‹ Études sur la circulation et les banques (volume 2)Chapitre 7 sur 40 · LA CIRCULATION EN FRANCE · texte numérisé non relu

LA CIRCULATION EN FRANCE

l^n Tabseuce de doeumeuts précis, il est ti t s-diiûcile d'évaluer en chiffres le montant de ce dommage, relativement à letat actuel de la circulation. Néanmoins, quand on considère que le développement des opérations de la Banque de France et de ses cinquante comptoirs aujoiu d'hui existants et l'émission des coupures de iOO fr. n'ont augmenté la circulation fiduciaire de cet établissement cpie d Vnviron 600 millions, relativement à 1828, époque oii lo mouvement commercial était beaucoup moindre, il est dit'licile d'estimer à plus du tiers de cette somme, soit 200 millions, le numéraire qu'une plus grande extension des émissions aurait rendu disponible dans la période que nous considérons. Que Ton y joigne SO millions pour les fonds consacrés aux envois de place en place, l'on arrive au chitlVc; total de 250 millions pom* l'évaluation de la somme de métaux qu'une extension du papier de crédit proportionuellemeut égale à celle que nous possédons aujourd'hui aurait pu rendre disponible vers la fin de la Restauration. Ce iiiiinérain^ utilisé à 6 p. iOO aurait produit un intérêt annuel de 15 millions, auxquels il convient d'ajouter un million pour la perte résultant du frai, éviiluée à ^ par an sur la monnaie d'argent. Si Ton estime à 4 miUions les frais de transport de numéraire vi chan^c^, qui sont économisés actuellement par ia correspondance des comptoirs de la Banque, on reconnaît

que la préduminance i\v la circulation métallique eu France coûtait au pays, relativement à l'état actuel^ ua sacrifice annuel d'environ 20 millions.

C'était là, sans doute, une perte considérable ; mais elle était compensée par d'assez grands avan<«

tagcis. La i'aiblesse de rémission de la Ijanqutî de France, qui n'excéda pas 214 millions en 1828, rélévation du chiffre des coupures, qui les retenait duuâ les canaux auxquels ils sont naturellement le mieux appropriés, garantissaient la banque contre la crainte de dem(uides considérables de remboursement. D un autre côté, en l'absence de caisses de dépôt servant un intérêt, tous les fonds inactifb affluaient dans celles de la Banque, qui se ti*ouvait ainsi toujours en possession de masses importantes

de numéraire. Cet établissement était ainsi aftiauchi de la nécessité de défendre son encaisse par des mesures restrictives. Aussi, son taux d'escompte conservait-il une fixité qui uous étonne aujourd'hui. Pendant vingt-sept années consécutives, de 4820 à , 1847, il resta immobile à 4p. 100, malgré la terrible crise commerciale de 1823-26 en Angleterre, la révo* lution de 4830 et la crise américaine de 1833, et, de plus, la banque ne recourut que rarement à ces res- Uictions des durjèes d'échéances qui ont, depuis lors, jeté de si profondes perturbations dans les affaires.

On serait peut-être tenté de croire qu'en Tabsence de banques ou de comptoirs d'émîBsion dans les

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provinces, rescompte du papi(îr de commerce y devait être difficile et d'un prix élevé. En réalité il n'en fut pas aiusi. Sur tous les puiuts où se prodiusait de la matière escomptable, de nombreux biuigaiers privés, opérant avec leurs propres fonds et ceux diî quelques comnKiudLtaires ou déposants, satisfaisaient à tous les besoins réels, et cela à un intérêt d'autant plus modéré que le cours élevé des fonds publics à partir de 1833, Texiguité de la dette flottante maintenue dans d'étroites limites par un s^ouvemement économe et rigoureusement surveillé, la rareté des valeurs de Bourse, rendaient plus difficiles les placements à comt terme et de facile réalisation. La fixité du taux d'escompte de la Banque servait de régulateur pour l'ensemble du commerce, et Ton aurait alors considéré comme d'épouvantables usures les élévations d'intérêt auxquelles cet établissement s'est livré depui^^ quelques années, avec privilège du gouvernement. A bien considérer les choses, on peut affirmer que Vescompte du bon papier de commerce était moins cher, plus assuré et plus facile pendant les dix premières années de la Heslauratîon et sous la monarchie de 1830, qu'il ne Va été en moyenne depuis les récents développements imprimés à la circulation de la Banque de France. Un tel résultat n'a rien qui doive sw^prendre, quaud on considère que les escompteurs privés, ne prenant • que le papier de commerçauiis dont la solvabilité

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leur était parfaitement coaaue, u'avaient pas à ajouter au prix de Tescompte la prime d'assurance que doivent prélever de vastes établissements, opérant toujours un peu à Faveugle et réduits, suivant une expression vulgaire mais vraie, à faire payer les bons pom* les mauvais. De plus, opérant avec du numéraire, à eux appartenant, ils n'avaient pas à se prémunir contre le retrait subit de dépots ou le remboursement de masses énormes de billets au porteur et àvue, par le resserrement subit de leurs escomptes, la restriction des échéances et la brusque élévation du taux de Tintérét. Peut-être le papier de com* merce mauvais ou douteux trouvait-il plus diificilemont à se placer qu'aujom^d'hui ; mais qui pourrait dire que ce fût là im mal?

