LA CIRCULATION BN FRANCE
bourser leurs billets à me par un acte gouveme-
meutal, et poi* la nécessité pour le public de conserver un instrument quelconque de circulation, que la disparition subite du numéraire rendait plus indispensable aux besoins quotidiens. Mais les nombreuses caisses de dépôt et d'escompte, assaillies parles réclamations de leurs déposants, forcées de payer les billets à quelques jours de vue qu'elles avaient mis en circulation, se trouvèrent dans une perplexité d'autant plus grande, que leur actif ne consistait pas exclusivement, comme celui des ban* ques, en papier de Commerce garanti par trois signatures. On s'aperçut, en effet, alors que la plupart de ces établissements avaient engagé dans des placements hypothécaires et des crédits à découvert une grande partie des fonds dont ils disposaient, soit qu'ils eussent cédé à i app.tt d'un taux élevé d'intérêt et de commission , soit , ce qui est plus probable , que la rareté du bon papier de commerce ne leur eût pas permis de trouver dans le seul escompte un champ suffisant d'exploitation. Presque toutes ces caisses tuiiibèrcnt eu état de suspension de payement et se liquidèrent dans des condi*tions désastreuses.
Si les moyennes épai^gnes et les fonds de caisse, au lieu de se concentrer dans ces établissements sous la forme menaçante de dépôts toujours exigibles, étaient restés entre les mains de leurs pro-
CHAPITEB TI.
priétaires; si4es industriels et les commerçants qui
avaieiit cherché un secours précaire dans Tcaiprunt de ces dépôts s'étaient contentés de leurs propres ressources , sans doute une certaine somme de uiiméraire serait restée iiiactive ; mais combien de faillites et de ruines n'eussent pas été éditées ! N'est-il pas probable, d'ailleurs, que les mêmes fonds qui cherchaient un placement temporalité dans les caisses de dépôt se seraient eu^ icés en partie dans des. entreprises productives, par des commandites ou des prêts à long terme ; infiniment moins dangereux que des crédits à découvert? Parla, Firidustrie et le commerce auraient trouvé des ressources moins étendues peut-être , mais plus sûres et plus durables.
Que si, au contraire, en 1848, la France ayait été, suivant le vœu de certains économistes, livrée depuis longtemps au régime de la liberté absolue et de la concurrence des banques; si toutes les épargnes du pays avaient été appelées dans les caisses de ces établissements sous la forme de dépôts toujours exigibles; si de chétives coupures avaient envahi tous les canaux de la ch*culation et fait disparaître le numéraire ; qui ne voit que la crise , déjà si grave, aurait été bien phis terrible encore, et se serait transformée en un cataclysme complet ?
Dès lors n'est-on pas fondé à dire que la redoutable expérience de 184ii a complètement justifié
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i'opioioQ de ceux qui, peu d années avant celte date, soutenaient que les conditions économiques et politiques propres à la France ne comportaient pas un développement des institutious de crédit aussi étendu que celui auquel ces institutions avaient pu atteindre dans d'autres contrées?
