‹ Études sur la circulation et les banques (volume 2)Chapitre 23 sur 40 · tO · texte numérisé non relu

tO

On poiiiTait adopter pour le partage des produits de Fescompte entre la banque et FÉtat un autre point de départ, soit 8 au lieu de 4 p. 100, et une autre base de répartition, pai* exemple, attribuer à l'État 1,20 au lieu de l,iO par chaque I p. 100 de surélévation de l'escompte *. L'important, c'est d'établir un principe qui intéresse directement la banque au maintien d'un taux modéré de Tes-

1. Voici quelle serait, dans celte dernière liypothèsc , la réparti lion des profils de rescompte entre la banque et l'Ktal , en preiiàiil toujours pour maximum régulateur le taux de 4 p. 100 :

Taux d'etcompte.

Part de la banque.

Part de l'État.

Digiti/oû by Goo^lc

K^FORME OB lA L«ANQUE DE FRANCE. ^5

compte, qui Tassocie dans une certaine mesure aux

souffrances que Télévation exâpérée de l'intérêt inllige à iiadustiie et au commerce, et mette un terme au douloureux contraste que présente un établissement privilégié s'enrichissant de la détresse générale, qu'il a le pouvoir de préparer par ses fautes et de faire éclater par ses rigueurs.

Ce serait presque l'aire injure à la perspicacité du lecteur que d'insister plus longtemps sur la convenance d'une mesure contre laquelle il n'y a pas un seul argument sérieux à invoquer. Cette mesure devrait être également appliquée aux banques provinciales, si jamais on se décidait à les rétablir. Sous sa bienfaisante influence, on verrait les banques montrer, dans les périodes d'abondance et de prospérité , une prudence et une réserve qui leur ont quelquefois manqué. Stimulées parle tout-puissant aiguillon de Tintérét personnel, elles s'attacheraient à réunir leurs ressources en temps utile, à réfréner dès l'origine les excès de la spéculation commerciale, à prévenir les crises, au lieu de les laisser se former pour leur opposer trop tard une répression brutale, mais lucrative. Elles deviendraient véritablement alors les organes supérieurs et les régulateurs du commerce et de Findustrie, et ne sauraient jamais encourir le reproche d'en être les parasites et les tyrans.

Il est inutile d'entrer dans de longs développe-

266 GnAPmK x.

mmtê sur les deux dernières mesures que nous

avons indiquées comme d'atlles corn etifs du monopole de la banque unique, et du pouvoir qui lui est attribué d'élever à volonté et sans limite le taux de l'escompte. La plus importante consiste dans réU\blissement de taux d'escompte différents pour le papier de Tindustrie et du commerce intérieur et pour le papier de banque et de change. Il est évi* dent que le papier de la première catégorie ne fait courir aucun dnng'er à rencaisse de la l^anque, et qu'il n'est jamais créé en vue de la spécidation ou de l'exportation du numéraire. On'un fabricant de toiles tire des traites sur le marchand de nouveautés qui lui a acheté ses produits et les remette à mn escompteur qui les présentera à la banque, quim maitre de forges agisse de même pour se couvrir de la vakur du fer qu'il a livré h ses correspondants, on cherche en vain quel inconvénient pourrait ré* sulter pour la hanque de l'admission de ce papier à bas intéri'^t. ^lais, que des Ijaiiquiers de Vienne, de Turin ou de Constantinople tirent sur leurs correspondants de Paris au profit d'un troisième banquier qid vient présenter les traites à la banque, pour se procurer de Targent au moyen duquel on escomptera h haut prix des obligations du gouveinement autrichien, italien ou ottoman ; que des spéculateurs en sucre ou en coton fassent venir de l'étranger dix fois plus de marchandises qu'ils n'en peuvent

RÉPORMB DE LA BANOUB DE FRANCE. 267

payer, pour l68 mettre en entrepôt et déterminer une

hausse factice ; qu'ils fassent faire traite sur eux de l'étranger pour les payer, qu'ils se vendent et se re-vendent dix fois les ims aux antres la même marchandise , en créant h chaque opération plus ou moins sérieuse des effets que Ton présentera à la banque, pour entretenir le plus longtemps possible un agiotage effiréné : le danger de l'admission d'un tel papier à Tescompte est manifeste, et il est légitime de le repousser soit par un refus catégorique, soit par une élévation d*escompte qui découragera les spéculateurs, en ab^oi baat leurs bénéfices. Or, ces diverses natures de papier sont, à bien peu d'exceptions près, très-faciles à distinguer pour un escompteur expérimenté. Pourquoi donc ne pas les frapper de taux d'escomptes différents, de manière à laisser jouir des avantages ordinaires celui qui est le résultat du mouvement naturel et régulier de l'industrie et du commerce, et à ne grever que celui qui représente des spéculations téméraires, des prêts usuraires aux Ëtats étrangers, des opérations d'accaparement et d'agiotage sur les marchiiuiiises, et qui seul peut compromettre les réserves métalliques?

C'est par les mêmes raisons que nous proposons de laisser une plus grande indépendance aux succursales à l'égard de la banque centrale, surtout en ce qui concerne la fixation du taux de l'escompte. On n'aperçoit pas la nécessité absolue d'un taux d>s-

compte uniforme pour toute la France, et ou se demande pourquoi, lorsque rencaisse de la banque est menacé à Paris, au Hâvre ou à Marseille, il faut que les filateurs de Reims et de SaintrQuentia, les forgerons et les nibaniers de Saint-Étienne, les drapiers d'Elbeut et de Louviers, qui ne demandent pas à la banque plus d'espèces qu'à Tordinaire, soient tout à coup écrasés par des taux d'escompte exorbitants, destinés en réalité à écarter un papier absolument différent du leur. Il serait donc convenable que Télévation de l'escompte ne s'appliquât qu'aux places où rencaisse est réellement menacé, où règne une spéculation désui donuée, et que les succursales où les affaires suivent ieui* cours ordinaire, ou i encaisse se maintient à son niveau régulier, eussent le droit de se soustraire à l'élévation de Tescompte, tant qu'elles resteraient dans ces conditions. Pour peu que lïndustrie et le commerce sérieux des localités où sont établies ces succursales fut représenté dans leur administration, ceUe-ci saurait bien se mettre en garde contre les opérations de» arbitragistes, contre le papier de complaisance, et s'assurer ainsi la conservation du bienfciit de rescumpte à bon mai'ché. Par là, le système d'une banque unique avec de nombreuses succursales se rapprochera, autant que possible, du régime des banques régionales, dont les avantages ont été exposés plus haut. Nous avons accompli la tâche que nous nou?^

Page 1