Don Fortun» Moi
La Navarre est bornée au levant par lés Pyrénées, au midi par l'ancien comté d*Aragon, qu'il ne faut pas confondre avec le royaume du même nom, au couchant par TËbre et une partie du territoire de Turiaso , et au nord par les provinces d'Alava et de Guipuzcoa. Oïhénarl fait venir le nom de Navarre de naua, qui signifie, en basque, plaine située au pied des montagnes, et de la postposition iarraj par con- (raclion array qui caractérise la provenance, Toriginc, la résidence (<). Le royaume de Navarre se divisait en six circonscriptions ou merindades, dont cinq étaient situées sur le versant méridional des Pyrénées , et une sur le versant nord (2). Cette dernière portait le nom de Natarra deça-porlSj et je renvoie à en parler dans le chapitre suivant.
Les cinq merindades espagnoles étaient désignées par les noms de leurs chefs-lieux :
i* Merindad de Pampèlune.
/ 1 80,72S \ l 1 60,24» i 1 comprenant <^ 40.852 '
2» — d'Eslella
3» — de Tudela
4° — de Sangucssa..
5» — d'Olite (3)
familles.
La géographie détaillée de la Navarre espagnole m'entrainerait trop loin, et je dois me contenter de donner la liste des buends villas de ce pays : Puente la Reyna, Viana, Mon-
, (1) C'est le cas auquel le capitaine Duvoisin, Etude sur la déclinaison basque^ donne le nom de directif : Irunetarra, habitant de Pampèlune, menditarra, montagnard, etc.
(2) OÎHÉNABT, Not, ulr. Vase,, p. 74.
(3) J'emprunte à Oibénart^ Not, utr. Vase, p. 74-75, le nombre des familles par merindad, dans la première moitié du xvii« siècle.
real, Lumbier, Tafailla, Villafranca, Uharte, Araquil, Urroz, Yaltierra, San-Esteban, Echarri de Aranaz, Aguilar, Aoyz, Torralba, Corella, Caseda, Mendigorria, Yillaba, et autrefois Roncevaux.
En voilà assez sur la Navarre, et je passe au comté d'Aragon. Ptolémée attribue aux Yascons Jaca et son territoire, qui portait déjà le nom d'Aragon sous la domination wisigothique. Certains ont cru qu'Aragon venait de aray autel d'Hercule, et des jeux dits Agonales ; d'autres le font dériver de la Tarraconaise (Tarraconensis provincia) , et d'autres enfin des Autrigons (Aulrigon^s), La première de ces conjectures ne mérite pas d'être disculée, et la troisième est évidemment fausse, car le pays des Autrigons est trop éloigné de l'Aragon l)Our que cette élymologie soit admissible. Quant à la seconde hypothèse, Oïhénart a raison de n'y point ajouter grande confiance, et de se demander comment le nom de Tarraconaise se serait conservé dans un petit coin des Pyrénées plutôt que dans le reste de la province. Il existe, comme le remarque fort bien Gurita, deux rivières du nom d'Aragon, qui prennent leur source dans les Pyrénées, non loin du territoire de Jaca. Ces deux cours d'eau ont donné leur nom au pays qu'ils limitent, et qui est l'Aragon primitif {\):
Aznar est, d'après Oïhénart, le premier comte d'Aragon. Il enleva aux Maures Jaca et son territoire, et prit le titre
(4) Aquella prouinciade Aragon en lo antiguo tan solamente se estendia desde los montes de Aspa entre dos Rios, que el mayor se Ilama Aragon y nace en la montana de Astun juntoal monasterio de santa Christina, sobre la villa de Capfranch, en las mismas cumbres de los montes Pyreneos, que se llaman de Aspa, del nombre de un lugar, que en ellos hay a la parte de Gascuna. El otro Rio se llama del mismo nombre que otros dizen subordan : y desciende por el Val de £cho> y se junta con el mayor a la punta que llaman de la Reyna, mas arriba de Verdun. Dentro de las riberas destos Rios, y de sus nacimientos estan los Vallès de Echo, Aragues y Aysa : y la
-gode comte avec le consentement des rois de Pampelune. La série des successeurs d'Aznar, comme celle des premiers rois d'Aragon et de Sobrarbe, se rattache, par un lien assez étroit, à la question des origines du royaume de Navarre, et je tacherai d'élucider plus tard tous ces problèmes, dans le travail' particulier que j'ai annoncé tout à l'heure.
