence réelle, et prenant un corps dans le son. a La racine sémitique, dit encore M. Schleicher, peut admettre tous les sons de voyelles, suivant les besoins de la formation du mot ; elle n'est pas déterminée par une certaine voyelle fixe, et le nombre des observations dont elle est susceptible est très-considérable. Nous avions déjà plus haut : qâtal, qutila, md'qtûlun^ hi^ttlj résultant d'une seule et même racine ; on peut encore y ajouter beaucoup d'autres jiqtol^ a il tuera, » qâlely a tuant, » qelel (( meurtre, » etc. Il n'en est pas de même dans l'indo-germanique. La racine a ici une voyelle fondamentale qui la détermine et qui sert de point de départ à des transformations qui s'élèvent tout au plus à une triple gradation. Chaque son de Id racine suit une carrière limitée, régulière, qui lui est prescrite et qu'elle ne peut dépasser d'aucun côté. )>

(4) M. Schleicher donne le nom de a primitives » à des formes logiques, que Ton déduit et que l'on conclut, mais qui ne se trouvent pas en réalité dans les langues.

Le lecteur me pardonnera d'avoir rafraîchi ses souvenirs sur la classification des langues (1) et d'avoir un peu plus insisté sur les caractères distinctifs du mécanisme des idiomes sémitiques. Il s'agit maintenant de comparer tour à tour le basque aax idiomes berbères, sémitiques, indo^uropéens, touraniens et américains. Commençons par les berbères (2).

On se souvient parfaitement que dans un passage de son Histoire des langues sémitiques déjà cité ( p. 63-64 ) , M. Ernest Renan parle de <( la terminaison tah si caractérislique des noms berbers, (Zenatahj Mezatah, etc.)^ et qui selon Ibn-Khaldoun est une terminaison plurielle. » M. Renan se

(0 Je renvoie les personnes peu versées dans ce genre d'études, à la Science du langage de M. Max Mïilleb, et à la Morphologie des langues, passim, df^ M. ScHLEicHER, exactement analysée par M. Louis Koch, dans la Revue des Cours Httéraires de 186V65, livraisons d'octobre et novembre. — ' M. Schleicber croit, comme M. Renan et quelques autres philologues, à la différence primordiale et originelle du sémitique et de l'indo-européen. Ijeor sentiment n'est pas adopté par M. Max Muller, dans sa Science du ^'ingagcy et il en est de même de M. L. Benlobw, dans sa brochure intitulée : Ik quelques caractères du langage primitif. M. Benlœw (p. 9- H) affirme <[ue dans les idiomes sémitiqnes « un très-grand nombre de racines irilitères se ramènent sans effort à la forme monosyllabique, » et il cite linéiques exemples, en même temps qu'il promet de revenir une autrefois mr ce sujet d'une manière plus détaillée.

(î) Avant la fondation de Carthage et l'établissement des Phéniciens sur iâ fôte nord de l'Afrique, les populations de langue berbère s'étendaient depuis les oasis de l'Egypte, et même depuis la mer Rouge jusqu'au Sénégal, et depuis la Méditerranée jusqu'au Niger. C'est là un fait aussi incontestable que la propagation postérieure du punique ou carthaginois, idiome de la famille sémitique, sur le littoral barbaresque. V. là-dessus De Suxe, Appendice au tome IV de Y Histoire des Berbers^ d'isx- I^HALDOu>', p. 495 et suiv. — Faidherbe, dans le Bullet, de la Soc. de géographie, fév. 1854, p. 35. — Reinàud , Rapports sur les travaux de MM. Geslin {Moniteur des 7 et B août ^ 856) et Hanoteau {Moniteur du 6 août \^ôi). — Vivien de Saint-Martin, Revue contemporaine, 45 sept. 4855, p. 436 et suiv. — Latham, dans le Report of the Brit. Assoc. for the 'ifivencement of science (4 857), p. 24 2 et s. ; 222 et s. — J. Richardson, luatériaux imprimés par le Foreingn-Office non livrés au public, mais dont il pxiste un exemplaire à la bibliothèque de l'Institut. — Renan, Histoire <h langues sémitiques, p. 89-90.

demande si elle ne serait pas identique « à la terminaison tant {Mauritanie etc.)? qui en Afrique, et surtout en Espagne, indique les noms des peuples. L'hypothèse qui rattache les Ibères aux populations indigène-s de l'Espagne trouverait là une sorte de confirmation. »

J'ai promis de discuter à fond l'hypothèse émise par M. Renan, et je commence par la terminaison tah.

