‹ Études sur l'origine des BasquesChapitre 5 sur 39 · II. Les BasqaM sont les mdmes que les Ibères da Caucase · texte numérisé non relu

II. Les BasqaM sont les mdmes que les Ibères da Caucase

Nous venons de voir que saint Jérôme rattachait tour-àtour à Thubal les Ibères espagnols, les Ibères du Caucase, et les Italiens. Le texte de cet écrivain suffirait seul à indiquer que les anciens considéraient généralement les Ibères caucasiens et espagnols comme issus de la même race, ce qui est d'ailleurs confirmé par le témoignage formel de quelques autres auteurs classiques. Pline nous a conservé un passage de^Marcus Varron (416-26 av. J.-C.), oii il est dit que l'Espagne fut successivement peuplée par les Ibères, les Perses, les Phéniciens, les Celtes et les Carthaginois (2). Dionysius Afer, géographe du temps d'Auguste, fait venir au contraire do VIbérie espagnole

(4) Samuel Bochabt, Phaleg, 1. III, c. 7 ; Chanan, c. 33.

(2) In universam Hispaniam M. Varro pervenisse Iberos et Persas, et Pbenicas, Celtasque, et Paenos tradit. Plin., Hist nat., lib. III, c. 3. —Pline rapporte cette opinion sans la partager, car il dit un peu plus bas que le nom dlbérie a été donné à l'Espagne à cause du fleuve Ibérus. « Quem propter universam Hispaniam Grœci appellavere Iberiam. » Un commentateur de Polybe s'exprime dans le même sens. « Iberus amnis loti Hispanisd nomen dédit. « Solin., In Poîyb.^ Hist., c. 26. Cest aussi le sentiment de Justin, abréviateur de Trogue Pompée. « Hanc veleres, ab Ibero amne, primum Iberiam; postea, ab Hispano, Hispaniam cognominaverunt. » JusTCf, 1, XLIV, c. 1. Saint Jérôme s'exprime comme ses prédécesseurs dans un passage cité plus haut, note 3, p. 58-9.

les Ibères du Caucase (1), et Strabon, mort vers la fin du règne de Tibère, dit aussi que des Ibères espagnols émigrèrent vers le Pont et la Ck)lchide (2).

L'identité des Ibères de l'Espagne et du Caucase a été acceptée par bon nombre d'historiens modernes, parmi lesquels je ne veux citer que M. Michelet (3) et de Bretonne (4).

Les deux hypothèses ci-dessus ne sont étayées que sur des textes ; en voici d'autres qui reposent sur la philologie et Tanthropologie.

UI. Les Basqaei se rattachent aax popalations africaines.

1® Cette opinion a été soutenue, au nom de l'anthropologie, par MM. Boudard et le Docteur Paul Broca. D après M. Boudard, les cheveux touffus ou flottants des Ibères prouvent (( qu'ils ont dû passer par l'Afrique pour venir en Espagne, si même le continent africain ne fut pas la patrie originaire de la famille (6). ))

Les conclusions de M. Broca reposent sur divers travaux anthropologiques, dont je parlerai plus utilement dans la

(4) Quem juxta terras habitant Orientis Ibères,

Pyrhenes quondam, celso qui monte relicto. Hue ad venerunt Hyrcanis beila ferentes.

DiONTS. Afer, In poem. De situ orbis.

(2) SiRiBON., Geog.j lib. L

(3) MiCHKLET, Hist. de Fr,, t. I. Je n'ai sous les yeux que Tédition de 4 852, où je ne trouve pas la phrase relative à la provenance asiatique des Ibères espagnols. Mais je copie dans Graslin {De l'Ibérie, p. 4 63) le passage par lui transcrit sur une édition précédente : « La race des Ibères parait de bonne heure dans le midi de la Gaule à côté des Galls, et môme avant eux ; des tribus ibériennes (asiatiques) émigrèrent malgré elles, poussées par des peuples puissants. » M. Michelet accepte d'ailleurs, sur la foi de W. de Humboldt, l'identité des Ibères et des Basques.

(4) Dk BaoTONNB^ Hist. de la filiation et de la migration des peuples^ t. I, p. 301-7,

(6) BouDiao, Numismatique ibériennes p. i .

seconde partie de cet ouvrage, chapitre II : Les Basques iaprès Tanthropologie.

2* Parmi les philologues, le baron Guillaume de Leibnilz est le premier qui ait, non pas affirmé la parenté du basque et des langues de l'Afrique septentrionale, mais indiqué, comme moyen de contrôler cette parenté possible, la comparaison des vocabulaires cophte et euskarien (1 ).

M. Gallatin signale aussi de prétendues analogies entre le ^ basque et les langues du Congo (2).

HH. A. Th. d'Abbadie et J. Augustin Ghaho ont publié, en 1836, des Études grammaticales sur la langue euskarienney dont les Prolégomènes sont l'œuvre exclusive de M. d'Abbadie (3j.

(1) « S'il y avoit beaucoup de mots basques dans le cophte, cela confirmeroit.... que Tancien espagnol et aquitanique pouvoit être venu d*AMque. » Lettre XXI à M. Mathurin Veyssiere La Groze. Gotofredi Guillelmi LKIB5ITII, Opéra omnta, t. V, p. 603. Cf. Collect. etym., n« A7, ibid. t. V, pars II, p. S49.