Je ne saurais quitter l'ancien pays des Jaccétans, devenu plus tard le comté d'Aragon, sans dire un mot des habitants de Calagurris (la Calagurris Fibularia de Pline, la Calagorina de Ptolémée), aujourd'hui Calahorra. Strabon place cette ville sur le territoire des Vascons (I), et son dire se trouve confirmé par Juvénal (2), qui ne parle que des Vascons, mais qui n'entend évidemment désigner par là que les Calagurritains, qui, se mêlant chaque jour davantage aux Ilergètes et aux Cellibères , finirent par renoncer à leur langue et par se séparer de la famille vasconne.
En voilà assez sur le comté d'Aragon. Passons maintenant à TAIava.
lierra mas llana donde discurre el mayor destos Rios, se dize la Canal de lacca : entre laquai y el Rio Gallego, que nace en las mismas vertientes de los Pyreneos, iunto al lugar que por las fuontes deste Rio se llama Sallent, sobre al Val de Brolo, estaii a la pena de Vruel, Atares, y sant luan de la Pena, que tanibien era de la prouincia de Aragon : y por la parte de Occidente se estendia hasla comprehender el A'al de Anso por el quai corre el Rio Veral que entra en el Rio d'Aragon entre Asso y Verdun : y esta este Valle de Anso, entre el Val de Echo y el Val de Roncal. Solo este espacio de montes y valles se estendia à comprehender muy pequena région, que de muy antigo por el nombre destos Rios o del mayor dellos y del mas principal se llamo Aragon. Siendo esta région una pequena parte de los pueblos que los antigos dixeron Vascones en la prouincia de Espana que Uaman citerior. Çcrita, Annul.y part. I, lib. I, c. U. — Sur Tassimilation des Aragonalî avec les Ruccones ou Roccones, qui guerroyèrent contre les VVisigoths et les Suèves, V. OÏhknart, Not. utr, Fosc, p. 434-35,
[\) Strab., Géog., lib. IV.
(2) JcvÉN., Sat. XV.
La province d'Alava était bornée au levant par le Guipuzcoa et les montagnes de la Navarre, au midi par le royaume du même nom, au couchant par la Vieille Castille, cl au nord par la Biscaye.
Certains auteurs font venir le nom de ce pays du mot arabe Arab, tandis que Garibay le fait dériver des monts Uraba et Enciay situés dans la province (1). Ces opinions n ont rien de sérieux, et Oïhénart a raison, quand il dit que cette désignation vient de la ville d'Âlava (2), qui correspond à Tantique Alba, que Ptolénsée et Pline placent sur le territoire des Vardules (3), et qui en était la cité la plus importante. Alba est devenue yl/ra, mais on trouve la transition indiquée par le nom d'yl/^va, qu'on peut lire dans un diplôme adressé aux habitants d'Estella, par Sanche le Sage, roi de Pampelune (4). Garibay nous apprend que le pays d'Alava était alors beaucoup plus étendu qu'aujourd'hui, et comprenait la Biscaye, le Guipuzcoa, et une partie de la province de Rioia (5). Cet historien cite des actes d'Alfonse, roi de Castille (1090), où les noms de Navarre et d'Alava sont employés indifféremment. Il cite aussi un document du \^^ février 1053, dans lequel Garcie, évoque d'Alava ou de Biscaye {Alavœ sivie Biscaiœ episcopus), figure comme témoin, tandis que Nunez Sanchez, comte de Durango, et sa femme Legunlia, agissent comme parties principales i6). La preuve que le Guipuzcoa était autrefois compris dans l'Alava, s'évince d'un traité d'alliance entre Alfonse, roi de Castille, et Sanche, roi de Navarre, en 1217 (7).
(4) Garibay, Compendio historial d'Espana, 1. XV, c. 9.
(2) OÏHÉNART, Not. utr. Vase, p. 443.
(3) Ptolém., Géog., 1. II, c. 2 ; Plin., Hist. nat., 1. III, c. 3.
