CHAPITRE IV
mouvement brownien. Les mots vagues conviennent aux connaissances vagues. Quand la précision clans les termes ne correspond pas à des idées nettes résultant elles-mêmes de l'observation de faits rigoureusement étudiés, il arrive lût ou tard que les faits imaginaires disparaissent, mais les mots créés prématurément pour les représenter, restent dans la Science, avec une signification erronée qui nuit au progrès au lieu de le servir.
Voici un résumé du système de Turpin fait par lui-même. C'est toute une biogénèse qui laisse loin derrière elle la théorie des microzymas de M. Béchamp, les descriptions de M. Frenry sur l'hémiorganisme, celles de M. Trécul sur la naissance des bactéries et de la levure lactique
« Lorsqu'une matière muqueuse n'offre rien d'apercevable au microscope, comme, par exemple, de la gelée, de la gomme dissoute, du blanc d'œuf, de la sève simplement épaissie en cambium naissant, nous la nommons matière organique ou matière organisable. On lui accorde l'imprégnation de la vie organique au degré le plus simple, on la considère comme les matériaux encore isolés de l'organisation. On suppose que les molécules invisibles dont se compose cette matière organisable se rapprochent, se combinent et servent, par l'effet de cette association, à construire les divers organes élémentaires des futurs tissus —
» N'est-il pas plus vrai de penser que la matière organisable est de toute origine, formée d'innombrables globulins trop ténus et trop transparents encore pour pouvoir être appréciables à des moyens microscopiques actuels et que tous ces globulins, toujours doués de mouvement et de leur centre vital particulier, mais dont un grand nombre avortent, sont tous capables de se développer isolément, soit en un organe élémentaire de tissu, soit en un végétal mucédiné?
» La matière organisable peut, suivant ses états successifs de développement ou d'âges et suivant les diverses formes qu'elle prend dans les tissus, être distinguée par des dénominations particulières.
» i° On peut l'appeler matière organisable, tant que ses com-
posants globulins ne sont pas encore sensibles au microscope actuel ;
» 2° Tissu amorphe ou globuliné, au moment où les globulins, d'abord invisibles, apparaissent au microscope après s'être accrus : amorphe ou sans forme ne s'applique ici qu'à l'association des globulins et non aux globulins eux-mêmes ;
» 3° Tissu vésiculeux, lorsque les globulins, en continuant de croître, se sont vésicules de manière à offrir une masse de vésicules contiguës encore vides ou contenant déjà une génération nouvelle de globulins ;
» 4° Tissu filamenteux ou tubuleux lorsque les globulins, au lieu de se vésiculer, se filent ou se tubulisent ( i ). »
Ce sont ces idées purement livpothétiques et tombées dans l'oubli que MM. Fremv, Trécul, Béchamp, H. Hoffmann, Hallier, etc.. voudraient faire revivre de nos jours et opposer à la théorie si claire, si bien appuyée par les faits, des germes en suspension dans l'air ou répandus à la surface des objets, des fruits, des bois morts ou vivants, etc..
(i) Pour la formation des levures des fruits, voici l'application que Turpin faisait de sa théorie (t. XVII, p. 1 55, des Mémoires de l'Académie, 1S.4O, où l'on trouve également la citation du teste, à la page 171).
Levures produites par le jus filtré de la pulpe de divers fruits.
« Par le mot pulpe, on entend le tissu cellulaire charnu, mou et aqueux du sarcocarpe ou mésocarpe du péricarpe de certains fruits mûrs. Ce tissu cellulaire, très-abondant dans la pêche et tous les fruits à noyaux, dans la pomme et dans la poire, dans l'orange, clans le raisin, etc., estle même que celui, souvent si mince, qui forme l'épaisseur d'une feuille. Composé partout d'une simple agglomération de vésicules maternelles contiguës, toujours remplies de globulins plus ou moins développes, plus ou moins colorés, doués individuellement d'un centre vital particulier, il n'est pas étonnant que ces globulins, une fois libres et isolés de l'organisation composée et de la vie d'association du végétal, puissent, étant placés dans un milieu convenable, végéter et se transformer, sous ces nouvelles influences, en une mucédinée filamenteuse et articulée.
» Ce sont ces globulins si ténus et par conséquent si transparents qui, lorsqu'on les abandonne dans leur eau sucrée, croissent, deviennent vésiculeux en produisant d'autres globulins dans leur intérieur, germent ensuite, végètent en filaments mucédinés, décomposent le sucre et sont la cause de tous les efl'ets qui constituent ce que l'on appelle la fermentation alcoolique. »