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LES VASCONS ET LES BASQUES CISPTRÉNÉENS

Dans le précédent chapitre, je me suis attaché à étudier, sous le double point de vue de l'histoire et de la géographie, les VasGons et les Basques espagnols, et je voudrais maintenant consacrer un travail semblable aux Yascons et Basques français.

Il est difficile de préciser l'époque où les Vascons franchirent les Pyrénées pour descendre dans la Novempopulanie. Joseph Scaliger (1) dit que les Cantabres et les Vascons, vaincus par Messala, vinrent s'établir dans les pays des Tarbelles ; mais c'est là une erreur démontrée par maints passages de Strabon, de Ptolémée et de Pline, écrivains postérieurs à Messala. Tous trois placent les Vascons et les Cantabres en

(1) JOS. SCALIGEB, ÀUSOn. kct., C&p. 6.

Espagne, et aucun auleur ne cite des peuples du même nom parmi ceux que Messala ramena à l'obéissance, durant son expédition en Aquitaine. Il n'en est pas parlé davantage dans l'élégie où TibuIIe célèbre les victoires de ce général (1).

D'autres historiens prétendent que Pompée soumit les Vascons en Espagne, et que craignant des révoltes nouvelles, il les transporta en Aquitaine, où ils prirent le nom de ConvencBj et occupèrent le pays qui devint plus tard le Comminges. Celte opinion a contre elle, comme la précédente, le témoignage des anciens auteurs, et elle ne repose que sur un passage d'Isidore de Séville. Mais Isidore s'est trompé, et le doute n'est pas permis, en présence du témoignage formel de saint Jérôme, qui fait des Gonvènes un mélange de Yettons, d'Arévaques et de Cieltibères (2). D"ailleurs, il est prouvé, par deux passages d'Ausone , qui vivait sous l'empereur Gratien, qu'à celte époque les Tarbelles occupaient toujours le même territoire, et que les Vascons étaient encore en Espagne (3).

(1) TiBUL., lib. I, Éleg. 8.

(2) Nimirum respondet generi suo ut qui de latronum et Convenarum nains est semine, quos Cnseus Pompeius edomità Hispaniâ et ad triomphum redire feslinans, de Pyrenœi jugis deposuit, et in unum oppidum congregavit, unde et Convenarum urbs nomen accepit. Hue usque latrocinetur contra ecclesiam Dei, et de Vettonibus, Arevacis, Geltiberisque descendens, incurset Galliarum ecclesias... Htkbonim., In Vigilant.

(3) Et quando iste meas impellet nuntius aures, Ecce taus Paulinus adest, jam ninguida linquit Oppida Iberorum, Tarbellica jam tenet arva, Ebromagi jam tecta subit.

AïïsoN., Epist, XXIII.

Verlisti Pauline tuos dulcissime mores, Yasconis boc saltus et ninguida Pyrenœi Hospitia, et nostri facit hoc oblivio cœli Imprecer ex merito, quid non tibi Iberica tellus. Id, Epist. XXV.

La réponse de Paulin à Ausone confirme le témoignage da ce dernier sur le pays alors habité par les Vascons :

Tout porte à croire, en TabseDce de témoignages précis, que les Vascons entrèrent en Aquitaine après l'occupation de TEspagne par les Wandales et les Wisigolhs, et qu'ils occupèrent d'abord la région montagneuse connue plus tard sous le nom de Pays Basque (Labourd, Basse-Navarre et Soûle) (1). Peut-être s'emparèrent-ils aussi de la contrée qui devint plus tard le Béarn. C'est du moins l'avis d'Oïhénart; mais cet écrivain ne pense pas que les Vascons aient alors étendu leurs conquêtes jusqu'au Bigorre (2).

Elie Yinet, s'appuyant sur un vieux parchemin écrit vers liOO, par un prêtre de l'église d'Auch, veut que sous Clovis, les Vascons aient quitté leurs montagnes, envahi l'Aquitaine, tué les comtes et vicomtes établis dans cette province par. le roi, et qu'ils en aient mis d'autres à leur place. Vinet fixe la date de cette conquête vers 590 (3) ; mais le document en question n'a aucune valeur^ en ce qui a trait à la qualité de son prétendu rédacteur et à l'invasion dont s'agit.

J'arrive à des témoignages autrement sérieux. Fortunat nous apprend que, de son temps, les Vascons descendaient souvent pour faire des incursions dans la Novempopulanie (4), et Grégoire de Tours est encore plus précis : « Les Vascons s'élançant des hautes montagnes, descendent dans la plaine, ravageant les vignes et les champs, brûlant les maisons, et

Quid tu mihi vastos Vasconiœ saltus, et ninguida Pyrenaei Objicis hospitia? In primo quasi limina fixus Hispanae regionis agam?

(1) Il résulte néanmoins de divers passages de Grégoire de Tours, que les rois Franks possédaient encore les villes de Lapurdum, de Beneharnum, de Bigorra et de Lugdunum Ck)nvenarum.

(2) OÏHÉNART, Nota. utr. Vasconiœy p. 386.

(3) Elias ViNETCS, InAuson. Et)ist. XXV, n® 493.

(4) Cantaber ut timeat, Vasco vagus arma timescat, Atque Pyreneœ deserat Alpis openi.

