‹ Études sur l'origine des BasquesChapitre 17 sur 39 · NI · texte numérisé non relu

NI

inc , moi ,

de toi ,

de lui ou d'ello,

lui ou elle.

Sabakata-Niy tu m*as abandonné,

Idake-KA, ta main,

Raghel-o, son pied, )

Qptal-o, il VsL tué, )

J Ni-naganik, il m'abandonne,

Ki-nindji, ta main,

o-sit, son pied,

o-nisan, il le tue,

(( Au moyen du tableau ci-dessus, on voit :

M 4** Ni, affixe verbal de la première personne, mais préfixe en algonquin, eipastfixe en hébreu.

» SS*" Kl et KA , affixes nominaux de la seconde personne , mais le premier, préfixe en algonquin, et le second poslficce en hébreu.

» 3^ 0, affixe tant verbal que nominal de la troisième personne, mais toujours préfixe en algonquin et postfixe en hébreu.

)) On trouvera sur ce même tableau, de plus amples informations dans un article du Journal de l'instruction pubuque, par lequel nous répondions, en septembre 1864, à certaines questions et objections du canadian naturalist. Nous n'avons pas le moindre doute que les rédacteurs de cette estimable Revue n aient été pleinement satisfaits de nos explications. Néanmoins, ad abundaniiam juris, voici d'autres exemples en faveur surtout de certains Orientalistes qui éprouveraient encore quelque répugnance à admettre le verbe piur {schabak)^ reliquitj dereliquit; ils ne contesteront pas du moins la parfaite /i^traïci/e dt» -,cu (scluimar)^ servavit , cuslodiviL

)> Nous servant donc de cette racine, nous dirons :

Schmàra-Ni = ni- ganaSenimik = il me garde.

Schmârou-Ni = Ni-gana8eniinigok =:^ils mk gardent.

Schmâr-KA = Ki-gana8enimik = il te garde.

Schmârou-KA = Ki-gana8enimigok = ils te gardent.

Schmârâ-Hou = o-ganaSenimigon = il le garde.

Schmârou-iiou = o-ganaSenimigô = ils le gardent.

)) Dans les deux derniers exemples, le cholem, il est vrai, se trouve changé en schoureq: mais cela, bien loin d'infirmer l'analogie entre les deux idiomes, ne fait au contraire que la prouver et la corroborer encore davantage. En effet, s'il arrive quelquefois que le postfixe hébraïque o se change en oo, il arrive aussi quelquefois, ainsi que nous en avons fait la remarque un peu plus haut, que le préfixe algonquin o se change en (( 8t (4). «

L'abbé Le Hir approuve les similitudes relevées par le missionnaire canadien , et déclare que la comparaison aurait pu être étendue aux pronoms égyptiens, aryens et touraniens. Il se borne néanmoins, pour faire court , à une seule remarque : (( Le T du pronom de la 2^ personne , qui se change souvent en s dans les langues aryennes, se change au contraire fréquemment en k dans les langues sémitiques. Le même changement en k a lieu dans l'arménien, qui est de la famille aryenne. Il s'opère pareillement dans l'algonquin , où la forme ordinaire est ki. C'est même la seule forme indiquée par le missionnaire N. O. Mais la forme primitive to, pi. tok, se retrouve dans les vocatifs pluriels. Anidnabetok^ doit se traduire littér. : O hommes, vous! Les Américains diraient touk (2). »

(1) Études philologiques sur quelques langues sauvages de VAmériqui^ par N. 0., ancien missionnaire, p. 46-47, note.

(2) L'abbé Lk Hib, Études religieuses^ n^ de juillet 4 867.

Je crois avoir démontré, par les deux passages empruntés au travail du missionnaire canadien et à celui de Tabbé Le Hir, que les pronoms personnels basques offrent d'inr contestables analogies avec ceux de divers groupes de langues. Il ny a donc pas lieu de se prévaloir de ce fait, pour affirmer limita tivement la parenté de Teskuara avec les idiomes de l'Amérique du Nord.