(i) Galiatin, Smithsonian contributions to knotvledge, voL VIII, p. 54. Washington, 4856.

f3) Depuis cette publication, M. d'Abbadie a conquis, par d'autres travaux philolc^iques, et par ses longs et périlleux voyages en Afrique, une place distinguée dans le monde savant. Quant à Chaho , j'aurai l'occasion de inVxprimer plusieurs fois très-sévèrement sur sa valeur et sa probité scientifiques. Cet écrivain est mort à Bayonne, il y a déjà quelques années, pauvre, à moitié fou, et persécuté, dit-on, par la police, à cause de ses opinions démocratiques, qu'il ne sut malheureusement pas concilier toujours avec les égards dûs h des adversaires très-honorables. Les amis politiques de Chaho ont voulu plus d'une fois abriter l'écrivain derrière le démocrate el l'homme malheureux, et conférer ainsi à ses œuvres le singulier privilège de l'inviolabilité scientifique. Mais la critique ne saurait être arrêtée par des obstacles pareils. Quand Chaho se cantonne dans l'étude exclusive de la grammaire euskarienne, déjà si vivement éclairée avant lui par le beau travail de l'abbé Darrigol, il est bien loin d'être exempt d'erreurs, mais en somme ses recherches sont dignes d'un peu d'estime.

Je n'en saurais dire autant pour la philologie comparée dont il ignore mérae les premiers éléments. On voit déjà s'accuser, daiis ce genre de travaux, cet euskarvime mystique et démocratique, qui se donne toute carrière dans les Paroles d'un voyant^ Aitor^ Philosophie des religions, le Voyage en

Ce savant y a relevé, en philologue exercé, les affinités du basque avec divers groupes de langues, mais en évitant de manifester ses opinions personnelles sur la question de parenté. Voici comment il s'exprime au sujet des idiomes wolofe et euskarien : « Le wolofe, langue parlée par plusieurs nations nègres qui habitent la Sénégambie, offre moins de conformité avec VEskuara^ si on le compare aux idiomes déjà cités dans TEurope orientale (langues finnoises). Cependant les verbes se modifient pour former des noms et se décliner ; tout nom se . conjugue, c'est-à-dire exprime nos idées verbales par des noms invariables dans un même temps, et qui définissent leurs relations par l'adjonction de pronominatifs. 11 serait pins juste de dire que la langue wolofe sous-entend toujours son verbe ; car l'idée de l'être n'y est jamais exprimée autrement que par l'affirmation abstraite. On voit que c'est la première nudité d'une langue qui n'a revêtu aucune draperie ni d'idéalité ni de philosophie. Nous ne saurions regarder comme articles dans cette langue les particules qui suivent les noms, et dont les consonnes se modifient par attraction suivant la lettre initiale du mot. Ces prétendus articles wolofes 6j/, bou, 6a,

Navarre, etc., où les erreurs involontaires fourmillent à côté des mensonges et des faux commis en pleine connaissance de cause. Les polémiques de Chaho sur l'origine des Basques n'ont eu lieu, en général, que contre des adversaires peu redoutables, et il ne perd pas une occasion de les traiter de Turc à More. Il injurie le P. Bartolomé, Fleury-Lécluse, Du Mège, Lherminier, Pierquin de Gembloux, etc. , etc. On pourra juger du ton par cette phrase à l'adresse de Du Mège : « M. Du Mège, natif de La Haye, inspecteur d'antiquités de bric-à-brac, commissaire pour la recherche et la conservation des monuments fantasmagoriques, académicien de Carcassonne, Narbonne, Garonne, Foix et Castelnaudary, ex-ingénieur militaire, chevalier de rÉperon-d'Or, membre de plusieurs Sociétés agricoles, vinicoles et savantes, etc., etc., etc. » Hist. primitive des Euskariens-BasqtJies, p. 80. Voilà, ce me semble, de quoi convaincre les amis politiques de Chaho, de mon droit à discuter avec calme, et dans l'intérêt de la science pure, les opinions de celui qui traitait avec tant de sans-£stçon, un vieillard, d'ailleurs très-peu recommandable comme érudit.

correspondent nux noms démonstratirs basques hau^ hori^ houray celui-ci, celui-là, celui-là là-bas ; car la vraie fonction de Tarticle, tel que nous le concevons, est de particulariser tout individu substantif, sans égard à sa position dans l'espace. Le nom wolofe n'a pas de genre, et par suite le substantif ne se dislingue pas de l'adjectif; mais la déclinaison étayée de prépositions est très-pauvre. Comme en basque, il y a trois modifications terminales du nom verbal , pour former les temps, les mots na^ nga^ nUy je, tu^ il, servant à remplacer le verbe être. Mais ces mots pronominaux n'ayant pas d'inflexions par rapport aux temps, il a fallu emprunter le secours de particules, à peu près comme les mot» baldinj heya, etc., usités dans notre dialecte labourdin. La langue wolofe possède un système de terminatives analogues aux nôtres quoiqu'elles ne correspondent pas dans les deux langues; car les modifications d'une idée ne sont pas comme des cas : ces derniers sont générés nécessairement par les positions du nom, tandis que les nuances des idées dépendent d'un ordre de choses moins matériel, de la tendance et des besoins de l'àme qui gouverne et crée le langage; elles doivent donc varier selon la situation physique et morale des peuples (1 ).

