SINGULIER
2^ pers.
3^ pers., masculin.
th — dh.
3® pers., féminin.
th —
i'« personne.
2* pers., masculin.
th — w.
2° pers., féminin.
th — mth.
3® pers., masculin.
3® pars., féminin.
— nt.
En remplaçant , dans ce tableau, th par t et dh par d, aura le paradigme de la conjugaison tamachek'.
on
Quand le verbe kabyle n'est pas négatif, le futur s'indi(|ur en faisant précéder le radical de la particule ad' que Teuphonie change parfois en th ou an.
En tamachek', l'imparfait et le plus-que-parfait sont caractérisés par la particule kelad^ placée avant le oiode unique du verbe. Le futur, quan;! ce verbe n'est pas négatif, est indiqué par aij placé dans la ménie position.
Dans les deux langues , l'idée verbale se modifie au moyen de certaines particules. Toutes deux emploient le préfixe s pour exprimer l'idée transitive. Deux autres préfixes kabyles m et tsou, représentés en tamachek' par m, tou, et nm, caractérisent la réciprocité ou la passivité. Ce dernier idiome indique la transition (devenir) par le suffixe t, et l'habitude , fréquence , persévérance, par un préfixe représenté par la même lettre. Celte dernière idée est exprimée en kabyle de six manières différentes: 1® te, l/i (préfixes), (quelquefois passivité pour Is) ; 2^ redoublement de la 2*^ articulation ; 3® introduction de la i^ articulation (1) ; 4*^ introduction des sons ou, i, avant la dernière articulation (2); 5° addition à la fin du radical du son a (3); ^^ addition au radical des sons ou et i (4).
J'en ai dit assez sur la morphologie du kabyle et du tamachek', et l'on peut juger, d'après cet exposé rapide, des procédés employés par les peuples de langue berbère, pour exprimer les idées de rapport. Dans la majorité des cas, ces idées sont représentées par des préfixes ; mais il n'est pas rare cependant de les voir indiquées par des suffixes, des redoublements d'articulations, et des particules intercalées dans le
(0 Généralement aux verbes de la forme transitive prenant les préfixes 5, m et tsou.
(2) Applicable aux verbes de la forme transitive.
(S) Applicable aux verbes de la forme iûtransitive, et des formes passives caractérisées par les préfixes tsou et ts.
(4) Généralement applicable aux verbes de la forme transitive caractérisée par le préfixe «.
corps du mot, à une place fixe et délerminée. Les Basques, au contraire, expriment par le seul secours des suffixes, généralement toutes les modifications dont le radical peut se trouver affecté, et ces différences fondamentales dans la morphologie des deux langues excluent la possibilité de rattacher directement Teskuara aux idiomes berbers. La vérité de cette assertion se trouve d'ailleurs confirmée, comme on va le voir, par la comparaison des systèmes de numération primitive usités de part et d'autre.
Je n'ai pas à revenir sur le procédé de numération basque (V. p. 96).
Les Kabyles ont renoncé à leur ancien système, pour emprunter celui des Arabes, qui est décimal, mais ils ont retenu les noms des deux premiers nombres, itown, un (masculin), iiouth^ une (féminin), 5tn, deux (masculin), senath^ deux (féminin) (1). Quant aux Imouchar', voici comment ils désignent les neuf premières unités (2).
j m iien.
< f.. . . . . . iieL
( f senatet.
j m keradh,
I f keradhet.
(m okhoz.
I f okkozet,
„ j m semmous.
\ f semmouzet.
J m sedis.
\ î sedisci,
j m essaa,
f f essahat.
(4) Hanotbâu, Grammaire kabyle, p. 246.
(î) Hakotbau, Grammaire tamachek\ p. 427 et suiv.
m Pttam.
f. eUamet,
m tezzaa,
f tezxahai,
m meraou.
f meraouÂ,
Voyons maintenant comment ce peuple forme les noms dr nombre supérieurs à dix :
m meraou d iien.
f meraou d iiet.
m meraou de sin,
f ...... , . meraou de seruUel.
m meraou d keradh.
f meraou de keradkel.
m meraou d okkox.
f . . . ^ . . . meraout d okkozet.
m senatet temerouin,
f. senatet temerouin.
m setiatet temerouin d tien,
f senatet temerouin, d iiet.
m senatet temerouin, d esin.
f senatet temerouin de senatet.
m. f keradhei temerouin,
m. f. . . . . okkozet temerouin,
m. f semousset temerouin.
m. f. . . . . sediset temerouin.
m. f essahat temerouin.
m. f. . . . . eUamet temerouin.
m. f. . . . . tezzahat temerouin.
m. f timidhi.
m. f.'. . . . senatet temadh.
m. f agim.
m. f sin igéman.
m. f efedh.
m. f sin efedhan.
On voit , par ce double tableau, que le système de numération des Imouchar'ne renfermej en réalilé, qu'un fort petit norobre de mots, neuf pour les unités simples, et quatre pour les noms de dizaine, ceniainey mille et centaine de mille. Il est aussi facile de remarquer que ce peuple, en empruntant aux Arabes son système décimal , leur a pris aussi les noms des nombres de 5 à 9, en changeant pour 5 le kh en s.
Les renseignements fournis par les grammaires de H. Ha« noleau sur le système de numération des Kabyles et des Imouchar , ont été complétés par lui dans une lettre manuscrite à M. Reinaud, qui a mis aussi à pro6t, dans sa Notice sur le systèîne primitif de la numération chez les peuples de la race berbère, les recherches faites sûr le même sujet par M. Letourneux, parmi les populations des oasis du Souf et de rOued-ghir. M. Reinaud démontre, dans ce travail, que le système de numération des Imouchar' est resté quinaire pour les unités simples, de même que pour celles qui se combinent avec les dizaines. Les Yolofs, dit-il , ont un système analogue, de même que les autres nations du Sénégal. Il nous apprend aussi que le 5, fous, signifie, dans le dialecte du Souf, la main , de même que chez les Anémelides (Tmoualden), qui forment la tribu la plus avancée dans le Soudan , et qui cependant ont suivi le même système de la plupart de leurs congénères, c'est-à-dire a adopté semous pour 5, et pour le reste le système décimal. Le système quinaire existe également chez les Beni-Mozab, et M. Hanoteau a cru aussi en retrouver des traces chez d'autres tribus de race berbère (i ).