Caractères de la conjugaison. Cette partie du mémoire de U. de Charencey soulèverait au moins autant d'objections que le reste de son travail. Pour faire court, je m'abstiendrai de la discuter en détail; et sa critique résultera, je l'espère, de lexamen comparatif des véritables caractères des conjugaisons basque et américaine.

Sous condition d'acquitter cette promesse, je crois avoir démontré que les arguments produits à l'appui de son système, par M. de Charencey, ne sauraient être sérieusement invoqués en faveur delà parenté du basque et des langues de l'Amérique du Nord. La même thèse a été reprise depuis par M. Pruoer-Bey (1); mais ses raisons seront mieux comprises quand jaurai rapidement esquissé le mécanisme des idiomes américains.

Les idiomes du Nouveau-Monde ont une physionomie trèsdiverse, et sont loin d'être arrivés tous au même degcé de développement grammatical, a 11 existe, dit M. Pruner-Bey, des langues analytiqtÀeSy comme le Quiche, d'autres comparables à l'état du français, comme le Cora, TEndévé, le Tépéhuan, etc. La synthèse est à peine apercevable dans le Tarahumara, et l'Opata ; elle atteint le degré du sémitisme dans le Maya et ses affiliées. Toutefois, au nord du continent, comme au midi, la pluralité des langues suit le système holophras-

(4) Pruneb-Bey, Sur la Uingxte des Basques^ dans le Bullet. de la Soc. danthrop, de 1867, p. 39-74.

tique ou polysynthétique (4), comme, par exemple, TEsquimau, TAthapasque, les nombreux idiomes des Algonkins , des (roquois , le Dacota , le Thiroki , les langues de TOrégon, le Nabuat, le Huaxtèque et le Mallazinka; enfin le Kechua,le Guarani , TArauçan , etc. (2). »

Dans les idiomes polysyntbéliques ou bolophrastique^^ du Nouveau-Monde, la formation des mots a lieu, soit par voie de dérivation, soit par voie de composition^ en prenant, comme dans tous les idiomes polysyllabiques, la racine pour point de départ. Ce système fonctionne néanmoins dans des conditions spéciales. Les dérivés se forment, en effet, « par la simple addition de syllabes plutôt au mot déjà constitué qu'à la racine. II en résulte non-seulement une modification du sens, mais tout aussi souvent à la fois de la catégorie grammaticale (3). » Grâce à cette conversibilité , le substantif devient verbe, et celui-ci substantif ou adjectif. C'est le premier pas dans la voie de l'agglutination , où Tad jonction de particules à la particule. formative aboutit parfois à des mots d'une extrême longueur. Les particules ajoutées sont suffixes en général , et préfixes par exception.

La composition des mots a lieu par de telles ellipses et syncopes, que les éléments constitutifs sont souvent altérés au point d'être méconnaissables. « Aussi ces mots composés ne présentent plus, comme ailleurs, en pareil cas , une simple modification ou détermination du sens primitif; non , il en ressort des notions entièrement différentes, et il existe même des verbes ainsi composés (4). » Néanmoins, si les idiomes dont

(1) S'il est permis déjuger d'après les langues anciennes, ces divers degrés de développement ne portent aucun préjudice à la parenté, s'ils ne sont accompagnés d'autres caractères. Note de M. Pbuner-Bbt.

(2) Pbunea-Bet, Sur la langue des Basques, dans le BuUet. de la Soc. d'antkrop. de 4867, p. 48.

(3) /d., ïbid., p. 49,

(4) W., Ibid., p. 64.

s'agit juxtaposent un grand nombre de parlicules» ils réunissent rarenient plus de deux ou trois mots.