Fortunat. L. X, c. 22.

amenant quelques habitants captifs avec leurs troupeaux. Le duc Astrovald marcha le plus souvent contre eux, mais il n'exerça que de faibles vengeances (1). »

Déjà, avant Astrovald, le duc Bladastes s'était mis en campagne contre les Vascons, sous le règne de Chilpéric I, vers 581. Mais cette expédition n'aboutit point, et Bladastes y périt lui-même avec la plus grande partie de son armée (2). Les Vascons furent défaits, vers 607, par les rois Théoderic et Thoodebert, et forcés d'accepter de leurs vainqueurs un duc nommé Génialis. Cette soumission ne dura guère que jusqu'en 627, époque où ils se révoltèrent contre Clotaire, à l'instigation de Pallade et de son fils Senoc, métropolitain d'Eaaze (3j. Ils furent de nouveau ramenés à l'obéissance, en 632, par Charibert, roi d'Aquitaine et frère de Dagobert ; mais, peu de temps après la mort de Charibert, ils se révoltèrent de nouveau (636), et recommencèrent à dévaster les régions voisines. Dagobert fit lever une forte armée chez les Burgundes, et mit à sa tète Chadoin, homme aussi habile qu'énergique. Chadoin fit aux Vascons une rude guerre, ravageant leurs champs et brûlant leurs maisons. Il les battit, grâce à la supériorité numérique de ses troupes, les força de se réfugier sur les sommets de leurs montagnes, et de promettre enfin fidélité à Dagobert. Cette soumission fut pourtant assez chèrement payée. Arimbert, chef d'un autre corps d'armée, périt dans la vallée de la Soûle,' avec la plupart de ses officiers (4).

(1) Vascones vero montibus prorumpentes in plana desoendunt, vineas agrosque depopulantes, domos tradentes incendie, nonnullos abducentes captives cum pecoribus, contra quos saepius Astrovaldus Dux processit, sed parvam ultionem exercuit ab eis. Greg. Tubon., lib. IX, c. 7.

(2) Gbeg. Turon., lib. VI, c. 42; Fredbgàr., Histor, Franc. Epit., c. 8.

(3) Frsdegar., Chrome. , c. 54.

(4) Anne XIY regni Dagoberti, cum Yuascones fortiter rebellarent et mnltas prϞas in regno Francorum, quod Charibertus tenuerat, facerent, Dagobertus de univerao regno Burgundiv exercitum promovere jubet,

Les révoltés et les incursions des Yascons recommencèrent après la mort de Dagobert ; mais les historiens anciens nous en disent peu de chose, et tout se réduit à peu près là-dessus à quelques lignes de Prédégaire (1). Un autre passage du même auteur nous apprend qu'en 764, les Yascons occupaient la Novempopulanie jusqu'à la Garonne. « Le roi Pépin s'avança jusqu'à la Garonne, et là les Yascons qui demeurent au-delà de ce fleuve se rendirent devant lui. Ils lui prêtèrent serment, lui donnèrent des otages, et s'engagèrent à tenir toujours le parti du roi et de ses deux fils, Carie et Carloman. Beaucoup de gens du parti de Yuaifar vinrent aussi se soumettre. Le roi Pépin les prit avec bienveillance sous sa domination (2). ))

Les Yascons occupaient donc, en 767, toute la Novempopulanie, qui s'étendait jusqu'à làHiaronne, et le témoignage

statuens eis caput nomine Ghadoinum referendarium In Yuasconiam cum

exercitu perrexissent et tota VuasconiaB patria ab exercitu Burgundiœ fuisset repleta, Vuascones de intermontium rupe egressi ad bellum properant : cumque prœliare cœpissent, ut eorum mos erat, terga vertentes, dum cernèrent se esse superandos in faucibas vallium montis Pyrensei latebram dantes, se locis tutissimis per rupes ejusdem montis conlocantes latitarunt. Exercitus post tergum eorum cum ducibus insequens, plurimo numéro captivorum Yuascones superatos seu et ex his multitudine interjectis, omnes domus eorum incensas pecuniis et rébus exspoliant. Tandem Yuascones oppressi seu perdomiti veniam et pacem a suprascriptis ducibus petentes promittunt se gloriœ et conspectuî Dagoberti régis prsesentaturos et suae ditioni traditos ab eodem injuncta impleturos, féliciter hic exercitus absque ullâ laesione ad patria fuerunt repedati . Sed Arimbertus dux maximus cum senioribus et nobilioribus exercitus sui per negligentiam a Yuasconibus in valle Subolâ fuit interfectus. Fredeg., Chron., c. 78.

(1) Pnedictus rex Pipinus usque ad Garonnam accessit; ibi Yuascones qui ultra Garonnam commorantur, ad ejus prœsentiam venerunt, et sacramenta et obsides prœdicto régi donant, ut semper fidèles partibus régis ac filiis suis Carolo et Carlomanno omni tempore esse debeant. Et alise mulUe quam plures ex parte Vuaifarii ad eum venientes et se suœ ditioni subdiderunt. Rex vero Pipinus benigniter eos insuam ditionem recepit. FredeGm Chron , ad an. 767.

(S) Fbbdboàe., Chron.t c. 78.

-iode Frédégaire se trouve d'ailleurs confirmé par un passage de l'auteur de la vie de Louis le Débonnaire, qui fait de ce fleuve la limite des Vascons et des Aquitains (1).

Ainsi, les Vascons occupaient déjà le versant nord des Pyrénées occidentales dans la seconde moitié du vi® siècle et, en 767 , ils étaient maîtres de toute la Novempopulanie. J'en ai dit assez sur les incursions de ce peuple et sur la résistance des Franks, pour me dispenser de discuter en détail les opinions erronées des auteurs qui veulent que la Novempopulanie leur ait été concédée (2). Il s'agit maintenant de déterminer à quelle époque les Vascons (Vascones) ou Basques (Vasd) qu'il faut soigneusement distinguer des Gascons (Gas^ canes), commencèrent à être désignés par divers auteurs sous les noms de Foccet, Vasculi et Bascli.

Je lis dans un passage de la vie de Louis le Débonnaire, qu'une partie des Vascons (Vascones) s'étant révoltée en 809, Louis se rendit à Dax, et envoya ses troupes ravager le pays

(4) V. ViLlMd.Pn.