D'un auti'e côté, Fhabitude où était chaque négociant de compter exclusivement siir ses ressources personnelles et sur celles de ses banquiers habituels, imposait au commerce avec Textérieur des allures pnidentes et réservées, en même temps que Tabondance du numéraire, résultant des nécessités d une circulation presque purement métallique, rendait faciles et inoffensives les exportations de métaux précieux qu'exigeait par intervalles un excès d'importation. On comprend, en effet, que lorsque la masse du numéraire existant dans un pays est trèsconsidérable, les sommes qu'il est parfois nécessaire d'en distraire poiu* les envoyer à l'étranger sont

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plus faciles à réunir et creusent un déficit beaucoup

moins sensible que si le numéraire est déjà réduitau minimum par la diffusion geueiaie du papier. Aussi, ne Toyait-on pas alors le commerce d'exportation diriger sur les encaisses de la banque ces charges à fond périodiques, qui mettent parfois cet établissement à deux doigts de la suspension de ses remboursements.

Enfin, si Tabsence d'établissements de dép6t recevant les fonds dispuuil)les et en servant intérêt était désavantageuse aux possesseurs de ces fonds, souvent réduits à les conserver inactifs, elle avait aussi pour eitet de faire rechercher les placements durables et de pousser les capitaux vers les emplois prudiictifs de ragriciilture, de Tindustrie et du commerce. Aussi la période que nous étudions fùlrelle féconde en progrès dans ces branches de l'activité nationale. C'est à elle que remontent les premiers perfectionnements agricoles, la création de la pluvial t de nos grands ( lahlissements métaUurgiqiit s et manufacturiers, la mise en valeur de nos houillères et de nos mines, la formation des services de transport que compoitait l'état de nos moyens de communication et de la science. Jamais peut-être, à aucune époqur, l'activité et rintelligence individnclies ne trouvèrent aussi facilement l'instrument sans lequel elles dememrent stériles, c'est-à-dire le capital ; non pas le capital jaloux de se tenir toujoui s dispu-

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lubie, avide de gains immédiats, ne se posant un moment sur une affaire, comme le frelon sur les fleurs, que pour en pomper rapidement tuus les sucs et se jeter sur une autre; mais le capital s'engageant à long terme, s'assooiant en connaissance de came au travail , à la probité , à la capacité constatée* C'est grâce à ce régime économique que la France vit croître rapidement sa prospérité intérieui-e, qu'elle cicatrisa les plaies de deux invasions, qu'elle put payer aux étrangers la rançon de son territoire, aux émigrés celle des confiscations révolutionnaires, accomplir Texpédition d'Espagne et la conquête d'Alger, enfin qu'elle traversa la redoutable épreuve de i 830, sans être réduite à Thumiliante nécessité de suspendre les remboursements métalliques de sa banque centrale*,

La période décennale de. 1 836 à i 846 fut signalée par un développement considérable dvs établissements de crédit. Treize comptoirs de la banque de France furent créés dans les principales villes commerciales, et six banques indépendantes constituées en sociétés anonymes'furent autorisées à Lyon, Mar* seille, le Havre, Lille, Toulouse et Orléans. En même

i . La banque de Bordeaux fut la seule qui suspendît, en 1830, 8CS rcmboursementa métalliques ; mais elle les reprit au bout de quelques mois. Dans riuLervalle, ses billets ne cessèrent p.is de circnlep, p^râce au dt'îvouemtmt et à la conCianeo des négf(JcîaTils de Bordeaux., qui Uorent à honneur de soutenir ieur banque locale.

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temps on vit s'établir ou se développer à Pariâ des caisses de dépôt et d'escompte, recevant à un mo* dique intérêt les fonds des particuliers et les employant à l'escompte du papier de commerce, à des prêts sur consignation de marchandises, et à d'autres opérations productives ^ Quelques-unes de ces caisses, pour se procurer des fonds et .tourner autant que possible le monopole de la banque de France, émettaient des billets payables à quelques jours ou quelques mois de vue et portant intérêt, billets destinés à servir à la fois d'instruments de circulation et de placement pour les capitaux oisifs. Par là une asse2 grande quantité de numéraire fut rendue disponible pour Texportation ou pour d*au-

très emplois. Mais, comme compensation de cet avantage, on vit bientôt se manifester dans les conditions d'existence de la banque de France, et principalement dans les oscillations de sou encaisse, des embarras et une sensibilité maladive, qui semblaient dès lors présager l'explosion de crises inconnues sous le régime précédent. Le premier symptôme du mal éclata en 4842, année où, sous Tinfluence d*un assez vif mouvement du commerce d importation, la banque de France vit ses réserves presque épuisées, et dut emprunter à la banque d'Angleterre vingt-

1. Panai ces établissements, 11 aulTll de citer la caisse LaflUte, Oésignf^e pins tard par la nom de M. Guuia, sun nouveau gérant , les caisses Gaimeron , Baudon , Béchet et De Thomaë.

