CHAPITRE VI
La méthode suivante est une des meilleures qu'on puisse adopter pour l'examen au microscope de ces vibrions hors de tout contact avec l'air. Lorsqu'une fermentation butyrique est bien en train depuis plusieurs jours dans un ballon A [fig. 71), on joint celui-ci par un tube de caoutchouc à une de ces lentilles à faces aplaties décrites page 104 [fig- 3i), et disposée sur le porte-objet d'un microscope (Jîg- 71). Au moment de l'observation on ferme, sous le mercure, en b, l'extrémité de la tubulure du ballon qui a été étirée et recourbée pour servir au dégagement des gaz. Une pression s'exerce bientôt à l'intérieur du ballon, de telle sorte que, lorsqu'on ouvre le robinet /', le liquide est chassé dans la lentille // qui se remplit complètement, et va se déverser dans le verre V. On peut donc, par cet artifice, observer les vibrions sans qu'ils aient le moindre contact avec l'air et comme si la lentille objective du microscope était plongée au centre même du ballon. Les mouvements et la multiplication par fissiparité des vibrions se voient alors dans toute leur beauté. C'est un spectacle des plus attachants. Les mouvements ne disparaissent pas par un abaissement subit, même considérable de température, de io° par exemple: ils ne sont que ralentis; toutefois, il est mieux de les suivre aux températures les plus favorables de la fermentation, dans l'étuve même où se trouvent les vases en expérience, de a5° à 35°.
Cela posé, poursuivons l'exposé de la fermentation qui nous occupait tout à l'heure. Le 17 juin, la fermentation donne trois fois plus de gaz que le 1 1. Le 11, le résidu d'hydrogène, après l'absorption par la potasse, était de 72,6 pour 100; aujourd'hui il est de 49? 2 pour 100. Examinons de nouveau le liquide trouble au microscope. En voici le dessin et la légende : très-beau spectacle ; tous les vibrions se meuvent ou rampent en ondulant, ils sont plus gros et plus longs que le 1 1 ; beaucoup sont en longues chaînes d'articles flexueux et mobiles sur leurs articulations, visiblement moins agiles quand ils sont plus longs ou qu'il y a plus d'articles à la chaîne. Dans ces deux cas, les mouvements sont balancés, lents et doux. Cette description s'applique à des vibrions en baguettes cylindriques, homogènes. Mais il y en a
d'autres, ceux-ci rarement par chaîne, qui ont un corpuscule brillant, c'est-à-dire plus réfringent que le restant de l'article à
Fig. 72.
une de leurs extrémités. Tantôt l'extrémité qui s'avance a le corpuscule en tête, tantôt en queue. Les longs articles de la première sorte atteignent de 10 à 3o et jusqu'à /\ô millièmes de millimètre. Le diamètre est de 1 \ à 2, très-rarement 3 millièmes de millimètre.
Le 28 juin, la fermentation est entièrement achevée. Plus trace de gaz; plus du tout de lactate en dissolution. Tous les infusoires tombent sans mouvement au fond de la fiole. Le liquide s'éclaircit peu à peu et complètement les jours suivants.
Ces infusoires sans mouvements, tombant inertes au fond du vase de fermentation, parce que le lactate qui est leur aliment carboné fait maintenant complètement défaut, sont-ils morts et incapables de reviviscence (1)? L'expérience suivante porte à penser que la vie ne les a pas abandonnés et qu'ils se comportent comme la levure de bière qui, après qu'elle a décomposé tout le sucre d'un liquide fermentescible, est prête à se rajeunir et à se multiplier dans un nouveau milieu sucré. Le 22 avril i8y5, on abandonne à l'étuve à 23° une fermentation
(i) L'aliment carboné, dis-je, leur fait défaut et de là l'absence de vie active, de nutrition et de multiplication. Pourtant le liquide renferme un sel à acide organique carboné au même tilre que le lactalc. C'est le butyrate de chaux. Pourquoi ce sel ne fait-il pas vivre à son tour ces vibrions? L'explication de ce mystère me paraît facile. L'acide lactique fournit de la chaleur par sa décomposition, l'acide butyrique ne saurait en donner. Or, les vibrions ont besoin de chaleur pour suffire au travail chimique de leur nutrition.