(t) Ainsi, ScÀLiGER, Notit. Galliœ, avance, sans preuves, qne les Vascons, vaincus par Pépin et ensuite par Louis le Débonnaire, furent cantonnés dans les plaines de la Novempopulanie. Cette assertion ne peut tenir devant les textes précis de Fortunat, de Grégoire de Tours, de Fredegaire et de l'auteur de la vie de saint Amand, apôtre des Basques cispyrénéens, à l'époque de Dagobert. « Gentem quamdam quam Vacceiam appellavit, quae nunc vulgo nuncupatur Vasconia. » Ajoutons-y le témoignage d'Isidore de Séville, qui a le tort de confondre les Vascons et les Vaccéens : « Hi Pyrsnei jugis peramplam habitant montis solitudinem , iidem et Vascones quasi Vaccones, C in S litteram demutatâ. Isid. Hispal., Origin.y lib. IX. » Un historien espagnol, Esteban de Garibat (lib. XXXI, cap. 2), se prévaut de quelques documents apocryphes pour attribuer à Eudes, duc d'Aquitaine, la concession de la Novempopulanie aux Vascons ; mais cette opinion a été complètement ruinée par Oïhénart, Notit. utr. Vase, p. 366 et suiv. Cet écrivain a également prouvé que l'auteur de la vie de saint Julien, évêque de Béarn, est dans le faux, quand il fait honneur de cette concession aux descendants d'Ëbroin^ maire du palais. /6td.,p. 393-94.

des insurgés, qui finirent par se soumettre (1). Par Vascons, rhistorien de Louis le Débonnaire entend évidemment désigner les Basques, dont le pays est voisin de Dax. Dans un autre passage relatif à une nouvelle révolte en 816, le même auteur donne à ce peuple, tantôt le nom de Vasci^ et tantôt celui de Vascones (2). L'auteur de la vie de saint Amand et Isidore de Séville appellent Vaccei (corruption probable de Vascei ou Fosct), les Gascons et les Basques réunis. Isidore de Béja applique aux Vascons la désignation de Vaccei (3), que Frédégaire accorde, au contraire, aux Gascons (4). Certains passages du cartulaire de Sordes, monastère situé à peu près sur les confins de la Gascogne et du pays Basque, prouvent

(4) Ât succedente sestate accito populi sui generali conventu (Ludovicas) retulit eis sibi delatum rumorem quod qnsedam Yasconum pars jampridem in deditionem suscepta, nunc defectionem meditata in rebellionem assurgeret, ad quorum reprimendam pervicaciam ire publica militas postularet. Hanc régis voluntatem omnes laudibus prosequuntur, nec talia in subditis contemnenda, sed potius severissime resecanda testantur. Moto igitur et disposilo prout oportuit exercitu Aquas villam pervenit, et ut ad se venirent qui infidelitalis insimulabantur jussit; sed illis venire detrectantibus, ad eorum vicinia devenit, cunctaque eorum depopulari manu militari jussit. Ad ultimum cunctis quas ad eos pertinere videbantur consumptb, ipse supplices venerunt, et tandem veniam perditis omnibus magno pro munere meruerunt. Vit, Ludovici PU, ad ann. 809.

(2) Sed et Yasconum (seu Yascorum) citimi qui Pyraenei jugi propinqua loca incolunt, eodem tempore, juxta genuinam consuètudinem levilatis, a nobis omnino desciverunt. Causa aulem rebellionis fuit, eo quod Siguinum eorum comitem propter morum pravorum castigationem, quibus pêne erat importabilis, ab eorum removit praelatione Imperator, qui tamen adeo sunt duabus expeditionibus edomiti ut serô paenituerit eos incaepti sui deditionemque magno expeterent voto. Vit. Ludov. PU, ad ann. 816.

(3) Tune Abderraman multitudine sui exercitus repletam prospiciens terram montana Yacceonim dissecans et plana et frelosa praecalcans terras Francorum intus experditat. Isidor. Pacensis, Chron., dans le t. YIII de VEspana sagrada de Florez.

(4) Dum hsBC agerentur Yuaifarius cum exercitu magno et plurimorum Yuasconum, qui ultra Garronam commoranlurj qui antiquitus vocati sunt Yaccei super praedictum regem venit, etc. Fredeg., Append. Chron., ad ann. 766. — Quelques éditions portent à tort Vacoei et Vaceti.

que jusqu'au xu"^ siècle, le nom de Vasci ne fut plus donné qu'aux habitants de ce dernier pays. L'expression de Vasculi (par contraction Vascli et Bdscli) n'est qu'un diminutif de la précédente. Elle ne parait pas remonter plus haut que le xii"" siècle, et je la trouve pour la première fois dans les actes du troisième concile de Latran , tenu sous Alexandre III (en 1479) (1). Le V initial a été changé en B, conformément à une règle essentielle de la phonologie basque et gasconne.

Le pays Basque français comprend le Labourd, la Basse- Navarre et la Soûle, dont je donnerai bientôt la géographie détaillée. Cette contrée, que l'auteur de la vie de Louis le Débonnaire (2) et celui de la Chronique de saint Arnulphe de Metz désignent sous le nom de Ciierior Vasconia, est appelée Vasciiania par Oïhénart (3). Ses limites paraissent avoir été d'abord plus étendues qu'aujourd'hui, et avoir englobé le val de Baztan, qui appartient maintenant à la Navarre espagnole, et cette portion de la province de Guipuzcoa, qui s'étend depuis le Labourd jusqu'au Fanum sancti Sebastiani. Il résulte, en effet, de plusieurs documents anciens, que le val de Bnztan était jadis régi par un vicomte, au-dessus duquel devait se trouver nécessairement un comte, qui ne pouvait être que celui du pays Basque cispyrénéen. Jusqu'au xiir siècle, c'est le gascon, dialecte du provençal, et non pas l'espagnol, qui a été employé comme langue orGcielle dans les deux districts en question (4). Le Labourd devait avoir, à l'origine, la même étendue que le diocèse de Bayonne. Nous voyons, en effet, dans une lettre adressée par Euloge à Willesinde,

(4) Le raôme mot se trouve dans la chronique du faux Turpin.

