‹ Etudes sur la bièreChapitre 65 sur 201 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

C'est alors que, pour sortir d'embarras, je résolus de modifier complètement le dispositif des essais, et d'appliquer à la recherche que j'avais en vue une méthode de culture qui supprima.lit complètement, ou à très-peu près, la seule cause d'erreur que j'entrevoyais, c'est-à-dire la chute possible des germes ou des cellules de levure pendant les manipulations. J'y parvins par l'emploi des ballons à deux tubulures dont une droite est fermée par un caoutchouc avec bouchon de verre, l'autre étirée en col de cvgne effilé. L'usage de ces ballons, qui était alors nouveau pour moi, permit la culture du mvcoderme et son étude microscopique sans que j'eusse à craindre la chute des poussières extérieures. Cette fois j'obtins les résultats consignés dans la première partie de ce paragraphe. Plus jamais je ne revis de la levure, ni une fermentation alcoolique active, à la suite de la submersion des fleurs soit dans les ballons mêmes, soit dans les matras d'essaveur joints à ces ballons, comme le représente la fis. 19 de la page 101. Toutefois, je constatai en revanche cette sorte de fermentation alcoolique dont j'ai parlé précédemment et qui est due au mvcoderme lui-même, fermentation plus instructive encore que celle que j'avais cru mettre en évidence, et non moins utile assurément pour appuver la théorie de la fermentation dont j'ai donné plus haut un premier aperçu.

A une époque où les idées de transformation des espèces sont si facilement acceptées, peut-être parce qu'elles dispensent de l'expérimentation rigoureuse, il n'est pas sans intérêt de considérer que, dans le cours de mes recherches sur les cultures des plantes microscopiques à l'état de pureté, j'ai eu un jour l'occasion de croire à la transformation d'un organisme en un autre, à la transformation du mycoderma vini ou cerevisice en levure, et que cette fois-là j'étais dans Terreur ; je n'avais pas su éviter la cause d'illusion que ma confiance motivée dans la théorie des germes m'avait fait découvrir si souvent dans les observations des autres.

§ III. — Culture du jmïcoderma aceti a l'état de pureté.

Les cultures de mycoderma aceti n'ont pas échappé aux nombreuses causes d'erreur qui entourent les observations faites sur les organismes microscopiques. Cette petite moisissure est encore, pour beaucoup d'auteurs, une de ces espèces polymorphes susceptibles de modifications profondes , dépendant des conditions de leur culture : elle pourrait être tour à tour

bactérie, vibrion, levure de bière, etc A son sujet on a vu

renaître dans ces dernières années, sous un nom nouveau, l'ancienne hypothèse de Buffbn sur les molécules organiques, celle de Turpin sur les globulins punctiformes de l'orge, du lait, de l'albumine, celle du Dr Pineau de Nancy ou théorie de la pellicule proli gère de Pouchet (i).

M. Béchamp, professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier, dédaignant les expressions que je viens de rappeler, les a changées pour celle de microzyma, tout en gardant les opinions et les erreurs qu'elles représentaient. Ce savant désigne du nom de microzyma tous ces globulins punctiformes qu'on rencontre dans la plupart des liquides organiques soumis au microscope, et il leur attribue, avec Turpin, la faculté de jouer le rôle de ferments, celui également de se transformer en levure de bière et en divers organismes. Le lait, le sang, les œufs, l'infusion d'orge, etc , même la craie, en contiennent, et nous

avons maintenant, piquante découverte à coup sûr, l'espèce microzyma cretœ. Les personnes, et je suis de ce nombre, qui ne voient dans ces granulations des liquides organiques que des choses encore indéterminées les appellent granulations moléculaires ou granulations mobiles, parce qu'elles ont le

(i) BiFros, Histoire de l'Homme, t. VIII. Édition in-12, 1778. — Turpin, Méimoires de l' Académie des Sciences, t. XVII. — Dr Pineau, Annales des Sciences naturelles, t. III, i845. — Poi'CHET, Traité de la génération dite spontanée, p. 335, 1 85g. — Voir aussi mon Mémoire sur les générations dites spontanées de 1862, page 100 et suiv., où je résume quelques-unes de ces doctrines.

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