(1) Le travail de M. Reinaud a été examiné par un savant des plus compétents, M. Pruner-Bey, dans le t. II du Bullet, de la Soc. danthropologiey p. 457 et s., Sur les systèmes primitifs de numération. D'après M. Pniner- Bey, le système quinaire est le plus répandu, notamment en Afrique, chez les nègres océaniens, et en Amérique, D'après lui, rien n'empêcherait d'adopter, pour les peuples bcrbers, un système à la fois quinaire et décimai dès l'origine.
Le système de numération des peuples berbers est donc quinaire, comme celui des Basques est décimo-vigésimal, et cette considération , ajoutée à celles que j'ai déjà tirées de la diflerence morphologique des deux langues, prouve surabondamment qu'il est impossible de relier leskuara aux idiomes berbers.
Le basque ne saurait être rattaché non plus aux langues de l'Afrique moyenne, et j'ai déjà cité plus haut (\. p. 62-63) un passage de M. d'Abbadie, qui prouve à suffisance le peu de fondement des prétendus rapports du Yolofe et de l'eskuara. Je sais très-bien que Gallatin (1) parle de certaines analogies entre le basque et les langues du Congo, et qu'un très-petit nombre de philologues, encore moins compétents que le précédent, ont aussi essayé, sans succès, de rapprocher leskuara de quelques autres idiomes de l'Afrique centrale. Ces rapprochements forcés ne sauraient soutenir un instant le contrôle de la phonologie et de la grammaire comparée. On ne retrouve pas, en eflet, dans le basque, cette prononciation presque rythmique, celte rareté ou absence de doubles lettres, ces prononciations bizarres, ces consonnes composées, parmi ! lesquelles mp et nib sont d'un emploi très -fréquent. On n'y ; retrouve pas non plus ces particules modificalivcs ajoutées, comme préfixes, au radical , et donnant à leur tour naissance à de véritables racines d'où dérivent de nouveaux mots. Les philologues dont je parle ont eu le tort de se laisser illusionner
(0 Gallatin, Smithsonian œntributions to Knowledge, vol. VIII. City of Washington, 4 856, in-folio, p. 54. — M. Schleicher {Revue des Cours littéraires, 8« année, p. 801) /ait remarquer avec raison que « les langues dasudde l'Afrique, le copte, le thibétain, le basque ont à leur disposition le double mode de réunion de la première classe (isolante), et de , U seconde classe (agglutinante.. » Mais il ne faut pas se méprendre sur le \ ^ns de ce passage, dont Fauteur se borne à signaler, non pas une corn- ! iimnaulé d'origine entre les divers idiomes qu'il énumère, mais seulement I 'les similitudes dans le degré et la forme du développement.
surtout parle rapprochement bàtif et superficiel de la conjugaison basque, et de celle des langues de l'Afrique moyenne, dont beaucoup sont aussi riches en voix que les idiomes de la famille sémitique, avec lesquels je vais maintenant comparer TEskuara.
J'ai déjà dit (p. 65) que Topinion de La Bastide et deTabbé d'Iharce de Bidassouet, qui rattachent le basque aux idiomes sémitiques , ne repose que sur les plus étranges rapprochements de glossaires. J'ai dit aussi (p. 65) que M. EichholT afBrme, sans le prouver, que les Basques sont venus delà région des langues chaldéennes. La témérité ou la gratuité de ces assertions me dispenserait assurément de les discuter, si je n en pouvais faire prompte justice. Mais tout le monde sait que les similitudes, même les plus évidentes, des glossaires, ne sont point des arguments légitimes en faveur de la parenlé des idiomes. <( Il y a, dit M. Max Mûller, à peine de langue qui ne puisse, en un sens, être appelée mixte : aucune nation ou tribu n'a jamais été si complètement isolée, qu elle n'ait laissé s'introduire chez elle un certain nombre de mots étrangers. Dans plusieurs cas, ces mots ont changé tout l'aspect primitif de la langue et l'ont emporté, même en nombre, sur l'élément indigène: ainsi, le turc est un dialecte touranien, et la grammaire en est purement tartare ou touranienne. Or la langue turque, telle que les hautes classesi la parlent aujourd'hui à Constantin nople, et telle surtout qu'elles l'écrivent, contient un si grand nombre de mots persans et arabes, qu'un paysan de l'Anatolie ne comprendra pour ainsi dire rien à cette langue qui est censée la sienne (1). » De même, dans le Nouveau-Monde, les Araucaniens ont adopté, en très-grande partie, le vocabulaire espa-
•1) Max Mûller, Science du langage (trad. fr.), p- 79.
gnol , tout en retenant la morphologie des idiomes de FAmérique du sud.
Ainsi, quand bien même les rapprochements de glossaires faits par La Bastide et Tabbé d'Iharce seraient aussi sages et aussi exacts qu'ils sont extravagants , l'argumentation de ces deux auteurs serait absolument inacceptable. La parenté des langues se prouve par les analogies ou similitudes des radicaux et des gammaires. Or les idiomes sémitiques sont caractérisés par des racines Irilitères (v. p. 307-8), composées Tatalement de consonnes, qui n'arrivent à être prononcées que grâce à des voyelles, dont l'adjonction ne peut avoir lieu sans exprimer des idées de rapports (1). Au contraire, le basque
(4) L'emploi des infixés a lieu aussi dans les langues caucasiennes. — J'ai expliqué et réfuté (p. 67-60) les opinions purement historiques qui tendent à rattacher les Ibères espagnols à ceux du Caucase; et je suis revenu longuement, dans le chapitre III de la première partie de ce livre, sur les causes et les conséquences de cette antique et déplorable confusion. Je crois devoir ajouter ici, ad abundantiam juris, qu'il n'est pas possible à ceux qui considèrent le basque actuel comme Tantique idiome de l'Espagne, de le rattacher légitimement aux langues actuelles du Caucase. L'illustre M. Franz Bopp {Die Kaukasischen Glieder des itido-europaischen Sprachtsammes, Berlin, 4847] a tenté de rattacher ces langues à la famille indo-européenne; mais les ressemblances qu'il signale sont trop peu nombreuses, et surtout trop peu probantes pour entraîner la conviction de ses lecteurs. M. Rosen jeune (fiber die Sprache der Lazen in Abhandlungen d. Berliner Académie, 4843; Ûber das Mingreîische SfMnische Abchasische , 4846), et après lui M. Schleicher, considèrent ces idiomes comme indépendants de la famille aryenne et du groupe touranien. Parmi ces langues, le géorgien est celle qui offre le plus grand développement grammatical. Néanmoins, il demeure dans les limites de la classe agglutinante. La conjugaison caucasienne transforme non-seule(nent la voyelle finale de la racine, mais aussi quelquefois sa voyelle interne. Ainsi en Laziquë, le signe de la première personne, qui est un simple 6, m, est non-seulement préfixé : chaschk, labourer la terre par une bêche, et bschask-are, je laboure la terre par une bôche ; mais aussi ce 6 se trouve parfois interposé el combiné avec n : gietsch, battre ; giebUch-are, je bats ; konz, ouvrir ; komz-QTe, j'ouvre. En langue Suane, les radicaux des verbes ont souvent une voyelle peu sûre : le radical dj-m, saler, infinitif li-djm-^y présent oth'djm-néy parfait ot-jom. De même phschth, faire des éloges, infinitif /tphuifchthy parfait ot-^haschthy présent chwa-phschh-i. Cette insertion d'une
actuel nous apparaît comme une langue qui s'est élevée da monosyllabismeà la flexion, et qui fait usage, pour Vexpression des rapports, de particules postposées au radical.
