RÉSUMÉ
Nos observations sur les Chlamydomonadinées sont insuffisantes, nous le savons, pour édifier une théorie complète de la cellule ; nous ne croyons pas inutile cependant de résumer brièvement la conception à laquelle nous sommes progressivement arrivé.
La cellule est formée par du protoplasma qui présente un grand nombre de différenciations diverses : pour les saisir, il faut prendre comme point de départ le protoplasma homogène comme celui des pseudopodes, des flagellums, etc. ; cette expression de protoplasma homogène signifie simplement que nous ne pouvons actuellement, avec les moyens dont nous disposons, reconnaître l'arrangement moléculaire ou micellaire de la substance vivante.
Les réactifs nous permettent de reconnaître une première différenciation dans le protoplasme homogène ; il
(1) Rosen : Î7e6er tinctionelle Unterscheidung verschiedeiier Kern
bestandlheile und der sexualkerne {Cohn's Beitrage zur Biologie der Ptlanzen, t. V, 1892).
peut avoir de l'affinité pour les réactifs de la chromatine : il est chromatique. Plus souvent le protoplasme reste incolore sous l'action de ces mêmes réactifs ; il est alors Rchromo tique.
Les autres différenciations proviennent soit de son mode de distribution dans la cellule, soit de dépôts qui s'effectuent à son intérieur.
Les premières ont donné lieu à la théorie réticulaire, à la 1^ théorie vacuolaire et à la théorie alvéolaire ; les autres ont donné naissance à la théorie granulaire.
La structure réticulaire peut être occasionnée par un mélange de protoplasme chromatophilc et de protoplasme incolore ; elle est due plus souvent à une intercalation d'eau chargée de substances diverses en' dissolution. Si les mailles sont limitées par des cloisons complètes, nous tombons dans la structure alvéolaire ou vacuolaire, qui ne se distinguent l'une de l'autre que par la grandeur des mailles.
Les granulations fuchsinophiles et autres qui se déposent quelquefois en grande quantité dans le protoplasma,donnent lieu à une structure granulaire qui peut s'ajouter aux précédentes pour les compliquer davantage.
Chacune des structures que nous venons d'énumérer, loin d'être exclusive, peut se montrer dans la même cellule associée aux autres ; elles ne sont que des manifestations de l'activité fonctionnelle de la substance homogène P vivante.
Cette activité a entraîné également la différenciation d'éléments ayant pour objet plus spécialement des fonctions déterminées. Ainsi, dans une cellule de Chlorophyte, H on distingue le cytoplasme, chargé plus particulièrement des mouvements de la cellule, de la nutrition superficielle, etc. ; le chloroleucite, qui réalise la nutrition holophytique ; le noyau, qui préside aux divisions cellulaires, etc. Dans chacun d& ces éléments, le protoplasma conserve
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les mêmes propriétés générales ; il est susceptible d'éprouver toutes les viodifications de structure que nous avons énumérées. On peut cependant appliquer une désignation spéciale à chaque élément : nous distinguons le cytoplasme, le chluroplasme, le nucléoplasme.
Il est plus difficile de préciser la nature exacte des pyrinoïdes dans le chloroplasme, des nucléoles dans le noyau ; il nous parait seulement tout à fait vraisemblable, sinon certain, que ces éléments ne sont pas simplementun dépôt de substance de réserve. Ce qui le montre bien, c'est la propriété qu'ils ont de pouvoir se diviser ; à notre avis, ils représentent une condensation de protoplasme vivant, lequel, à un moment donné, peut reprendre les caractères de protoplasma ordinaire ; sous l'état condensé, il est fortement chromatophile ; il peut également devenir vacuolaire ou même se séparer en sortes de fibres ou de réseau, mais à un degré beaucoup moindre que le simple protoplasma.
Nous venons de signaler des différenciations nombreuses du protoplasma homogène qui sont en rapport : 1° avec les phénomènes généraux de la vie cellulaire ; 2" avec une attribution spéciale à des fonctions déterminées. Il en existe une troisième variété chargée p^ut-être do la transmission des caractères héréditaires, ayant en tout cas un rôle important dans la sexualité. Si, elles ont été mieux étudiées dans le nucléoplasme, où elles deviennent très apparentes pendant la karyokinèse, il nous semble probable qu'elles existent également, peut-être sous une autre forme, dans le cytoplasme. Dans le noyau, on leur a donné le nom de chromosomes, et leur réunion présumée constitue \q cordon nucléaire. Les chromosomes se distinguent par leur grande chromatophilie ; celle-ci peut s'étendre à toute la masse lorsque les chromosomes sont libres ; elle se localise sur de petits éléments séparés par du protoplasme incolore dans le cordon nucléaire. Le
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cordon nucléaire, dans le noyau à l'état de repos, devient fréquemment invisible au milieu du nucléoplasme, et on ignore jusqu'cà quel point il conserve son individualité. ^Dans le cytoplasme, de telles différenciations ne sont point en général apparentes : on est cependant en droit de se demander si quelques-unes des fibrilles de Flemming n'auraient point une signification analogue; il faudra essayer de les suivre pendant toute la vie de la cellule.
Tel qu'il est formulé, avec ses imperfections certaines et inévitables, cet exposé aura-t-il une heureuse influence sur l'étude de la connaissance de la cellule ? L'avenir le dira, non sans nous apporter tout d'abord, sans doute, l'écho de nombreuses critiques." Les uns trouveront que cette théorie n'a aucun caractère d'originalité, ce qui est peut-être vrai ; les autres la combattront parce qu'elle va à l'encontre de trop de théories particulières ; quelques-uns remettront en question le point de départ et trouveront dans ce que nous considérons comme protoplasma homogène de nouvelles diflérenciations ; il arrivera alors ce qui s'est produit pour le sarcode de Dujardin. Qu'on veuille bien d'avance reconnaître pour notre justification que nous admettons parfaitement que la substance vivante n'est en réalité que pseudo-homogène ; si nous pouvions réellement pénétrer dans les secrets de son organisation intime et suivre les détails des réactions qui s'y passent, nous verrions toute autre chose. Naegeli (t), Weismann (2), pour ne citer que ceux-là, nous ont déjà, avec leur puissant esprit de divination et de généralisation, fait entrevoir une partie de cette constitution' hypothétique de la substance vivante : mais dans le ressort de l'observation directe, il faut être moins exigeant.
(1) Naegeli : Mechanisch-phy. Théorie der Abstamm., 1884. (•2) Weisman : Essais sur l'hérédité et la sélection naturelle, traduction H. de Varigny, 1892.