(4) OÏHÉNART, Not utr. Vase, p. 82.
(6) Garibay, Comp. hist., 1. IX; c. 20; 1. XI, c. 22.
(6) Id., Ibid., lib. XXII, c. 30.
(7) Ce traité se trouve dans le cartulaire du roi Thibaut, conservéxà Pampelune, et j'en copie le passage significatif : « Insuper ego idem re
A ces arguments vient s'en ajouter un autre tiré de l'usage adopté au moyen-àge, par les souverains des diverses contrées de l'Espagne, de joindre à leurs anciens titres ceux qui résultaient pour eux des nouvelles conquêtes. Il est en eiïet certain que Sanche le Grand et ses premiers successeurs prenaient la qualité de rois d'Âlava, et jamais celle de rois de Biscaye et de Guipuzcoa, bien que ces deux provinces leur aient appartenu.
On ne sait pas bien sous quelle autorité vécurent d'abord lesAlavans. Il est néanmoins certain qu'ils obéirent quelque temps aux rois des Âsturies, car Sébastien de Salamanque nomme la ville d'Alava (Alavensem mirandam) parmi celles qui furent enlevées aux Maures par Alfonse le Catholique. Les Alavans essayèrent bien d'échapper à cette domination, mais les rois Don Froîla et Don Ordono I réprimèrent celte tentative, renouvelée avec aussi peu de succès sous Alfonse III, qui emmena captif à Onate (867)Elyon, chef des rebelles (1).
Quelques années plus tard, Mahomet, roi de Cordoue, fit une rude guerre aux Alavans, et envoya contre eux son fils Almundir, qui en fit un grand carnage, et s'en revint avec beaucoup de prisonniers. Peu de temps après, nous voyons, dans un ancien privilège du monastère de Roncal, Sanche I, roi de Pampelune, prendre aussi le titre de roi d'Alava, ce qui prouve que les habitants de ce pays s'étaient soustraits à Tautorité du roi des Asturies, et étaient passés sous celle de
Âlfonsus rex Gastellae quittavi vobis Sanctio régi Nayarrœ et successoribus vestris, Alavam in perpetuum de vestro regno, scilicet de Ixiarr et de Darzngo intus existenlibus, excepto castello de Malvezin quod pertinet ad regem Castellae et etiam a Fibarrensa et Badaia sicut aquse cadunt usque in .\aY9rram, exœpto Moriellas quod pertinet ad regem Gastellse et dividit osque cadit in Ibenim ex designatis terminis versus Navarram totum sit régis Navarrae. »
(1] Chron. Albeldensey dans le t XIII de YEspaiia sagrada; Sampibo, Chron. dans le t. XIV du même recueil
Sanche, dont les successeurs conservèrent le même avantage, jusqu'au règne de Sanche, dernier du nom. A cette époque, Alfonse I, roi de Léon et de Castille, profita de Tabsence du roi de Navarre pour envahir TAlava et s'emparer de Victoria, qui en était la capitale. Du consentement de Sanche V, cette province passa à Alfonse I, dont les successeurs la conservèrent toujours (4).
On voit, dans quelques titres anciens, des comtes de Castille comprendre TAlava dans leurs domaines. Il pouvait en être ainsi pour la portion de cette province, située sur la rive droite de TEbre; mais quant à la partie située sur la rive gauche, la chose ne peut guère s'expliquer que par l'élection de certains comtes de Castille en qualité de seigneurs d'Alava. Les gens de cette province avaient en effet le privilège du choisir leurs ducs, comtes ou seigneurs, parmi les membres de la haute noblesse. Ce privilège s exerçait d'ailleurs sous réserve de tous les droits inhérents à l'autorité royale, et il se maintint jusqu'à l'époque d'Alfonse IX (2). Les Alavans élisaient tantôt le fils du roi de Castille, tantôt le comte de Biscaye, tantôt les seigneurs de Lara, de Los Cameros ou de Vêla.. Ce genre d'élection rappelle, d'une manière frappante, les Behetrias des royaumes de Castille et de Léon (3).
(i) RoDERic. ToLETAN., Htst, urab., c. 26.