M. Ernest Renan a Inséré, dans son Histoire des hngues sémitiques , un passage que je crois devoir transcrire en entier.

« On croit du reste que la langue des Lybiens, comme celle des Numides, avait de grandes analogies avec le berber. En général, l'ethnographie du nord de l'Afrique paraît avoir peu changé; un grand nombre de noms, de peuplades berbères et touaregs se retrouvent dans l'antiquité : ainsi les Zï6r,>tEç, rovoç At6tS7)ç, sont les Zéwaga ; les Gétules paraissent être les Gheschtouldhy ou plutôt les Gezoulah. Le nom de A(6u6c lui-

(1) D'ÀBBADiB et Ghaho, Etudes grammaticales sur la langue euskarienne, p. 24-Î2.

mémo est probablement identique à celui de Lewatah. La terminaison to/i, si caractéristique des noms bcrbers (Zetuztoh, Mezatah, etc.)) et qui, selon Ibn Khaldoun, est une terminaison plurielle (1 ), ne serait-elle pas identique à la terminaison tant (Mauritani (2), etc.)» qui en Afrique, et surtout en Espagne, indique les noms des peuples? L'hypothèse qui rattache

(4) Cf. Rbinaud. Rapport inséré an Moniteur^ d août 4867. Noteàe M. Rbnan.

(t) Je disenterai à fond, en temps opportun, le passage de M. Renan ; mais je ne puis m'empêcher de regretter, dès à présent, qu'il n'ait point justifié, par quelque citation tirée des auteurs anciens, l'expression Mauritani que je n'ai su découvrir nulle part comme substantif ou comme adjectif. Polybe, qui a le premier décrit le nord de l'Afrique avec une certaine précision, appelle les Maures Moupouvtoi (III, 33). C'est aussi le nom que leur donne Strabon (XVIII) et Plutarque {Vit. Marc), tandis quePausanias (Descr. Gr., I, 33) emploie le terme Maupoi. Mauritanie se dit en grec Moupoucia et MowpiTovfa (Slrab., Il; Plut., Vit. Sert., etc.). Je trouve dans le Glossarium mediœ grœcitatis de Meursius Maup(axioç, Morisque, descendant des Maures ; nulle part je n'ai vu Maupix<£voi. En latin, Salluste, Tacite, Hirtius, etc., appellent les Maures Mauri, et je ne rencontre Maurusii, comme substantif, que dans Tite-Live (l. XXI, c. 22). Virgile, Silius Italicus (X, 400) et Claudien {Conf. stilich., 278) s'en servent comme adjectif. Je trouve employés de la même façon Maurusiacus, a, um, (Mart. XII, 67), Maurus, a, um (Ilor., II, Car. 6, 3), Mauricus, a, um (Mart., V, 29), MauriuSy a, «m (Inscr.), Mauretanictis, a, um (Inscr.) Adverbe, Maurice (Gell., II, 26). Le glossaire de Du Gange donne Moriscus, Morisque. J'ai cité une inscription donnant Mauretanicus et non Mauritanicus. Les monuments épigraphiques et les médailles portent beaucoup plus souvent Mauretania qne Mauritania, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre en consultant les recueils de Gruter et d'Eckhel. Adventui aco. MAURBTANiiE — Rbstitbtori MAURKTANiiE. — ExERCiTus MAURETANi^E. — Cette uotc prouvera le mal que je me suis donné sans succès pour découvrir les Mauritani de M. Renan, dont ne parle pas M. Louis Quicherat dans le Dictionnaire des noms propres annexé au Dictionnaire latin-frangnis, 11 est vrai que dans son Thésaurus linguœ latinœ, Robert Estienne a écrit : « MauruSy a, um, adj. (Maopoç), pro Mauritanus sive Mauritanicus. » Mais Robert Estienne parle ici en son propre et privé nom. Il fournit une explication en latin d'érudit, et Mauritanus ne figure point parmi la liste des termes relatils aux Maures et à la Mauritanie qu'il emprunte aux écrivains de l'antiquité.

les Ibères aux populations indigènes de l'Afrique trouverait là ane sorte de confirmation (1). »

lY. La langue baïqne est on idiome sémitique.

Cette opinion soutenue par La Bastide (2) et Vabbé dlharce de Bidassouet (3), ne repose que sur les plus étranges rapprochements des glossaires basque et sémitique. M. Eichhoff afBrme, sans en fournir aucune preuve, que les ancêtres des Basques sont venus de la région des langues chaldéennes, en suivant le littoral de l'Afrique septentrionale (4).

Certains auteurs ont cru retrouver du basque dans quel-

(4) RccAïc, Hist. des langues sémitiqueSj p. 202-3. Au bas de ce passage, M. Renan renvoie à la note suivante : « Sur Torigine ibérienne du suffixe tmi, Toy. Boudard, Numûttnatique ibérienne^ p. 92 et suiv. Le même savant croit voir des ressemblances entre l'alphabet touareg et celai des Turdétans. »

(2) Mathieu Chimag de Lk Bastide, Dissertation et notes sur le Basque, art. YI, p. 387-430. Paris, 1786.