Ces simples observations suffisent à établir qu'il n'existe pas de lien de parenté entre les idiomes sémitiques et le basque. Je vais maintenant démontrer qu'il en est de même entre cettelangue et celles qui forment la famille aryenne.
Cette famille comprend les classes suivantes: indienne,
voyelle n'est cependant pas bien fixée, et M. Schleicher y voit, à tort ou à raison, un simple jeu phonétique, et non une flexion ou changement phonétique du radical ayant pour but de signaler une relation détermioéc. L'usage des infixés pour la conjugaison se retrouve aussi dans d'autres langues caucasiennes, et particulièrement en Abkhase. Toutes ces langues diffèrent beaucoup entre elles, sous le rapport matériel, mais elles ont une incontestivble analogie phonétique et formelle. Tout leur système phonétique est représenté, ou peu s'en faut, par ralphal)et géorgien. On y fait usage d'une espèce particulière de consonnes désignées généralement par les grammairiens sous le nom latin de tenues. Toutes les langues caucasique>, et particulièrement le Tcherkesse et TAbkhase, fourmillent de consonnes qui leur donnent une extrême âpreté. Une seule consonne peut constituer h radical. Ainsi, en lazien, g' signifie placer debout, et son présent est b-g'-are. De même, en souanien, r représente le radical écrire. L'abkhasique n'a ni flexion des substantifs, ni marque du pluriel, et il oc<:upe la position la plus inférieure dans les langues caucasiques, tandis (jue le géorgien se trouve à la plus élevée. Dans l'intenallo, il faut place»" la souanique, qui possède des cas de déclinaison dont il fait rarement usage, et le lazien et le mingrélien, un peu plus développés que Tidiome précédent, mais où la déclinaison de l'adjectif n'existe pas. La langue des Tcherkesses et des Abkhasiens diffère assez das autres idiomes caucasiques. J'ai dit qu'il n'y a pas de déclinaison en abkhase ; les marques personnelles sont identiques au pronom possessif. On les place, comme préfixes devant, et plus souvent comme infixée dans le verbe : je monte à cheval {sa-ra, je ; Ts préfixe indique le verbe), s-Utchwischî-oit; jeter, trsc^,- nous jetons i-ha-rsch'Oit ; le mot hara signifie « nous. » Ces mêmes préfixes et infixes peuvent, dans tous ces idiomes, être employés en relation objective d'après
le système d'incorporation : s-i-n-tliap tu me donnes, et i-u-s-thap je te donne. Ainsi i-thap est le radical de « donner, » s indique la première personne et u la seconde. — Ces renseignements, empruntés en très-grande partie au livre de Schleicher sur les langues de l'Europe moderne, suffisent amplement à mettre en évidence ïes différences fondamentales qui existent entre la morphologie de l'idiome euskarien et celle des langues caucasiques.
iraoieDne, celliqae, italique, illyrienne, hellénique, vindique ei leutonique. Le basque, on le sait, a été rattaché à deux: au sanscrit (classe indienne)par Augustin Chaho, et au celtique par DomBullet, Latour d'Auvergne, Humboldl, Edwards, etc. (v. p. 69-76). Celte parenté affirmée ne repose que sur de prétendues analogies de glossaires dont le lecteur sait qu'il ne faut pas argumenter. Il sait aussi que la plupart des rapprochements établis par Chaho entre un certain nombre de mots basques et leurs correspondants en sanscrit, n'ont pas même le mérite de l'exactitude et de la bonne foi. MM. Bopp et Max Mûller ont prouvé, par des inductions inattaquables, qu'avant de se briser en classes distinctes, la langue des anciens Aryas s'était déjà élevée jusqu'à la flexion. Les Basques, au contraire, n'ont pas encore dépassé le procédé agglutinatif. Il n'y a donc aucun rapprochement légitime à établir entre cet idiome et ceux qui constituent les diverses classes de la famille aryenne. Je sais bien que le basque possède en commun , avec plusieurs de ces derniers, un certain nombre de termes caractéristiques d'une civilisation peu avancée, et dont plusieurs paraissent bien être des radicaux. Le lecteur peut revoir le catalogue dressé par M. de Charencey, avec mes observations critiques, ainsi que les mots ajoutés par moi , et dont j'aurais pu facilement grossir la liste (v. p. 73-76). Mais cette possession commune d'une série de termes n'est certes pas impossible à expliquer. Il se peut fort bien, quoique la chose soit loin d'être prouvée, que les ancêtres des Basques se soient détachés, pendant la période d'agglutination, d'une souche de langues dont un rameau se serait ensuite élevé jusqu'à la flexion, et aurait produit les idiomes aryens. Cette hypothèse, que je donne pour ce qu'elle vaut, expliquerait la possession commune de quelques radicaux, et témoignerait tout au plus en faveur d'une parenté philologique fort éloignée. On sait que plusieurs savants rallochent les Basques aux peuples de langue touranienne,
dont les rapports prolongés avec certaines tribus aryennes ne sauraient èlre contestés, u Sur les rivages de la mer Caspienne, dit M. Max Muller, et dans la région baignée par l'Oxus et riaxarte , des peuplades aryennes et non aryennes vécurent côte à côte pendant des siècles. Quoique les Aryens et les Touraniens fussent ennemis et constamment en guerre les ans avec les autres, ainsi que nous l'apprend le grand poème épique persan le Shà-Nàmeh, il ne s'ensuit pas que toutes les hordes nomades qui infestaient les établissements des Aryens aient été tariares de sang et de langage. Dans les épopées indiennes de Tépoque moderne , Tourvasa et ses descendants qui représentent les Touraniens, sont maudits et privés de leur héritage dans Tlnde ; mais, dans les Yédas, Tourvasa est un adorateur des dieux aryens. Même dans le Shà-Nàmeh, des héros persans passent aux Touraniens et les conduisent contre Iran, à peu près comme Coriolan marcha contre Rome avec les Samnites. Ceci nous explique pourquoi un si grand nombre des noms touraniens ou scythes mentionnés par les auteurs grecs, portent l'empreinte de leur origine aryenne. Aspa était le persan pour cheval , et il n'est guère possible de ne pas reconnaître ce mot dans les noms scythes Aspabota, Aspakara, Asparatha (1). Le nom même des monts Aspasiens, placés par Ptolémée en Scythie, nous rapporte à la même étymologie. Le moi Arya n'est pas inconnu au-delà de TOxus, où nous trouvons un peuple appelé les Ariacœ (2), et un autre appelé les Anta^ mm(3). Au temps de Darius, il y avait un roi des Scythes nommé Ariantes. Un contemporain de Xerxès est connu sous le nom à!Aripithes (le sanscrit aryapaii; le zend cÀryapaiiij ;
(4) BuRNOUF, Yaçnay Notes, p. 406.