Et d'abord, je n'ai su trouver nulle part dans Ibn-Khaldoun (1 ), (|ue tah soit, en berber, une terminaison plurielle. Il sepeutque ce passage m'ait échappé; mais j'ai relu plusieurs fois le rapport de M. Reinaud cité par M. Renan, et je l'ai sous les yeux au moment même où j'écris. Ce rapport est, comme M. Renan le dit en note, inséré au Moniteur du 6 août 1857. M. Reinaud , qui rend compte d'un essai manuscrit de la grammaire de la langue des Kabyles de M. Hanoleau, ne cite qu'une seule fois Ibn-Khaldoun , à propos de la situation géographique des Zouaoua (2). M. Reinaud ne dit nulle part que tah soit en berber u une terminaison plurielle. » Il se bcrrne à avancer que « le pronom berber reçoit au datif les lettres .s ou tas, et à l'accusatif la lettre < ou th. Ainsi, pouriUma donné on dira ifkorias; et pour je Pai vu, on dira serighlth. »

Voilà comment s'exprime M. Reinaud , dans son rapport du 6 août 1857. T^ lecture attentive et répétée de ce travail me donne à penser que l'essai manuscrit de grammaire kabyle a dû subir certaines retouches de la part de M. Hanoteau, avant son impression en 1858. Deux ans plus tard, cet officier supérieur a donné un Essai de grammaire de la langue tamachek' (3). M. Hanoteau ne dit pas qu en kabyle

(4) Histoire des Berbers, d'Ibn-Khaldonn, Irad. française de M. de Slaoe.

(2) Id., Ibid., t. I, p. «86 et suiv.

(3) M. Renan signale ces deux Essais comme de « trè»-atiles ouvrages. » Hist. des lang, sémt.^ p. 90, note a.

la forme plurielle du pronom soit constamment caractérisée par le suffixe t ou ih k l'accusatif. Cette particularité se rencontre seulement dans les pronoms affixes régimes directs des verbes, pour la troisième personne du masculin singulier : our er (h, j'ai acheté lui. En tamachek', dfc, qui parait bien être lequivalent de th^ termine, au pluriel, tous les pronoms isolés ou sujets : nekkendth^ nous (masc. ), nekkenetidh^ nous (fém. ), etc. Dans la même langue, t s'emploie à la troisième personne du singulier , dans le cas où les pronoms sufBxes sont régimes directs des verbes: inr a t^ il l'a tué. On verra plus bas au^si que, dans les deux idiomes, th ou i placé au commencement et à la fin du mot masculin , caractérise le féminin : ainsi en kabyle: abarer\ renard mâle, ihabarerHh^ renard femelle; et en tamachek': anhil, autruche mâle, ianhilty autruche femelle Voilà dans quel cas s'emploie th ou i final , qui jamais n'affecte le nom à l'accusatif, c est-à-dire employé comme régime direct d'un verbe. Ce nom n'éprouve alors aucune modification.

Je me suis trop étendu sur le suffixe en question; mais je tenais à prouver, avec les livres mêmes du lieutenant -colonel Hanoteau, que th ou t ne caractérise pas constamment l'accusatif des pronoms , et que les peuples de langue berbère l'emploient aussi dans plusieurs autres circonstances. Revenons maintenant à M. Renan.

L'auteur de YHistoire des langues sémitiques ne dit pas comment ce suffixe thon t se métamorphoserait en tah {Zenatah^ Mezatah^ etc.). Ce tah ne caractérise d'ailleurs le pluriel ni en kabyle ni en tamachek', ainsi que je le démontrerai plus bas, en comparant la morphologie du basque et des langues berbères. M. Renan n^indique pas non plus comment la terminaison dont s'agit pourrait être a identique à la termi* naison tani (Mauritani, etc.), qui en Afrique, et surtout en Espagne, indique les noms des peuples. »

Voilà deux lacunes fort regrettables. Je ne suis malheureuse-

ment pas de force à combler la première; mais je me hasarde à dire mon avis sur cette terminaison tonî, à laquelle M. Renan parait attacher tant d'importance.

Nous verrons plus bas la véritable origine de ce suffixe. Mais en admettant provisoirement qu'il puisse être d'origine berbère, il faudrait toujours le réduire à tan, qui se trouverait ainsi afTecté lui-même d'une terminaison grecque ou latine. Pour les noms de peuple, cette terminaison serait ttô, a, um et la, ia , pour les noms de contrée.

Les noms de peuples terminés en tanm , et les noms de contrées terminés en tania^ ne se rencontrent pas, dans la toponymie de l'ancienne Afrique, aussi souvent que M. Renan paraît le croire. Il suffit , pour s'en convaincre , de lire les solides travaux consacrés par Conrad Mannert et L. Marcus à la région actuellement représentée par les pays barbarcsques (i). Le V<^ livre de X Histoire naturelle de Pline est assurément la source à laquelle on peut emprunter le plus de citations favorables, en apparence, à l'hypothèse de M. Renan. Je viens de relire , la plume à la main , non seulement In partie de cet ouvrage relative à la géographie ancienne du nord de l'Afrique , mais encore tous les autres auteurs de l'antiquité qui ont traité le même sujet. Mes recherches, qui me semblent assez complètes, ont porté, non seulement sur les noms de lieu en ianum el tania , mais encore sur les adjectifs terminés en tanus^ a, um.