Les quatre années qui suivirent 1848 virent se réaliser dans la situation de la Banque un phénomène financier remarquable, et qui jette un grand jour sur les conditions de fonctionnement de cette institution : nous voulons parler de l'énorme aljaissement du portefeuille des effets escomptés, contrasUmt avec uu développement considérable des billets au porteur en ciiculation, et avec un accroissement dcmeswé de l'encaisse métallique. Au mois de mai 1850, ie portefeuille de la Banque, y compris celui des succursales, était tombé au chiffre minmie de 104,991,000 francs, tandis que la circulation avait dépassé 481 millions, et rencaisse métallique 472 millions. La circulation et l'encaisse contiuuèrent à se développer en (Bol t t 1852, bien que le portefeuille restât presque stationnaire. Au mois de mai 1852, cette situation se résumait dans les chiffres suivants: circulation, 636,302,725; encaisse, 598,035,792; portefeuUle, 130,109,702. Cet énorme encaisse ne pouvait s'expliquer par Téléva-' tion des sommes déposées à la Banque; en effet, les comptes coui ants des particuliers et du Trésor ne
dépassaient pas réunis 260 millions. Il restait donc 338 millions dont la représentation ne pouvait se trouver que dans une DOinme égale de billets au porteur, retenus par les besoins de la circulation, pom' laquelle ils remplaçaient le iiiiiiici aire et ime certaine somme d'effets de commerce. Voici l'explication de cette situation. A la suite de la formidable crise de 1848, la consommation intérieure de la France s'étant beaucoup réduite, Tindustrie et le commerce durent chercher à tout prix à rextcrieur un débouché pour des produits devenus invendables sur le marché intérieur. ïl en résulta un grand développement d'exportations, qui dans ce cas étaient un symptôme non de prospérité, mais de détresse. Les importations subirent, au eontiaire, par la même cause, une notable réduction. L'excès des exportations ne put donc être balancé que par de larges importations de métaux précieux appelés de l'étranger, qui créèrent une surabondance momentanée de numéraire. Cependant, en Tabsence générale de confiance, le commerce n'opérait plus guère qu'au comptant, et ne créait qu'une très-faible quantité d'etïets susceptibles d'acquitter des engagements par leur transmission entre négociants, et d'être remis à l'esconiptr. 11 résult;i de \h que de nouveaux effets ne venaient pas remplacer dans le portefeuille de la banque ceux qu'elle encaissait chaque jom*, et qu'une plus grande somme de bil-
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ku de banque était nécessaire pour tenir lieu dans les transactions commerciales, accomplies alors au comptant, di^s lettres de change et billets à ordre qui remplissaient autrefois, par des endossements successifs, le rôle d'instruments de circulation. Comme les billets de banque n'avaient heureusement subi aucun discrédit, et qu*ils offraient plus de commodité que le ninnéraire pour les transactions du haut négoce, celui-ci payait à la banque les effets qu'elle avait à recouvrer sur lui, au moyen du numéraire qu U avait reçu lui-même des détaiiianls, et conservait les billets de banque pour ses propres besoins. Ainsi s^'^taient accrues dans une énorme proportion la somme des billets de banque retenus par le public pour les besoins de la circulation, et celle du numéraire versé pai' le commerce^ dans les caisses de la banque.
Malgré cet accroissement de sa circulation vi de son encaisse métallique, les bénéiices de la banque étaient très-faibles, et ses dividendes n'excédaient guère iOO i"r. pai' action. C/est que, contraiiv.ment à un préjugé fort répandu, les billets émis par un établissement de cette nature ét retenus dans la circulation ne lui rappoilent absolument rien, quand ils sont représentés par du numéraire rentré dans ses cidsses. Une banque pourrait avoir un milliai^d de billets en circulation et un milliard d'espèces dans ses caves, sans réaliser aucun produit. FAle ne fait
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de bénéfices que sur la partie do ses émissions qui est représentée par des effets de commerce dans son portefeuille, ou par des avances à FÉtat et aux particuliers, produisant des escomptes et des intérêts. Au contraire, une banque qui n'aurait qu*une très* faible émission, mais qui aurait reçu larges. dépôts gratuits en numéraire et aurait escompté une masse considérable de papier de commerce au moyen de ces dépôts, ferait d'amples bénelices et aurait rendu des services importants à l'industrie .et au comiut i'ce, sans avoir créé une grande masse de monnaie fiduciaire. On voit pai* là que l'intérêt bien entendu d'une banque consiste bien moins à lancer dans la circulation des masses de billets, qui sont souvent pour elle un danger, qu'à appeler à elle de nombreux dépôts et à leur donner un emploi productif. 11 est vrai que les dépôts, remboursables à première réquisition, sont sous ce rapport presque aussi dangereux que les billets au porteur. Mjûs c'est un danger que Ton pourrait ooi\jurer par Tat-
trihution d'un intérêt aux dépôts et par la fixation de délais de rembouisement proportionnés à l'élévation de cet intérêt.
Or, de 1849 à 1852, labimque ne po^^tdait comme contre-valeur productive de ses billets qu'un maigre portefeuille de 100 à 120 iniilions, un prêt d'une centaine de millions à l'État, et des avances sur effets publics oscillant entre 10 et 30 millions.
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Elle aTait tout intérêt à sortir de cetle situation.
