IV. Les Basqaes se rattachant aa ^oupe touranien
Cette opinion repose principalement sur des considérations philologiques.
Chr. Gottlieb Arndt (1) est, à ma connaissance, le premier savant qui ait affirme que le basque appartient à la même famille que le finnois et le samoyède. Son opinion repose principalement sur la comparaison plus ou moins heureuse de quelques prétendus radicaux (1).
Rask prétend que les Basques ne sont que des Finnois (2).
Dans ses Prolégomènes des Etudes grammaticales sur la languie Euskarienne^ M. d'Abbadie qui signale, comme je Tai déjà dit, les analogies du basque avec divers groupes d'idiomes, sans manifester néanmoins ses opinions personnelles, relève les rapports suivants entre les langues finnoises et Tescuara :
« En étudiant les langues de l'Europe pour rechercher ce que chacune d'elles peut avoir de commun avec les allures si originales de la syntaxe basque, on est surtout frappé du caractère de ce groupe d'idiomes dont le hongrois, le finnois
(4) Chr. Gottl. Arndt, Ueber dm Ursprung und die verschiedenartige Werwandtschaft der EumpHischen Sprachen, p. Î6. Frankfurt am Main, 4 81 S. Arndt prétend aussi que le celtique se rattache, par quelques-unes de ses racines, à la môme famille que le basque.
(i) Rase, Ueber dos Alter und die Echtheit der Zend^SpracIie, p. 69. Berlin, 4 826.
^^'elapon forment les branches principales. Parmi les détails ^grammaire qui rapprochent singulièrement ces langues de ^«iuora, nous citerons les suivants :
^ [* ^ La déclinaison des noms de ce groupe offre dix cas ou // '^^1 et même quatorze, lorsqu'on y distingue un vocatif iden- ^ ^ d'ailleurs avec le nominatif, et quand on y joint des r^positions qui peuvent cependant exister isolément, comme les terminaisons basques gabe, gabian, etc. Quelques-uns des cas ont même des ressemblances syllabiques avec YEskuara. )) 2« Les noms n*ont point de genre.
rt 3° Quelques-unes de ces nuances que le hongrois introduit dans ses verbes se rapportent à ces modifications dont Aslorloa voulait faire autant de conjugaisons. VEskuara possède même des composés qui manquent en hongrois, comme :
Maithazen dut, J'aime, je suis aimant.
— niz, Je m'aime.
Maithatua dut y Habeo amatum.
— nizy Je suis celui qui est aimé.
Maitharazten dut y Je fins aimer.
— nîz, Je me fais aimer.
Maithalzen aldut. Je puis aimer.
— oidut, J'ai coutume d*aimer.
Maiteago dut, J'aime mieux.
Maitharextenago dut, etc. Je fais aimer mieux, etc.
)> i*» Le hongrois exprime le régime dans le verbe; mais seulement pour la seconde personne à l'accusatif. Ainsi latlak veut dire : je te vois.
» S*» Tout nom peut devenir verbe dans ce groupe de langues : la réciproque est égalcnient vraie.
)> 6** Ces langues mettent le mot qui qualifie devant le mot qualifié, ce dernier recevant seul l'inflexion que demande la
phrase. Dans YEsktMra^ c'est aussi le dernier mot qui se décline; mais celui-ci n'est psfs le nom principal.
» 7<^ Le hongrois et le lapon expriment toujours Vidée j'ai, par la tournure basque et arabe, est à moi.
» 8® Le deuxième présent lapon se forme du verbe être et du nom verbal au cas locatif, analogie parfaite avec le basque. Lamjoàckemen, sinhesten dut, je crois. La langue anglaise emploie la même tournure : / am writing , j'écris. Le futur lapon est aussi quelquefois composé du verbe être et d'un nom au génitif.
» Dans toutes ces langues , les désinences ais, ke^ paraissent tout-à-fait analogues aux mêmes formes en basque , soit pour leur position, soit pour leur signification. Le lapon accumule, comme nous, les terminatives de diminution et de comparaison.
» Les différences les plus frappantes que présentent le hongrois et ses langues congénères , lorsqu'on les compare avec YEskuara^ sont : l'absence de l'article ou le peu d'uniformité dans la terminaison des noms, la pluralité des paradigmes de déclinaison et de conjugaison, l'usage d'un nombre duel, des pronoms possessifs sufBxes comme en Arabe, d'une conjugaison celtique, et de quelques noms conjonctifs qui ne se détachent pas.
