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CHAPITRE III

But général de la comédie de Ménandre.

SOMMAIRE

Idée sommaire que tout lecteur de Ménandre pouvait se faire du but général , ou morale de sa comédie. — Ménandre disciple et admirateur d'Èpicure. — Dans quelles limites il est épicurien. — Cette morale mieux adaptée à la comédie et plus pratique que celle de Platon, d'Aristote, d'Antisthène ou de Zenon. — Horace et Lucien, apôtres de la même morale chez les anciens. — Parmi nous, entre autres, La Fontaine, Molière, Voltaire. — La morale de Ménandre tout entière dans Euripide, cet épicurien antérieur à Épi cure. — Tableau de cette morale dans Euripide : Malheur de l'homme. — Causes de son malheur : l» La Fortune. — 2» Les Méchants. — 3° La Sottise : amour, indiscrétion , orgueil , cupidité' , imprudence , injustice , paresse , guerre. — 4° Le Temps et la Vieillesse. — 5» Les femmes , le mariage et les enfants. — Remèdes : 1» contre la fortune, résignation, espoir, courage, mutuelle assistance. — 2» Contre les méchants , ne pas être méchant soi-même, et punir les méchants. — 3° Contre la sottise : le but à atteindre étant le plaisir sans excès , y atteindre par la prudence , la mode'ration , la modestie , l'indifférence pour les richesses , le bon emploi de la parole, un amour éclairé pour ses enfants, la reconnaissance envers ses parents, l'amour de la patrie, la piété, en un mot la vertu, seule noblesse. — 4" Contre le temps et la vieillesse : s'y résigner en profitant des avantages qui leur servent de compensation. — B° Les femmes n'étant pas toutes mauvaises , si l'on se marie , observer avant le mariage , d'abord de ne pas épouser une femme plus riche ou plus noble que soi, ensuite de prendre une femme docile; en ménage, de ne pas recevoir de femme chez soi. — L'épouse doit être docile. — L'époux ne doit pas redouter d'avoir des enfants mâles. — Les esclaves, fléau. — Recette pour les rendre meilleurs. — Si, malgré tant de res-

sources, on tombe dans l'infortune, s'adresser à ses amis. — Puissance et douceur de l'amiliù, mais rareté de l'amitié véritable. — Mourir plutôt que de vivre dans l'opprobre et dans la misère. — Tableau de cette morale dans Mônandre : impuissance de l'iiomme à se garantir entièrement du malheur. — Même fatalité pesant sur les riches et sur les pauvres.

— Néanmoins, pauvreté forme la plus hideuse du malheur. — Maux que le pauvre endure. — La douleur, grand ennemi de l'Humanité. — Lui faire la guerre. — 1" cause du malheur : Fortune. — Capricieuse, despotique, toute-puissante. — Remède : résignation, courage, raisonnement, idée qu'on est homme et né pour souffrir, espérance, assistance mutuelle. — Cependant, injustice des hommes envers la fortune.— Elle nous sert souvent mieux que nous-mêmes. — Nous sommes malheureux aussi par notre faute. — 2" cause : les méchants. — Source de la méchanceté. — Quelques signes de ce vice. — Méchants audacieux.

— Méchants hypocrites. — Ces derniers , la pire espèce. — Terribles effets de la méchanceté. — Remède : fuir les méchants. — Ne pas les prendre pour amis. — Ne pas l'être soi-même, et pourquoi. — Les punir. — S'assister mutuellement contre eux. — 3« cause : la sottise.

— Sources de la sottise. — Un de ses caractères. — La colère, Qéau.

— Remède : y résister. — Bonheur de quiconque y résiste. — La volupté, qu'il faut distinguer du plaisir, fléau. — Remède : la fuir. — La parole, excellente chose, — à quelle condition. — Dangers du bavardage. — Règles pour parler sagement. — Avantages généraux du silence. — Cas où il est de mise. — L'arrogance , fléau. — Le pire genre d'arrogance. — . Remède : la fuir. — La cupidité et l'avarice, deux fléaux. — La richesse n'est pas à dédaigner; pourquoi. — Mais elle a ses inconvénients , ses dangers, et n'empêche jamais de mourir. — Donc ne pas chercher ù s'enrichir à tout prix. — La prodigalité, autre fléau.

— Remède à ces deux maux extrêmes : se tenir entre les deux. — Dangers de l'imprudence. — Avantages de la prudence. — Son caractère.