Aussi, dès qu'elle vit la confiance renaître, le papier copunercial devenir pins abondant, sous 1 inlluence des événements de décembre accepta-t-elle avec eiiipi essenir nt les conditions que lepiînce président mit en 1852 au renouyeUement de son privilège pour douze années. Ces conditions consistaient dans la prorogation des délais de remboursement du prêt de 7S millions fait au trésor en 1848, dans robligation de faire des avances sur les titres dr chemins de fer, et la promesse d'abaisser à 3 p. i 00 le taux de l'escompte. Malgré les excellentes intentions qui les inspirèrent, c'étaient là des mesures regrettables et grosses de difficultés futures. En effet, les avances à long terme aux gouvernements ont Tinconvénient de grossir le chiifre de l'émission des banqu(^s et d'immobiliser leurs ressources, inconvénient qui, nul ou peu sensible tant qu'une crise politique tarit pour elles les sources ordinaires de leurs opérations, ne tai'de pas à devenir une cause d'embarras lorsque la reprise du mouvement commercial leur rouvre par Ti^scompte le débouché normal de leur papier. Les avances sur valeurs de bourse ne substituent pas, comme l'escompte des effets de commerce, un insti iunent de circulation à un autre, ce qui constitue une précieuse garantie conti^e l'excès des émissions. Elle font entrer dans le fonds monétaire la valeui's de tities représentatifs d im capital
CnAPITBE tl.
immobilisé, titres dont la réalisation est toujours
moins assurée que celle de bon papier commercial à courte échéance. C'est une opération coutraii'e par sa nature aux véritables conditions d'existence et de sécui'ité d'"^ue banque de circulation, ijuant à Fabaissementoi» l'escompte à 3 p. iOO, s'il eût été le résultat naturel de là surabondance des capitaux et de la concurrence entre la banque et les escompteui's privés, il aurait produit des résultats favorables, sans nuire à la solidité du mai'ché. Mais, ujjlenu arliiicieliement et sous Tiniluence d'une pression politique, si légère qu'elle fût, cet abaissement devait être plus nuisible qu'utile.
Ën effet, il faisait appel aux excès du commerce et de la spéculation , à la création du papier de circulation, aux entreprises des banquiers étrangers, toujours aux aguets pour se procurer, au moyen de ti'aites de complaisance , tirées sur leurs correspondants des places où l'intérêt est au plus bas prix, du numéraii^e qu'ils utilisent à un taux plus élevé. Enfin, cette dépression factice de l'escompte devait avoir pour effet de décourager les banquiers et capitalistes qui escomptaient avec leurs piopres capitaux , de les réduire au simple rôle de donneurs d'aval venant lau'e réescompter à la lianque , et de , détourner leurs fonds vers d'autres emplois moins utiles, tels que les stériles spéculations de Tagiotage. Sous l'iniluence de ces excitations données au
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eoiiiintu'ce et à la spéculation, le portoi'ciiille s'éleva rapidement à 235 millions et le total des avances sur valeurs d'État et de chemins de fer à 130 millions, bien que la banque, alaimee de la rapidité du mouyement, eût, dès le commencement de 4 relevé son escompte à 4 et 5 p. 100. 11 semble que cet établissement aurait dû consacrer à ces emplois productifs l'excédant de numéraire accumulé dans ses caisses, sans forcer rémission de ses billets. Mais les banques ne procèdent jamais ainsi. Elles tiennent beaucoup aux espèces entassées dans leurs caves soit comme dépôts, soit comme contre-valeur de leurs billets, et elles se flattent de pouvoir les conserver, en satisfaisant aux besoius du commerce et des emprunteurs par le développement de leur circulation. (Test là une erreui l; i ave et souvent funeste, car en multipliant outre mesure la monnaie fiduciaire, les banques s^exposent à des demandes de remboursement dont elles ne peuvent calculer l'étendue avec autant de précision qu'elles en mettraient h limiter leur dessaisissement volontaire d'encaisses métalliques surabondants* La Banque de France céda à cette illusion ; elle porta son émission à 670 millions (mai 1853); mais elle ne put l'y maintenir longtemps, car Tannée suivante, à pareille époque, cette émission était retombée à 590 millions, tandis que l'encaisse était descendu de 512 à412 millions. En même temps le portefeuille s'était élevé de 235