(2) Vit. Ludov. Pu, ad ann. 816.

(3) Oïhénart, Not. utr. Vase, p. 402.

(4) Ces deux districts dépendaient encore, au siècle dernier, du diocèse de Bayonne.

évéque de Pampelune, que la rivière d'Aragon, qui passe devant cette ville, prend sa source au pied des Pyrénées, dans les ports (Portants) de la Gaule, que Ton place généralement dans le val de Baztan. Ce pays n'appartenait donc pas alors à TEspagne. En6n, je trouve dans une description du diocèse de Rayonne, faite vers 980, par ordre de l'évèque Arsius, que la Gascogne obéissait alors au comte Guillaume-Sanche, sans qu'il soit fait mention d'aucun titulaire des royaumes transpyrénéens (4). Si quelqu'un de ces princes avait eu des droits sur une partie du Labourd, son nom aurait certainement figuré dans l'acte comme celui de Guillaume-Sanche.

Le pays Basque français eut d'abord ses chefs particuliers, dont je vais dresser rapidement la nomenclature, d'après les documents authentiques, parmi lesquels je ne comprends pas, bien entendu, la charte d'Alaon, dont la fausseté, déjà soupçonnée dès le siècle dernier, a été démontrée par M. Rabanis(2).

Loup (Lwpus), qui vivait du temps de Charlemagne (769), et dont certains ont fait, à tort, un duc de Gascogne.

ScHiMiN (Schiminus) qu'il ne faut pas confondre avec Sigwin {Siguuinus, Siguininus)^ comme le remarque fort bien Oïhénarl.

Gârsimire {Garsias Simirus), élu par les Basques transpyrénéens, en 815, et tué en 818 dans la guerre contre Louis le Débonnaire.

AzNAR (Azenarius), mort en 836.

Sanche (Sancius), frère d Aznar, et surnommé Mitarra. Il fut élu, en 851, duc de Gascogne, et fut le chef d'une lignée

(4) Cette pièce est rapportée en entier par Oïhénabt, Not. utr. Vase., p. 404-405.

{%) Rabakis, les Mérovingiens d'Aqmtaim. Paris, 4 856.

qui réunit sous son autorité cette province et le pays Basque (1 ).

Après ces généralités sur le pays Basque transpyrénéen, il convient de passer à la description détaillée des trois territoires dont il se compose, et qui sont, comme on le sait déjà, le Labourd, la Basse-Navarre et la Soûle (2).

Le Labourd (Lapurdum^ viceœmitatus Lapurdensis) était borné au nord par la vicomte de Maremne, au levant par la Basse-Navarre ou Navarre cispyrénéenne , au midi par la Navarce espagnole, au sud-ouest par le Guipuzcoa, au couchant par rOcéan, et au nord par une portion du pays désigné sous le nom de grandes Landes. Cette vicomte comprenait

(4)OïHtNABT,iVot. utr. Vasc.y p. 405, 440 et s. — ,La Navarre cispyrénéenne ne fut point réunie à la Gascogne avec le reste du Pays Basque, et elle continua de &ire partie, jusqu'en 4512, du royaume de Navarre. Les barons, les nobles et les délégués de Saint-Jean-Pied-de-Port, ville principale de la Navarre cispyrénéenne^ qui formait la Merindad de la tierra de Vascos, o de ultra puertoSy assistaient à l'assemblée des États comme ceux des cinq autr^ merindades. On ne saurait expliquer avec précision comment ce (Ûstrict se sépara du Pays basque cispyrénéen, pour se rattacher à la Navarre.

(2) Je ne veux pas laisser passer l'occasion de dire quelques mots de la Gascogne {Gasconia), que l'on ne saurait trop distinguer, je le répète, du Pays basque cispyrénéen (Vascitania) . La réunion de ces deux provinces forma la Vasconia Aquitanica d'Oïhénart, tandis que le môme historien donne le nom de Vasconia Iberica au Pays basque transpyrénéen, -r- Paul MÉRULà (Cosmog,, pars II, 1. III, c. 38] donne pour limites à la Gascogne la Garonne, les Pyrénées, l'Océan et la sénéchaussée de Bordeaux. La chancellerie romaine donnait le nom de Vasconia à la seconde Aquitaine, et de Vascmiia Curta à la province ecclésiastique d'Auch. Les annalistes karolingiens donnent indifféremment les noms de Gascogne ou d'Aquitaine à tous les pays qui reconnaissaient l'autorité de Hunald et de Waifer. Je pourrais citer plusieurs passages de Frédégaire où il étend aussi la Gascogne jusqu'à la Loire ; mais dans d'autres, au contraire, il la limite à la Garonne, et c'est à quoi la restreignent aussi les écrivains postérieurs.

La Gascogne ainsi réduite renfermait un très-grand nombre de fiefe et territoires, dont la composition détaillée sera fournie dans le travail que je prépare sur la géographie historique de ce pays, mais dont je ne puis signaler ici que les principaux.

Albret (pays d')^ Armagnac (comté), Astarac (comté), Auvillars (vicomte).

Bazadais (jntys de), Béarn (vicomte), Bidache (principauté), Bigorre

environ trente-six lieues carrées, dont sept et demie de long et six et demie de large (i).

Forlun-Sanche qui vivait, ainsi que son frère Loup^Aner, du temps de saint Austinde , archevêque d'Auch (4060) , est le

(comté), Bordeaux (comté, qui serait exclu par la délimitation de Paul Mérula), Born (prévôté de), Bruilhois (vicomte), Buch (captalat).

Chalosse (pays de), Gomminges et Gouserans (comté), Condomois (pays de) .

Dax (vicomte).

Fezensac (comté), Fezensaguet (vicomte), Fimarcon (marquisat), Fites et Refîtes (pays de).