(2) Acaescio que antiguamente desque fue conquista la tierra de « los Nauarros, la tierra de Alaua era senorio apartado : Y este senorio era quai se lo querian lomar los hijos dalgo, y labradores naturales de aqiiella tierra de Alaua, y a las vezes lomauan por senor alguno de los reyes de Castilhi, y a las vezes del senor de Viscaya, y a las vezes al senor de Lara, : y a las vezes al senor de los Cameros. Y en todos los tiempos passados ningun rey no senorio en esta tierra, ni puso alli officiales para hazer iusticia, ni las villas de Bittoria y de Treuino que eran suyas del rey, y aquella tierra sin aquellas villas Uamase confradria de Alaua » Juan Nuilez de Villasan, Hist. de Alfonso XI, c. iOO.
(3) « Deuedes saber que villas y lugares ay en Castilla, que son llamadas Behetrias de mar a mar : que quiere dezir que los moradores y vezinos en los taies lugares, pueden tomar senor à quien siruan, y acojan en ellos
Victoria était la capitale de TAlava. Parmi les autres villes . d'une certaine importance, figurent Treuino, Hiranda, démembrée plus tard de la province, Salvatierra, et Armentegui, aujourd'hui bien déchue.
La Biscaye (Biscaya) est appelée Biscagia par Roderic de Tolède, et Vizcaia par Sébastien de Salamanque. D'après Oihénart, ce nom signifierait, dans le langage du pays, terre âpre et monlueuse (1). Cette province s'étend, sur onze lieues de long et de large, entre le Guipuzcoa au levant, l'Alava et la partie montueuse de la Vieille Castille ap midi, la contrée dite las Asiurias de Santillana au couchant, et TOcéan au nord. Oïhénart dit que, de son temps, les Biscayens divisaient leur pays en trois régions, dont chacune jouissait d'un droit de suffrage égal dans \esjuntas ou assemblées : i® les villes, au nombre de vingt et une, et dont les principales sont Ordunia, Vermco , Durango et Bilbao ; 2® soixante - douze grandes paroisses rurales, désignées sous le nom d'anteiglesias ; 3"^ le canton nommé incartationes^ parce que les terres en avaient
quales ellos querran, y de qualqaier linaje que sea : y por esto son llaniados Behetrias de mar à mar : que quiere dezir que toman senor si quieren de Seuilla, si quieren de Viscaya, o de otra parte : y los lugares de las Behetrias son unas que toman senor de cierio linaje, y de parientes suyos entresi ; y olras Behetarias ay, que no an naturaleza con linajes, que sean naturales dellos ; y estan taies senor de linajes quai se pagan : y dizen que todas estas Behetrias paeden tomar y mudar senor siete vezes aldia, y esto se enliende quanlas vezes, les plazera, y entendieren que los agrauia el que los tiene. » P. Lopez de Atala. V. de Pedro, rey de Castilla, c. XIV. — « Hà se pues de saber que en Castilla la vieja y en el reyno de Léon, aula muchos lugares Ilamados Behetrias, nombre corronipido de Benefatorias : estos lugares, teniendo en elios el rey a'gun dominio y cierlos derechos y trihutos, tomauan el seilor que les plazia, y lo dexauan quando querian : Porque la preheminencia de la Behetria era mudar seiîor por sola su voluntad, diziendo con quien bien me hiziere, con aquel me yre, de donde se tomo el nombre de Benefatorias y se corrompio el Behetria. » Ce dernier passage est emprunté au travail de Morales sur la généalogie de saint Dominique. (1) Oïhénart, iVot. utr. Vase, p. 154-62,
été récemment concédées à baux emphytéotiques (1). Andrès de Poça aflirme qu'au xvi® siècle, la limite occidentale de ce pays englobait encore le château d*Urdiales et son ressort, lesquels ne sont situés qu'à cinq lieues de Portugalele. Cette assertion se trouve confirmée par le témoignage d'un écrivain postérieur, qui fait commencer la Navarre au port de Huuiarz, et la prolonge jusqu'à la petite rivière de Castre, qui sépare les royaumes de Navarre et de Caslille (2). Or, cette rivière ne peut être que celle qui passe près d'Urdiales. Cependant Oïhénart cite un ancien document qui circonscrit la Biscaye entre deux cours d'eau, la Galharaga et la Deva (3). Le même auteur rapporte aussi une tradition constante d'après laquelle les vallées d'Orozco et de Llodio auraient jadis appartenu à la Biscaye.