)) La langue géorgienne a, comme le basque et le finnois , un grand nombre de dialectes et quelques autres caractères d'une langue primitive ; mais ses affinités avec YEslctmra sont moins nombreuses que nous ne l'avions cru d'abord.
» En effet, la déclinaison géorgienne n'est pas tout-à-fait simple et unique; les idées abstraites et subordonnées qui, quCj ne s'expriment point par des suffixes inhérents aux verbes; les trois modes indicatif, impératif et participe, n'ont pas d'analogie avec la conjugaison basque ; les accessoires synthétisés du verbe ne suffisent pas à l'expression simultanée des
deux régimes ; la conjugaison n'est pas comparable à elle* même, et sa comparaison offre une physionomie erdarane (?) et syncopée. Toutefois, on y aperçoit encore le souvenir d'une ancienne conjugaison plus régulière.
» Parmi certains traits communs aif géorgien et àr£«ftuara, nous ferons remarquer :
» L'absence de genre dans les noms et d'accusatifs dans la déclinaison ; l'existence des aspirées khy thy et des cas complexes dont quelques-uns sont aussi formés chez nous par une combinaison avec le génitif; la confusion des noms substantifs et attributifs; les noms verbaux substitués à renonciation si vague d'un ou de plusieurs infinitifs; la numération par 10 et par 20 ; l'identité des mten, (t'en, possessifs, avec les génitifs du mot, du toi\ la formation des noms qualificatifs entés sur des noms déclinés ; l'usage simultané de préfixes et de suffixes, dont le basque offre quelques exemples, comme eztudala (que je n'ai pas) , et enfin les dérivatifs géorgiens qui répondent, quoiqu'on petit nombre, à nos terminatives. Les formatives personnelles du verbe offrent, avec le basque, une obscure analogie qui se trouve dans la combinaison du verbe et du substantif avec le cas modal pour former un futur. Cette exception est la règle générale en basque ; le modal géorgien correspondant à notre cas en an. Les particules ou suffixes d'affirmation dans cette langue sont beaucoup plus variées que dans la nôtre.
» Il y a encore d'autres rapports sur lesquels nous voudrions insister. Le nom géorgien précédant le verbe comporte une signification adverbiale , laquelle est souvent, d'ailleurs, rendue par un nom au cas instrumental. On a déjà vu que des noms au mode indéfini, tels que : egun , jour, bikar^ lendemain, ont été violemment relégués parmi les adverbes, et la terminative ki se rapproche beaucoup de notre cas en kin, dont l'analogue a été nommé instrumental en géorgien. Cette
voyelle déterminante est remplacée par Yi final, qui, suivant M. Brosset, est une sorte d'isaphct d'unité, le générateur d'un sens déterminé. Nous avons peine à ne pas voir dans l'un des deux noms pluriels attribués aux noms géorgiens une grande analogie avec noire modb indéfini. En eflet, on ne conçoit pas Texistence ni Tusage simultanément facultalir de deux pluriels dont Vun est certainement quelquefois employé avec le sens du singulier.
» En géorgien , quand un nom en régit un autre, celui-ci prend le cas du premier surajouté au génitif qui lui est imposé comme dépendant du premier mot. C'est ce que M. Brosset appelle double rapport : cette forme existe en basque, mais seulement quand on veut rendre la phrase plus certaine, plus positive. — Mais nous soulevons, sans la décider, cette question délicate (1 ). »
M. Bergmann , professeur de littérature étrangère à la Faculté des Lettres de Strasbourg, fait des Basques un peuple de race sabméenne (lappo-finnoise), venu des rives de la Baltique en Germanie, et ensuite refoulé graduellement par les Celtes jusqu'au pied des Pyrénées (2). Ce philologue, pour lequel leu M. P.-J. Proudhon a professé une admiration encore plus vive que raisonnée, parait médiocrement verso dans l'histoire positive des Euskariens. La langue de ce peuple offrirait d'après lui, dans ses formes grammaticales, une ressemblance frappante avec les idiomes du groupe sabraéen , tels que le groënlandais et le lapon. Les grammairiens basques, dit-il, ont beaucoup exagéré la richesse des formes de leur verbe, lequel ne serait autre chose qu'un adjectif verbal, susceptible d'être décliné tout aussi bien que conjugué. Cet adjectif verbal, conservé par les Euskariens, aurait
(4) D'Abbadie et Chaho, Etudes grammaticales sur la langue euskarienne^ p. 47-Î4.