(«) Ptol., VI, 2, et VI, U. Il y a les 'Avapiixai sar les frontières de VHyrcanie. Strab. XI, 7; Plin., VI, 49.
(3) Sur les Arisàspi, et les Aramcei, cf. Burnouf, Notes, p. 4 03; Plix., VI, 9.
el Spargapithes ne semble pas sans rapports avec le sanscrit smrgapati^ naaitre du ciel (1). »
La portée de ce passage n'échappe certainement pas au lecteur; et si, comme le pensent certains philologues , les Basques sont des Touraniens, rien n'empêche de supposer que ce peuple se rattacherait précisément aux tribus qui se sont trouvées, vis-à-vis de certaines populations aryennes, dans la situation dont parle M. Max Millier.
Il est à remarquer aussi, que tous les auteurs classiques nous montrent les anciens Vascons cernés, du côté de TEspagne, par des populations celtiques, et séparés , par la chaîne des Pyrénées, des tribus de l'Aquitaine. On sait que ces tribus étaient toutes plus ou moins imprégnées d'éléments celtiques. Or , il est impossible qu'un fait aussi considérable et aussi persistant, n'ait pas eu pour résultat l'infiltration, dans le glossaire des Basques, d'un nombre plus ou moins grand de mots celtes.
Tels sont les événements possibles ou certains, qui permettent, à mon avis, de constater, sans trop de surprise, dans le glossaire euskarien, la présence d'un certain nombre de termes généralement acceptés comme des radicaux , et dont on a pu apprécier les similitudes ou analogies avec des mots d'origine aryenne. Ces rapprochements , dont je ne nie pas d'ailleurs Imlérêt, ne doivent pas nous empêcher de reconnaître qu'il n'existe , entre les Basques et les peuples indo-européens , aucun rapport vraiment appréciable de parenté philologique.
Passons maintenant à l'étude comparative de l'eskuara et des idiomes touraniens.
(1) Max MûLLER, Science du langage, p. 261-62; Id.y Letter on ihe Turanian languages, passim. M. Boller, de Vienne, qui a publié une analyse très- complète des langues touraniennes dans les Mémoires de VAca-demie île Vienne, a essayé depuis de montrer le caractère touranieu du japonais.
Le lecteur n'a pas oublié que j*ai reproduit ou résumé plus haut (V. p. 77-97), la portion des ouvrages de MM. d*Abbadie, Bergmann , le prince Louis-Lucien Bonaparte et H. de Charencey, signalant certains rapports entre ces langues et le basque.
Les idiomes touraniens, caractérisés par l'agglutination, ont été étudiés de fort près par des philologues, tels que MM. Castrén, Gablenlz, Friis, Hunfalvy, Lônrot, Reguly, Boller, Max Mtiller, Rœhrig, etc. Le domaine de ces langues, est immense, et il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur leur tableau généalogique dressé par M. Max Muller aux pages 431 et 432 de sa Science du langage. Parmi les savants dont j*ai reproduit ou résumé les travaux relatifs ^\x sujet qui m'occupe en ce moment, je dois d'abord mettre hors du débat, pour deux raisons bien différentes, MM. d'Abbadie et Bergmann. M. d'Abbadie relève, entre le basque d'une part, et le hongrois et le géorgien de l'autre, un certain nombre d'analogies grammaticales; mais il ne conclut pas à la parenté de ces idiomes. Quant à M. Bergmann, son opinion est formulée d'une manière à la fois trop vague et trop brève, pour permettre à la critique de se déployer utilement. Je n'ai donc à discuter que les travaux du prince Louis-Lucien Bonaparte et de M. de Charencey.
La première raison donnée par le prince Bonaparte en faveur de l'identité du basque et des langues finnoises, sera discutée en même temps que les identités ou analogies de certaines désinences casuelles, qui existeraient, d'après M. de Charencey, entre l'eskuara et les idiomes de l'Oural. Le second argument est tiré de l'existence, dans la langue basque, de la déclinaison définie, qui se retrouve aussi dans le morduin ou . mordvine. Mais le morduin est le seul idiome touranien qui jouisse de cet avantage. Est-il prudent d'argumenter de cette unique exception , surtout quand on songe que, tout en se
conforinanl au génie des langues finnoises, le morduin se recommande à Taltention des philologues par une conjugaison dont je dirai quelques mots. H. Pruner-Bey fait d'ailleurs remarquer, avec raison, qu'en morduin rarticte défini suffiie esl placé derrière les désinences, et que le contraire a lieu en basque (1)-
La troisième raison invoquée par le prince Bonaparte résulterait de l'existence en basque, en morduin, en vogoule et en hongrois, d'une conjugaison objective pronominale. Cette assertion me semble trop absolue. Le morduin est, à proprement parler, la seule langue touranienne qui possède la conjugaison transitive simple, c'est-à-dire, qui peut exprimera la fois, dans le verbe, le sujet et le régime direct. Cela produit une quinzaine de formes, dont plusieurs font double emploi. H. Pruner-Bey fait remarquer, à bon droit, que le régime pronominal est ici bien oblitéré, souvent effacé, et qu'il faut le chercher à la loupe. — Le samoyède offre un tel luxe de pronoms personnels, qu'on se demande involontairement si ce ce ne sont pas des restes d'un ancien état incorporatif, et cela d'autant mieux que, dans quelques cas, il distingue sur le substantif, par des désinences particulières, l'animé et l'inanimé, et que le verbe renferme la désignation du pluriel du régime.