Les catégories grammaticales sont les mêmes, au fond, dans toutes les langues polysynthétiques. Celles de TAmérique se distinguent toutefois par le traitement, le développement relatif et Timportance de ces catégories. Ce qui frappe ici lout d'abord, c'est le manque absolu d'adjectifs, au moins dans certains idiomes, le rôle secondaire du substantif qui demeure souvent indéclinable (sans qu'on puisse même parfois distinguer le singulier du pluriel), l'absence de conjonctions, etc.

Ces phénomènes s'expliquent, et sont en partie produits, par ce polysynthétisme, qui condense, dans des phrases d'un seul mot, les idées d'être, d'état, d'action, diversement nuancées, de même que les rapports du sujet, du prédicat, du double régime, etc. Dans les idiomes polysynthétiques ou holophrastiques, ces mots ne peuvent résulter que de l'intime combinaison des éléments précités. Exemples : kouligat<ihUj joli chat, donne à moi ta patte mignonne. Kiy toi , ouli, belle , gatchiSy patte. WinitawHigeginaliskawlungtanawelitisesti (tbiroki) : ils auront, à cette époque, probablement cessé de faire une obligeance à toi et à moi. Hiantitalavihnankauna : il voyagea une nuit pluvieuse à pied, passant à côté. Ces deux derniers exemples, dit M. Pruner-Bey, a nous indiquent les limites du possible, et mettent en lumière ce que je viens d'indiquer sommairement, à savoir : que l'Indien exprime les moindres nuances d'un acte par des particules unies au verbe. Par conséquent, nos termes époque, obligeance, nuit, pied, côté, n'existent point dans ces exemples. Le polysynthétistc exprime d'un jet ce que nous devons rendre par des circonlocutions. D'autre part, quand on lit des textes écrits en ces langues, on chercherait en vain de ces mots... Ils sont, pour la plupart, l'œuvre des missionnaires, qui , par de pareils

Si

spécimens, veulent illusirer la faculté de combinaison dans les langues indiennes; mais, dans la pratique, c'est diflërent (1). »

Pour la construction de la phrase , les langues américaines laissent intacte la racine verbale. La voix, le mode, le temps, sont généralement exprimés au moyen de particules parfois signi6calives, et plus souvent réduites à une seule lettre symbolique. La modalité de Taclion (inchoatif, successif, fréquentatif, etc.) se traduit par des procédés semblables. f( Voilà le noyau verbal constitué. Vient ensuite la distinction générale et caractéristique pour toutes ces langues en verbes tmitres ou intransitifs, et en actifs ou transitifs^ avec laquelle commencent les complications relatives aux pronoms. Chacune de ces deux classes verbales se différencie par des pronoms exprimant le sujet. Mais le verbe actif entraîne de plus deux régimes, le direct et l'indirect; par conséquent, autres particules pour désigner ces rapports. Tout cela s'agglutine au verbe. Mais le sujet et les régimes pronominaux varient, en toute langue, suivant les personnes, le nombre et le sexe (2). »

Ces indications sommaires suffisent à expliquer la profusion

des formes verbales, qui s'élèvent, dit-on, en algonkin, jusqu'à

des dizaines de milliers. Mais il faudrait bien se garder de

croire que toutes ces combinaisons soient épuisées par chaque

langue polysynthétîque. L'agglutination du régime pronominal

est exceptionnelle, et parait n'avoir lieu qu'en algonkin et en

araucanien. La place des particules, par rapport au verbe,

n'a rien de fixe, et elle varie d'un groupe de langues à l'autre.

M. Pruner-Bey fait toutefois observer que plus la phrase est

longue, et plus il y a tendance à rejeter à la fin le signe du

sujet.

Ces observations permettent facilement de comprendre que,

(4) Id.y Ibid , p. 51.

(5) W., Ibid,, p. 62.

toutes les nuances de l'action et tous les rapports trouvant leur expression dans le verbe, et l'idée de qualité étant exprimée par un nom verbal, les adjectifs doivent être extrêmement rares. Elles expliquent aussi l'inutilité des conjonctions et prépositions, et le rôle peu important de la déclinaison.