— Sa place. — Son utilité universelle. —Divers conseils de prudence.

— Mesure de la prudence. — Quatre choses qui se rattachent à la prudence. — Recette pour acquérir cette vertu. — La paresse et l'ignorance, fléaux. — Puissance du travail. — Heures du travail. — Circonstances où l'on est incxcusai)le de ne pas agir. — Utilité du travail.

— Utilité de l'économie. — Conseils généraux sur l'étude. — L'instruction est honorable. — Utile. — Apprendre à tout âge. — La guerre , fléau pour tout le monde. — Sa source. — La modération. — Ce qui nous l'impose. — Elle est honorable. — Utile. — La lcmi)érance recommandée. — Exhortation à être lionnêle, juste, bon. — Avantages qu'on

en peut retirer. — Amour de la patrie. — Piété. — Dieu punissant les méchants. — Récompensant les bons. — Étant tout-puissant. — Trèsbon. — Éviter la superstition. — L'hypocrisie. — Devoirs des enfants envers leurs pères, et des pères envers leurs enfants. — Avantages résultant pour les uns et les autres de l'accomplissement de leurs devoirs.

— Ensemble de tous ces préceptes formant la vertu , qui est la plus grande force. — La vraie noblesse. — Une sorte de divinité. — Mesure de la vertu. — 4« cause : le temps et la vieillesse. — Le temps , destructeur, tyrannique. — Remède : user des avantages qu'il offre. — Énumération de ces avantages. — Au temps se rattache la puissante occasion.

— Savoir en profiter. — La vieillesse, perte du corps et de l'esprit. — Remède : user de ses avantages. — 5^ cause : les femmes, le mariage et les enfants- — Ènuméralion des défauts de la femme. — Par elle le mariage est un malheur. — Il en est un encore à cause des enfants, surtout à cause des filles. — S'abstenir du mariage. — Si l'on veut se marier, ne pas épouser une femme pour sa beauté. — Ne pas épouser une savante. — Ne pas épouser une femme pauvre, pauvre soi-même. — Ne pas épouser une femme pour sa dot. — En ménage , se faire obéir. — Sans tyrannie. — Sans faiblesse. — Garder ses secrets. — Se résigner à des peines inévitables. — 6^ cause : les esclaves. — Embarras qu'ils donnent. — Idées pratiques à leur usage. — A l'usage des maîtres. — Toutefois , si Ton tombe dans l'infortune , avoir recours d'abord à sa propre industrie. — Ensuite à ses amis. — Puissance de l'amitié. — L'exercer.

— Servir ses amis malheureux. — Signes auxquels on reconnaît un ami.

— Mais les hommes sont égoïstes, ingrats, lâches. — Tels étaient ceux du siècle de Ménandre. — Exception. — Repoussé, s'enfermer dans le silence et la retraite. — Éloge de la campagne. — En cas de dénûment complet, mourir. — La mort, destinée commune de tous les hommes.

— Mort prématurée, bienfait des dieux. — Consentir à vivre dans la misère, chose honteuse. — Ne pas trop se hâter de quitter la vie.— Mais ne pas reculer devant la mort. — Pourquoi.

Quel était le but général de la comédie de Ménandre? quelle était, si l'on veut, la morale qui en ressortait? Celte morale avait un rapport intime avec le but général poursuivi par les personnages. Ceux-ci se proposaient pour fin le bonheur, et y tendaient à l'aide de l'habileté. Or cette morale ne contenait pas autre chose; seulement, comme elle était le résume do toutes-

les idées et de tous les vœux des personnages , leur œuvre collective, et, par cela même, le dernier terme de la pensée de l'auteur, elle formait un ensemble plus instructif et plus complet. Quiconque connaissait le théâtre de Ménandre pouvait se dire : Si j*en crois ce poëte, la satisfaction de nos intérêts, le plaisir, ou du moins le repos et la tranquillité , voilà ce que nous cherchons tous , ou devons tous chercher. Nous sommes nés faibles et impuissants, et par conséquent il nous est impossible de saisir d'emblée l'objet de nos désirs. Mille obstacles se placent entre lui et nous pour nous empêcher de l'atteindre. C'est la fortune, ce sont les méchants, c'est notre propre sottise , ce sont les ravages du temps , ce sont les femmes et les esclaves. Mais nous avons des armes pour lutter contre ces ennemis, et l'auteur nous donne les moyens de renverser ou de tourner chaque obstacle. Cependant si, dans cette lutte suprême, nous étions vaincus; si nous tombions dans la douleur et dans la pauvreté , il faudrait nous ensevelir dans la solitude , et, si le mal était plus pressant, recourir à l'assistance de nos amis. Dans le cas où ils nous refuseraient leur aide, nous trouverions dans la mort un asile assuré.