(( Quoi qu'il en soit de ces deux langues (le morduin et le samoyède), on pourrait, dans l'état actuel des choses, présumer qu'elles présentent un terme de transition, un état intermédiaire entre la basque et les américaines, d'une part, et les finnoises de l'autre (2). >)
L'oblitération signalée par M. Pruner-Bey dans la conjugai-
(«) Pbu>er-Bey, Sur la langue basque, dans le Bullet. de la Soc. d'antkrop. de 4868, p. 69.
[l) PaimBR-BBY, Sw la langue des Basques, dans le BuUet. de la Soc, d'anthrop. de 4867, p. 69.
son objective pronominale du morduin, devient telle dans le hongrois et le vogoule, qu il ne reste de l'état linguistique antérieur que des vestiges trop peu nombreux pour établir un rapprochement légitime. Le prince Bonaparte est d'ailleurs le premier à faire remarquer que les idiomes finnois n'ont pas, comme le basque, la conjugaison objective pronominale, à régime direct et indirect à la fois, et les traitements masculin, féminin et respectueux.
La quatrième et dernière raison invoquée par le prince Bonaparte, est tirée de l'harmonie des voyelles. Dans les langues finnoises, cette harmonie se manifeste par le dualisme ou affection entre voyelles du même groupe ; dans le basque, au contraire, il se traduit par Yantagonisme, ou sympathie entre voyelles de groupes différents. Le lecteur appréciera, mais il me semble que cet argument milite contre la thèse à l'appui de laquelle il est produit, et que l'usage de procédés si contraires prouverait plutôt contre la parenté philologique que le prince Bonaparte se propose d'établir.
Passons maintenant à lexamen du travail sur La langue basque et les idiomes de Wural de M. de Charencey. Je me suis déjà expliqué (p. 90-97), sur les analogies manifestes que ce philologue relève, en partie, entre certains radicaux basques et touraniens, et sur les rapports qui existent entre les deux systèmes de numération. M. de Charencey ne produit à proprement parler, de son chef, que deux arguments tirés^ l'un de la communauté du procédé d'agglutination , et l'autre de prétendues identités ou analogies entre plusieurs désinences casuelles du basque et de certains idiomes touraniens.
Le premier de ces arguments a déjà été réfuté d'avance par Humboldt (v. p. 403-104), qui dit avec raison que «c de semblables particularités grammaticales servent plutôt... à indiquer le degré de formation des langues que leur parenté avec d'autres. » Celle règle de la philologie, méconnue par
M. de Chnrencey, est aujourd'hui si vulgaire, que je me crois dispensé d'une plus longue insistance.
Voyons maintenant ce qu'il faut penser des prétendues identités ou analogies, entre plusieurs désinences casuelles basques et touraniennes.
Je discuterai tout-à-l'heure la valeur et la légitimité de quelques-lms de ces rapprochements ; mais l'usage d'un tel procédé est condamné, en principe, par les règles les plus générales et les plus vulgaires de la philologie comparée. (( Notre attente serait trompée, dit M. Max Millier, si nous pensions trouver dans cette multitude innombrable de langues (touraniennes), le même' air de famille qui rapproche les langues sémitiques ou aryennes ; mais l'absence de cet air de famille constitue un des caractères des dialectes touraniens (1). Ce sont des langues de nomades^ langues qui , par ce caractère, se distinguent profondément des langues aryennes et sémitiques. Dans les langues de ces deux dernières familles, la plupart des mots et des formes grammaticales ont été produits, une fois pour toutes, par la force créatrice d'une seule génération , et on ne les abandonnait pas légèrement , même quand leur clarté originelle avait été obscurcie par l'altération phonétique. Transmettre une langue de cette manière, n'est possible que chez les peuples dont l'histoire coule comme un grand fleuve, et chez qui la religion , les lois et la poésie, servent de guides au courant du langage. Mais chez les nomades touraniens il ne s'est jamais formé de noyau d'institutions politiques, sociales ou littéraires. Les empires n'étaient pas plutôt fondés, qu'ils étaient dispersés de nouveau comme les nuages de sable du désert : nulles lois , nuls chants , nuls récits ne survivaient à la génération qui les avait vus naître.
« Dans une leçon précédente, en traitant du développement
(1) Max MÛLI.KR, Letter on the Turanian Languagesj p. ti.
(les patois, nous avons vu avec quelle rnpidilc le langage peut saltcrer, quand il est abandonné à lui-même sans être fixé par (les modèles littéraires ou des règles grammaticales. Les substantifs les plus indispensables, tels que père, mère, fille, fils, se sont souvent perdus et ont été remplacés par des synonymes dans les diflérents dialectes touraniens, et les désinences grammaticales n'ont pas eu un sert meilleur.
» Néanmoins plusieurs des noms de nombre, des pronoms ot beaucoup de radicaux de ces langues révèlent Tunité de leur origine; elles racines et les mots appartenant en commun aux membres les plus disséminés de cette famille, nous autorisent à conclure à une parenté «réelle, quoique trës-éloi gnée, entre tou^ les dialectes touraniens (1). »
Il serait difficile de mieux dire en moins de mots, et de signaler avec plus de précision les causes générales de Tintinie diversité et de la transformation, souvent si rapide, des langues touraniennes. Ces idiomes présentent surtout une telle variété de désinences casuelles, que je suis vraiment étonné de voir M. de Charencey relever, entre leur déclinaison et celle des Euskariens, un si petit nombre de prétendues identités ou analogies. On peut prendre n'importe quelle langue agglutinante étrangère au groupe touranien, et où les rapports sont exprimés par des potspositions; je garantis d'avance qu'avec un peu de bonne volonté, on ne manquera pas de récolter, pour le son et pour le sens, dans l'immense variété des idiomes de l'Europe occidentale et de la haute Asie, une moisson de prétendues identités ou analogies entre désinences casuelles, bien supérieure à celle de. M. de Charencey. Cela ne revient-il pas à dire que ces identités et analogies sont purement fortuites, et qu'elles ne méritent aucun crédit scientifique?