(3) Uabbé dIhàbce de Bidassouet, Histoire des Cantabres, ou premiers colons de toute l'Europe. Paris, 4828. Cet écrivain extravagant, cherche h démontrer de la p. 242 à la p. 409, la supériorité de Tidiomo asiatique

banque sur toutes les langues anciennes et modernes. « Je ne sais, dit-il,

p. ^U, si la langue du Père étemel était basque ; je ne serai pas assez

hardi pour soutenir que le Père éternel parlât basque ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que le nom de l'arche, en basque, arkh, arkha, arche, et celui de l'espèce de bois dont l'arche ou arkha devait être construite, sont (i« mots basques, escuarac. — Que l'on convienne donc enfin qu'il n'y a aocone langue dans tout l'univers qui approche plus de la langue que le Père étemel a inspirée à Adam. »

[h] Eichhoff, Parallèle des langues de r Europe et de rinde, p. i3-U. Paris, <836. M. Eichhoff rattache aux Ibères « les Turdétains, les Lusitaniens, les Cantabres... les Aquitains. » J'ai déjà prouvé que les Cantabres étaient des Celtes, et que les Aquitains se distinguaient suffisamment des popnlations de la Péninsule espagnole pour qu'il ne soit pas possible de les confondre. Je prouverai aussi, en temps utile, et par le seul secours de l'histoire, que les Turdétans et les Lusitaniens étaient des Celtes.

qucs passages non latins du Poenulus de Piaule. Lear assertion, que je signale ici pour mémoire, sera discutée dans un des appendices de cet ouvrage.

Le savant Docteur Pruner-Bey ne rattache pas les Basques aux Sémites; mais il pense que, dès une haute antiquité, ces derniers ont exercé sur les ancêtres des Euskariens une assez grande influence. Voici ce qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire à ce sujet :

(( Je tiens à vous confier qu'il faudra ménager une place honorable à l'élément sémitique parmi ceux qui composent la nationalité basque moderne. Jusqu'à présent, je n'ai démontré que la présence de Télément ibère et du celtique. Pour démontrer celle de l'élément sémitique, il faudra un travail préparatoire cràniographique, où j'aurai à établir les caractères du crâne sémitique et des différences, notamment du crâne aryen. D'ailleurs, la langue parle dans le même sens, surtout les termes appliqués aux animaux domestiques. Rien enfin de plus naturel que l'infiltration de cet élément, surtout du côté de l'Espagne, qui depuis une haute antiquité fut colonisée par des couches sémitiques qui se sont établies partout et superposées. Je vous dis cela comme simple indice, que je vous prie de ne pas perdre de vue (1) »

Ce fragment de lettre contient une promesse que le signataire, M. Pruner-Bey, est en état d'acquitter mieux que personne, et les études cràniographiques qu'il annonce seront assurément un précieux secours pour ceux qui reprendront après moi le problème de l'origine des Basques. En attendant, je constate que le Docteur Pruner-Bey me paraît être sur la bonne voie, quand il affirme que certains mots du glossaire euskarien témoignent d'infiltrations sémitiques fort anciennes, qu'il ne faudrait certes pas confondre avec celles qui résultent

(4) Lettre du 3 juin 4868, adressée par M. Pruner-Bby à J.-F. Bladé.

de roccupation de l'Espagne par les Sarrazins pendant une partie du moyen*àge. L'origine de ces derniers a été signalée, étudiée pour TEspagne par le P. Sarmiento (1 ) ; Vergas Ponce (2), Rosseeuw Saint-Hilaire (3), Mariana (4), Don Pascual de Gayangos (5), Ticknor (6), le Dictionnaire de VAcadémie espagnole (7), Hammer (8), et par Sousa pour le

(4) Sarmiento, Memorias, p. 107. Cet érudit affirme que six dixièmes des mots espagnols sont latins, nn dixième liturgique et grec, un dixième norois (germanique), un dixième oriental, un dixième américain, allemand moderne, français ou italien, a Ce calcul, dit un illustre romaniste, M. Fr. Diez, peut bien être à peu près juste si Ton entend par mots les radicaux. Mais il ne faut pas oublier que les parties constitutives d'une langue ont une valeur très-inégale. »

(f) Sa Dissertation a paru en 1793. .

(3) RossEBUW SAiNT-HiLàiHB, Etudes sur l'origine de la langue et des romances espagnoles, p. 4 4. Paris, 4838. Je profite de l'occasion pour manifester mon élonnement du succès relatif obtenu par des écrits aussi faibles et aussi peu originaux que ceux de M. Rosseeuw Saint-Hilaire.

(4} L'essai de Marina se trouve dans le tome XIV des Memorias de la Aoademia real de la historia. Ce savant assigne aux mots arabes adoptés par l'espagnol une proportion moins forte que celle du P. Sarmiento.

(6) L'article de Don Pascual de Gayangos a paru en 4839, dans le n® XV de la British and foreign Revieio. Je saisis cette occasion pour remercier le savant professeur d'arabe de l'Université de Madrid des avis qu'il a bien voulu me donner en 4 864. Don Pascual porte au huitième le contingent fourni par l'arabe à l'espagnol.

(6) Ticknor, Histoire de la littérature espagnole (trad. Magnabal), Appendice A, et notes des p. 630-31.

(7) a L'élément oriental, réduit à la partie qu'il occupe aujourd'hui dans le Dictionnaire de r Académie espagnole, ne forme pas, tant s'en faut, la dixième partie des mots de la langue. Mais si on y ajoute les expressions infinies qui étaient en usage, avant le seizième si^le, et qui ont été postérieurement bannies de l'espagnol, il faudra convenir que leur nombre était certainement plus grand. » Ticknob, Hist. de la littérature espagnole, page 630.

