‹ Études sur la circulation et les banques (volume 2)Chapitre 10 sur 40 · DE LA LIBERTÉ DES BANQLES · texte numérisé non relu

DE LA LIBERTÉ DES BANQLES

et à l'industrie, c'est bien plutôt par l'emploi judicieux de leui^ propre capital et de leurs dépôts eu escomptes et en ouvertures de crédit, cpie par rémission de leurs billets; c'est par l'utilisation duimniéraire inactif appelé en compte courant dans leurs caisses, bien plus que par la création du papier fiduciaire. Quelques chiili es ie démontrent avec évidence. Les banques d'Ecosse opèrent avec des capitaux propres dont l'ensemble représente 1 1 ,700,000 livres sterling; elles font valoir des dépôts excédant 40 millions de livres; en tout, plus de 50 millions sterling de valeui's productives. Or, leur circulation totale n'excède pas 3,500,0(M livres, bien que le chiffii^e de lew coupure minimum descende à ime livre . Si Ton déduitdu total de cette circulation environ i ,500,000 livres pour les encaisses qu'elles sont obligées de conserver, en vue du rt iuboursement, on trouve que leurs émissions n'épargnent au pays qu'environ S^millions sterling de numéraire, somme insignifiante en comparaison de Fénormité de leurs capitaux et de leurs dépôts. Ces émissions seraient supprimées ou réduites, que ces banques n en l eiidi aient pas moins de services et ne réaliseraient pas de moindres bénéfices. La suppression des billets à vue réduirait à peine leurs ressources, tout en diminuant dans une forte proportion leurs frais et leurs risques.

La même observ ation s'applique aux banques des six tLUxtA de l'Amérique du Nord, groupés sous le

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capitaux et de leiii^ dépôts réunis dépasse de bc au* coup celle de leur^ éxuissioas, et c'est sui tout par l'emploi de» deux premiers éléments qu'elles* ont été utiles au pays où elles fonctionnel! t. Leurs billets au porteur ont to^}Our8 été pour elles une source d'inquiétudes, de périls, et souvent de désastres. De là sont proveuues les suspensions générales des payements métalliques, et la plupart des faillites particulières de ces établissements de crédit.

Les partisans de la liberté des banques, M. Carey à leur tête, ne pouvant nier la fréquence de ces faillites aux États-Unis, se sont efforcés de démontrer par des chiffires que les conséquences m ont été peu désastreuses, et que l'éventualité de semblables chutes ne faisait courir au public que des chan* ces de perte insignifiantes. M. Carey a employé pour cela un singulier artifice d'arithmétique. Il suppute la somme des transactions accomplies au moyen des billets de banque pend(uit une longue période; puis, évaluant Timportance du déficit des faillites, il le compare à la masse totale des ti^ansactions effectuées, et il arrive ainsi à une moyenne annuelle très-faible de perte, et partant de risque. A ce compte, on démontrerait qu'un négociant qui, pendant vingt ans, aurait fait avec ime autre maison des opérations d'une importance moyenne de i 00,000 fr., renouvelées quatre fois

DE lA LIBBRTÊ DBS BANQUB!(

par an, et qui perdrait la totalité de ses 100,000 ù\ dans la faillite de son correspondant, survenue la

vingt-unième aimeç, n'aurait éprouvé qu'un dummage insignifiant, égal au quatre^vingtième de ses opérations totales, et n'aurait couru sur chacune d'elles qu'un risque de i,25 p. iOO* Mais si, négli"* géant ce fantastique calcul, on compare le nombre des banques et des faillites survenues dans un temps donné , on arrive à une tout autre appréciation. Or, d'après M. Carcy lui-même, eu viiii:t-cinq ans, sur quatre-vingt-dix-sept banques qui ont existé dans les six États de Massachussets, Rhode-Island, Maine, New-Hampshire, VermontetConnecticut, composant la Nouvelle- Angleterre, seize ont fait faillite. Il s'agit là de l'élite, de la fleur des banques aux États-Unis, considérées pendiuit la période la plus brillante de leiu* existence. En dehors de ces six Ëtats, c'est bien autre chose.

Dans l'État de New-York, de 1811 à 1830, en dixneuf ans, sur un nombre moyen de vingt-six banques, on compta onze faillites ;

Dans leNew-Jersey, sur douze banques, dixfaiUites;

En Pensylvanie, sur vingt banques en moyenne, dix-neuf faillites.

Ainsi, sur cinquante-huit banques, quarante ont l'ait faillite dans une période de vingt ans.

Ces trois Ëtats sont pourtant, après les six de la Nouvelle-AngleUn're, ceux où les banques offrent le

CnAniRE YTIT.

plus de sécurité. Que serait-ce si nous passions dans les États du Sud et de TOuest! Là, sur un nombre

de quatre-viugt-sept banques, il y aeu cent soixantesept faillites en vingt-cinq ans, c'est-à-dire près de sept faillites par années. En d'autres termes, chaque banque fait faillite en moyenne tous les douze ans.

Tels sont les chiffies avoués par M. Carey, et encore ne fait-il entrer dans sa statistique ni la suspension générale des payements en 1833, ni la crise de 1837, où, sur neuf cents banques, quatre cent cinquante suspendirent leui*s remboursements métalliques ou tombèrent en faillite, ni celle de 1842, non plus que la célèbre débâcle de 1 857, où toutes les banques sans exception cessèrent d'échanger lems billets contre du numéraire. Ce qu'il y a de plus triste, c'est que les pertes résultant des faillites des banques tombaient surtout sur les classes ouwières, sm* les petits porteurs, par suite de lextréme division des coupures et de l'ignorance où se trouvait cette classe du public sur la situation réelle des diverses banques. Les grands négociants, les riches capitalistes, mieux reuseigués, pouvaient se garantir à temps en rejetant dans la circulation les billets des établissements suspects. En présence de ces désastres et de ces scandaiiîux alius, on conipn nd l'hostilité des classes inférieures contre les banques aux Ëtats-Unis ; on comprend que le peuple de TÉtat

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