Gaure (comté), Gimois (vicomte).

Isle-Jourdaiû (comté).

Lavedan (vicomte), Lomagne (vicomte).

Maremne (vicomte), Marsan (vicomte), Marensin (pays de), Médoc (pays de), Montanerès (vicomte).

Nébouzan (vicomte).

Oloron (vicomte), Orthe (vicomte) .

Pardiac (comté).

Quatre-Vallées (comté).

Rivière (judicature de).

Tartas (vicomte), Tursan (vicomte).

Verdun (judicature de).

Voici, d'après les documents authentiques, ' la série des ducs et comtes gascons, jusqu'à Sanche Mitarra, premier duc héréditaire de Gascogne :

G£NiALis. nommé duc, vers 607, par Theodebert et Thierry.

AiGHiNANES, régissait la province vers 627.

AiNANDcs, avait le môme emploi vers 637.

Eudes, IIukald et Waïfbr possédèrent à la fois l'Aquitaine et la Gascogne jusqu'en 7C8.

SiGuiM's, fait comte de Bordeaux par Charlemagne en 778, était aussi comte de Gascogne, d'après Oïhénart.

SiGUiNus II, duc de Gascogne, comte de Bordeaux et de Saintes, mourut ou fut fait prisonnier en 846, dans un combat contre les Normands.

ToTiLus. L'existence de ce duc, qui aurait battu les Normands, n'est attestée que par un passage du livre de Nicolas Bertrandi, De Gestis Tholo sanorum. J'ai prouvé la fausseté de ce texte dans une dissertation spéciale encore inédite.

Guillaume, duc de Bordeaux et de Gascogne, succéda à Siguinus, capturé par les Normands en 848, d'après la chron. Fontanel. Ce Siguinus ne serait-il pas celui le même que Loup de Ferrières fait tuer par les Normands en 846 ?

Je n'ai pas tenu compte, bien entendu, pour la formation de cette liste, des indications fournies par la charte apocryphe d'Alaon.

(1) ExpiLLY, Dict. géogr,, \^ Labourd.

premier vicomte de Labourd connu. Régine Torle, sa fille et son héritière, épousa Sanche-Garsie, qui la rendit mère de Garsie- Sanche, marié àUrraca et père de Bertrand (H 40-11 70). Ce dernier vicomte s'unit d'abord à Tota Orqueyna et ensuite à Ataresa. Il eut plusieurs enfants, notamment Pierre-Bertrand qui lui succéda, et mourut bientôt après. Pierre-Bertrand fut remplacé par son frère Arnaud-Bertrand, auquel succéda Guillaume-Raymond^ fils d'une sœur d'Arnaud-Bertrand. Guillaume-Raymond vivait en 1193, et Oïhénart le considère comme le dernier vicomte de Labourd. Il parle néanmoins de certains documents, d'après lesquels ce titre aurait encore été porté, en 1205, par un personnage du nom de Bertrand. Quoi qu'il en soit, ce fief fit peu de temps après retour au duché d'Aquitaine et tomba aux mains des Plantagenêts (1).

Le Labourd comprenait les trente-huit paroisses ci-après, qui ne formaient que trente-trois communautés, parce que certaines communautés embrassaient plusieurs paroisses.

Aigonne, Ainhoa, Anglet (bourg), Arbonne, Arranges et Bassussarry, Ascain (bourg), Atheze, Bayonne (ville, capitale du Labourd), Biarrits (bourg), Bidart (bourg), Briscons (bourg), Cambo, Cibourre (bourg), Espelelte, Guétary, Hacsou, Hasparren, Itsalsou, Larresore, Loursoa, Macaye, Mendiondo, Sarre (bourg), Souraïde, Saint-Esprit (le), Saint-Jean-de-Luz, Saint-Jean-le-Vieux , Saint-Pé et Serres , Sainl-Pé-d'Irube , Villefranque (avec Hendaye et Birialou), Urcuit, Uslarrits et Jatxou (2).

La Basse-Navarre est bornée au nord et au nord-ouest par le Labourd, au sud et au sud-ouest parla Navarre espagnole, à l'est par la vicomte de Soûle, et au nord-est par la vicomte

(4) OifléNÂRT, Not. utr. Vase, p. 644-46.

(2) ExpiLLT, Dict. géogr.y v® Bayonne. J'ai rectifié Torthographe toponymiqae, à l'aide du Dictionnaire topographique des Basses- Pyrénées de M. P. Raymond.

do Béarn. Son territoire s'étendait sur environ soixante lieues carrées, dont onze et demie de long sur sept de large (1). La Basse-Navarre, appelée aussi Na\)arra deçà-PortSy était une des six merindades de ce royaume. Les cinq merindades Iranspyrénéennes furent enlevées par Ferdinand le Catholique à Jean d'Albret, qui ne conserva plus que la merindad cispyrénéenne. Cette dernière passa ensuite aux Bourbons, et fut réunie à la France par Tavènement de Henri IV.

La Basse-Navarre se divisait en plusieurs territoires, dont je vais donner la composition détaillée.