(8) Le travail de Hammer a paru dans le t. XIV des Mémoires de l'Académie de Vienne (classe philosophique). V. aussi Frédéric Dnsz, Jntrod. à la grammaire des langues romanes (trad. Gaston Paris, p. 4 4 6-27).

Portugal (1). Les termes sémitiques qui se trouvent à la fois dans le basque et dans l'espagnol ancien et moderne, doivent être, à peu près tous, de provenance sarrazine (2); mais Tescuara en a d'autres, dont Tusage à une époque beaucoup plus ancienne s'accuse avec un caractère de haute probabilité, car ils n'ont jamais appartenu à l'espagnol, et on ne les trouve ni dans le Vocabulario de voces anticuadas de D. T. A. Sanchez (1842), ni dans aucun autre glossaire archaïque ou contemporain. Ces termes expriment, en général, des besoins et des idées fort simples, comme on peut voir par les exemples suivants :

i4dtna, âge; — Ghaldéen, idan.

Agorra stérile; Hébreu, a'jar ; — Arabe, a'qyr.

Aragia^ chair et viande; — Hébreu, harag (tuer); — Arabe, a'rq (os recouvert de viande).

Auntza^ chèvre ; — Arabe, an's.

Illa^ une ; — Arabe, hilal (le croissant).

lizalla vi euphonique?), ombre ; — Hébreu, tsal; — Ghaldéen, dzylL

Tela^ flocons de neige; — Hébreu, telag^ — Arabe, tseidj.

Umeria; bélier : — Ghaldéen, tmmrra (agneau) ; — Arabe, immcr, oumrous (3).

.le pourrais facilement tripler le nombre de ces rapprochc-

(4) Sous A, Vestigios de la lengua arabica en Portugal. Lisboa, 1789.

(t) L'histoire positive prouve d'ailleurs, par cent témoignages, que l'occupation sarrazine a été moins énergique et moins persistante dans le nord de l'Espagne que dans le reste de la Péninsule. V. notamment Dozv, Recherches sur l'hist. et la littérat. de l'Espagne pendant le moyen-âge. Leyde, 1860. Les musulmans n'ont donc exercé qu'une influence relativejnent médiocre sur les Basques, et M. Reinaud, Invas. sarrazinesj passim, constate d'ailleurs, comme M. Dozy, que l'élément berber dominait parmi les envahisseurs des régions situées au midi des Pyrénées.

(3) Je n'oserais comprendre dans cette liste le mot basque zapoa, crapaud, rapproché de l'hébreu dzab, et de l'arabe sifdà. On m'a dit que zapoa se retrouvait dans le catalan, qui est un dialecte du provençal.

menls, et tout me fait croire qu en poursuivant mes recherches j'arriverais à dresser une h'ste beaucoup plus longue. Les preuves historiques de rétablissement des Sémites en Espagne dans l'antiquité, seront fournies quand je traiterai de l'ethnologie de la Péninsule.

y. Les Basques se rattachent à la famille aryenne.

Cette opinion n'a été soutenue, si je ne me trompe, qu'au nom de la philologie.

Augustin Ghaho est, à ma connaissance, le seul auteur qui ait comparé le basque au sanscrit (1). Son système ne repose que sur des analogies de glossaires, comme le prouve la liste ci-après, dont la première série, qui est celle des mots sanscrits, a été empruntée par Ghaho au vocabulaire de Paulin.

Sajogir.

Bàsqui.

Feançais.

Ama,

Ama,

Une mère.

Aia.

Aia, eXta

Un père.

Aixa,

Atzia.

Le Tent.

Atkna,

Aiiua.

Uâne, une bète de somme.

TantOa.

Anàta,

Un frère ou un fils.

Puma,

Burua,

L'Orient, la tète, Torigine.

Pmiaeak.

Buruzaghia,

Un homme, tète on chef.

Pwuaeah.

Bwrhasoae,

Les ancêtres.

Kara.

Kara.

La main on manière.

Kuia.

Kukuta,

La crête, cime oa la sommet.

Kmurra.

Zakmna,

Un chien.

ZaTTùvuim

Zakwrranta.

Une chienne.

DjMii,

Asti.

Un devin.

Djana.

Jana.

La nourriture, le manger.

Djana {saruay Jakina [oro).

Celui qui sait tout.

(4) J. Augustin Chaho, Comparaison du basque avec le sanscrit^ dans iè Journal de la Société asiatique de 4824, XVIe cahier; Id. De l'origine des Euskariens ou Basques, dans la Revue du Midi de 4833, p. 43« 58 ; Id. Voyage en Naifarre, p. 383 etsuiv. ; Id. Lettre à M, Xavier Raymond 9wr les analogies qui existent entre le basque et le sanscrit ; Id. Histoire primiHve deà Euskariens -Basques, p. 437 et suiv.

GagafM,

Gagaha.

Le ciel, le haut firnaament.

Idwa,

Idia.

Un bœuf.

I%ha.

lihana.

Gelai qui est^ Dieu.

In.

Izar,

Une étoile.

Nir.

Nigar.

Les larmes.

Zuurta.

Zuurra.

Le sage, la sagesse.

Ouha.

Oura, ouha.

Ueau, rélément liqaide.

Oursti,

Ouri.

La plaie.

Ourtanti.

Ourchita.

La goutte d'eaa.

OuhaUara.

Ouhaldea

Le délage.

Ouartapo.

Owrapo.

