CHAPITRE VI
Lorsqu'il fut bien constaté que tout était inerte clans la fiole, on la mit en levain, rapidement, comme il suit: tout le liquide contenu dans le tube abducteur fut enlevé à l'aide d'un tube fin en caoutchouc, et remplace par icc environ de liquide et de dépôt d'une autre fiole pareille à celle-ci, mais qui était en fermentation spontanée depuis douze jours ; on acheva sans retard de remplir le tube abducteur avec de l'eau portée d'abord à l'ébullition et refroidie dans le gaz acide carbonique. Celte manipulation ne prend que quelques minutes. Le tube abducteur est de nouveau plongé dans le mercure. A partir de ce moment on ne sort plus ce tube du mercure, et, comme il a été soudé à la fiole, qu'il n'y a ni bouchon de liège, ni caoutchouc, toute introduction d'air est impossible. La petite quantité d'air que la mise en levain a introduite est insignifiante, et même il serait facile de prouver qu'elle nuit au levain plus qu'elle ne le sert, parce que celui-ci est formé d'individus adultes qui ont vécu sans air et que l'air rend malades et peut même tuer. Quoi qu'il en soit, au paragraphe suivant, je supprimerai encore cette possibilité d'une aération, si minime qu'elle puisse être, afin d'éloigner toute incertitude.
Les jours suivants la semence se multiplie, le dépôt de tartrate disparaît peu à peu, en manifestant à sa surface et dans sa masse un travail sensible. Le dépôt est comme soulevé par places et se recouvre d'une couche d'un gris noirâtre, gonflée, d'aspect organique et gélatiniforme.
Pendant plusieurs jours et malgré ce travail dans le dépôt, on ne voit pas de gaz se dégager, à moins qu'on n'agite un peu la fiole, auquel cas des bulles assez grosses fixées au dépôt se soulèvent, emportant quelques parcelles solides qui retombent promptement pendant que les bulles diminuent de volume en s'élevant, parce que, le liquide n'étant pas encore saturé, elles se dissolvent partiellement. Les très-petites bulles ont même le temps de se dissoudre complètement pendant leur ascension à travers la masse liquide. Enfin le liquide se sature et le tartrate fait place peu à peu à des croûtes mamelonnées ou à des cristaux nets et limpides de carbonate de chaux au fond et sur les parois du vase.
La mise en levain avait eu lieu le 10 février. Le i5 mars, le liquide approche de la saturation. Les bulles commencent à persister dans la partie courbe du tube abducteur au haut de la fiole. Lue éprouvette renversée pleine est établie sur le mercure où plonge le tube abducteur, afin que pas une bulle du gaz qui va se dégager ne puisse se perdre sans être recueillie et mesurée. Du 17 au 18 le dégagement du gaz est continu: on en recueille ijcc,4- Comme on pouvait le prévoir, puisque tout à l'heure la dissolution en était complète, ce gaz est formé d'acide carbonique pur.
Le liquide qui, le lendemain de la mise en levain, s'était troublé, est redevenu malgré le dégagement du gaz, d'une limpidité si grande que je lis mon écriture à travers la panse de la fiole. Néanmoins, un travail très-actif a lieu dans le dépôt, mais c'est là qu'il est concentré. Comment, en effet, les vibrions qui v pullulent pourraient-ils être ailleurs? Le tartrate de chaux est plus insoluble encore dans l'eau saturée de carbonate de chaux que dans l'eau pure. L'aliment carboné, tout au moins, fait donc absolument défaut dans l'intérieur du liquide. Tous les jours on continue de recueillir et d'analyser la totalité du gaz qui se dégage. Jusqu'à la fin, il est composé de gaz acide carbonique pur. Dans les premiers jours seulement l'absorption par la potasse concentrée laissa un très-faible résidu.
Le 26 avril tout déiraeement de sraz a cessé. Les dernières bulles se sont élevées dans la journée du a3 avril. La fiole était toujours restée à l'étuve de 2j° à 280. Le volume de gaz recueilli a été de 2ht, 1 35. Pour avoir le volume total de gaz formé, il faut ajouter celui qui est retenu en dissolution à l'état de carbonate acide de chaux. A cet effet, on a fait passer une partie du liquide de la fiole dans une autre fiole semblable, plus petite, jusqu'à un trait de jauge marqué sur le goulot (1 ). Cette fiole avait
(1) Il i.e faut pas remplir la petite fiole complètement, parce qu'on s'exposerait a taire passer une partie cl 11 liquide sur le mercure sous l'eprouvette.
Ci' qui se condense de liquide par L'ébullition à la lin du dosage est de l'eau pure, dont on connaît le pouvoir dissolvant pour l'acide carbonique, à la temperature à laquelle on opère.