Telle est , en effet , la morale qui respire dans tout ce qui nous reste de Ménandre, et dont on peut former une sorte de système où rentrent sans peine les divers fragments. Cette morale est épicurienne ; c'est que Ménandre est disciple de deux épicuriens : d'Euripide, qui avait devancé Épicure, et d'Épicure (1) lui-même. Il fut lié d'amitié avec Épicure, né la même année que lui (2) , et il l'admira beaucoup , comme l'atteste l'épi-

(1) Lettre d'Alciphron , Glycère à Ménandre, liv. II, lelt. iv. (Leipsig, 1798.)

(2) Il naquit la 3« année de la ch« olympiade et mourut dans la cxxu», à l'âge de cinquante-deux ans en se baignant dans le Piréo :

gramme qu'il composa sur Thémistocle et ce philosophe.

« Salut, nobles fils de Néoclès, dont Fun sauva sa patrie de la servitude, et l'autre de la superstition (1) ! »

Phèdre le représente comme un parfait épicurien. Dans sa fable , on le voit parfumé d'essences , couvert d'une robe traînante (2), et marchant d'un pas lent et voluptueux; à ce point que Démétrius de Phalère, qui ne l'avait jamais vu, demande : « Quel est donc ce débauché, cinœdiis, qui ose venir vers moi (3)? » Enfin, suivant l'anonyme Trepl Kwfz«^ta;, il aimait le luxe et les aises de la vie; il était laaTrpô; tw pt« (4).

Comicus ut liquidis periit dùm nabat iu undis. (ÛTide, ibis, 593. ) Une inscription ancienne, actuellement à Rome, et publiée par J. Gruler, détermine ainsi l'époque de la naissance et de la mort de Ménandre :

MENANAP02 AIOREieOTS

RH*ISIEYS ErENNHen Eni

APXONTOS SQSIFENOYZ

ETEAETTHSEN ETftN N'

K.AI B' Eni APXONT02

*iAinnoY.

(Meursius, II, p. 887.)

Poinsinel de Sivry, traduisant les vers d'ApoUodore, cités plus haulj écrit que Ménandre ost né sur les bords du Céphise :

Aux bords que le Céphise arrose de son onde Diopithe mit au jour ce Ménandre fameux. . .

et, par un contraste ingénieux, il veut que Ménandre se soit noyé à l'embouchure de ce même fleuve. Mais Poinsinet de Sivry a mal compris le mot a Krxp.fficù; » qu'il faut traduire par « du bourg de Céphisia » comme l'a fait M. Raoul-Rochette. (Poinsinet de Sivry, tom. IV, Vie de Ménandre, p. 251 et 256.

(1) Meinecke, IV, p 335.

(2) Outre Phèdre, Tertullien a critiqué le luxe de la toilette de Ménandre : « Prorsùs si quis Menandrico fluxu deiicatam vestem hurai protrahat. » (De pallio, c. 4, Biblioth. grecq.,de Fabric, II, c. xxii, p. 455.)

Néanmoins, Ausone fait honneur à Ménandre d'une vie irréprochable : a Quid ipsum Menandrum, quid comicos omnes, quibus severa vila est et laeta maleria? » (M. R.-Rochettc, Vie de Ménandre, p. xi, note.)

(3) Demetrius el Menander, liv. v, fable 1. {%) Raoul-Rochette, ibid., p. iv.

