CHAPITRE IV
qu'elle s'exerce en définitive sur un volume d'air excessivement restreinl et que, le ballon étant en libre communication avec l'air extérieur par l'ouverture du tube recourbé effilé, il n'y a pas «le rentrée d'air quand on ôte le bouchon. La chance que l'on aurait de rencontrer une spore ou un germe fécond, que le fi] porterait dans le ballon en même temps que ceux dont il est chargé, est si peu fréquente que je n'ai trouvé aucune utilité à adopter un dispositif opératoire plus sûr, lequel à la rigueur aurait pu être facilement imaginé si la nécessité s'en était fait sentir.
La manipulation qui précède donne lieu à une cause d'erreur plus sérieuse : c'est celle qui résulte de l'impureté possible de la semence quand on la prend dans un champ de graines de pénicillium, dont le développement s'est fait au contact de l'air ordinaire. Ce champ reçoit à chaque instant et a reçu, depuis qu'il est en culture, des poussières tombées de l'atmosphère; il ne saurait donc être et n'est réellement pas exempt d'autres graines de moisissures (i).
(i) Certaines observations du Chapitre précédent permettent de se rendre compte du nombre considérable de germes qui tombent sans cesse à la surface de tous tes objets. Je fais ici allusion à l'usage que nous avons fait de ces ballons de la forme ci-contre {fig. 17 ), d'une capacité de 2Ôocc à 3oocc, remplis au tiers de leur volume d'un liquide organique, qu'on a fermés en pleine ébullition, qui sont par conséquent vides d'air après leur refroidissement et qu'on va ouvrir par séries de io, 20, 3o, etc., en plein air, pour les refermer aussitôt. Celte manipulation enferme dans chacun d'eux environ 200cc d'air avec tout ce que ce volume d'air contient de poussières en suspension, puisque, par l'effet de la suppression brusque du vide intérieur, l'air se précipite avec force. Or on constate toujours qu'un certain nombre de ces ballons s'altèrent avec le temps, et l'on remarque que la proportion de ceux qui s'allèrent et la nature de l'altération sont en correspondance parfaite avec ce que l'on peut présumer du nombre et de la nature des germes en suspension, propres à se multiplier dans le liquide nutritif employé. Opère-t-on à une grande hauteur, loin des habitations, loin des souillures des villes, des plaines habitées, comme je l'ai fait au Montanvert, près de la mer de glace, l'altération est des plus rares. Dans une chambre habitée de la petite auberge malpropre et mal tenue du Montanvert, les résultats furent opposés. Dans un laboratoire où l'on étudie les fermentations, on recueille certaines natures de germes, souvent autres que ceux de plein air en rase campagne. Enfin, veut-on dos organismes dans tous les ballons, on n'a qu'à faire soulever les pous-
L'opérateur, à son insu, pourra semer fréquemment, outre le pénicillium seul apparent, des spores de mucor mucedo, de mjcoderma vini, de toutes les moisissures les plus ordinaires en un mot.
Ce procédé d'ensemencement n'offre donc pas des garanties suffisantes. On le rend plus rigoureux en recourant à un artifice.
Prenons une série de ballons de la forme (Jîg. 17), contenant
un liquide organique propre au développement des moisissures, c'est-à-dire légèrement acide : eau de levure, eau de levure sucrée, moût de bière, liquide Raulin (1), etc.; faisons bouillir le liquide et, après avoir étiré le col, fermons à la lampe pendant la sortie de la vapeur, au moment où l'on juge que l'air est à peu près chassé. Préparons ainsi dix, vingt de ces vases. Après le refroidissement, brisons leurs pointes dans un lieu quelconque. L'air rentre avec force dans ces ballons; refermons-les à la lampe et attendons : bref, c'est une méthode de culture qui nous a déjà
sièrcs du sol ou des objets au moment où l'on ouvre les ballons. Cette expérience si simple, si facile à reproduire, nous dit clairement qu'il est impossible que le champ de sporanges d'une moisissure, lorsqu'elle s'est formée dans un vase non couvert ou à la surface d'un fruit, orange, citron, poire, etc., ne soit pas mêlé à des germes étrangers à la petite plante. En d'autres termes, un observateur qui sème des spores de pénicillium après les avoir recueillies, ici ou là, « avec un pinceau », s'expose à de graves causes d'erreur.
(1) On sait que M. Jules Raulin a publié un travail remarquable sur la recherche du milieu minéral le mieux approprié par sa composilion à la vie de certaines