Abziritanum, P/tn., {. F, est le sexd à nommer cette ihI/€, de même que celles ci'Acharitanum, de Canopitanum et de Melzitanum ;• mais on trouve dans les actes des anciens conciles

(1) Mannebt, Géographie der Griechen und RtHner, aus ikren Schriften dargestelU. Nûrnberg und Leipz. 4788-1826. — Le lirre V de Vlfistoire naturelle de Pline, traduite par Ajasson de Grandsagne (Paris, Panckonke, M DCCC XXIX) contient, sur la géographie de l'ancienne Afrique, les excellentes annotations de L. Marcus, dont il faut consulter aussi VHistoire des Vandales.

ifAfriqxiey des èeéqms d'Âbzira , de Canopita et de Médita.

Achila, 8B, Cœs. ; AchoUa, ae, Liv. XXXIII, 48 ; Achola, MyuUa m "XxokXa, Strab. ^ XVII; Stephan; ''VyoXa, Ptol. ; Acilla, œ, Hirt Bell. afr. e. 33; Cholla, XéXXa, Appian. Punie.; AnoUa, ae, Tab. Peuting. ; Accolitanum Oppidum, P/m., mile du Byzacium, auj. Elalia. De là adj. Accolilanus, a, num, Notit. »

Azuritanum, Plin. ; Assurœ, Ani. liin.; "Aaoupoç, PioL ; y. de la Numidie.

Capsa, ae, v. de la Numidie^ plus tard Bizatium : Sali Jug. 89, 4, 91 sq. ; Flar. 3, 1, 14 ; Strab. p. 831 ; Ptol. 4, 3 ; Plin. 5, 4, 4; Anton. liin.^ p. 77; Tab. Peut.; Geogr. Raven.; Cod. Justin. 2, /; Augustin, contr. Donatist.^ c. 33; Inscript. ; Hecatompylus, ap. Polyb. /, 73, et Diodor, *> ^^ ; auj. Kafsa. Capsenses, ium, m., habitants de Capsa, Sali. Jug. 93, 3 sq. ; nommés Capsitani dans Pline^ 5, 4, 4.

Mauritania. V. p. 64, note 1 . *

Pentapolis, neviaiçoXiç, Ptol. ; les cinq villes de Ptolemaïs, Arsinoe, Bérénice, Apollonias, Cyrene, avec leur territoire flans la Cyrenaica, fut^ sous les Ptolémées^ synon. de Cyrenaica. . Penlapolitanus, a, um. Pentapolitana regio, Plin. ^'i, o, t).

Tingitana (Mauretania ou Mauritania), Plin. T), 8 ; 6, 30 sq.-^ Inscr. ap. Gruter. 12, 7, p. 493 ; Jornand. de Regn. suce, ; Maypiravi'a f) TiYTi^«''i ^^o'- * ? *^*'- / Provincia Tingitana (Bogudis regnum). Cette province s'étendait à VO. du fleuve Malva. Ce nom lui vient de sa capitale Tingis, is, Itin. Ant. ; Hniç, w«, Ptol.; Strab. ^ 3, init. ; Tinge, Mela^ /, 5; Tingi, orum, Plin. 5, /; Tiga, T(ya, Strab. ^ Tingitanus, a, um (Tiûgitanus littus), Inscr. ap. Grut., p. 492, n*7; Tingitanus, a, um, Mamert. Genethl. Maxim. 16. Mauretania Tingitana, Inscr. ap, Maff. Mus. Veron. 241, 5. Tingitanura castellum, Amm. Marc.^ 26, 5.

Tusdritanum, auj. El-Jemma, Plin. 5; Tusdris, Itin. ArU.; e-jaopoç, Ptol.

Ucitana, Plin. 5 ; 'OuÇita, Ptol ; ville 'près de Ruspina, m sud trAdrumetum.

Ulusubritanum, Plin. 5, 4 ; "OuXi^iSippa, Ptol. ; ville de TAfrica propria, dans la Byzacène, au sud d^Adrumetum.

Usalitanum oppidum, Plin. 5, 4*; Ptokm. parte^ selon les éditions^ "Ou^av et "OuÇavov, Ville à V ouest d'Utica.