Le procédé de M. de Charencey se trouve donc condamné
(1) Max MûLLBR, Scietice du langage, p. 414-46.
parles lois générales du la philologie. Son tableau comparaliT (p. 88) l expose, en ou Ire, à des critiques de détails, sur lesquelles je veux être bref.
Pour rapprocher la flexion en, caractéristique du génitir basque, de n qui marque le même cas en morduin et en tcherémisse, il faudrait expliquer comment Teskuara a gagné Yc ou comment les autres idiomes Vont perdu. Le turc, dit avec raison M. de Charencey, forme son génitif en j/n; mais ce philologue ne démontre pas comment Ve basque représente légiti • mement cet y. — Le datif basque est en i, de même que Tillatif lapon. Mais Tillatif est autre que le datif. J'en dis autant de l'allalif qui est en a chez les Osliaks; et Ya ne saurait être rapproché de t. En Suryène et en Votuèque, Tillatif est en œ et <p. Mais nilatif exprime ici une idée de mouvement qui n'est pas dans le datif basque, dont la lerminative n'a d'ailleurs aucun rapport phonétique avec ces deux désinences.
Je laisse au lecteur la tache facile de compléter ma critique par des observations analogues sur les cas désignés par M. de Charencey sous les noms iYinessif, instrumental, caritif ol 't caritif. Il faut néanmoins convenir que la ressemblance frappante de Taccusalif pluriel, en basque d'une part, et de l'autre en lapon suédois et en magyar, est faite pour donner à réfléchir, ei qu'on ne retrouve ici ni les ressemblances fortuites, ni le caractère conjectural el hasardeux que je regrette d'avoir à signaler dans les autres parties du tableau dressé par M. de Charencey.
Je crois avoir discuté suffisamment, et surtout loyalement, Topinion des savants qui ont cru découvrir plus ou moins d'affinités entre le basque et les idiomes touraniens. Si ma critique est fondée, ces affinités se trouvent déjà notablement réduites, et tout donne à croire que les progrès futurs de la philologie viendront encore en restreindre la valeur et la portée. M. de
Charencey (v. p. 90-91, noie I) a relevé d'ailleurs, cnlre le mécanisme grammatical des idiomes qu'il a comparés, de capitales et nombreuses dissemblances; et celte partie de son travail est assurément la meilleure. J'ajoute que je viens de relire à l'instant les Éclaircissements sur qxielques parlicuh" liiés des langues tatares et finnoises de M. Rœhrig, et que je ne retrouve aucune de ces particularités dans l'idiome cuskarien.
Il importe néanmoins de reconnaître que, malgré ces nombreuses dissemblances, le basque et les idiomes touraniens possèdent en commun un certain nombre de termes caractéristiques d'idées simples et d'un état social rudimentaire. Ces termes paraissent bien être des radicaux. On a pu constater aussi, dans le tableau imprimé à la p. 97, les analogies qui existent entre les noms de nombre <, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10 dans le basque, et dans les langues de la classe finnoise. Enfin il existe, sous le rapport de la conjugaison, des rapports plus ou moins nombreux entre l'eskuara et certains idiomes touraniens, notamment le samoyëde, le mordvineet le hongrois.
J'arrive à la comparaison du basque avec les langues américaines , et je prie le lecteur de vouloir bien revenir sur la partie de ce livre où j'ai fait le dénombrement des auteurs qui ont écrit là-dessus, et où j'ai taché de reproduire les arguments qu'ils ont présentés en faveur de la parenté de l'eskuara et des idiomes du Nouveau-Monde (p. 103-19). Il faut convenir que les langues de l'Amérique, et particulièrement celles de la partie septentrionale, ont été jadis très-imparfaitement étudiées par Mauperluis, JelTerson, Burlon et Reland. Les travaux de Hum-
boldl(l), Pickering(fjcl IJobor (3) laissent aussi beaucou|> à désirer. Le même reproche peut s'étendre aux publications Schoolcrall (4) et Duponceau (5). Ceux qui tiennent à s'édifier sur la valeur des travaux philologiques de ces deux derniers, n'ont qu'à consulter les trente- quatre premières pages des Études philologiques sur quelques langues sauvages dr ^Amérique {6)y parN. 0., ancien missionnaire (Monréal, 1866). Il n'est donc pas étonnant que les ouvrages de philologie corn parée publiés avant ce livre, soient fréquemment entachés d'erreurs grossières, et signalent, sur la foi trompeuse d'études incomplètes, certaines analogies ou similitudes auxquelles il
^T; G. de HuxiOLDT, Jk l'origine des formes grammaticales (trad. Tonnelé), passim ; Recherches sur les habit, prim. de l'Esp., ch. XLVIII, p. U9 et s. Le savant Prussien a combattu à bon droit, dans la Gazette de Berlin^ n'^da 9 mars 48:î5, le travail de M. de Paravkt : ^émotrc sur l'origine japonaisey arabe et basque de la civilisation des peuples du plateau de Bogota, diaprés les travatta- récents de MM. de Humboldt et Sieboldt. Paris, 1835. — H. Mic Culloch a affirmé la parenté du basque et des langues américaines, dans son travail intitulé : Researches on America being an attempt to settle some points relations to the Aborigènes of America. Baltimore, 4847. Humboldt n'accepte pas non plusses raisons.
(9) J. PiCKBRiNG, An essay of uniform orthography for the indian languages of Nothem America. Cambridge, 4820.
(3) LiEBBR, Encyclopedia Americana.
{Vj Henri Rowe Schoolcraft, The Indian in fUs uHgwa^A, 4847 ; Narrative an expédition thrô the upper Mississipi to Itaska lake, the actual, source of this river, embracing an exploratory trip thro, the S^ Croix and Bumwood rivers, in 4832, unther the direction o/'Henrt R. Schoolcraft. New- York, 4834; Notes on the Iroquois. Albany, 4847.