Je ne crois pas devoir insister davantage sur la morphologie des langues américaines. L'idée concrète ou de spécialisa" iim se dégage clairement de cette morphologie. Ainsi l'esquimau possède de nombreux termes de pêche, suivant les moyens employés; le thiroki en a treize, et l'araucan dix-sept, pour traduire l'action délaver, suivant qu'elle s'applique à tels objets ou telles parties du corps. Les substantifs varient pour les diiïérents animaux suivant le sexe, l'âge et la forme, et je me suis expliqué plus haut sur les noms de parenté dans les idiomes de l'Amérique du Nord. Les adjectifs eux-mêmes ont subi celte influence. Ainsi , le terme vieux diflère suivant que cest un être vivant ou un objet; celui de jeune^ suivant qu'il doit son origine à une mère vivipare ou ovipare.

« En résumé, l'Indien spécialise en même temps l'acte et l'objet. Quant aux termes généraux, il en existe, certes, les plus indispensables, mais rien au-delà. Il est néanmoins remarquable que, par le système d'agglutination, l'Indien s'est ménagé le moyen de créer quantité de termes abstraits, et, en effet, quelques langues, comme le moyaquiché, le nahuati et les langues de Sonora en possèdent beaucoup. Enfin, de même que dans les langues polysynthétiques il n'existe pas de verbe absolu, les parties du corps, les termes de parenté sont presque toujours inséparables de leur pronom possessif (i). »

En voilà assez sur la constitution générale des langues américaines. Il s'agit maintenant de signaler, d'après M. Pru-

(<) M., IlÀd, p. 57.

ncr-Bey, les rapports ou analogies qui existeraient entre elles et Vidiome euskarien. Ces rapprochements sont tirés de Texamen comparatir du mode de formation des mots , de la conju* gaison, de la déclinaison, et des systèmes de numération.

i^ Formation des mots. Elle a lieu, dans le basque et dans les langues de l'Amérique, par voie de dérivation et de composition. Nous retrouvons des deux côtés, la môme énergie d'agglutination, la môme aptitude à exprimer les plus fines nuances, et la môme facilité dans la conversion des parties du discours.

2"* Déclinaison, Dans Tidiome euskarien , le substantif est nuancé par bon nombre de désinences et de postpositions. M. Pruner-Bey ne voit là rien qui s'écarte de la morphologie et de ridéologie américaines. Sous ce rapport , les langues du Nouveau- Monde , le Matlazinca par exemple, arrivent au môme but par de longues séries de pronoms qui expriment maintes nuances de Taclion , et qui reviennent ailleurs aux particules verbales. M. Pruner-Bey fait aussi remarquer que le basque a assigné, par ses désinences, un rôle analogue au substantif; c'est ainsi que a la syllabe gf/i6i jointe au radical désigne un époux futur (comme on désigne en américain, par un procédé semblable , un aliment que l'on prenderà (mixtèque) (i). »

La variété des nuances est d'ailleurs traduite en basque par celle des désinences. C'est ainsi que l'eskuara possède un double illatif et intensif, qui exprime, en môme temps que le mouvement, la volonté de demeurer dans le lieu où Ton va, ou celle de le quitter. Ici, comme dans la formation des mots, l'expression des rapports résulte de la jonction des postpositions au môme terme. Cela ne doit pourtant pas faire oublier la pauvreté relative de la véritable déclinaison basque, sur

(0 Pruneb-Bey, Sur la langue des Basques^ dans le BuUet de la Soc. d'anthrop. de 1867, p. 65.

laquelle je me suis déjà expliqué. Dans cette langue, comme en Amérique, le régime direct dans le substantif n*est pas indiqué par une désinence : il est exprimé par un pronom incorporé au verbe. « Le pluriel étant moins défini qae le singulier, est en basque mccourci comparativement au dernier, ainsi que nous l'avons signalé dans les langues américaines* En somme, quant aux désinences casuelles et aux postpositions, le substantif basque se trouve à peu près à Tétav où en est le Kechua du Pérou. Ici comme là , les mêmes suffixes servent à la déclinaison du substantif, de Vadjectif ou nom verbal, des pronoms, etc., (1). »