Zeugis, Isid, Hisp, 14, 5; jEthic. co^^mogfr. ; Zeugitana regio, Plin. 5, 4 ; Marcian. Capella ; portion de V Afrique comprise entre le fleuve Turca^ te caj) Mercure^ les montagnes et lu mer. Zeugitanus, a, um. Zeugitanus limes, Solin. 26 ; Zeugitanus pes, Id. 27.

Il résulte, je crois, de cet inventaire, que, dans la géographie ancienne du nord de l'Afrique, les noms de lieu en tanum et tania, et les adjectifs en tanus , a, t/m , ne sont pas aussi nombreux qu'on pourrait le croire. Dans ces noms, tanum et tania n'appartiennent pas au radical. Cela est clairement démontré, pour chacun d'eux , par un nombre variable de formes anciennes, où on ne retrouve pas ces syllabes, ce qui prouve* qu'elles y ont été ajoutées postérieurement. Quant aux adjectifs, ils ont été formés au moyen du radical topony* mique, et de la terminaison tanus ^ a, um^ sur laquelle je m'expliquerai plus bas.

Les noms de lieu en tania ^ les noms de peuple en tanuSy et les adjectifs en tanus^ a, um sont assez nombreux en Espagne. Humboldta écrit là-dessus quelques lignes dont M. Renan ne parait pas s'être souvenu , en écrivant le court passage que je suis forcé de discuter longuement.

« Astarloa, dit le savant prussien, fait dériver les terminaisons tani, tania, qui se représentent toujours sous la forme etani, etania, de la terminaison de lieu eta. Dans un sens aussi général, cette assertion est loin d'être exacte. Souvent, en

elTet, tanus et tania Cet non pas seulement nus et nia) appartiennent à une terminaison étrangère. Ainsi, Toletanus de Toleium, Beneventanus de Beneventum.

« Cette terminaison d'adjectif se trouve aussi dans des noms tout-à-fait étrangers à eto, et que tes Romains terminaient en is{B%lbiliSy Bilbilitanus^ Arandis, Arandilani), en ta {Belia^ BsXiia, Beliiani)^ ou en i {Astigi, AsHgitanus)^ (Plip. I, 139), Acciy Accitani) (1).

« La terminaison tanus arrive dans tous les cas où le radical n'a pas de <, comme dans Tadjeclif grec ittS^ (Priscianus, I, 2, p. 193). Il est certain aussi quon rencontre en Espagne beaucoup plus fréquemment qu'ailleurs des noms de peuples et de contrées finissant en tant et tania ^ ce qui s'explique par la raison que la terminaison en t emporte toujours Tidée de lieu. Dans Bedeta des Edétans (Ptol., II, p. 47}, eta appartient évidemment au radical. Les noms de cette classe, pour lesquels j'adopte rélymologie d'Astarloa, lorsqu'elle ne me paraît pas tout-à-fait invraisemblable, sont : Ausetani, Autheiani (avec le o sifflant), àeautsa^ poussière : terre de la poussière, (le la sécheresse ( Apol., 207, 237); Bastetant^ Bergisiani , Carpetani^ de gara^ haut^ be, au pied : contrée au pied de la montagne (Apol., p. 208); Cerretaniy Charadtani, Contestani, Cosetani, Edetani ou Sedetani, Eocitani^ Lacetani ou Jaccetani, Laetani^ si ces derniers noms ne sont pas tout simplement des altérations du précèdent (Mânnert, I, 434); Lusitani de lucea, long, étendu , grand (Astarloa, Apol, p. 212); Oretani, de o\ indiquant la hauteur, r euphonique, et eta, comme Voregui actuel, de o hauteur et egui, côté de montagne (Astarloa, 211); Suessetani (Liv. XXXIV, 20), Turdetani, Je n'ai pas compris dans cette énumération tous les noms de formation romaine

{i) Cette terminaison en i est très-fréquente dans les noms de vill&< espagnoles. (Scheiders, Langue latine, U3, ^k&). NoteÛQ Humboldt.

régulière, d'après des noms de ville, tels que les Accitani^ Ossigitaniy Toletani^ etc. (1). »

Ce passage de Humboldt réduit déjà beaucoup, ce me semble, la portée de Thypothèse de M. Renan ; mais il est. entaché lui-même de plusieurs erreurs qu'il importe de rectiBer. Je vais donc me livrer, sur la toponymie ancienne de TEspagne, à un travail identique à celui que j'ai déjà exécuté pour le nord de l'Afrique.

Acci, orum, "Axxi, Ptol 2, Colonia Accitana Gemellensis, PUn. III^ 3. Ville des Bastetani en Bétique.

Aranditani. Bumboldt^ Rech.^ donne ce nom aux habit, rf Arandis , ville de Lusitanie ; mais je ne l'ai trouvé dans aucun texte ancien.

Astigi, orum, Ant. Itin.^ Astigitana Colonia, PUn. 3, 1, 3; OrelU^ Inscr. 3783.