Pays (ïArberouey comprenant les paroisses ou communautés d'Arberoue, Hélette, Isturits, Méharin, Subescun, Saint-Esteben, Saint-Martin. — Pays de Cize et châteUenie de Saint-Jean^ comprenant les paroisses ou communautés d'Ahatxe, Alciette, Aincille, Barcassan, Béhorléguy, Bussunarits, Bustince, Çaro, Dainhisse, Gamarthe, Garaléguy, Janils, Jazu, Irribi, Ispourre, Lacarre, Madeleine (la), Mendibe, Mongélos, Sarrasquette, Sorhaburu , Saint-Jean-Pied- de-Port (ville) , Saint-Michel , Uhart, Urrutialde, Utziat. — Pays dlrissarry^ Armendarrits et Lentabat^ comprenant les paroisses ou communautés d' Armendarrits, Ascombéguy, Bastide de Clairence (la), Béhanne, Iholdy, Irissarry. — Pays de Mixe, comprenant les paroisses ou communautés d*Armendeuix, Amoros, Arbérats, Arbouet, Arraute, Aysirits, Béguios, Béhasquen, Beyrie, Biscay, Camou, Charrite, Gabal, Garris, (ville), llharre. Labels, Larribar, Masparaute, Oneix, Orèguc, Orsanco, Piste (la), Sillègue, Sombarraute, Sucos, Suhast, Surhaute, Saint-Palais (ville), Uhart. — Pays d'Ostabarret, Paroisses ou communautés: Arhansus, Arros, Asme, Banus, Cibits, Hosta, Ibarre, Ibarrola, Juxue, Larceveau. Oslabat, Saint-Just. — Vallée de Baigorry. Paroisses ou communautés : Accous, Anhaus,

(r) ExpiUY, Dict, Géogr., v*» Navarre.

Arnéguy, Ascarat, Bastide, Ermiette, Jureléguy, Lasse, Leïspars, Olticoren, Sorhouetle, Saint-Etienne. — Vallée ^iOssès. Paroisses ou communaatés: Ahaïcé, Bidarray, Exave, Eyharce,Galardu, Hosta, Iriberry, Ugarcin (i).

La Soûle (Subola, Sibillatensis pagus) se nomme en basque Ziberoa. Cette vicomte était bornée au nord et à Test par la vicomte de Béarn, au midi par la Navarre espagnole, et à Touest par la Basse-Navarre. Son territoire s'étendait à peu près sur trente lieues carrées, dont neuf grandes en longueur, et quatre et demie en largeur (2).

Raymond-Guillaume, surnommé Salamanca, qui vivait entre 1040 et 4060, est le premier vicomte de Soûle connu. Il eut deux fils, Guillaume-Fort, qui lui succéda, et Arnaud- Fort. Oïhénart compte encore parmi les suzerains de ce pays Centulle, Navarra, mariée en 14 KO à Auger de Miramont. Vient ensuite Raymond-Guillaume II (4487-4200), marié à Félicie. De cette union naquit Raymond-Guillaume 111, son successeur (4240-4254), et Guillaume-Fort. Le premier épousa Marquèse, qui le rendit père d*Auger et d'Arnaud-Raymond. Auger, vicomte de Soûle (1260), épousa Miramonde de Butz {Butzia). De ce mariage : Corbaran , mort avant son père, à la survivance d'une fille nommée Miramonde ; Auger ; Jean ; Miramonde, mariée à Guillaume, seigneur de Caumont, en Gascogne. Le vicomte Auger ayant à se plaindre d'Edouard I, roi d'Angleterre et duc de Guienne, quitta son pays pour la Navarre espagnole, où il devint la souche de l'illustre maison des Mauléon, seigneurs de Rada. Il mourut en 4348 (3).

(<) ExpiiLY, Dict. géogr,, art. Arberoue, Cize^ Irissirry, Ostabarret, Baigotry, Ossès. J'ai rectifié l'orthographe toponymique, à l'aide du Dict. topogr, des Basses- Pyrénées de M. P. Raymond.

(2) ExpiLLY, Dict. hist., v® Soûle.

(a) OîBÉNiRT^ Not, utr. Vasc.f p. 858. D'après le môme auteur (p. 407). la Ticomtô de Soûle aurait probablement dépendu d*abord du royaume de

La Soûle comprenait les paroisses ou communautés suivantes : Abense de Haut, Abense de Bas, Ainharp, AIçabéhéty, Alçay, Alos, Arhan, Aroué, Arrast, Alherey, Aussurucq, Barcus, Berraule, Berrogain, Gamou, Charrite de Haut, Gbarrite de Bas, Chéraute, Chihigue, Domesain, Espès, Etchebar, Garindein, Gestas, Gotein, Haux, Hôpital, Idaux, Ithorots, Lacarry, Laguinge, Larraun, Larrebieu, Larrory, Laruns, Libarrens, Lie, Lichans, Licharre, Lohitzun, Mauléon (ville, capitale de la Soûle), Mendy, Mendibieu, Menditte, MoncayoUe, Monlory, Musculdy, Olhaïby, Ordiarp, Ossas , Osserain, Oyhercq, Pagolle, Restoue, Rivareyte, Roquiague, Sauquis, Sibas, Sonhar, Sonharetle, Sorholus, Suhare, Saint-Engrace, Saint-Etienne, Tardets, Troisvilles, Undurein, Viodos(l).

Je suis bien loin d'avoir tout dit sur l'histoire et la géographie des Vascons et des Basques cis et transpyrénéens. Ces indications me paraissent néanmoins plus que suffisantes pour les besoins de ma discussion. Dans le chapitre précédent, j'ai indiqué, comme de très-fortes présomptions contre Tin- Navarre, et il cite à l'appui de son opinion un passage du cartulaire de Bigorre relatif à une alliance entre Guillaume, vicomte de Soûle, et Cen tulle, vicomte de Béarn. Guillaume promet de secourir Centulle contre tous ses ennemis.: « Exceptis comité Gasconiœet regePampelonensi. » Tout le pays Basque français aurait même dépendu d'abord des rois de Navarre. « Simon de Monteforti filius Simonis de Monteforti, qui anno Domini 1209 cruce signatus est contra Albigenses, reginem Blancham régis Francorum matreni sibi timens' offensam aufugit in Angliam , ubi gratiose acceptus a rege, Leicesteriœ obtinuit comitatum cum seneschallia Anglise, et régis sororem quœ prius castitatem voverat in manu episcopi uxorem accepit, qui etiam postea senescallus Wasconiae faclus regem AngliaB ut terram Basclorum, cui caput est civilas Bajonœ et oUm regnum fuerat, recognosceret de feodo Franciœ régis, ut sic régis Castellae actionem excluderet, qui terram illam adfeodum regni Hispaniae asseruit perlinere. Thom. Walsingin, In Hypodigm, Neustriœ, ad ann. 1239. » — Walsingan a écrit roi de Castille (Castellanus) pour roi de Navarre; mais ce dernier prétendait seul, à l'époque indiquée, à la domination du Pays Basque français.