(4) Bebgmann, Mémoire sur les Gètes, p. 7i.
jadis existé dans toute une famille de langues, et il se retrouverait encore dans les idiomes américains. De là, une foule de formes grammaticales théoriquement acceptables, mais repoussées en pratique.
Le prince Louis-Lucien Bonaparte convient qu'il existe entre le basque et les langues finnoises des différences très-considérables ; mais il relève aussi certaines analogies qui lui paraissent d'autant plus frappantes, que l'idiome euskarien difTère davantage de tous les autres.
L'auteur a utilisé notamment, pour son travail, les publications de Zavala (El verbo Vizcaino), et de l'abbé Inchauspe (Le verbe basque)^ et les ouvrages de Caslrén, Gablenlz, Frîis, Huofalvy, Lonrot et Reguly sur les langues finnoises (4). Yoici quelles sont , en substance , les analogies signalées par le prince Bonaparte.
La première a trait au nominatif pluriel^ et l'auteur fait remarquer qu'il n'y a que le lapon du Finmark et le hongrois qui forment, comme le basque, ce nominatif en k. Dans celle dernière langue, ces noms ne sont susceptibles de pluriel qu au défini, qui est toujours terminé en a, et le seul moyen de former le pluriel est d'ajouler k au nominatif du singulier
(I) Prince Louis-Lucien Bonaparte, Langue b<isqw et langues finnoises. Londres, 1862. — Ce philologue a fait éditer à ses frais bon nombre d'ouvrages destinés à faciliter l'étude de la langue basque et de tous ses dialectes. M. Â. Marrast a donné la liste de ces publications à la suite de sa traduction française des Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne^ de Humbi>ldt. Il serait fort à désirer que le prince fît recueillir, tant en France quen Espagne, les poésies populaires dos Euskariens, pour en former un recueil plus complet et plus exemp,t de compositions littéraires que ceux qui ont été publiés jusqu'à ce jour. Les autres, récits et superstitions, qui ff>rment une branche si importante de la littérature comparée, devraient également être publiés. On aurait ainsi le moyen de déterminer si les Basques prissèdent en propre des traditions légendaires, ou s'ils n'en ont pas d'autres que celles des populations limitrophes. En se mettant à la tète de cette double entreprise, le prince Bonaparte rendrait aux études cuskariennes un important et nouveau service.
défini : gizonaj homme, gizonak^ hommes. En lapon, on distingue entre les mots qui se terminent au génitif singulier par une voyelle, et ceux qui finissent au même cas par une consonne. Les premiers forment leur pluriel en ajoutant un ^ à ce génitif, tandis que les seconds demandent, en outre, un a euphonique. Exemples: ^dne, mère, œdnekj mères; œdnam^ terre, œdnamak^ terres. En hongrois, on ajoute un k aux noms terminés en voyelle pour en former le pluriel ; mais s'ils se terminent en consonne, les voyelles euphoniques a, e, £>, doivent précéder le k, selon la règle de l'harmonie des voyelles dont je parlerai plus bas. Ayta^ nst, père, chaudron, font aytdk, usWk.
La seconde analogie résulte delà déclinaison définie; mais le morduin est la seule langue finnoise qui possède cette déclinaison qui correspond exactement à celle du basque. Dans cette dernière, le défini résulte de la postposition d'un a: gizon, homme (indéfini), gizonaj homme (défini). Cet a, comme le prouve victorieusement le prince Louis-Lucien Bonaparte , est un véritable adjectif démonstratif. En morduin ., les choses se passent de même façon : loman^ homme, à l'indéfini, fait lomansnn défini, et Vs finale est aussi un véritable adjectif démonstratif.
Le prince Bonaparte relève ensuite, sous le nom de conjugaison objective pronominale, une troisième analogie. Le basque, le morduin, le vogoule et le hongrois, peuvent exprimer dans leur verbe le sujet et le régime direct à la fois. Cette faculté appartient au vogoule et au basque pour toutes les personnes des deux nombres. Le vogoule peut fort bien exprimer dans ses trois nombres (1) les trois personnes comme sujet; mais il n'y a que la deuxième et la troisième personne des trois
(4) Le lapon, le vogoule et Tostyak sont les seules langues finnoises qui possèdent le dueL
nombres qui puissent y figurer comme régime. l« hongrois suit la même règle que le vogoule ; sauf que la seconde personne des deux nombres ne peut figurer dans le verbe qu'avec un sujet. Le basque, en exprimant dans son verbe les vingthuit rapports résultant de la combinaison des sujets avec les régimes directs, ne confond qu'une seule fois (dialecte guipuzcoan) une forme avec Vautre. Zaituste^ signifie tout aussi bien ils font que il vous a. Pour vingt-huit rapports, cette langue fournit donc vingt-sept formes difTérentes.