Mais si la nature et l'amitié l'avaient fait épicurien , Ménandre sut rejeter tout ce qu'il y avait d'excessif et de faux dans la doctrine d'Épicure ; il n'en prit que ce qu'elle renfermait de plus général et de plus pratique. Néanmoins, dira-t-on, celte morale n'est pas très-noble, et il semble que Ménandre eût mieux fait de ne pas l'adopter. Oui, si le théâtre ne s'adressait qu'à quelques hommes d'élite, capables d'aimer la vertu pour la vertu même; mais le théâtre s'adresse à la multitude, dont les idées sont généralement peu élevées, et que ne consume pas le pur amour du bien. Combien d'hommes y avait-il, du temps de Ménandre, qui pussent se proposer, avec l'espérance de l'atteindre, le bonheur tel que l'entend Platon, bonheur si compliqué et fondé sur la difficile connaissance de soi-même? Combien y en avait-il qui pussent se proposer le bonheur d'Aristote, qui suppose le développement complet de nos facultés et un savant équilibre de tous les éléments du bien dans notre vie? Je ne parle pas des cyniques , ni des stoïciens leurs émules et leurs successeurs ; leur morale dure , inflexible, et contrariant les plus chers instincts de la nature humaine , ne pouvait manifestement plaire qu'à un petit nombre d'âmes supérieures. Et non-seulement ces diverses sectes imposaient des lois difficiles à pratiquer, mais elles les imposaient au nom d'une autorité bien contestable en pareille matière, l'autorité humaine. En outre, cette autorité, qui exigeait pour ainsi dire l'impossible, ne promettait aucun dédommagement. Je me trompe, elle en promettait un : l'admiration stérile de la postérité. Or ce n'est pas avec celte roideur d'enseignement qu'on peut agir sur les multitudes. Quand le Christ vint régénérer l'humanité , outre qu'il donnait à ses paroles le prestige d'une autorité divine, il arrivait les mains pleines de merveilleuses promesses; aussi le monde se donna-t-il à lui. Saluons donc avec respect

ces grands hommes qui n'ont eu que le tort de trop présumer de nos forces, et rendons justice à la hauteur, à la sublimité même de leurs idées; mais convenons que Ménandre a bien fait de choisir cette morale, vulgaire mais pratique, qui nous conduit au bien par le chemin de l'intérêt.

Ménandre fut , après Euripide et avec Épicure , le premier grand apôtre de cette morale ; car , bien qu'on puisse la dégager jusqu'à un certain point des poèmes d'Homère et des fables d'Esope, cependant Ésope et Homère passeraient difficilement pour ses devanciers (1). Ses successeurs en ligne directe furent Horace et Lucien ; Horace , dont le petit livre , plein d'une philosophie aimable et indulgente , a obtenu l'approbation de tous les siècles; Lucien, qui ne frappe tant sur les morts que pour corriger les vivants. Parmi les modernes , sa descendance est nombreuse. Citons seulement, parmi nous, La Fontaine, Molière et Voltaire. Tout le monde connaît la première fable de La Fontaine. Que prouve-t-elle , sinon que quiconque aura laissé passer , sans travailler , l'été de sa vie, et n'ayant pas de quoi subsister durant l'hiver, c'est-à-dire durant sa vieillesse, ira frapper à la porte des gens laborieux et économes , devra s'attendre à un dur refus, parce qu'étant malheureux par sa faute, il ne sera pas jugé digne de pitié? Cette morale est une morale de prudence, une morale de simple bon sens : c'est du pur Ménandre. Et Molière? que signifie son Tartuffe , par exemple ? Deux choses : qu'il ne faut être ni scélérat comme Tartuffe , de peur d'être découvert et châtié , ni crédule comme Orgon , de peur d'être indi-

(1) Cependant Horace faisait le plus grand cas de la morale d'Homère. Ce poëte lui semble parler plus doctement et mieux que Chrysippe et Crantor, et il tâche, en quelque sorte, de le faire passer pour un de ses ancêtres. (Voy. Epist. H, liv. i, ad [x>lium.)