Ausa, Ptol, ; Ausa nova ; Ausona, Med. jEv. ; Vicus Ausanensis. Gell.^ ville de THispania Tarracon. Ausetani, Plin. 3,3; liv. 21 , 23 ; 'AuOr)vavor, Ptol Ausetanus, a, um. Ausetanus ager, Liv. 29, 2.

Basti, Anton, /(m., ville de THisp. Tarrac. Bastetani, ot BaoTTjTavof, Strab. 3 ; Bastifani, Plin. 3, 3 ; Mastieni, MaanTivo^ Steph. Les Bastéta/ns étaient aussi appelés Bastuks : Bztmrav&v,

ouç xai B«<ttou)louç xaXou^tv, Iblvab. 3,

Belio OU Belion, onis, BsXtwv, wvoç, Strab. ; Limia, 8B (Limeas) avec le surnom d^Oblivionis, auj. Lima, fleuve de THisp. Tarrac. Belitani, orum, Plin, 3, 3.

Bilbilis, is, f. ViUe de THisp. Tarrac. Bilbilis, Martial, 10, 103, 1. Bilbilim, Id. /, 50, 3; Bilbilin, Id. 4, 55, 10, 104, 6; Plin. 34, 14, 41. Aquae Bilbilitanœ, Ant. Itin,^ source minérale près de Bilbilis. Bilbilitanus, adj. Martial.

(4) Humboldt, Recherches sur les habitants primitifs de V Espagne^ p. 67-68.

Bicargis, Biaxapyiç, Ptol. 33; Munie. Biscargis, médaille^ ap. Golz.; Biscargis, ville des Ilercaones, dans THisp. Tarrac. Bisgargitani, Plin, 3, 3, habitants.

Cœsaraugusta, ae, f. Plin, 3, 3 ; Mela^ 2, 6, etc. :

Kat(jap9WYou9T(z, Strab, 3 ; Csasarea AugUSta, Kaiadlpsa AuYouaxa,

Ptol. Caesaraugustanus, adj, Plin. 33 ; Inscr. ap. Gruter. ; Isid. HispaL Chron. Suev.

Calagorina, œ, Ptol ; Calaguris Nasica, Plin. 3, 3 ; Calaguris ou Calagurris, Ltu.; KaXiY^'^P^î ^^v 'Ouadjwivcov ::oXiç, Strab. 3, etc. Ville des Vascones. Calaguritani cogn. Nasici, Plin. 3, 3 ; Cœsar. B. G., 60; Sueton., Aug. 49 ; habitants. Calaguritanus, adj. val Max. — /{ existait chez les Ilercaones une vtlle nommée Calaguris Fibularensis. Pline appelle ses habit. Calaguritani Fibularenses.

Carpesii, Liv., 23, 26; Kapn^iaioi, Polyb. 3, 14; Carpetani, Plin. 3, 3 ; peuple de THisp. Tarrac, dont la capitale était Toletum. Carpetania, Lit;. 40, 48 ; territoire des Carpetani.

Cerretani , Cell ; SU Ital. 3, v. 37 ; Kc^fonavot, Ptol ; KaffijTovot, Strab. Ce peuple se divisait en Cerretani Augustani, et Cerretani Juliani, Plin. 3, 3. Cerretanus, adj. Cerretana perna, Mart. 13, 5, I, subst. Cerretanum, n, maison de cam-^ pagne dans le pays des Cerrétans, Coll. 3, 3 ; d^autres disent Caeretanum. /{ est facile de reconnaître dans ce peuple les Ceretes et Acroceretes, qui s'étendaient jusqu'aux environs d'Emportés. Avien. Or. Mar.^ v. 550.

Characitani, peuple vivant de brigandage dans la Lusitania.

Contestani, Plin. 3, 3, 4, /r. 91 ; Kovisaravof, Ptol. 2, 6, 1 4 ; peuple de THisp. Tarrac. Contestania, Plin. 3, 3, pays des Contestani.

Cosetani, Koar,Tavot, Ptol. ; Cositani, Inscr. ap. Gruter ; Cossetani, selon Plin. ; peuple de THisp. Tarrac, dont la capitale était Tarraco.

Damanitani, habit, de la^avia, ville sHùée sur le territoire des Edetani dans fHisp. Tarrac, Ptol.

Deitania, Plin,^ 3, 3, contrée de la Bétique.

Edeta, "HBr^ia ri xa\ Aefpia, Ptol. 2, 6, 63, ville de fflisp. Tarrac. Edeiii, orum, Plin. 3, 3 ; Hedetani, Cell ; Sedetani, Liv. 28, 24 ; 29, 2 ; 34, 20 ; 'Eôrjiavoï {var. lect. Si87)Tavû(), Strab., 3, nom des habit. cPEdeta. Edetania, Plin.^ 4, 5 ; Ptol.^ territ. (fEdeta.