3* Conjugawm. Chez les Basques, comme en Amérique, le caractère d'incorporation est évident pour les verbes ii^réguliers. Beaucoup de langues américaines possèdent ce qu'on nomme des verbes auxiliaires qui remplissent plus ou moins bien les fonctions de niz inlransitif, et duï transitif, en euskarien. D'après M. Hovirse, la conjugaison algonquine repose tout entière sur le verbe auxiliaire, qui se retrouve aussi, peu ou prou, dans l'Otomi, le Dacota, le Kechua, l'Araucan, le Thiroki, le Kiché, le Maya, les langues de l'Orégon, du Nicaragua, etc. Dans le Yarura et le Béloi, qui présentent, dit M. Pruner-Bey, « une analogie phonétique des plus frappantes avec le basque, l'auxiliaire ainsi dit est non-seulement rame du verbe, mais, comme dans le basque, il suit également le nom verbal (2). »

Voilà pour les analogies du verbe irrégulier en basque et dans les langues du Nouveau-Monde. Quant au verbe régulier qui peut résulter, soit du progrès de l'idiome, soit del'imilaiion aryenne, il parait bien être d'une époque relativement moderne. Ce verbe se rapproche d'ailleurs facilement de la conjugaison

(1) Fbunkr-Bet, Swr la langue des Basques, dans le Bullet. de la Soc. d'anthrop. de 4867, p. 66.

(2) W., Ibid., p. 63.

américaine. Ainsi, dans le verbe régulier basque, Tagrégation (les particules au nom verbal, sert à la fois à indiquer, non-seulement le sujet et les deux régimes, « mais tout aussi bien les modalités de l'action, telles qqe nous les avons rencontrées dans les langues américaines. Il en résulte des combinaisons dont voici deux exemples : ghinzaikehalakoz = parce que nous te serions (intrànsitif) et j?eneiozaiaAo« = parce (lue vous lui auriez (transitif) (1). »

L'analogie des deux systèmes grammaticaux ne résulte pas seulement de l'agglutination ; elle « ressort tout autant des éléments mis en jeu que de leur combinaison (2). » On retrouve .chez les Aztèques l'emploi du personnel respectueux, et, sous le rapport de la richesse, dont jai déjà signalé la cause, la conjugaison basque n'a rien à envier aux langues du Nouveau - Monde. Des deux côtés, nous voyons les particules pronominales qui accompagnent le verbe, « se réduisent quelquefois à une seule lettre, et diffèrent phonétiquement souvent du pronom absolu. De même que pour la seconde personne , elles sont multiples pour la première et pour la troisième, et pour consommer l'ceuvre de la compréhension et pour ne pas s'écarter du mode américain, la désinence du pluriel est quelquefois séparée et rejetée à la fin (3). ))

4<^ Numération. Le lecteur connaît déjà (p. 96) le système de numération basque, et sait qu'elle repose sur la combinaison des systèmes décimal et vigésimal. Il en est de même chez les Algonquins. M. Pruner-Bey fait remarquer d'ailleurs que les désinences des unités, en commençant par six, sembleraient indiquer qu'à l'origine la numération basque reposait

(4) W., Ibid., p. 64.

(2) W., Ibid., p. 64.

(3) W., Ibid., p. 64.

sur le système quinaire. Or les systèmes quinaire et vigésimal sont les plus répandus en Amérique (1).