(5) Duponceau, Mémoire sur le système grammatical des langues de quelques nations indiennes de l'Amérique du Nord. Paris, 4838. — L'abl)é Brasseur de Bodrbocrg a publié, il n'y a pas longtemps, une Grammaire Quiche.
(6) Cette critique est excellente pour le fond ; mais quelques pbilologues ont reproché à l'auteur sa franchise un peu rude. Le savant et regrettable abbé Le Hir constate néanmoins, avec raison, qu'elle est toujours exempte «ramertume et de malignité. On ne saurait, en effet, exiger d'un missionoaire canadien les précautions et les euphémismes dont les érudits de l'ancien continent ne se souviennent pas toujours autant qu'il le faudrait.
— aune faut plus se laisser prendre. Dans son mémoire Des affinités de la langue basque avec les idiomes du Nouveau-Monde, M. de Cbarencey ramène à peu près tous les rapprochements, légitimes ou non, signalés par ses devanciers, et il cherche aussi, dans l'ouvrage du missionnaire canadien , de nouveaux éléments de comparaison. La critique que je vais faire du travail de H. de Charencey, réfléchira donc sur tous les travaux antérieurs.
Je crois avoir déjà démontré qu'il n'y a pas lieu de s'arrêter à l'argument tiré du rapprochement des noms de parenté entre l'Algonquin et l'Iroquois d'une part, et l'idiome euskarien de l'autre (note des p. 1H et 11 2;. Il en est de même du rapprochement de quelques termes du glossaire des Basques et de celui des tribus sauvages de TAmérique du Nord (note des p. 1 1 6, 1 1 7 et 1 1 8) (1 ). Restent donc à examiner les arguments
(4) Aux arguments spéciaux déjà fournis, vient s'ajouter la raison générale et décisive tirée du caractère extrêmement synthétique et incorporant des langues américaines. « Ce synthétisme, dit Tabbé Le Hir, produit des mots interminables, qui sont en réalité fort brefs, si Ton tient compte de tout ce qu'ils expriment. Pour étudier ces mots et les analyser, il ne suffit pas de d^ager le thème ou radical des flexions qui le modifient et déterminent son emploi dans la phrase ; il faut analyser le thème lui-même, qui souvent est composé ou dérivé. Soit, par exemple, le mot algonquin anicinabé tt homme. > On peut affirmer tout d'abord que ce mot de cinq syllabes n*est pas une racine. J'avais soupçonné que les trois dernières lettres seules étaient essentielles. Ce soupçon est devenu une certitude, quand j'ai remarqué (p. 34 de l'ouvrage de N. 0.) qu'en effet le mot abé se joint à d'antres adjectifs, et suffit seul à désigner l'homme. A la p. 77, je trouve un autre mot fort complexe, composé et dérivé tout ensemJble. Toapaiakomatizoàjik désigne les catholiques, littéralement « ceux qui font sur eux avec la main le signe de la croix. » En substituant à la dernière syllabe c^ik la syllabe sigokf composée de si négatif, et de gok = djik, on a le nom des protestants. « L'abbé Lb Hir, Des langues américaines, dans les Études religieuses^ historiques et littéraires par des Pères de la Compagnie de Jésus^ u^ de juillet 4 867. Cet examen du travail du missionnaire canadien a paru aussi, mais abrégé, dans la Revue critique d'histoire et de littérature. — On comprend combien le caractère synthétique des langues américaines doit favoriser ce procédé d'incorporation dont j'ai déjà cité des exemples. Un
tirés de l'aggluiinaiion, de Tabsencc de Vf en basque et dans les langues canadiennes, du procédé d'incorporation, des genres rationnel et irrationnel, de la conjugaison des noms, de lanalogie des pronoms personnels, et de divers caractères de la conjugaison.
Agglutination. Ce procédé caractérise à la fois la langue basque et celles de rAmérique. Mais Humboldt, qui Ta remarqué le premier, déclare avec raison que cela sert plutôt à « indiquer le degré de formation des langues que leur parenté avec d'autres. « *
Absence de fv, en basque et dans les langues de TAmérique
grand nombre d'idées devant être accumulées en un seul mot, on prend, à cet effet, les premières syllabes ou les plus sonores d'un certain nombre de termes que Ton réunit, et le nouveau mot se décline et se conjugue. C'est ainsi que, d'après Heckwelder, en Delaware, le mot nadholineen signifie « Tenez et faites-nous traverser la rivière dans un canot », étant composé fîe la première syllabe des mots naten « aller chercher, » de la dernière syllabe amochot « un bateau, » et de la terminaison ineen, impliquant une application personnelle analogue au pronom nous. — Ces exemples de synthétisme et d'incorporation suffisent pour faire comprendre la facilité et la rapidité avec lesquelles se transforment les langues de TAmérique du Nord. « Gabriel Sagard, qui fut envoyé en qualité de missionnaire chez lisHorons, en 4 626, et qui pubUa à Paris, en 1631, son Grard voyage du pays des EuronSy affirme que parmi les tribus de l'Amérique du Nord ^'est à peine si l'on peut trouver deux villages parlant la même langue, et qoe dans le même viHage il n'y a pas deux familles dont la langue ne <lif!èrê plus ou moins. Il ajoute (ce qui est important à remarquer), que !ear langue change sans cesse, au point que leur langue actuelle ne ressemble
plus à celle des anciens* Hurons Dans TAmérique centrale, certains
missionnaires cherchèrent à mettre par écrit le langage des tribus sauvages et eofflposèrent avec grand soin un dictionnaire de tous les mots qu'ils pondaient saisir. Revenant dans la même tribu après un laps de temps seulement de dix ans, ils trouvèrent que ce vocabulaire avait vieilli et était 'ievenu inutile. » Max Mûller, Science du langage, p. 56-57. — Ainsi la «comparaison des glossaires rencontre ici d'immenses difficultés. Nous savons il ailleurs que ce n'est pas là un moyen légitime de vérifier la parenté des idiomes. Quant au rapprochement des radicaux, il rencontre presque toujours, eomine Ta fort bien démontré l'abbé Le Hir, des obstacles encore pins formidables.