(1) ExpiLtT, Dtet. géogr.y v« Soûle. J'ai rectifié l'orthographe toponymique à Taide du Dict. topogr, des BasBea-Pyrénées de M. P. Ratxozco.

tégrité de la race vasconne, son isolement au milieu des Celtes et des Aquitains, et son expansion dans certaines contrées du nord delà Péninsule durant l'occupation wisigothique. Cette expansion s'est étendue, pendant les vi® et vu'' siècles, au yersant nord des Pyrénées occidentales, où aucun témoignage historique ne constate, avant cette époque, la présence de rélément euskarien, qui dut nécessairement s'altérer encore par son mélange avec les habitants de cette portion de la Novempopulanie. Il est donc prouvé que, par deux fois au moins, les Vascons se sont recrutés brusquement et copieusement aux dépens des autres races. II est également établi que, depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours, les Basques ou leurs ancêtres se sont trouvés de tous côtés en contact incessant avec des populations hétérogènes, profondément transformées par la domination romaine et par les divers régimes qui lui ont succédé. L'expérience universelle, con&rmée dans ce cas spécial par l'ethnologie et la philologie, atteste qu'en pareil cas la pureté du vieux type s'altère graduellement sous une influence exotique, dont l'énergie s'exerce plus particulièrement sur les nationalités inflmes et dépourvues d'une forte organisation politique. Tel a été précisément l'état des Vascons et des Basques ; et, de cet ensemble de présomptions si graves, si précises et si concordantes, je crois pouvoir inférer, sans passer pour téméraire, que l'intégrité de l'élément euskarien, déjà altéré chez les premiers, a subi chez les seconds des échecs encore plus graves (1).

(4) Un simple aperçu de l'histoire religieuse de la Gascogne m'entraînerait beaucoup trop loin ; mais je demande à dire un mot de celle des Vascons et des Basques. Les Vascons étaient superstitieux et adonnés aux augures, comme on peut juger par le passage suivant de Capitolinus, In Macrin. « 'Opveoawâjioç magnus, ut et Vasconas, et Hispanorum et Pannoniomm augures vicerit. » Le P. de Mobet, Investigaciones historicas, L I, c. 9 et 40, a traité assez longuement des origines chrétiennes de la Navarre et du pays des Vascons. Cet écrivain fait prêcher l'Evangile à

Malgré les objections que je n'ai pas fini d'accumuler contre la pureté de la race euskarienne, les Basques sont aujourd'hui

Pampelune par saint Saturnin de Toulouse au premier siècle, et non pas au troisième, car il suit sur ce point Bernard Guidonis, Marca, Hauteserre, le P. Bajole, etc., dont je me borne à signaler l'opinion sans la discuter. Quoi qu'il en soit, Pampelune était déjà, avant la chute de l'empire romain, un évêché dépendant de la métropole de Tarragone. Cependant une partie des Yascons était encore idolâtre à l'époque de Dagobert, comme il appert de la vie de leur apôtre saint Amand. (V. Vit. S. Amandiy Ep. Traject. Bgllàkd. VI, feb. ) L'évèché d'Oloronapparaît pour la première fois en 506, dans la personne de Grat, qui assista au concile d'Agde. Un remarquable historien de la ville deBayonne, M. Jules Balasque, en fait le siège d'un diocèse dès le premier siècle, et d'après lui saint Léon serait venu évangéliser le pays dès cette époque. Je ne saurais partager l'avis de M. Balasque. Le diocèse de ^yonne n'apparaît pour la première fois qu'avec Arsius, en 980. Sans doute, saint Léon était venu dans le pays environ quatre-vingts ans auparavant et y avait été martyrisé. Mais saint Léon venait de Garentan en Normandie, et, selon toute apparence, il apportait l'Evangile à d'autres Normands idolâtres établis à l'embouchure de l'Adour. En tous cas, la légende de ce martyr, telle que la donnent les Bollandistes (I, Mart.)^ a dû être remaniée vers le xiii« siècle. Le P. Mongaillard, le P. Bajole, l'abbé Daignan du Sendat, Dom Brugëles et quelques autres historiens ecclésiastiques de la Gascogne veulent qu'après la destruction des évêchés dans le nord de l'Espagne par les Sarrazins, le métropolitain d'Auch ait pourvu, comme le plus voisin, aux besoins spirituels des populations de la Navarre et des pays voisins, et qu'il ait même nommé des prélats. J'ai tâché de réfuter cette erreur dans une dissertation spéciale et encore inédite : Du titre de primat de la Novempopulanie et du royaume de Navarre, porté par les archevêques d'Auch. Après la renaissance du catholicisme en Espagne, le territoire des Basques transpyrénéens se partagea entre les diocèses de Pampelune, d'Alava et de Jaca. Celui des Basques cispyrénéens englobait : 4^ l'immense majorité des paroisses du diocèse de Bayonne, qui comprenait les archidiaconés de Labourd et de Cize, sans compter les vallées de Baztan et de Lérin en Espagne ; 2» Tarchidiaconé de Mixe , dans le diocèse de Dax (l'autre archidiaconé était celui de Dax) ; 3o Tarchidiaconé de Soûle , dans le diocèse d'Oloron. L'archidiaconé de Soûle ecclésiastique relevait, avant le xp siècle, de l'évèché de Dax. Les autres archidiaconés du diocèse d'Oloron étaient ceux d'Oloron, Garenx, Aspe et Ossau. Les évéchés de Bayonne, Dax et Oloron faisaient partie de la provincâ ecclésiastique d'Auch.

regardés, par l'immense majorité des savants, comme les héritiers directs des Vascons, qui se rattacheraient eux-mêmes, par un lien non moins légitime, aux Ibères, donjon fait volontiers la population primitive de TEspagne (1). Quand il s'agit, au contraire, de déterminer la race et l'origine de ces Ibères, l'accord fait place à la plus complète division. Les historiens, les anthropologistes et les philologues, proposent à l'envi des solutions contradictoires que je ne puis discuter encore, mais dont je dois signaler dès à présent les principales, en ne m'attachant qu'aux fondateurs de systèmes, et en laissant de côté les auteurs dociles, dont les écrits ne font que reproduire les opinions de leurs devanciers.