Je crois avoir reproduit, en ce qu'ils ont d'essentiel et de vraiment significatif, les arguments présentés par M. Pruner- Bey au sujet des rapports et analogies du basque et des idiomes américains. Les trois premiers de ces arguments consistent, comme on Ta vu , dans des analogies grammaticales contre lesquelles un examen attentif et prolongé n'a pu me révéler aucune de ces objections qui surgissent d'elles-mêmes , et en si grand nombre, quand il s'agit du travail de M. de Charencey. M. Pruner-Bey ne s'exagère pourtant pas la valeur de ces arguments , et il ne croit pas qu'ils suffisent j>our conclure , môme au point de vue exclusivement linguistique, à la parenté des langues basque et américaine, k II faut ici, dit-il, le complément indispensable, Texamen des vocabulaires, pour établir la concordance, au moins entre les termes fondamentaux. Ce travail se fera attendre; car d'abord le vocabulaire basque est à faire, même sans tenir compte du triage pour séparer les termes indigènes des étrangers. Et en effet, la diversité de la phonétique dans les idiomes américains, les synonymes qui se substituent en abondance d'une localité à Tâutre , et le fractionnement des tribus depuis un temps immémorial, ont eu pour effet que , phonétiquement , les langues américaines s'accordent fort peu entre elles. D'autre part, et sur une plus petite échelle, nous avons quelque chose de très analogue chez les Basques; d'une vallée à l'autre, des synonymes radicalement divers et désignant le même objet. S'il ne s'agissait que des particules formatives et notamment des pronoms, je n'aurais que l'embarras du choix pour établir lanalogie phonétique entre tel idiome américain et le basque. Mais, à nos yeux, ces preuves auraient peu de valeur, puisque dans les idiomes

(<) Id,, Ibid,, p. 67. Cf. ViciET, Orig.indO'€uropéemies^ t. Il, p. 565 et s.

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américains ces particules représentent toute l'échelle phonétique (i). »

M. Pruner-Bey a raison. Il serait imprudent, dans l'état actuel des informations, de pousser la comparaison plus loin. Bornons-nous donc, en attendant des lumières nouvelles, à la constatation des rapports et analogies que je viens de relever, et qui n'excluent pas d'ailleurs, entre l'eskuara el les langues du Nouveau-Monde, de nombreuses et très-graves dissemblances de radicaux et de grammaire.

Il est temps de terminer ce travail de philologie comparée par quelques lignes de conclusions, qui me paraissent découler sans efforts de l'ensemble du présent chapitre.

Le basque ne saurait être légitimement rattaché aux idiomes de l'Afrique, et particulièrement aux langues berbères.

Malgré la présence^ dans le glossaire euskarien, de quelques termes sémitiques caractéristiques d'idées fort simples ou d'une civilisation très-peu avancée, la morphologie du basque diffère trop essentiellement de celle des idiomes sémitiques, pour qu'il soit possible de rattacher l'eskuara aux langues de cette famille.

Il n'existe, entre le basque et les idiomes de famille aryenne, aucun indice vraiment significatif de parenté, car l'eskuara n'a jamais dépassé la période agglutinative, et la langue des anciens Aryas s'était déjà élevée jusqu'à la flexion. Si la possession commune d'un certain nombre de termes caractéristiques d'idées fort simples ou d'une civilisation peu avancée laisse, à la très-grande rigueur, place pouf l'hypothèse d'une origine commune extrêmement reculée, ou pour celle de très-anciennes relations établies ailleurs qu'en Espagne entre les ancêtres des Basques et certains peuples de famille indo-européenne, cette possession s'explique beaucoup plus

(4) Id.,Ibid,, p. 70.

nalurellement par les rapports prolongés des Yascons avec les tribus celtiques de la Péninsule qui confinaient à leur territoire.

I/eskuara et les idiomes touraniens présentent d'assez nombreuses dissemblances ; mais ils possèdent en commun plusieurs termes caractéristiques d'idées simples et d'un état social fort peu avancé. Huit noms de nombre sur dix présentent aussi, des deux côtés, des analogies que le lecteur a pu apprécier. Enfin, il existe certains rapports entre la conjugaison basque et celle de quelques idiomes touraniens, notamment le samoyède^ le mordvine et le hongrois.