du Nord. Cette particularité a été également indiquée par Humboldt. — La phonologie des langues' de l'Âniérique est encore très -mal connue, et l'abbé Le Hir regrette avec raison que le missionnaire canadien N. 0. n'ait pas insisté davantage sur un sujet si intéressant. Le philologue américain nous apprend néanmoins qu' « il Tant dix-huit de nos caractères pour peindre tous les sons algonquins, savoir: abcdeghijkmnop s T 8 (i ) z. Douze suffisent pour représenter ceux de la langue iroquoise; les voici :aefhiknohst8 (2). » L/existe donc en canadien, mais il ne parait qu'une fois dans tout le volume du missionnaire, et doit être fort rare. Sa présence suffit néanmoins à ruiner l'argument phonologique. D'ailleurs le gascon proscrit Vf et la remplace par l'A {hoec, feu , hroiitido, fronde, etc.), et les exemples d'un procédé identique sont trèscommuns en espagnol (hacer^ faire, hierro, fer, etc.). Ce phénomène phonétique dépasse donc les limites du domaine de la langue basque ; et tout porte à croire qu'au lieu de l'imposer aux idiomes voisins , c'est elle qui a dû les recevoir d'eux. Pourquoi donc aller chercher jusqu'en Amérique un argument phonologique puremen.t négatif, et d'ailleurs infirmé par la présence de l'/'dans l'alphabet iroquois?
« Les langues américaines, dit l'abbé Le Hir, sont riches en voyelles, et en font un usage assez multiplié pour communiquer un discours une sonorité mâle et brillante. Les sons éclatants de Va et de Vo s'y mêlent aux voyelles plus légères t et c dans une juste mesure, pour produire un accord harmonieux de vigueur et de grâce; mais ces langues son! panvres en articulations, et le cèdent autant sous ce rapport à nos langues néo latines, que celles-ci sont inférieures sous ce rapport aux plus belles langues de l'antique Orient. L'iroquois surtout semble
(1) 8 se prononce ou.
(i) Etudes philologiques sur quelques langues sauvages de VAménque du N<yrd, p. 9.
avoir pris à lâche de réduire la prononciation à ses éléments les plus simples. Il ne connaît point les articulations à plusieurs degrés, la distinction des moyennes, ténues et aspirées. H n*a qu'une sifflante 5, qu'une aspirée h, qu'une labiale to, qu'une gutturale ft, qu'une nasale n, et une linguale r, auxquelles il faut ajouter une ou deux articulations plus rares ((, sh). » (1). Cette pauvreté d'articulations explique on ne peut plus clairement l'impuissance où se trouvent les langues de l'Amérique à lier directement « des consonnes muettes et liquides , dans laquelle les liquides se trouveraient à la fin du mot. » Il en est de même en basque; mais ici , ce phénomène résulte de la phonétique particulière de cette langue , tandis que pour les idiomes de l'Amérique du Nord ; ce n'est qu'un des résultats inévitablement produits par le médiocre contingent de consonnes admises dans les alphabets de ce pays. D'ailleurs Humboldt, qui a le premier signalé ce fait, ne s'est pas abusé sur sa portée, et l'a classé d'avance parmi ceux qui devaient perdre toute valeur en présence d'un examen sérieux et approfondi.
Incorporation. L'usage de ce procédé est porté, dans les langues américaines, à un tel point qp'on ne trouve rien de semblable dans les langues des autres pays. Néanmoins l'incorporation est plus ou moins employée dans un grand nombre d'idiomes de l'ancien continent, notamment en Géorgien et en Abkhaze , et dès-lors elle ne saurait être considérée comme un indice spécial dé parenté entre le basque et les langues de l'Amérique septentrionale.
Genres rationnel et irrationnel La communauté de celte distinction de genres entre la déclmaison basque et celle des idiomes de l'Amérique du Nord, a été signalée pour la première lois dans le livre du missionnaire canadien, p. 36, note +. C'est
(0 L'abbé Le Hir, Études philol. sur quelques langues sauvages de l'Àmériqfie du Nord, dans les Études relig. hist. et Htt. par des Pères de la compagnie de Jésus, n9 de juillet <867.
ainsi que lesAlgonquins ont deux pluriels, l'un en A; pour les êtres vivants, l'autre en n pour les choses inanimées. « En sanscrit, dit l'abbé Le Hir, on dit* dvâs, felices, au masculin; ctvdni, felicîa, au neutre. Si l'on fait attention que les de civâs se change régulièrement en h dans plusieurs langues congénères, et souvent même dans le sanscrit, que ce h devient même souvent k dans l'arménien (par ex. mari y homme, martk (1), les hommes), on saisira l'analogie qui relie les pluriels algonquins à nos langues indo-européennes (2). » Ainsi voilà un procédé commun entre ces idiomes, ceux de l'Amérique du Nord et le sanscrit. Il n'y a donc pas lieu d'en argumenter exclusivement au profil de la parenté de Teskuara et des langues du Nouveau-Monde.
Conjugaison des noms. Il en est de même des « formes ban el goban, qui ajoutées au verbe ou au nom, marquent l'une le passé prochain, l'autre le passé éloigné, par ex. ZaWé-fcan, feu Xavier, Xaverius qui fuit. On voit ici deux racines combinée:? ensemble, la racine gfd, gehen^ aller, et la racine bhu, être. Et non seulement ces deux racines existent dans les langues indo-européennes, mais toutes deux sont aussi employées comme signes du temps. passé; toutes les deux se combinent même en un seul mot dans les langues germaniques. Goban répond à l'allemand gewesen. On dirait presque en anglais goney been, qui s'en est allé, qui a été. Ban sert encore à former l'imparfait dans les verbes, ni sahika-ban, ama&am (3). »
Analogie des pronoms personnels. Il existe, sur ce point, entre le basque et les langues de l'Amérique du Nord , des ressemblances frappantes ; mais cette analogie a été relevée
(0 Uorigine de ce pluriel a été bien éclaircie par M. Fréd. Mûllbr {Btiitra^e zur Déclin, der Àrmenischen Namens, Wienn, 4864). Nokée l'abbé Lb Hir.
(2) Uabbé Le Hir, Études religieuses, n9 de juillet 4867.
(3) W., Ibid.
aussi parle missionnaire canadien, entre les pronoms personnels algonquins el les affixes hébraïques.
Tableau comparé des afHxes sémitleo-algrlQuêB.