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cinq miUiûus en lingots, pour faire face au retrait des dépôts et au remboursement de ses billets. Bientôt éclata la reduuUible crise de 1846-47, due à la disette des subsistances et aux excès de la spéculation sur les chemins de fer. Assaillie à la fois par les demandes de numéraire destiné à solder los importations de céréales, et par le retrait des fonds déposés en vue des verseuiunts à faire aux nouvelles compagnies de chemins de fer, la banque ne dut son salut qu'à un emprunt de vingt-cinq milUons en lingots négocié auprès des capitalistes anglais et à rachat de cinquante ndllions de ses rentes par Tempereur de Russie. Alors, pour la première fois depuis 1 820, elle releva le taux de son escompte à 8 p. i 00, et Ton eut le triste spectacle d'un établissement de crédit privilégié, grossissant le chiffre de ses bénéfices au sein d'un désastre général, auquel son imprévoyance et les vices de son organisation avaient puissamment contribué. Ce fut au milieu de cette crise, en avril 1847, que la chambre des députés discuta et vota la loi qui autorisait la banque à émettre des coupures de 200 fr. Dans cette discussion, sur laquelle nous aurons à revenir, quelquesuns des plus graves défauts de Torganisation de la banque furent mis en lumière, mais on n'adopta aucune mesure efficace poui' y remédier. Les choses continuèrent sur Tancien pied jusqu'à la révolution de février 1848, signal d'une épouvantable débâcle

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liiiîuicière, indiistridlo et commorciale. Les conséqueuces de celU' révolution furent bien autrement gmves que celles de la révolution de !830. La btUique, qui avait traversé celte pn inière épreuve sans manquer à ses engagements, dut se faire autoriser, par un décret du gouvernement provisoire du •Jf) mars 1848, à suspendre le remboursement métallique de ses billets, qui reçurent en même temps cours forcé. Les banques de province, réduites à la même perplexité que la banque centrale, furent, par une mesure dictatoriale du 2 mai 1848, réunies h celleci, et leurs billets assimilés aux siens. Cette réunion, regrettable à certains points de vue, eut du moins l'avantage de créer l unité du papier-monnaie, auquel* oïï se trouvait obligé dé recourir. Heureusement, le gouvernement provisoire, empruntant au biii anglais de 1844 l inie de ses principales dispositions, fixa à 350 millions le maximum de rémission do 1,1 l)aiit|ue de France, maximum qui fut porté à 4â0 millions après la réunion des banques de province, et enfin à 525 millions par xme loi de décembre 1849. Cette restriction, qui fait honneur à rinfelligeùce et à la probité de ses auteurs, auxquels il eût été facile de transformer les presses de la banque en planche aux assignats, cette restriction prévint la dépréciation des billets et tous les malheurs qu'elle eiil t'iih'aîaés.

L'étendue des désastres financiers de 1848 trouve

sans doute en grande partie son explication dans

la gravité et la durée de la crise politique et sociale, bien autrement terrible que celle de 1830. Cependant, il est permis de croire que le développement des établissements de crédit, alors très-supérieur à ce qu'il était à Fépoque de la précédente révolution, n\ fut pas étranger. Tous ces établissements se ti'ouvaient, par lanatuie de leurs opérations, dans une situation analogue à celle du gouvernement luimême, placé en présence d'uue dt LLc flottante énorme et immédiatement exi^le, tandis qu'il ne possédait pour y faire face que des ressources éloignées et incertaines. La banque de France et les banques de province, n'ayant que des capitaux propres beaucoup ti'op faibles, et d'aillem's complètement iniinobiiisés en rentes sur TÉtat, se voyaient avec effiroi sous le coup d'un douljle passif, formé de leurs billets et des dépôts remboursables à première réquisition, quand leur actif ne se composait que d'un faible encaisse, entièrement dû aux déposants, et d'un portefeuille rendu en grande partie irrecouvrable aux échéances par la subite suspension du commerce. C'était elles pourtant dont la situation était encore la moins mauvaise; caries effets de commerce dont elles étaient dcttuitrices ollVaient le gage le plus assuré, pourvu qu'il leiur fût laissé un certain délai pour le recouvrer et , d'un autre côté, elles pouvaient être temporairement dispensées de rem-

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