Les origines de cette province sont fort ol^scures, et Ton ignore à qui elle obéissait au moment de loccupation sarrazine. Il est permis néanmoins de supposer qu'avant les règnes de Sanchel, roi de Pampelune, et d'OrdonoII, les Biscayens vivaient comme les Alavans, c'est-à-dire tantôt libres et tantôt soumis aux rois des Asturies et de Léon, en attendant de reconnaître l'autorité des rois de Pampelune. Le lecteur se souvient, en effet, que les anciens privilèges de Roncal prouvent, pour cette dernière époque, l'union de l'Alava et de la Biscaye. D'un autre côté, certains historiens espagnols racontent qu'Ordono, fils d'Alfonse le Grand, roi des Asturies et de Léon (867-912), fut battu par les Biscayens. Si le fait est vrai, les vainqueurs ne purent vraisemblablement échapper à la vengeance d'un ennemi aussi redoutable qu'Ai fonse, qu'en se
, (2) Terra régis Navarrœ incipit a portu de Huuiarz, et protenditur usque ad aquam quae dicitur Castre, qua» dividit t«rram régis Navarrae a terra régis Castellae. Roger. Uoveden, Annal. Tokt.
(3) De rivo Galharraga uscjue in flumen de Deua, id est tota Viscaya. TabuL voti S. Smiliani.
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plaçant sous la protection d*un prince voisin et puissant, comme Tétait Sanche, souverain de Navarre, dont la fille Velasquita avait épousé Munion, comte de Biscaye (1). Cette opinion a pour elle Tautorité d'un célèbre historien espagnol, Sandoval, qui, dans sa généalogie de la maison de Haro, dit, à propos de Loup le Roux, septième seigneur do Biscaye, qu'à cette époque et à d'autres, ces seigneurs étaient soumis aux rois de Navarre. Quoi qu'il en soit, le même historien (2), ainsi que Garibay (3), prouvent jusqu'à Tévidence qu'il en fut ainsi de répoque de Sanche le Grand à celle, de Sanche le Sage (4). La seule objection possible résulte de ce que, pendant la guerre soutenue par Garcie-Ramire et Sanche, son fils, rois de Navarre, contre les rois de Castille, deux membres de la maison de Haro, Loup-Didac et son fils Uidac-Loup, seigneurs de Biscaye, servirent constamment la cause des rois de Castille. Roger Hoveden nous apprend môme, dans la dernière partie de ses Annales de Tolède, qu'en 1177 Loup- Didac figurait parmi les personnages députés par Alfonse VIII à Henri II, roi d'Angleterre, chargé de régler amiablcmenl les différends des rois de Castille et de Navarre. Néanmoins, la situation prise par Loup-Didac et Didac-Loup vis-à-vis de ces derniers, n'autorise pas à croire que les Biscayens aient suivi l'exemple de leurs seigneurs. Garibay, Çurila (5) et Sandoval ont même prouvé le contraire. Ce dernier fait remarquer avec raison qu'à l'époque en question, les deux partisans d' Alfonse Vil et d'Alfonse VIII sont toujours qualifiés, dans les actes, de comtes de Castille et de Najera, et jamais de comtes
(1) RoDERic. ToLETAN., Htst. arob.y t. V, c. ii. {t) Saj^doval, Stemm. C&mit. Viscayœ; Comment, ver. Monast. S. jEmil., J 41 ; Catal. episc. Pompelonens.
(3) Garibay, Compend, hist., lib. XXI!, c. 27, 30, 37; lib. XXIV, c. 6.
(4) De 4 035 à 4076. On sait que durant celte période, la Navarre demeura quelque temps sans souverains particuliei*s.
