BÉFORMB DE LA BANQUE DE FRANCE
se perpétuer en temps de paix. Ces» 60 millions se trouveraient en plus dans l'encaisse ou en moins dans la circulation, et la situation de la banque serait non- seulement suffisante, mais pleinement prospère et rassurante. Elle comporterait un taux d'escompte à 4 p. 100 au lieu de 7, chiifre correspondant à Vépoque prise pour exemple.
On voit, par ces chiffres irrélutables, de quel immense intérêt il est pour le commerce et pow Tinduslrie, que la banque cesse de faire des avances aux porteurs de titres de bourse et d'être le préteur permanent de l'État, n y a là une réforme aussi facile à réaliser que féconde en hemeuses conséquences ; aussi espérons nous qu'elle n'aura pas été sigiialée en vain aux grands pouvoirs publics et à la banque elle-même.
Il ne nous reste plus à apprécier que la dernière . des quatre mesures signalées plus haut, sur laquelle 1 attention publique a été récemment appelée par plusieurs organes de la presse : Textension de la circulation de la banque, par le recours aux petites coupures. Nous ne saurions nous associer à la faveur dont cet expédient a été Tobjet de la part d'un grand nombre d'honunes éclairés. Si nous n'avons pu approuver, sur d antres points, Torganisatiou e( la marche de la banque de France, eu revanche nous considérons comme un titre d'honneur pour elle, la résistance qu'elle a constamment
CDAPITRE \,
opposée à l abaissement exagéré du chiffre minimum de seg billets. Nous avons développé^ daas la pre« mière partie de cet écrit, les i;ravt's raisons ccuiiu' miquefi et mêmes politiques qui imposent à la France, plus qu'à tout autre pays, le devoir de maintenir sa circulatiuu soiideuieiit assise sur une base métallique. Il est donc inutile de les reproduire ici, liornons-iiuus à faire observei que si, par rémission des petites coupures, la banque parvenait à grossir le ehifire de sa circulation de ISO ou 200 mil^ lions, le l>iea-étre momeutané qui pourrait accom' pagner cette diffusion de la monnaie fiduciaire serait iné\itableiïient suivi de iiuuvelh^s et plus graves difficultés. En effet, cet accroissement de la masse de billets circulants exigerait une augmentation proportiouuelle de rencaisse métiillique. Ur, lorsque la banque a déjà tant do peine à maintenir sa réserve de numéraire à uu niveau convenable, en présence d'une circulation dont la plus faible coupure était naguère de 100 francs, serait-il prudent de la placer en face d une diiliculté plus grande encore ? Cette difficulté, résultant de Télévation du total du papier tiduciaire, serait aggravée par la raréfaction de numéraire, qu amènerait inévitablement la diffiision des petites coupm*es dans les dernier8canaux.de la circulation.
Dans son rapport du S avril 1847, Fhonorable M. Beuoist d'Azy, appréciant la proposition de
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créer des billets de 100 francs, qui fut alors repou&sée, disait : « Admettre des biiiets de iOO fr. « avec une liberté illimitée et sans autre garantie (( que la souuiie de numéraire à conserver en caisse, « dans la proportion d'un tiers des billets émis, « c'est se jeter dans une voie aventureuse, dans la* « quelle peuvent se trouver de grands dangers^ « sans autre garantie qu'une mesure dont Finefft^
« cacité a été démontrée
Le ministre des finances et les gouvemelU' et (f sous-gouverneurs de la baïKiii»^ s'opposent vi\e- " ment à cette création des billets de 100 Irancs. a Ils reconnaissent bien qu'ils seraient d'un emploi u commode et facile ; mais par cela même ils y u voient tous les dangers que nous avons signalés c( comme conséquence d'une circulation exagérée. t( Us n'admettent pas une limit*atiou possible, par- « ceque l'exigence du commerce forcerait la main i( à la banque, qui aui ait peine à se défendre sur le n terrain de restriction qui lui serait tracé. Plus « que toute autre, la circulation des petites coupures (( leur parait propre à faciliter l'exportation du nuc< méraire, dont les petits billets prendraient plus « aisément la place. Shus doute, ce numéraire dé- « placé viendrait à la banque, et il ne peut en res-* c< sortir que pour les besoins du pays ; mais autre c( chose est de voir le nuinéi aire dans tous les ca- « naux de la cii'culation, d'où aucune grande spé«
CBAPITRE X.
i< culatioa ne peut Textraire en gi*ande masse et
« dans au temps très-court, ou de le voii dans les « caisses de la banque, d où un besoin subit à « rétranger, une variation dans les changes, peut i< toujours l'extraire par uu mouvement rapide, qu il a ne dépend pas d'elle d'arrêter, à moins qu'elle « ne refuse l'escompte ou qu'elle n'en élève le <c taux; ce qui amène une grande perturbation « commerciale. »
Fi'appé de ces considérations, le iégislatem* de 1847 n'admit que le billet de 200 francs et repoussa celui de 100 iraucs. Mais en 1852, cette dernière coupure fut autorisée, sous riniluence des pai*tisans de Fextension de la monnaie fiduciaire. Depuis lors, elle ligure pour environ 200 millions dans la circulation totale de la banque de France ; mais, depuis lors aussi, nu us avons vu l'encaisse en délicit presque permanent, l'escompte à un prix élevé ; et il a fallu, en 1887, autoriser la banque à le porter à volonté au-dessus de 6 p. 100, pai' une dérogation imique à la législation du pays, qui aurait paru mon:5ti ueuse et impossible ([uelques années auparavant. Sans prétendre que l'émission du billet de 100 francs soit la seule cause de ces graves embarras, n est-on pas fondé à soutenir qu'elle y a contribué pour une part notable, et que les faits ont ainsi justifié les appréciations prophétiques du rapporteur de 1847?