CHAPITRE VI
Que dans de L'eau pure on dépose du tartrate de chaux pur en poudre grenue, cristalline, du sulfate d'ammoniaque et de* phosphates de potasse et de magnésie en très-petites proportions, un mouvement de fermentation spontanée s'établira les jours suivants dans le dépôt, quoique aucune semence n'ait été ajoutée. Un ferment organisé vivant, du genre vibrionien, filiforme, à mouvement flexueux, souvent d'une longueur démesurée, se forme spontanément par le développement de quelque germe associé aux inévitables poussières flottant dans l'atmosphère ou déposées sur les vases ou sur les matériaux mis en œuvre. Les germes des vibrions de la putréfaction sont partout répandus autour de nous et c'est, vraisemblablement, un ou plusieurs de ces germes qui poussent dans le milieu dont il s'agit et provoquent la décomposition du tartrate, auquel les vibrions empruntent tout au moins l'aliment carboné dont ils ne peuvent se passer, pendant que l'azote est fourni par l'ammoniaque du sel d'ammoniaque, les principes minéraux par les phosphates de potasse et de magnésie et le soufre par le sulfate d'ammoniaque. Qu'il est curieux de voir l'organisation, la vie et le mouvement naître dans de telles conditions ! Il est plus surprenant encore que cette organisation, cette vie, ce mouvement s'accomplissent sans la participation de l'oxygène libre. Après que le germe a reçu du gaz oxygène la première impulsion, des générations successives naissent indéfiniment à l'abri absolu de l'air atmosphérique. Voilà le fait qu'il importe de mettre hors de doute, afin de prouver que la levure de bière n'est pas le seul ferment organisé pouvant vivre et se multiplier hors de l'influence du iraz ox'vgènc libre.
Dans la fiole représentée (Jtg-Gj), d'une capacité de 2ht,5, j'introduis :
gr
Tartrate neutre de chaux, cristallisé, pur. . ioo
Phosphate d'ammoniaque i
» de magnésie . i
» de potasse o , 5
Sulfate d'ammoniaque o,5
Le reste en eau distillée pure, de façon à remplir complètement la fiole.
Afin de chasser tout l'air contenu dans l'eau en dissolution et adhérent aux matériaux solides, on place d'abord la fiole dans un bain de chlorure de calcium renfermé dans un large vase cylindrique en fer-blanc, établi sur un foyer. Le tube abducteur de la fiole plonge dans un vase à précipité en verre de Bohême rempli aux trois quarts d'eau distillée et reposant également sur un foyer. On porte les liquides de la fiole et du vase de Bohême à l'ébullition pendant assez longtemps pour chasser tout l'air contenu dans ces liquides. Alors on retire le feu sous le vase de Bohême et aussitôt après on recouvre l'eau qu'il renferme d'une couche d'huile, puis on laisse refroidir.
Le lendemain, on applique le doigt sur l'extrémité ouverte du tube abducteur, qu'on fait plonger dans un vase plein de mercure. Dans l'expérience que je vais plus particulièrement décrire, on laissa la fiole deux semaines dans cet état. Elle y serait restée un siècle qu'elle n'aurait jamais manifesté la moindre fermenta-
Fig. 67.
tion, parce que la fermentation du tartrate est la conséquence de la vie et que la vie après l'ébullition n'existait plus dans la fiole.