‹ Études sur l'origine des BasquesChapitre 26 sur 39 · VI. Aucun document positif ne démontre que les plus anciens · texte numérisé non relu

VI. Aucun document positif ne démontre que les plus anciens

habitants de VE^^pagne aienl jadis parlé tou^ le môme idiome ; el les léinoi^:iai;es concordanls d'un gmnd nombre d'auleurs classi(|iics pmuvonl au conlrairc que, dès laurore des lemps hisiori(]uos, cp pays ciail occupé par des peuples de races el de langue^ différenli^s.

Le domaine du basque actuel comprend, en Espagne, les provinces de Biscaye, Alava, Guipuzcoa, el une partie de la Navarre iranspyrénéenne ; el, en France, le Labourd, la Basse- Navarre el la Soûle.

Depuis Tanliquilé jusqu'à nos jours, les Vascons el les Basques ont élé constamment cernés par des peuples parlant d'autres langues que la leur.

L'Fskuara a perdu du terrain depuis les temps historiques, et, bien que son existence remonte beaucQup plus haut, elle n'est positivement constatée qu'à partir du xii*^ siècle pour la région Iranspyrénéenne, et à dater du xiii* siècle pour la région cispyrénéenne.

Les plus anciens monuments littéraires du Basque aujour* d'hui connus, ne remontent pas plus haut que les xv« et xvi° siècles, et ils sont plus ou moins obscurs, quand ils ne sont pas complètement inintelligibles.

L'Eskuara n'a pas d'alphabet particulier, et certains phénomènes phonétiques qu'on lui croit propres se retrouvent dans les langues romanes circonvoisines, auxquelles le vocabulaire euskarien a fait de nombreux emprunts.

Le basque est une langue agglutinante, qui porte des traces nombreuses d'un monosyllabisme antérieur. Cet idiome forme ses mots par composition et dérivation. Dans le premier cas , il n'est pas rare de voir se produire, mais avec une intensité relativement médiocre, le phénomène holophraslique dit aussi d'encapsulaiion.

La morphologie de TEskuara est très généralement carac-

térisée par des postpositions, dont l'office consiste à modifier diversement l'idée exprimée par le radical. II* Pabtie,.chap. IP.

YII. Le basque ne saurait être légitimement rattaché aux idiomes de l'Arrique, et particulièrement aux langues berbères.

Les prorondes difTérences morphologiques de TEskuara et des idiomes de la famille sémitique, excluent toute idée d'affinité, malgré la possession commune d'un certain nombre de termes caractéristiques d'idées fort simples et d'une civilisation rudimentaire.

Il n'existe entre le basque et les idiomes de la famille aryenne, aucun indice vraiment significatif de parenté; car l'Eskuara na jamais dépassé la période agglutinât! ve , et l'idiome des anciens Aryas s'était déjà élevé jusqu'à la flexion. Si la possession commune d'un certain nombre de termes caractéristiques d'idées fort simples et d'une civilisation peu avancée laisse, à la très grande rigueur, place pour l'hypothèse d'une origine commune extrêmement reculée, ou pour celle de très-anciennes relations établies ailleurs qu'en Espagne entre les ancêtres des Basques et certains peuples de la famille indo-européenne, cette possession s'explique beaucoup plus naturellement par les rapports prolongés des Vascons avec les tribus celtiques qui confinaient à leur territoire.

L'Eskuara et les idiomes touraniens présentent d'importantes et nombreuses dissemblances; mais ils possèdent en commun plusieurs termes caractéristiques d'idées simples et d'un état social fort peu avancé. Huit noms de nombre sur dix offrent aussi, des deux côtés, des analogies que le lecteur a pu apprécier. Enfin, il existe certains rapports entre la conjugaison basque et celle de quelques idiomes touraniens, notamment le samoyède, le mordvine et le hongrois,

A cAté d'importantes etnombreuses dissemblances, le basque et les langues de l'Amérique, et principalement les idiomes du

Nord, présentent, au point He vue de la formation de mots, de la déclinaison, de la conjugaison, et au point de vue du système de numération, des rapports et analogies qu'il serait difficile de méconnaître.

L'état actuel des informations philologiques semble donc recommander de préférence le domaine touranien et le Nord de l'Amérique aux futurs investigateurs. — II'' Partie, CHAP. ni.