gnement trompé par des misérables. Les Femmes savantes enseignent aux femmes à rester dans leur sphère, et à ne s'occuper que de ce qui les concerne , sous peine de se voir exploiter par les habiles qui sauront leur faible. Le Bourgeois gentilhomme est une leçon excellente donnée à ceux qui veulent s'élever au-dessus de leur condition. Le Misanthrope nous engage à n'être ni Alceste ni Philinte , ni Don Quichotte ni Sancho , mais à tenir un certain milieu entre ces deux extrêmes. Tout cela est encore du pur Ménandre. Si nous prenons maintenant les discours en vers de Voltaire, nous y verrons, traitée tout au long et résolue dans le sens de Ménandre, la question du bonheur. L'homme est libre , dit Voltaire , donc son bonheur est dans ses mains : c'est à lui h le faire (1). L'envie est le principal obstacle au bonheur : il est de notre intérêt de n'être pas envieux (2). Quelle est la nature du bonheur? En quoi consiste-t-il? Dans le plaisir, et le plaisir est divin ; car c'est Dieu qui nous l'a donné en nous donnant les désirs et les passions (3). Pour être heureux , ajoute-t-il , il faut être modéré en tout : dans l'étude, car il est impossible de tout connaître; dans l'ambition , car l'amitié des rois , à laquelle on aspire tant, est bien peu de chose ; dans les plaisirs (4). Mais, qu'on ne s'y trompe pas , ce bonheur ne peut jamais être qu'un bonheur relatif; car l'homme étant imparfait, il ne possédera le souverain bien que dans l'autre vie (5). C'est sous les auspices de ces grands hommes que je présenterai bientôt dans tous ses développements la morale de Ménandre. Auparavant je vais en exposer un Ui-

(1) Second discours.

(2) Troisième discours.

(3) Quatrième discours.

[\] Cinquième discours.

(5) Sixième discours.

bleau de moindre dimension , mais qui en sera le modèle exact. Ce tableau est emprunté à Euripide ; il contient la morale de Ménandre dans ses principaux traits. On soupçonne déjà ce que Ménandre doit à Euripide ; mais on ne le sait pas encore d'une manière assez positive ; on ne le saura bien que quand on aura comparé entre eux les deux tableaux qui suiAont. Alors on verra jusqu'à quel point le disciple d'Épicure s'était nourri de la pensée d'Euripide ; on comprendra comment il avait si bien fondu ensemble ces deux hommes , qu'il les portait tous deux dans son cœur et dans son esprit ; et Ton répétera avec Quintilien , mais en saisissant toute la portée de ses paroles : Hune (Euripidem) admiratus maxime est et secutus. »

L'homme est impuissant à être heureux complètement ou à l'être jusqu'à la fin. Témoin ce passage de Y Ion : « Que de calamités diverses fondent sur la foule des mortels ! les formes sont différentes. Il est bien difficile de trouver dans la vie humaine un bonheur continu (1). » On trouve ailleurs ces paroles : « Nul mortel n'est heureux jusqu'à la fin; nul jusqu'ici n'a échappé à la douleur (2). » Et ailleurs encore : « Il n'est pas d'homme qui soit heureux de tout point (3) ; » ou bien : « Il est impossible de trouver une seule existence exempte de chagrin (4). > Nous lisons dans un autre endroit : « 0 race déplorable des mortels condamnés à la souffrance, voyez comme la destinée fond sur nous à l'improviste. Les malheurs succèdent sans relâche aux malheurs : la vie

(1) Traduction de M. Artaud, p. 413.

(2) Iphigénie en Aulide, p. 11.

(3) Alexandre ou Parti, fragment m, p. 76. Dindorf ; Poelae scenici Graeci Leipsig, 1830.

(4) Toy. Meineckc, vol. IV, Efimelrum, II, ix, p. 706.

des mortels n'est qu'instabilité (1). » Euripide va encore plus loin. Jl fait dire à un personnage de sa Médée : « Ce n'est pas d'aujourd'hui que les mortels me paraissent une ombre vaine, et je ne crains pas de dire que ceux des mortels qui passent pour sages, les déclamateurs et les artisans de paroles, sont les plus atteints de folie. Le bonheur n'est point fait pour les mortels : l'abondance des richesses peut rendre l'un plus fortuné que l'autre, mais jamais heureux (2). » Il défend, comme le sage Solon , qu'on appelle « aucun mortel heureux avant d'avoir vu comment, à son dernier jour, il descendra aux enfers (3). >

Une des premières causes du malheur de l'homme, c'est la fortune. « Insensés, connaissez donc les maux de l'humanité! notre vie est une lutte : les uns sont heureux peut-être, les autres le seront, les autres l'ont été. Mais la fortune se joue de nous : le malheureux lui rend hommage pour obtenir ses faveurs, et celui qui prospère, craignant que son soufïle ne l'abandonne, chante ses louanges (4). » — « Insensé, répète encore Euripide, le mortel qui compte sur une prospérité durable, et se livre à la joie ; tel qu'un homme en délire, la fortune inconstante se plaît aux révolutions ; nul ne conserve jamais un bonheur sans mélange (5). » Le messager s'adressant à Hélène, dans la pièce de ce nom : « 0 ma fille , s'écrie-t-il , combien la fortune est une déesse inconstante, variable et mobile! L'un souffre, l'autre

(1) Oresle, p. 104. VUippolyle, p. 301, offre un passiige à iku près semblable.