A côté d'importantes et nombreuses dissemblances, le basque et les langues de l'Amérique, et principalement les idiomes du nord, présentent, au point de vue de la formation des mots, de la déclinaison, de la conjugaison, et au pomt de vue du systèn^e de numération, des rapports ou des analogies qu'il serait difficile de méconnaître.

Les résultats obtenus jusqu'à ce jour, au moyen de la linguistique, sembleraient donc recommander principalement le basque d'une part, et de l'autre les idiomes touraniens et américains, aux recherches ultérieures de philologie comparée. C'est dans ce domaine, très-relativement restreint, que l'on me parait avoir le plus de chances de trouver les moyens de circonscrire, de plus en plus, un problème dont la solution complète et définitive ne sera très-probablement jamais trouvée (i). Il existe, en effet, entre les populations du groupe

(4) J'ai négligé, jusqu'à présent, de m'expliquer sur le sens que j'attache et que je continuerai d'attacher au mot parenté. Le problème de l'unité ou de la diversité originelle des races et des familles des langues, ne rentre pas, Dieu merci, dans le cadre de ces recherches; et je suis tout-à-fail de l'avis de ceux qui croient qu'il est au moins superflu d'apporter ce genre de préoccupations dans l'examen des questions spéciales d'histoire, d'anthropologie et de philologie. Voilà pourquoi je n'affirme, ou je ne signale comme probable, la parenté ethnique ou philologique des Basques avec d'autres peuples, que dans les cas où la chose me paraît directement prouvée, ou

touranien et celles de l'Âinérique, des affinités sur lesquelles nous sommes encore très-incomplètement, et même parfois très-inexactement renseignés. Les données actuelles de la linguistique, combinées avec les traditions et les usages, et spécialement avec un système d'écriture composé de quelques dessins et signes mnémoniques, permettent néanmoins d'affirmer que le lien qui relie les peuplades américaines est aussi incontestable que leur origine asiatique est pleinement démontrée. Les langues septentrionales de l'Amérique sont issues d'un idiome touranien du nord. Prichard avait déjà recueilli, sur ce fait, des preuves corroborées par les recherches de M. Schoolcraft. Ce dernier démontre à suffisance que des tribus sibériennes (où le même procédé d'écriture dessinée est en usage) ont traversé les iles septentrionales avant de passer dans le Nouveau-Monde. La conformation toute mongolienne du crâne, le type du chasseur, la coutume de s'initier par des jeûnes et par des songes à l'état de clairvoyance et de vision, ridentité des croyances fondamentales et des symboles religieux (sans excepter la tortue), tout nous ramène au touranisme primitif (1). Le chevalier Bunsen n'ose rien conclure de la philologie ; mais rien, à son avis, ne contredit les raisons tirées de l'histoire et de la mythologie. Dans ses travaux sur les langues touraniennes (2), M. Max Mûller a parfaitement démontré que ces idiomes ont tous la même origine ; mais il ne s'est pas expliqué sur leur parenté avec ceux de l'Amérique.

tout au moins indiquée, par des preuves ou par des vraisemblances concordantes. Cela ne veut dire en aucune façon que les Euskariens dc puissent avoir d*autres attaches, mais tout simplement qu'il n*y a aujourd'hui aucun moyen de reconnaître l'existence, et surtout le degré suffisamment prochain, de ces affinités possibles.

(4) Christianty and Mankind, by. Christ. Cli. Jos. Bunsen, Londou, 1854, t. IV.

{%) Max MuLLBB, Leiter on the Turanians languages^ passim ; Science du langage, passim.

Cet illustre philologue prise néanmoins fort haut les publications de Rask , de Castrén et de Schott, qui , de Tavis de H. MohI, dont la compétence n*est certes pas douteuse, « ont étendu graduellement la famille turque (ou touranienne^ sur toute l'Asie septentrionale et sur le nord de TEuropc et de l'Anfiérique (<). »

[0 Rapport (muuel, dans le Joumul asiatiquey ft« série, t. VllI, p. 67,

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