Gades, ium, f. œlonie phénicienne fondée dans l'île du même nom dans THispania Baetica, auj. Cadix. Mêla, 2, 7, \ ; 3, '6, 1 ; 3, 9, 3 ; Plin, 4, 22, 36, etc. De là Gaditanus, a, um, adj. relatif à Gadès, Gaditain. Gaditanus Oceanus, Plin. 2, 403, 406. Gaditanus portus. Met, 3, 4, 4, etc. Substant. Gaditani, orum, les habit, des Gadès, Cic. Balb. 47, 39; 48,43; Cœs. B. G. 2, 48, 24.

Icaedita, œ, Cell. Icedita, Inscr. ap. Grut., n* 8, p. 3t ; IgaBdita, Insci\ ap. Gruter., n*» 3, p. 499 -, ville de Lusitanie^ peut-être non loin d'Ocellum. Icaeditani, Pont. Inscript, ap. Grut. 492, 3, habitants.

Ilorci, orum, Plin. 3, 4 ; Ilorcorium, v. dans le S. E. de rilispania Tarracon. sur le Tader, à VO. de Carthago Nova, auj. Lorca, prov}. de Murcie. Ilorcitani, Plin. 3, 3, hab.

Jacca , œ , Maxxa, Ptol. , v. des Vascones dans f Hisp. Tarracon, auj . Jaca, v. de V Aragon. Jaccetani, PtoL] Lacetani, Plin. 3, 3, liv. 24 , 60 ; Cces. habit. Jaccetania, Strab. 3, pays autour de Jacca.

Laletania, œ, contrée de /'Hisp. Tarracon. Laletanus, a, um. adj. de Lalétanie. Laletania vina, Plin. 44, 6, 8, 6. — Plur. Laletani, orum, m. les Lalétaniens, Plin. 3, 3, 4.

Laminium, Ant. Itin ; Ptol., v. des Carpetani dans THisp. Tarracon. Laminitanus, ad;. Laminitanus ager, Plin. 3, 4. Laminitani, Plin. 3, 3, hab.

Lobetum, A«o6r)T6v, Pto/., v. de THisp. Tarrac. Lobetani, Ptol.j hab.

Lumberi, v. des Vascones^ dans THisp. Tarrac. Lumberitani, PtoL^ Plin. 3, 3, habit.

Lusitani, Tacit. Ann. 3, 46; id. Hist. 1, 13, 7; Cic. Jomand, de Regn. suc. ; AoumiavoC, Diod. Sic, 5, 38, hab. de la Lusitanie. Lusitania, œ, Cœs. B. G, 1, 38 ; Liv. 21, 43 ; 27, 30 ; Mel. 2, 5, 3 sq. ; § 1, 6, 3 ; 6, 2. Lusitanus, a, um, adj.y de Lusitaniv^ Plin. 15, 25, 30; val Max. 9, 1, n* 5. Au plur. subst. Lusitani, orum, m. les Lusitaniens, Cic. Brut. 23 ; liv. 35, 1. Lusitanicus, a, um, adj. = Lusitanus, Net. Tir. p, 143. F. p. 120, note 2, la tradit. rapportée par Pline, qui fait venir le nom de Lusitania de celui de Lusus, (ils de Pan. Cette fable prouverait du moins que Lus ou Lusi appartient au radical, et que tania est une terminaison étrangère.

Mavitania, Plin. 3, 3, contrée dans THisp. Tarrac, plus tard Murcia.

Uretum Germanorum, 'ûpr^iov rgpjxavCw, Ptol., v. de THisp. Tarrac. C'est probablement la même que Strab. nomme 'Upb et Steph. Mis. 'ûpta{a. Oretani, ûprjxavoi, Oritani, Liv. 21 , 11, 35, 7; Strab. 3; Plin. 3, ^\Polib. 10, 38 ; 11, 20, habit.

Ossigi Laconicum, v. de THispania Bœtica, dans le pays des Turduli. Ossigitania, Plin. 3, 3, territ. d'Ossigi.

Sœtabis, SaftaSiç, Ptol. ; Selabis, zhaSiç, Strah. 3 ; SU. liai. 3, 16, V. de THisp. Tarrac, dans le pays des Gontestaui. Saetabitani, Plin. 3, 3; 18, habit.

Suessetanus, a, um, relatif aux Suessetani. Suessetanus ager, Liv. 28, 24. Au plur. Suessetani, orum. Liv. 25, 34 ; 34, 20, peuple de THisp. Citerior.