à 33S millions. Ce qui prouve que cet abaissement
de rencaisse provenait exclusivement du remboursement des billets dont rémission avait été forcée, c'est que les comptes courants, pendant la môme période, bien loin de se réduire, avaient éprouvé une augmentation de SS millions (270 millions en m.ii l8o4 contre 215 millions en mai 48o3). Ce n'était donc pas au retrait des fonds déposés, mais uniquement au retour des billets surabondants que devait être atti'ibué rabaissement de rencaisse métallique. Cet encaisse ainsi que lé portefeuille restèrent à peu près stationnaires jusqu'au milieu de 1 8aâ ; mais la Banque lit de lai ges avances sur effets publics et valeurs de chemins de fer, et parvint à relever par là le ciuitVe de sa circulation à 642 millions. Aussitôt rencaisse commença à diminuer rapidement, et il était tombé au 10 mai 1856 à 287 millions, bien que les dépôts en compte coiu^ant se fussent encore élevés de i 6 millions (286 millions en i85G cuuue 270 en lSSil). En même temps le portefeuille avait éprouvé une augmentation de 112 millions.Tout cela s'était opéré an ^raïul Ijénétice de la Banque, qui était arrivée à remplacer son énorme encaisse improductif de 1882 par un portefeuille couuiiercial de 422 millions et par une somme d avances sur valeurs de i62 millions.
Mais la situation était déjà pleine de périls, et un œil exercé pouvait dès lors prévoir une crise pro-
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chaine. La banque en eut quelque pressentiment ; mais au lieu de restreindre ses escomptes et ses avances, de diminuer l'émission de ses billets, elle se borna à élever, en octobre 18f)5, son escompte à 5 et 6 pour cent; moyen insuffisant^ et qui n*a* vait d*aufcre effet que de gi*06&ir le chiffre de ses bénéiices. Aussi, dès les premiers mois de 1856, la situation était devenue menaçante au plus haut degré, et la fin de cette année fut signalée par une crise violente, dans laquelle la banque réduisit le commerce et Findustne aux abois, par de brusques restrictions d échéances frappant surtout le papier de rintérieur. Au commencement de i8S7, le portefeuille s'élevait à 532 millions; les avances sur rentes et chemins de fer avaient, il est vrai, subi ime réduction considérable; mais cette réduction n'avait pu empêcher l'encaisse de tomber à 233 millions, par suite de la présentation à remboursement de l'excès de billets lancés tlaus la circulation et du retrait d'une partie des sommes déposées en compte courant. La circulation, en effet, qui avait été élevée à 642 millions en mai 1855, maintenue à 627 millions en 1856, était tombée à 583 millions en mai 1857, tandis que les comptes courants, qui s'élevaient à 286 millions en mai 1856, étaient descendus à 228 millions en 1887. Cependant Timmineuce d'une crise commerciale formidable dans l'Amérique du Nord était déjà connue de la haute
banque et du commerce d'exportation. Contre tous ces dangers, la banque de raacc auiait pu trouver, comme en 1846, une précieuse ressource dans Taliénation de ses rentes sur l'État, faite à i avance et par portions successives, pour ne pas écraser d'un seul coup le marché des fonds publics, sauf à les racheter plus tard et probablement avec bénéfice. Mais, soit qu'elle craignit de perdre un ou plusieui's semestres d intérêts ou de subu des reports onéreux, soit que le gouvernement exerçât sur elle une pression prohibitive, dans la crainte de voir baisser le cours des fonds publics, cette utile mesure ne fut pas adoptée*
Lu i)iiiique crut y suppléer par des achats d or à primes continues pendant les années i8S8, S6 et 57, dans des conditions qui ont été l'objet de justes critiques. Cet établissement payait eu ses propres billets les espèces ou les lingots que lui fournissaient quelques maisons de banque ou de change, sans s'apercevoir que les billets qu'elle émettait par cette voie revenaient immédiatement s'échanger à ses g uichets contre le métal qu'ils avaient servi à payer, en sorte que c'était toujours le même or qui sortait de sa caisse et y rentrait, au plus grand bénéfice des banquiers et marchands de métaux par l'entremise desquels s'accomplissait cette étrange opération- Aux observations que souleva dès cette époque le caractère illusoire de ces achats de métaux.