Lv grenouille ou crapaud d'eau.

Sou.

Sou.

Le feu.

Suaru,

Suri.

L'éclair fulminant.

Siouceha

Chouka

La flamme, ce qui dessèche.

Sùmha,

Soughia {heren)

. Le grand dragon.

Souki.

Soughi.

Serpent.

Sou-Meru.

SoU'Miru.

Le Méru de feu.

Sauarga.

Sourharghia.

Le ciel des élus ou des feux brillanU

Sowusa.

Souatta.

Le souffle igné^ animé.

Soutu,

SouHtu.

La pureté, ce qui a été blanchi

Sucla,

Sueoioria.

La couleur blanche.

Souryen,

Sourien-a

Le soleil, le plus blond.

Arghia.

Arghia.

La lumière.

Souarghiama,

Suarghiama.

Le firmament ou la source des feut lumineux (1)

{^) Chïlho, Histoire primitive des Euskariens-Basques, p. 140-44. Le lecteur comprend que je me prépare à la discussion par Texposé. aussi exact et aussi neutre que possibles des systèmes de mes devanciers. Chaho me force pourtant de sortir, avant l'heure, de c^tte neutralité. Je ne nie pas, dans une certaine mesure, la valeur de quelques rapprochements ; mais l'ignorance et la mauvaise foi de l'auteur ont fait entrer dans la liste ci-dessus bon nombre de termes basques qui ne devraient pas s'y trouver. Les 6«, 7e et se ont tous le même radical, 6uru, tête. Les 22*, Î3e, 24e, 25e et 26e comportent tous, de par leur première syllabe our, ouh, l'idée d'eau, d'humidité, en basque tira (pron. owra) on ouha (r = Â) eau. Les mots qui vont de la 2fe à la 37» ligne commencent tous par sou. de même que le dernier de la liste. Dans Tidiome euskarien, sou ou su (qui devient parfois zu, zi et ci) répond à l'idée de chaleur; d'éclat, de blancheur), (su-kindea, chaleur, zc-n, blanc, ci- Warra, argent, métal brillant). Arghia, lumière, se trouve aussi en double emploi. Parmi les mots commençant par sou, il faut rayer soughia, le grand dragon, et sou-meru, le Méru de feu. Le grand dragon ou serpent des mythes de l'Inde est absolument inconnu aux Euskariens qui n'ont dans leur pays, en fait de reptiles, que la couleuvre (suguea), le serpent {sugarrasta), la vipère {draua), le lézard (sukerra ei muskerra), etc. Il n'a jamais été non plus, question chez les Basques du sour^meru, méru de feu. Ce grand dragon et ce Méru jouent un grand rôle dans les rêveries cosmogoniques dont Chaho a infecté tous ses

La parenté du celtique et du basque a été soutenue par un grand nontibre d'auteurs, tels que Dom Bullet (1), Latour d'Auvergne (2), le baron W. de Humboldt (3), l'auteur de la BibliothecaScotO'Celtica {1^), Edwards (5), etc. Leurs opinions ne reposent guère sur des rapprochements de glossaires et des comparaisons toponymiques (6).

ouvrages, et qui défraient exclusivement ce livre de la Philosophie des religionSy où lextravagance de l*auteur s'est donné toute carrière. Izarra, étoile, est formé de iz, éclat, lumière, et saroa, zaroa, nuit (lumière de nuit). Pour rapprocher ce mot légitimement du sanscrit izr, il faudrait retrouver dans ce dernier terme, pour le son et pour le sens, les mêmes éléments que dans le basque. Le nombre des rapprochements faits par Chaho se trouve donc réduit à fort peu de chose. Du reste, cet auteur voit dans les Basques les ancêtres des populations de langue sanscrite et de beaucoup d'autres nations, dont les idiomes ne seraient que Yescuarra corrompu, de véritables patois

(\) Dom BcLLBT, Mémoires sur la langw celtique, 3 vol. in-fol., 764-60. Cet auteur Êiit du basque un dialecte celtique, t. I, p. 49, 27. Avant Bullet, Lamartinière {Dict. géogr., art. Celtes) avait prétendu qu'un Basque, un Bas-Breton et un homme du pays de Galles se comprenaient réciproquement, en parlant néanmoins chacun sa langue. Cette assertion se retrouve

aussi dans Som« Enquiries conceming the first Inhabitants, Language

of Europe, p. 30-34, en note, et dans le Gentleman s Magazine de 4768, p. 436, et sa réfutation, p. 482-83. On a voulu retrouver à peu près pareille chose dans les Scaligerana, p. 48 ; mais M. Francisque-Michel {Le Pays basque, p. 8-10) a prouvé clairement que, loin d'admettre qu'un Basque et un Breton pussent s'entendre, en parlant chacun sa langue, Scaliger se refusait à le croire.

(ï) Lltour-d'Auvergne Corret, Nouvelles recherches sur la langue, torigine et les antiquités des Bretons, p. 33-36. Bayonne, 4792 ; Id. Origines gwbises, p. 425-132. Paris, 4804.

(3) Guillaume de Hcmboldt, Recherches sur les habitants primitifs de tEspagne (trad. A. Marrast), p. 4 47-48.

(4) Biblioth. Scoto-Celtica, p. XV. Glasgow, 4 832. L'auteur invoque l'autorité de Lhoyd {Archœol. Britann., préf. At y Kimry, cf. p. 269), et sur celle du Docteur Murray [Hist, of the European languages, p. 458. Edimbourg, 4823).