Toletum, Liv. 35, 7, 22 ; 39, 30 ; Itin. Ant. 438, 446, V. des Carpetani dans THisp. Tarrac, auj. Tolède. Toletanus, a, um, de Tolède. Toletanus culter, Grat. Cyneg. 34.

Subst. Toletani, orum, Lw. 35, 32 ; Plin. 3, 3, habit, de Tolède.

Turdetani, orum, ToupSijxavùl, Polyb. 34, 9 ; Strab. 3 ; liv. 21 , 6 ; 24, 42; Turduli, Mêla 3, 4 ; Plin. 3, 1 ; 4, 20 ; 7, 16 ; peuple de /'Hisp. Bseticae. Turdetania, pays des Turdétans. Si, comme je Vai marqué plu3 haut (p. 209, notei), fes Turduli sont les mêmes que les Turdetani, Turd appartiendrait seul au radicaL

Cette liste, que je me suis efforcé de donner complète, peut se décomposer comme suit. Dans un premier groupe, on rangera les noms de pays et de peuple, sur Tétymologie desquels nous sommes sans renseignements : Deitania, Laietania, Mavitaniay Characitani ^ Cosetani, Suessetani, ei même Lusitani, si Ton ne veut pas tenir compte de robservation que j'ai faite à propos du nom de ce dernier peuple. On pourra reléguer dans le second groupe les noms dont le radical finit en ta^ et qui forment leurs adjectifs en nus, a, um: Cœsaraugusta, Edeta, Icaedita. Le troisième comprendra les noms en tum, dont les adjectifs se forment, suivant une habitude latine dont je parlerai tout-à-Ubeure, en faisant suivre le t de la terminaison anu.9, a, um : Lobetum, Toletum. Je range dans le dernier groupe tous les autres noms de lieu : Acd^ Arandi. Ausay Basil, Belio, Biscargis, Calagorina, Carpesii, Curetés, Damia, Godes, Jacca, Sœtabis, auxquels on pourrait ajouter les Turdetani. Il est ici évident que tanus, a, um, n'appartient pas au substantif, et ne se rencontre que dans les adjectifs.

Ainsi, nous sommes sans renseignements sur Télymologie des noms de lieu du premier groupe, et il est démontré, pour ceux des trois autres, que tania, et tanus , a , umne font pas partie du radical. L'hypothèse de M. Renan ne se trouve donc corroborée par aucun fait, et elle est au contraire infirmée par l'analyse attentive de la plupart des exemples fournis par

cette portion de Tanciennc toponymie espagnole que Tautcur de VHistoire des langues sémitiques semble invoquer. Il s'agit maintenant de rechercher à quelle langue appartient celte terminaison tanuSy a, tim, qui caractérise, dans la géographie ancienne de l'Afrique septentrionale, de TEspagne et de plu* sieurs autres pays, les dérivés d'un assez bon nombre de noms (le lieu. Voici le résumé de ce que je trouve là-dessus dans un travail de Priscien (1), de Césarée, grammairien qui vivait,dit-on, au commencement du iv® siècle.

NuSy en latin, est une terminative qui comporte des formes et des significations diverses. Elle s'emploie souvent dans le sens possessif : Pompeianus, CcBsarianusl Cette désinence est tantôt précédée d'à long {Romanus , Hispanus) , tantôt d'i long {Perusinus, Rheginus). Il y a des cas où cet } est bref (oleaginuSf faginus). Nus a la signification possessive dans CcBsarianus miles , Pompeiana domus^ TuUianum mancipium. Cette désinence caractérise la possession et la patrie dans Romanus ^ Campanus, Hispanus^ etc. Les noms terminés en œ ou en a, forment leurs dérivés en ttô, a, «m précédés de a {Acerrœ, Acerranus; Thebœ^ Thebanus, etc.) Priscien nous montre aussi a devant nus dans certains mots dérivés de noms en ittô, eus, culuSy et en um (Virgilius, Virgilior nttô; Titius^ TitiantÂS\ i'usticuSy rusticanus-^publicus, publicanus\ TusculuSj Tusculanus'^ oppidum ^ oppidanus; Spokiumy Spok" tanus; Beneventumy Beneventanus ^ etc.). Cet a se remarque aussi dans bon nombre de dérivés des noms de la troisième déclinaison {Cmsar^ Cœsarianus\ fons, fontanus^ monSy montanus, etc.). Priscien a négligé d'ajouter quQ beaucoup de noms de lieu en i eienis forment leurs adjectifs en tanus {ffeapolis, Neapolitanus; Calagorris, Calagomtanus, etc. (2).

{i} Pbiscian., De octo partibus sermoni.% 1. II.

(2) Il aurait dû signaler aussi, ce me semble, Palerma (Sicile), qui donne Palermitanus ; Abdera (Thrace), Àbderitanus, etc., etc.