(5) ÇuaiTA, Anales de Aragon^ a. 4 437.
do Biscaye (1). Il est donc permis de croire que Loup-Didac avait été dépouillé de son comté par Garcîe, roi de Navarre, ou même que, selon Tusage espagnol, le vassal avait renonce à son fief pour s'attacher plus librement au roi de Castille. Celle supposition se trouve même confirmée par certains documents tirés des archives de Pampelune, et dont il résulte que, sous le roi Garcie(i173), I^troGeuara possédait le comté de Biscaye, qui, sous le règne de Sanche, appartenait au comte Vêla (1198). Ce qu'il y a de certain, c'est que du vivant de "Sanche, la Biscaye revint, par fortune de guerre ou par lefTet des traités, à la maison de Haro, et que cette province fut alors annexée au royaume de Castille.
Certains ont prétendu que, pour l'élection de leur comte, lesBiscayens jouissaient jadis des mêmes privilèges que les Alavans, et ce que Salazar, Garibay et Sandoval racontent de l'élection de Çuria, premier comte de Biscaye, est favorable à cette opinion. Après la mort du comte Sanche-Loup, son titre fut conféré, non pas à l'un de ses enfants, mais à Inico Ezquerra, ce qui serait une preuve nouvelle en faveur du libre choix que les Biscayens pouvaient faire de leur seigneur (2).
L'origine et la série des premiers comtes de Biscaye est pleine d'obscurités, et les annalistes ne commencent à marcher sur un terrain solide qu'à partir de Loup-Inigo, qui
(1) Sandonal, Catal. episc. Pompelon, fol. 81. — Garibay, lib. XXII, c. 30, argumente dans le même sens en parlant de Didac Loup : «t El quai es tan celebrado en las escripluras destos liempos, que en algunas hallaran, tener el senorio de Vilhorado, y en olras el de Granon, en otras cl de Castilla la vieja, en otras el de Valdegouia, en otras el de Bureua, en olras el de Nagera, y en otras el de Pancoruo, en otras el de Rioja, en otras el de Soria, y en olros sefiorios, pero lodo ello per mano del rey, aunque en los laies instrumentos nunca es intitulado senor de Biscaya. »
l2) A son avènement, le seigneur de Biscaye était tenu de prêter serment suivant un cérémonial particulier, décrit par Andrès de Poça, De la antigua lengua, poblaciones y comarcas de las Espanas, et surtout par Médina, lib. II, cap. 131.
vivait en Tan iOOO. L'examen des temps antérieurs ou postérieurs à cette date m'entraînerait beaucoup trop loin, et je me borne à recommander au lecteur, désireux de les étudier en détail, Texcellent travail où Oïhénart résume, avec autant de clarté que de critique, les recherches de ses prédécesseurs sur les seigneurs de la Biscaye. Cette province continua de posséder ses comles particuliers jusqu'au xiv« siècle. En 1351, l'un d'eux, Nunez de Lara, mourut prisonnier de Henri de Transtamare, qui mit la main sur ses domaines. Nunez avait deux sœurs : Jeanne, mariée à un frère naturel de Henri H, roi de Castille, et morte, plus tard, sans enfants; Isabelle, femme de Jean, infant d'Aragon, et mère de Florencia. Henri de Transtamare retint captives Jeanne et Isabelle. Mais la fille decette dernière parvint às'échapper, et trouva asile auprès de Gaston-Phœbus, vicomte de Béarn, dont elle épousa le frère naturel, nommé Pierre. De cette union naquirent Pierre et Adrienne, morts avant leur mère. Henri avait pour femme Jeanne, fille de Blanche de Lara, issue elle-même de la maison des comtes de Biscaye. Le roi de Castille mit ce prétextera profit, pour annexer à ses états la Biscaye qui n'en fut plus séparée.
Le lecteur est suffisamment fixé sur cette contrée, et j'arrive enfin à la province de Guipuzcoa, ainsi désignée en espagnol, mais appelée /pitôcoa par ses propres habitants (1). Oïhénart veut que ce nom vienne des Bituriges Yivisci, peuple de l'Aquitaine, qui n'était pas, dit-il, situé très loin du pays de Guipuzcoa, avant rétablissement des Yascons dans le sudouest de la Gaule (2). Cet écrivain fait valoir, à l'appui de sa
(4) OÏHÉNART, Not. utr. Vosc, p. 371 et s.