(5) Edwards, Recherches sur les langues celtiques, p. 28 et 638. Paris, 4834-44.

((} Guillaume de Humboldt écrivait à Wolf, le 42 décembre 4 804 : a Je découvre sans cesse de plus en plus du grec dans le basque. » {Wilhelm von Humboldt's gesammelte Werke. Berlin, gedruckt und verlegt bel

Dans son travail intitulé La langue basque et les idiomes de r Oural j M. H. de Gharencey, qui tient d'ailleurs, comme nous le verrons plus bas, pour l'origine américaine des Euskariens, déclare que u le vocabulaire basque semble puisé à cinq sources principales : » la Touranienne, l'Aryenne, la Celtique, la Germanique et la Romano-latine (1). Voici, d'après cet auteur, la liste des mots rapportables à la seconde, troisième et quatrième source :

G. Reimer, 184U46, t. V, p. Ï40). Humboldt ne fournit aucune preuve de cette parenté. Plusieurs auteurs ont prétendu que la Biscaye et TAquitaine avaient reçu des colonies grecques ; mais le P. Gabriel de Henao {Àveriguaciones de las antiguedades de Cantabriaj p. 336-46], et le baron Chaudruc de Crazannes (Revue d. Aquitaine), ont historiquement démontré la fausseté de cette assertion. La colonisation de l'Aquitaine par les Grecs a été aussi soutenue, au nom de la toponymie, par Du Mège, le chevalier de Paravey, Laferrière et M. Henri Ribadieu. Je prouverai la fausseté de leurs théories dans ma Géographie historique de la Gascogne. {^) H. DE Ghâbencbt, Le basque et les idiofnes de l'Oural, ^^ ûsdcule, p. 62-56. La liste des mots rapportés par ce philologue à la source touranienne sera transcrite tout-à*rheure, quand j'exposerai les opinions de ceux qui voient des Touraniens dans les Basques. M. de Gharencey se borne à citer, comme exemples, neuf mots empruntés par ces peuples à la source romano-latine et provençale. Un in-4o n'aurait peut-être pas suffi à en donner la liste complète, et M. de Gharencey a bien fiiit de se borner. Néanmoins, il aurait pu être moins bref, et, dans la seconde partie de ce travail, je tâcherai de fournir au lecteur des explications un peu moins sommaires. Pour dresser la liste des mots fournis par les sources aryenne, celtique et germanique, M. de Gharencey a tiré grand parti du bel ouvrage de M. Adolphe Pictet : les Origines Indo-Européennes, Mais, dès les premières pages de son livre, M. Pictet rattache philologiquement à la souche indo-européenne ou aryenne les groupes indien, iranien, grec, lithuanoslave, latin, germanique et celtique. M. de Gharencey le reconnaît lui-même en rapportant à la source aryenne des mots sanscrits, zends, persans, kurdes, allemands, grecs, polonais, écossais, irlandais et bretons. Dans la liste des mots fournis par la source celtique, ce savant confesse implicitement la même chose, en plaçant des mots sanscrits après les termes celtiques mis en face de leurs similaires basques. Les mots germaniques lui paraissent empruntés au vocabulaire des Goths, qui^ on le sait, occupèrent longtemps l'Espagne. M. de Gharencey se contredit donc évidemment quand il sépare les rameaux celtique et germanique de la souche aryenne à laquelle it les avait d'abord rattachés. Il est infiniment probable que les Basques ont

« SooRCE ARYENNE. AsiOj ànc ; — Persan, dstor, mulet; — Kurde, ester ^ id.

» Bide, chemin; — Sanscrit, pànthin; — Russe, put\ — vieux latin, betere aller.

» Arhan^ prune; — Sanscrit, arani, pruna spinosa , — Irlandais, aime ; — Ecossais, aimeag ; — Breton, irin.

» Arrano, aigle; — Suédois, aern-^ — vieux Allemand, am; Breton, em.

» i4rteo, ours ; — Kurde, artch ; — Grec, afpxToç.

» Beso, bras; — Persan, bazow, — Zend, bdzw, — Breton, biz, doigt.

» 5a, bat, oui ; — Zend, bât, 6a, en effet ; — Védique, 6rr., véritablement.

» Eirtii, moitié ; — Sanscrit, ardah.

» Gam, orge ; — Sanscrit, gâriiram^ riz.

» (jaskaTy gorge; — Sanscrit, Karkas\ — Grec, yapyapéwv.

» iîar, prendre; — Sanscrit, id.

» Haran, vallon ; — Zend, /laran, montagne.

D Zar^ vieux, usé ; ~ Zend, id. ; — Sanscrit, dj'ar.

» Ikhus, voir; — Sanscrit, iksh.

n Zakhur, chien ; — Persan , sa^ ; — Polonais, suka^ chienne ; — Irlandais, soich.

dû, ainsi qu'il Taffirme, faire des emprunts plus ou moins nombreux au glossaire des Wisigoths, qui dominèrent longtemps en Espagne. Mais nous Terrons plus tard que si l'existence du basque remonte très haut, elle se U'ouve historiquement constatée, pour la première fois, dans des documents qui ne vont pas plus haut que rétablissement du régime féodal. Nous verrons aussi que les plus anciens textes conçus en cet idiome be dépassent pas le xs^ siècle. Dès lors, qui autorise M. de Charencey à croire empruntés aux Wisigoths ces mots des mots qui pourraient tout aussi bien avoir été, à une époque beaucoup plus ancienne, le patrimoine commun des Aryas et des ancêtres des Basques ? Cette dernière hypothèse répugnerait d'autant moins, que les termes en question ne caractérisent, comme on peut le voir, que les idées et les besoins d'une civilisation peu avancée.