Le morduin n'a que quinze formes, dont plusieurs sont en double emploi, pour exprimer ces vingt-huit rapports. Abstraction faite de son duel, le vogoule ne peut exprimer que vingt rapports par onze formes. L'intervention du duel porte à quarante-cinq le cbifTre des rapports, et alors le vogoule n'a guère plus de vingt formes pour les exprimer.
La conjugaison objective pronominale, à régime direct ou indirect à la fois, et les traitements masculin, féminin et respectueux, sont exclusifs au basque, qui seul, en Europe, possède un verbe aussi riche en formes logiques. Dans cet idiome, la voix transitive du verbe est toujours objective pronominale. Dans les langues finnoises ce verbe n'est pas toujours objectif dans la forme.
Malgré l'immense supériorité du basque sur le morduin, le vogoule et le hongrois, non seulement quant au nombre et à la variété des formes pronominales, mais aussi quant à leur clarté logique et à leur usage, il n'en est pas moins constant que ces trois langues possèdent, d'une manière non équivoque, des formes objectives pareilles à celles du basque, bien qu'elles ne puissent arriver qu'à constituer une conjugaison plus ou moins rudimentaire et confuse.
}jà quatrième et dernière analogie signalée par le prince I^uis-Lucicn Bonaparte entre le basque et les langues finnoises, est celle de Yharmonie et permutation des voyelles. Le bas-
que a six voyelles : a, e, t, o, u, û. Cette dernière n'est usitée que dans la Soûle et dans une partie de la Basse-Navarre. Si Ton prend pour base de la classification des voyelles basques leurs changements euphoniques, on arrive à les classer naturellement en deux groupes, dont le premier comprend les dures a, e, o, et le second les douces, t, u.
Le caractère distinctif'des dures, en basque, consiste : 1° à déterminer le changement des voyelles a, o, dont elles sont immédiatement précédées en % et u, c'est-à-dire douces. Ainsi bear, devoir, alloa, poule, deviennent biar, ollua. Si au contraire les voyelles e, o, précèdent immédiatement les voyelles douces et Tu, les premières demeurent toujours immuables : odei, nuage, euri^ pluie, iurmoi, tonnerre, ne viendront jamais odii, eurii, etc. 2** Autre influence sur les voyelles i et u. Bien loin de subir un changement quelconque, cellesci sont au contraire forcées de se garantir contre toute espèce de métamorphose par l'adoption d'une consonne , leur alliée, placée immédiatement entre elles et la voyelle dure. Mendia, la montagne, eskua, la main, deviennent, selon les dialectes, mendija, mendinaj mendiya, esknba, et même eskuya , d'après la variété labourdine d'Hasparren. Si les voyelles i et u précèdent immédiatement des voyelles douces comme elles le sont elles-mêmes, elles ne prendront jamais de consonne intermédiaire après elles. Dans aucun dialecte on ne dira bijurtu, ni biyurtUj mais toujours biurtu, revenir. Quant aux douces t et m, elles sont caractérisées par la propriété de changer a en e, voyelle dure : 6ularra, poitrine, se transforme en bulerra. Les voyelles fortes, au contraire, ne produisent jamais le changement de l'a en e. En résumé, les voyelles dures sympathisent en basque avec les douces, et celles-ci avec les dures, quand il s'agit de permutations. Dans semea, fils, l'e se change en i, et nous avons
semia. Dans mendie^ montagne, Ta se change en e pour s'harmoniser avec lui.