11 résulte, je crois, de lensemble de ces recherches que la toponymie ancienne de TAfrique septentrionale ne fournit pas de noms de peuple en tani^ et de noms de lieu en tania^ où ces syllabes appartiennent réellement au radical. Même conclusion pour l'Espagne, sauf pour un petit nombre de mots dont il n'y a rien à conclure, puisque nous sommes sans renseignemenls sur leurs véritables radicaux. Les terminaisons lanus^ a, um el (anta, nont donc pas une origine berbère, et elles ont été ajoutées par les auteurs latins. Quant à la note reproduite au n^ 1 de la p. 65 de ce livre, et dans laquelle M. Renan renvoie, par rapporta tanij à la Numismatique ibérienne de M. Boudard, c'est avec ce dernier savant que j'aurai plus tard à discuter ce suffixe.

Le lecteur me pardonnera de m'ètre aussi longtemps arrêté sur l'hypothèse de M. Renan. J'ai eu l'occasion de constater que le peu qu'il a écrit là-dessus, avait fait fortune auprès de beaucoup de gens qui tiennent pour l'origine africaine des Basques, et voilà pourquoi j'ai cru devoir tant insister pour démontrer que cette supposition n'était pas confirmée par les faits.

Le défaut de parenté entre le basque et les langues berbères résulte d'ailleurs de la comparaison de ces idiomes. Le lecteur pourra facilement en juger par lui-même, après avoir pris connaissance de l'esquisse que je vais consacrer à la morphologie du kabyle et du tamachek'. Ces deux idiomes, étudiés de fort près par M. Hanoteau, sont considérés, à bon droit, comme les représentants les moins altérés des langues berbères.

Nom. Les noms, en kabyle comme en tamachek', ont deux genres, le masculin et le fémmin ; deux nombres, le singulier et le pluriel. Cette règle ne comporte qu'un nombre restreint d'exceptions. En kabyle, presque tous les noms masculins singuliers commencent par les voyelles a, e, t, oa, et il on est

(ie même en tamachek'. Le féminin singulier s'obtient, pour le premier idiome, en mettant un th devant le nom masculin et un autre à la fin. Quelquefois ce ih final se métamorphose en is. En tamachek*, la même fonction est remplie par un t initial et final.

Il existe, chez les Kabyles, deux grandes classes de pluriels, dont Tune est caractérisée parn ajouté à la fin du nom singulier, et l'autre par le son a placé , soit avant la dernière articulation , soit en remplacement du son • voyelle final du singulier. La même règle s'applique à la langue tamachek'. Voilà pour les pluriels masculins. Quantaux pluriels féminins, ils sont formés généralement, en kabyle, en plaçant th devant le pluriel masculin, et en changeant en tn, la terminaison n ou m quand elle s'y trouve. Dans l'idiome tamachek', le th initial est remplacé par un (; mais la règle est la même par rapport au changement de la finale in en n ou en en.

Dans les deux langues, les substantifs des deux genres et des deux nombres restent invariables, et leurs rapports, soit avec d'autres substantifs, soit avec des verbes, sont indiqués par ce que M. Hanoteau appelle des prépositions, et qu'on devrait, à mon avis, nommer des préfixes.

VfiRBE. Les verbes kabyle et tamachek' n'admettent que la voix active. Le sens passif s'exprime, comme on le fait souvent en arabe, au moyen de certaines formes dérivées du verbe, et même assez souvent par l'actif. Ils ont deux nombres, le singulier et le pluriel; deux genres, le masculin et le féminin, et trois personnes au singulier et au pluriel.

Les deux langues n'ont qu'une conjugaison. Elle n'admet qu'un mode, auquel M. Hanoteau a cru devoir, pour fixer les idées, donner le nom (ïaoriste. Ce mode exprime généralement l'idée du passé, souvent celle du présent, et quelquefois celle du futur.

En kabyle comme en tamachek', la conjugaison a pour base

un radical qui sert en même temps d impératif à la seconde personne du singulier. Le Jkabyle indique par l'addition de th et de mth, le pluriel masculin et féminin de cette deuxième personne de l'impératif.

2^ pers. singulier ar^, prends (radical).

2^ pers. pluriel masculin ai^' elh, prenez.

2® pers. pluriel féminin ar' emthy prenez (féminin).

Dans Tidiome tamacliek\ ( eimt remplissent la même fonction que th et mth en kabyle.

La conjugaison est très-simple dans les deux langues. Il suffit, pour la comprendre , de jeter les yeux sur le tableau suivant, où le radical est remplacé par un trait ( — ), et l'on saura comment se C/Onjuguent tous les verbes où Teuphonie n'a pas introduit des modifications spéciales qu'il est impossible de signaler ici.

Conjug^aison Kabyle.

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