(2) Page 180.

(3) Andromaque, p. 370. Voir aussi, pour la môme jKînscc, le$ Troyennes, p. 155, et les HéracUdcs, p. 274.

(4) La SupplianleSj p. 434.

(5) Les Troyennes, p. 178»

sans avoir souffert meurt misérablement , etc. (t) » Enfin, voici une parole bien nette sur ce sujet : « C'est le sort des mortels d'être les jouets de la forlune (2). »

Les méchants contribuent aussi à nous rendre malheureux ; et l'on peut voir dans Euripide, qui a semé ses tragédies de tyrans, jusqu'à quel point ils peuvent nous faire souffrir. Il suffira de citer PoljTuestor de l'Hécube et Lycus de l'Hercule funeux.

Nous sommes encore malheureux par notre propre faute. Nos travers, nos vices, nos passions sont autant d'ennemis que nous portons en nous, et qui causent souvent notre perte. Que dire de la colère, de la volupté, de l'amour? Médée s'écrie, et avec raison : c Hélas ! que l'amom- est funeste aux mortels (3) ! » On lit dans une autre tragédie : « Jupiter est le maître des autres divinités, mais il est l'esclave de l'amour (4). » Sophisme à l'usage de la belle Hélène et de tous ceux qui, pour se livrer impunément à leurs passions, s'efforcent de les représenter comme insurmontables. Le passage qui suit compense le précédent : « 0 pauvres humains ! ô cœurs des femmes ! quel terrible fléau nous avons dans Vénus (o) ! » Puis vient l'indiscrétion : « Tantale fut puni, dit-on, parce que, simple mortel admis à la table des dieux, il ne sut point mettre un frein à sa langue : indigne faiblesse (6) ! » — L'orgueil : « Vains mortels, qui visez au delà du but, et méritez les maux qui vous affligent, vous refusez de croire à vos amis, et il vous faut

(1) Hélène, p. 336.

(2) Ion, p. 435.

(3) Médée, p. 150.

(4) Les Troyennes, p. 169, 170.

(5) Ino, fragment \, p. 94, Dindorf.

(6) Or este, p. 63.

croire à l'expérience (1). » — La cupidité : « Les biens (jue le crime procure sont une source de malheurs (2). » — L'imprudence : « Tuas écouté l'audace au lieu de la prudence ! — Erreur qui a perdu bien des chefs d'armée (3) ! »

— L'injustice : « 0 ma patrie, tu marches dans la voie de la justice ; ne t'en écartes jamais ; continue à honorer les dieux. Celui qui a des sentiments contraires est voisin de la folie, lorsque tant de preuves frappantes le réfutent : Dieu fait parler d'éclatants exemples, en confondant sans cesse l'orgueil des hommes injustes (4). >

— La paresse : « L'homme paresseux a beau invoquer le nom des dieux , il ne peut pourvoir à sa subsistance sans travail (5). » — La guerre : « Et vous, cités, quand vous pouvez détourner bien des maux par la parole, c'est par le carnage et non par la parole que vous videz vos querelles (6). » Plus loin, sur le même sujet : « Mortels infortunés, pourquoi vous armer de lances et vous animer au meurtre les uns les autres? Arrêtez; mettez un terme à ces fatigues ; restez au sein des villes, et vivez paisiblement au milieu d'habitants paisibles. La vie est courte; il faut la traverser le plus facilement possible et non dans les dangers (7). »

Voici le tour du temps et de la vieillesse qu'il amène avec lui : « La jeunesse me charme, dit Euripide ; mais la vieillesse, fardeau plus lourd que les rochers de l'Etna, pèse sur nos têtes, et étend sur nos paupières un voile ténébreux. Je ne voudrais ni de l'opulence des rois

(1) Les Suppliantes, p. 4M.

(2) Le Cyclope, p. 475.

(3) Les Suppliantes, p. 422.

(4) Les Héraclides, p. 276.

(5) Electre, p. 522.

(6) Les Suppliantes, p. 441.