Les langues finnoisesi en général, et plus particulièrement le finnois et le hongrois, observent les règles de l'harmonie des voyelles. De même que dans plusieurs variétés de la langue une voyelle en appelle impérieusement une autre, dans la langue finnoise et surtout dans la hongroise, certaines voyelles ne veulent absolument s'associer qu'à leurs alliées. Cest ainsi qu'en finnois les voyelles a, o, tJ, sympathisent entre elles de même que les voyelles douces à^ 6, o (ace. aigu), y. En hongrois, a, à, o, u^ u (ace. aigu), qui constituent les voyelles dures, n'ont de l'affinité qu'entre elles-mêmes, tandis que les douces e, ô, o (3 ace, graves), iiy ù, aiment à se trouver ensemble dans deux syllabes successives. Fal, muraille, bar, vin, rud^ perche, font leur pluriel en ak et ok : falak, boroky rudakj par la même raison que kep^ visage, fait kepek.
Après avoir indiqué cette analogie entre le basque et les langues finnoises quant au grand principe d'affinité des voyelles, le prince \ouis - Lucien Bonaparte signale une différence d'application. La sympathie des voyelles basques est pour celles d'un groupe différent, et, dans les langues finnoises, elle est entre voyelles d'un même groupe. L'antagonisme est donc la règle pour le basque, et le dualisme pour les idiomes finnois.
Dans son travail intitulé La langue basque et les idiomes de HOural^ M. H. de Charencey relève entre l'escuara et les langues finnoises des affinités que je dois signaler au lecteur.
Et d'abord, chez les Basques comme parmi les populations de l'OuraK les flexions casuelles et désinences de toute sorte ne sont rattachées que par un lien très-faible au radical dont elles dépendent, et plusieurs conservent leur valeur significative et indépendante.
a Des deux côtés, en général, même confusion entre le mot latin composé et le mot muni de sa finale casuelle. Ainsi le carilif lapon tebnie constitue un véritable dérivé susceptible do prendre tous les cas possibles des degrés de comparaison et de donner naissance à des dérivés. Abtekf par exemple, signifie gain en lapon ; son caritif est ableiebme (litt. sine questu), et par extension constitue un adjectif indéclinable dans le sens de paresseux, désœuvré. De là encore le substantif dérivé abktistjouot^ paresse, le superlatif abletisumuSy pigerrimus, etc. Enfin, il n'existe guère dans les idiomes finnois ainsi qu'en basque, qu'un seul paradigme de déclinaison, tous les mots prenant les mêmes désinences casuelles sans distinction de genre, de nombre, de valeur adjective, substantive ou pronominale.
» La conjonction descriptive du lapon mon leb orromen, je suis (litt. suum in mansione) s'obtient, comme en basque, au moyen du substantif verbal muni de la flexion inessive, et placé près de l'auxiliaire. Au prétérit, l'auxiliaire change de désinence, et le participe reste le même que pour le présent. Ex. : mou Ueb orromen^ je fus, j'ai été.
m La conjugaison est presque aussi rare dans les langues Ouraliennes qu'en Eskuarra, et dans ces deux groupes d'idio-^ mes on y supplée généralement par le participe muni de flexions. Ex. : Suomi, ollemaj étant, ollemasaniy tandis que je suis (lit. avec l'être mien). De même en basque nizala (litt ad To, ego sum). Les postpositions ne sont guère, dans les deux groupes de langues en question, que des radicaux substantifs à certains cas de leur déclinaison. Dans ces deux groupes, encore, nous rencontrons l'emploi de la méthode intercalative en vertu de laquelle deux ou plusieurs mots régis l'un par l'autre et au même cas se suivent immédiatement, le dernier seul prend la désinence caractéristique.
» Les flexions multiples, formées de plusieurs éléments ei
exprimant des rapports complexes, se retrouvent encore dans les dialectes deVOural, comme dans celui des Pyrénées. Les indices de flexion, surtout de flexion pronominale, sont à peu près aussi fréquents en Suomi et en Esthonien qu'en Eskuara. Enfin, s. A. I. le prince Louis-Lucien Bonaparte retrouve en Hordvine seulement la double déclinaison ou définie et indéfinie du basque...
» Il existe une forme finnoise ofl'rant bien de Tanalogie avec l'article basque, c'est le a fiscal du Suryène. Cette voyelle sert à transformer le participe passif en une espèce de substantif défini. Ex. myrdiœm loos, rapiendus est , et myrdiœma loas^ ille qui rapiendus est. »
» Le radical supplée à Tabsence de l'accusatif et du nominatif, en Suomi comme en basque. Je ne sache pas de peuples ouraliens qui possèdent une flexion propre au nominatif.
» Plusieurs désinences casuelles sont identiques , ou du moins fort analogues, dans certains dialectes finnois et en basque. C'est ce que fera voir le petit tableau donné ici.
BASQUE