VIII. La toponymie ancienne de l'Espagne, imparfaitement recueillie par les auteurs classiques, s'est trouvée exposée depuis à de nombreuses erreurs de copistes. L'idiome basque s'est tellement modifié depuis le ny^ siècle, qu'il est toujours très-difficile, quand il n'est pas absolument impossible dexpliquer les premiers textes connus qui remontent à cette époque. Ainsi, même en admettant, contre le témoignage des auteurs anciens, qu'il n'ait été parlé jadis qu'une seule langue en Espagne, nous ne pouvons avoir confiance ni dans la matière à interpréter, ni dans le moyen d'interprétation. Il a été aussi démontré, par un nombre suffisant d'exemples, que le baron Wilhelm de Humboldt et ses disciples ont abordé ce travail avec une étude très-incomplète du basque, et qu'ils ont pris pour des mots purement euskariens des termes évidemment empruntés aux glossaires latin et roman. — II' Partie, CHAP. IV, § 1 .

IX. Le procédé de lecture des légendes qui se trouvent sur les médailles dites ibériennes, est jusqu'à un certain point acceptable en théorie ; mais les inconvénients qu'il présente dans la pratique équivalent à sa condamnation absolue. Les objections soulevées par cette portion du livre de M. Boudard, réfléchissent contre les travaux antérieurs. Enfin, la méthode d'interprétation des légendes, infirmée par les mêmes raisons générales qui s'élèvent contre la théorie de Humboldt, l'est encore davantage par Tinsuifisance évidente de la préparation

historique et philologique de Tauteur de la NumisnMique ibérimne. — 11^ Partis, chap. IV, § 2.

La toponymie ancienne de l'Espagne et la numismatique, dite ibérienne, ne jettent donc aucune lumière sur le problème de l'origine des Basques.

X. Les monuments du droit euskarien ne remontent pas plus haut que la Téodalité, et ne descendent pas plus bas que le xvii'' siècle. Leur étude attentive ne révèle, quoi qu'on en ait dit, aucune disposition véritablement originale et caractéristique, à un degré quelconque, d'un état juridique particulier. Tout s'explique par les règles générales de l'ancienne législation féodale et coulumière, par l'imitation plus ou moins libre des statuts du nord de l'Espagne et de ceux de la Gascogne, par divers événements historiques, et par les nécessités d'un régime pastoral, dont il est facile de retrouver les manifestations similaires ou analogues parmi les anciennes populations de toute la chaîne des Pyrénées. — II® Partie, chap. Y.

XI. Les prétendus chants héroïques des Basques {Chant des Cdntabres^ Chant dAliabiscar et Chant dAnnibal) sont des pièces récentes et apocryphes, et il n'est permis d'en tirer aucun parti pour l'histoire politique ou littéraire des Euskariens. — IP Partie, chap. VI. »

Telles sont les conclusions spéciales qui me paraissent découler des divers chapitres de cet ouvrage. La toponymie ancienne de l'Espagne, la numismatique dite ibérienne, le droit coulumier et les prétendus chants héroïques, ne jettent donc, jusqu'à présent, aucune lumière sur le problème de l'origine des Basques. Nos moyens d'information sont limités à l'histoire positive, à l'anthropologie et à la philologie comparée. Ces trois sciences constatent unanimement que les Basques sont un peuple fort mélangé. Aucune découverte anthropologique vraiment sérieuse ne permet de les relier aux populations de l'Afrique ou du Nouveau-Monde; mais les tra-

vaux de H. Pruner-Bey tendraient à les rapprocher du type mongoloïde. UEskuara ne présente aucune affinité morphologique avec les idiomes africains, sémitiques et aryens; mais il est plus légitime de le rapprocher des langues du groupe louranien, et encore plus de celles de la partje septentrionale du Nouveau-Monde. C'est donc dans le domaine touranien et dans TAmériquc du Nord que les futurs investigateurs me paraissent désormais appelés à opérer utilement.

La critique impartiale m'apprendra ce que je dois penser de ce livre dont je puis dire, la main sur la conscience, que depuis quatorze ans, je n'ai pas passé un seul jour sans y travailler, ni une heure sans y penser. Dieu merci, je n'ai rien à prendre sur moi pour accepter d'avance la décision de mes juges ; mais je me croirais trop payé de mon travail, s'il pouvait faci* liter la tâche de ceux qui reviendront après moi sur le problème de l'origine des Basques.

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