I. Les Baïques deicendeiit du patriarche Thobal^ oa de son nerea Tanû.

i° Cette opinion, purement historique, se trouve exprimée pour la première fois, mais d'une façon encore dubitative, par saint Jérôme. D'après Josèphe, aMadofutle fondateur des Madiens (Mèdes); Thobel donna son nom aux Thobeliens, que l'on nomme maintenant Ibériens ; Mescho donna le sien aux Meschiniens, car celui de Cappadociens qu'ils portent maintenant est nouveau (2). )) Pour saint Jérôme, les Thobeliens de Josèphe sont tour-à-tour les Espagnols, les Italiens et les Ibériens orientaux (3). Saint Isidore de Séville,

(4) Parmi les rares dissidents figure un illustre philologue, M. Ad. Pictet, qui regarde comme des Celtes les Ibères du Caucase et de l'Espagne, tandis que les Basques constituent, d'après lui, « les seuls débris de l'ancienne race indigène. » Ao. Pictet, Les Origines indo-européennes^ 1. 1, p. 67 et suiv.,

(2) KatoixfCei ôè xai 6667)Xo( 6o6iiXou( , otrivec iv Tot; vuv ^lîriptç xaXouvrai * luà Mogoj^ijvo^ U bizo Moady^ou xTio6évT£ç, Kannoc^xai {ilv dipii xixXrjvTat, t^ç ^ àçr/ahi ouxcôv npoor^-^opiao oTj^xetov oeCxvutai. JosEPH., Antiq. Jud.y L.I, c. 6:

(3) Snnt autem Gomer Galatœ, Magog Scythse, Medai Medi, lavam lones, qai et Grœci, unde, et mare lonicum, Tubal Iberi, quiet Hispani, a quibus Celtiberi; licet quidam Italos suspicentur Hibbontm, /n traditùmibui

écrivain espagnol mort en 636, est déjà beaucoup plus affirmatif en faveur de ses compatriotes (1) , et plus tard le doute fait place aux affirmations les plus absolues (2). En acceptant l'installation de Thubal et de ses premiers descendants sur le versant sud des Pyrénées, les deux textes cités en note ne tendent pas à moins qu'à présenter ce personnage comme la souche des Basques. Telle était, en efiet, Topinion universelle des annalistes espagnols au moyen âge, et je n'en veux d'autre preuve qne le passage suivant de la Leyenda Peiïdadolay écrite en 1073 par Herman Lianes. Ce passage, dont voici la traduction exacte, nous a été transmis par Luiz de Ariz, dans ses Grandezas de Avila, ouvrage rédigé en 1315. (c Les premiers hommes qui vinrent des pays éloignés pour habiter l'Espagne, furent le patriarche Thubal et quelques peuples qui parlaient le mauvais langage qu'on parle de nos jours dans les pays biscayens. »

La venue de Thubal en Espagne a été aussi acceptée, dans les temps modernes, par un grand nombre d'historiens, tels

HebraiciSf in cap. X Gènes, — Tubal. Id est, Iberi orientales, vel de Occidentis partibus Hispani, qui ab Ibero flumine hoc vocabulo nuncupatur. . Id. In Ezechielis, cap. XXVIL

(4) Thub^ a quo Iberi, qui et Hispani, licet quidam ex eo et Italos suspicentur. Isidob. Hispâlens, lib. XI, Etymolog., c. 2.

(5) Tubal, a quo Hispani. Iste sedem posuit in descensu montis Pyraenei, apud locum qui dicitur Pampilona. Deinde cum isti se multiplicassent in multos populos, ad plana Hispaniae se exlenderunt. Abulkns., In cap. X Gènes. — Filii autem Tubal diversis provinciis peragratis curiositate vigili Occidentis ultima petierunt : qui in Hispaniam venientes, et Pyraenei juga primitus habitantes, in populos excrevere, et primo Cetubales sunl vocati, quasi csetus Tubal. Roderic. Toletan, De Rébus Hispan., L. I, c. 3. — Le premier des écrivains cités dans cette note est i'évôque d'Avila, plus connu en France sous le nom d'Alphonse Tostat, qui jouissait d'une haute réputation vers la fin du xiv« siècle. En U98, Annius de Viterbe dédia à Isabelle de Castille ses Antiquitatum varia volumina XVIIy parmi lesquels figurent les cinq livres apocr^'phes attribués à Bérose. Le succès de cet ouvrage fut grand en Espagne, et l'origine thubalienne de ses habitants fut dès lors regardée comme indiBcutable.

que Florian d'Ocampo, Garibay, Beuter, Vassé, les PP. Mariana et J. de Moret, Gabriel de Henao, Ferreras, etc., etc.

2^ L'opinion qui fait peupler TEspagne par Tarsis, neveu de Thubal, a été soutenue par Samuel Bochart (4), lequel ne Taisait que renouveler une extravagance de Goropius Becanus ; et néanmoins des annalistes espagnols, tels que Ponce de Léon, José Pellicer, Fernandez Prièto y Sotèlo, Xavier de Garma y Salcèdo, Manuel de la Huerta y Vegas, se sont rangés du parti de rorientaliste français.

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