» Sar, entrer; — Sanscrit, sar, aller, etc., etc.

» Source celtique (1 ). Adatr, corne ; — Ecossais^ adharc.

» Arren^ donc ; — Breton, arre, encore.

» Beroy chaud ; — Breton, 6eru, bouillant (2).

» Estallj la saillie; — Breton, tall, saillir, couvrir.

» Gogor, dur; — Irlandais, gorg, cruel, redoutable; — Sanscrit, karkaras.

» Iradze, fougère ; — Breton, rad.

» Killica, chatouiller ; — Breton, hillica.

)) Larru, peau, cuir; — Breton, /er.

» Latchun, chaux ; — Breton (dial. de Léon), raz.

» Izar, étoile ; — Gallois, sêr, étoile (3).

» iTcZ, appeler ; — Breton, hel, rassembler (4).

» Idi, bœuf; — Gallois, eidionn.

» Ibill, marcher; — Ecossais, pill, aller autour; — Breton, peluj naviguer à Tentour ; — Sanscrit, pel.

» Hemen, ici ; — Breton, haman.

» Harti, pierre; — Ecossais, carraig ; — Breton, carreg.

)) Phenn^ rocher ; — Breton, pen, tête, cime.

» Sai, vautour; — Irlandais, seigh, faucon.

(4). Les mots basques cpii se retrouvent (mutatis mutandts) dans las idiomes celtiques, peuvent avoir deux origines entre lesquelles il n'y a aucun moyen de choisir. Les Euskariens actuels les possèdent, soit en vertu de leurs affinités ou de leurs rapports très-anciens avec les Âryas, soit à raison du contact prolongé des Yascons avec les populations avoisinantes, dont j'ai historiquement démontré l'origine celtique.

{%) M. de Gharenoey me semble aller chercher un peu loin les origines de bero. Ge mot me semble plutôt emprunté au gascon, où r médial égale i. Les Agenais disent bulient, bouillant, et les Gascons bourent,

(3) Si Topinion de ceux qui voient dans izarra le rapprochement de deux mots (îz, lumière; saroa, nuit, lumière de nuit), M. de Gharencey a tort de le comparer à sér.

(4) Ge rapprochement me semble tiré. Le mot basque me semble correspondre au français héler. Les Basques ont été longtemps, comme Ton sait, de hardis navigateurs, et leur glossaire s'est enrichi aux dépens du glossaire maritime.

» Uzt, récolte; — Breton, eos<(1).

» SoDRCB GEBMANiQUE. Gudu, combat ; — Irlandais, gudr.

» Narr, sot; — Allemand, td., fou.

» Hari, fil; — Flamand, garm.

» Gaste, jeune; gothiq., gctëL

» Elgarr, l'un et Tautre, tous deux; — Flamand, elkaerr.

M Sal, vendre ; — Islandais, id. (2).

» r/ianfca, frapper ; — Suédois, doengfa, heurter, frapper.

n Eskùj demander ; — Suédois, aeska. »

Peut-être un examen plus minutieux ne permettrait-il de rayer encore deux ou trois mots au plus dans la liste ci-dessus, qu'il serait facile d'ailleurs de grossir avec le secours des Origines indo-européennes de M. Ad. Pictet. Je me borne à quelques exemples.

Achay aitzaj pierre, rocher; — Sanscrit, açan, agna^ açma; — Grec, àt6v?i, pierre à aiguiser; — Lithuanien, afcmu, (génitif akmens)\ — Slave, kameni, par métathèse.

Aizcora, hache ; — Grec, diÇ(v»i ; — Latin, ascia ; — Gothique, aqvsi ; — ancien Saxon, acus, ags, acas, aex, eax (génitif axar) ; — ancien Allemand, achus, akus, akis.

Arecha, arbre, (a, ajouté devant r initial, conformément aux lois delà phonologie basque); — Sanscrit, rôhi, rûsha; — Persan, arughj tronc, souche.

Mendia, montagne ; — Irlandais, moin, muine^ moinse ; — Erse, monadh; — Cymrique, mynyd, mwni ; — Armoricain, inané, mené; — Persan, man, monceau; — Lithuanien, man, monceau.

Utzarria, joug; — Sanscrit, yuga; — Zend, yaokhsti, désir de se joindre ; — Persan, yûghj yâgh, gûgh^ guhey gôj d'où

(1) Uzt est emprunté au gascon agoust, août, par contraction aust, en espagnol agosto, parce que la moisson se fait ou se cx^mplète en août.

(S) Saiy ou mieux sald, vient de Tespagnol sueldo, sou, par extension monnaie.

vient ytîgfWdan, mettre le joug; — Kourde, gât, d'où yieuigôtr kem, labourer, gôikar, laboureur; — Béloutchistan, gâ-, — Ossète, oziau. Cf., soigh, couple, et zugel^ accoupler, atteler.

Zaldia, cheval ; — Sanscrit, çulaka, cheval rétif, (racine, çûl, œgrescere, clamare) ; — Persan, shûlak^ cheval rapide.

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