(2) OÏHÉNABT, Not. utr. Vase, p. 463. D*après cet auteur, dont je cite ropînion sans me l'approprier, les Espagnols sont enclins à faire précéder d'un g les mots commençant par une voyelle. « Dicit enim Guevo pro ovo, Gtiertopro horto, Guessa pro osse in quibus omnibus littera G super-^
conjecture, deux passages de Frédégaire (1) et d'Aymoin (2), où il est dit que la Cantabrie avait été conquise par les Francs et gouvernée par le duc Francien, et qu'elle passa ensuite sous la domination des empereurs de Conslantinople, auxquels elle fut enlevée par le roi wisigolh Sisebut.
Quoi qu'il en soit de Tétymologie du pays de Guipuzcoa, il était borné au levant par la Bidassoa, petit cours d'eau qui la séparait du Labourd, au midi par le royaume de Navarre et une partie de TAlava, au couchant par la Biscaye et une autre portion de TAlava, et au nord par TOcéan (3;.
Du temps d'Oïhénart, le Guipuzcoa se divisait encore en trois districts, qui portaient le nom de Certanes dans le langage du pays. Le premier était arrosé par la Deva, le second par rUrola, et le troisième, qui était le plus considérable et s'étendait jusqu'au Labourd, par le cours d'eau de TOria (4).
Les principales villes et bourgades du Guipuzcoa sont : Tolosa, Fontarabie, Plasencia, Onate, Mondragon, Vergara, Azpeytia, Azcoytia, Salinas, Maia, Devâ, Heybar, Elgayuar, Çumaya, Orio, Cestona, Villareal d'Urrechoa, Le Passage, Guelaria, Motrice, etc., etc.
J'aurais pu abréger beaucoup celte géographie historique
vacua est. » Dans le cartulaire de l'église cathédrale de Bayonne, Saint- Sébastien, en Guipuzcoa, est désigné sous le nom de Sanctum Sebastianum de Pusico.
(4) Fredeg., Chron.f c. 33.
(2) Aymoin, Histar. Franc.^ lib. IV, c. 43.
(3) De rivo de Galharraga usque in flumen de Deva, id est tota Yiscaya : et de ipsa Deva usque ad Sanctum Sebastianum, id est tota Ipuscoa. Taînil. Vot. S. ^milian. Dans la dernière partie des Annales Tolet., Roger Hoveden étend le comté de Bayonne jusqu'au port de Huars ou Uuiars (en basque Oiharzun)y ce qui prouve que de son temps, le petit fleuve de la Bidassoa, la ville de Fontarabie et le bourg de Irun Urançu étaient en dehors du Guipuzcoa, et dépendaient du comté ou vicomte de Bayonne.
(4) OÏHÉNART, Not. utr. Vase, p. 465-»i7, expose d'une manière très exacte et très détaillée l'hydrograpbie du Guipuzcoa.
du Pays Basque transpyrénéen , et écarler bien des détails dont je n'ai pas à argumenter dans mes études sur Torigine des Basques. Le lecteur me pardonnera de m'ètre appesanti sur un sujet très peu connu, maïs que je ne pouvais épuiser ici. Il voudra également ne pas perdre de vue que les Vascons espagnols, cernés d'abord à tous les aspects par des tribus de race étrangère (celtique et aquitanique), ont ensuite étendu leur domaine , ce qui suppose nécessairement un mélange avec les anciens habitants sur lesquels I administration romaine avait pesé avec autant de persistance que d'énergie. Il voudra bien considérer en6n, que depuis l'entrée des Wandales et des Wisigotbs en Espagne jusqu'à nos jours, les Basques transpyrénéens, héritiers des anciens Vascons, ont été toujours entourés par les populations profondément romanisées de l'Aragon, de la Navarre occidentale et de la Vieille Castille. De ce triple fait, exclusivement constaté à l'aide de textes et documents^ je crois déjà pouvoir conclure historiquement que les Basques actuels de l'Espagne septentrionale ne sont pas les représentants directs et purs des anciens Vascons, et que chez eux, comme chez toutes les autres peuplades placées dans des conditions semblables, l'intégrité de la race primitive s'est fatalement altérée, tant par les conquêtes des Euskariens que par leurs rapports multipliés, pendant plus de deux mille ans, avec les populations limitrophes.