(7) Ibid., p. 448.

d'Asie, ni des palais qui regorgent d'or, en échange de la jeunesse, belle dans l'opulence, belle dans la pauvreté ! Mais la triste et cruelle vieillesse est l'objet de ma haine. Puissent les flots de la mer l'engloutir ! Plût au ciel qu'au lieu de visiter les demeures des mortels et les cités, elle s'envolât dans les airs sur une aile rapide (1). > Les vieillards , comme parle Oreste, sont « des restes d'hommes (2). » Le chœur, dans Andromaque, les appelle « des êtres violents que l'irrascibilité rend intraitables (3). »

Autre source de maux : les femmes et le mariage. On connaît la tirade d'Hippolyte : « 0 Jupiter, pourquoi astu mis au monde les femmes , cette race de mauvais aloi? Si tu voulais donner l'existence au genre humain, il ne

fallait pas le faire naître des femmes (4) Une chose

prouve combien la femme est un fléau funeste : le père qui l'a mise au monde et l'a élevée y joint une dot pour la faire entrer dans une autre famille , et s'en débarrasser Malédiction sur vous! Jamais je ne me lasserai

de haïr les femmes , dût-on dire que je me répète toujours : c'est qu'en effet elles sont toujours méchantes ; ou qu'on leur enseigne enfin la modestie , ou qu'on souffre que je les attaque toujours (5). » L'Hippolyte voilé disait : « Les femmes sont un feu et un feu plus violent et plus redoutable que le feu ordinaire (6). » Il ajoutait, en s'adressant à son père : « Thésée , je te donnerai un excellent conseil : si tu es sage , n'en crois pas une femme,

(i) Heratlc furieux, p. 488 Voyez un passage à peu près semblable dans les Suppliantes, p. 453.

(2) Electre, p. 540.

(3) Page 391.

(4) Cette pensée se retrouve dans Médée, p. 158.

(5) Ilippolyte, p. 283, 286.

(6) Hippoly le voilé, Tragmcnt vu, p. 06. Dindorf.

même si elle dit la vérité (1). » Thésée , devant le corps inanimé de Phèdre , parle de « Timpudicité naturelle aux femmes (2). » La douce Iphigénie déclare que < la vie d'un seul homme est plus précieuse que celle de mille femmes (3). » — « Chose étrange, dit Andromaque, les dieux ont donné aux mortels des remèdes contre la morsure des serpents ; et personne n'en a encore trouvé contre une méchante femme , pire que la vipère et que le feu, tant nous sommes un fléau pour les hommes (4) ! » Et Médée : « Nous autres femmes , nous sommes incapables pour le bien , et tout ce qu'il y a de plus habile pour machiner le mal (5). » J'en passe , afin d'arriver à la conclusion : « Sans me répandre en longs discours , s'écrie Polymestor , pour rassembler en un mot tout le mal qu'on a pu dire ou qu'on dira jamais des femmes , ni la mer ni la terre ne nourrissent dans leur sein une race si odieuse ; celui-là seul les connaît qui vit toujours avec elles (6). >

Malheur donc à celui qui se marie; car c c'est une rare trouvaille pour un mari qu'une épouse irréprochable , chaste et modeste , accroissant son patrimoine : une méchante femme est moins rare (7). » — « J'envie, dit Admète , privé de la meilleure des femmes , j'envie le sort des mortels qui n'ont ni épouse ni enfants ; ils n'ont qu'une àme , et souffrir pour elle est un fardeau supportable. Mais voir les souffrances de ses enfants et le lit nuptial dévasté par la mort , c'est là un spectacle intolé-

(1) Hippoly le voilé, fragment xi.

(2) Hippolyle, p. 296.

(3) Iphigénie en Aulide, p. 58,.

(4) ylnrfrowuu/uc, p. 377.

(5) Médéc, p. 153.

(6) Hécube, p. 54.

(7) Iphigénie en Aulide, p. 50.

rable , quand on pouvait passer toute sa vie sans enfants et sans compagne (1). » Écoutez ce passage écrit sur le ton de la vraie comédie , et qui est vraiment du Ménandre : « Je dis que, parmi les mortels, ceux qui n'ont pas connu l'hymen, et n'ont pas eu d'enfants, l'emportent en félicité sur ceux qui en ont mis au monde. En effet, ceux qui n'en ont pas , ignorant les douceurs et les amertumes de la paternité, sont, par cette privation même, exempts de bien des angoisses. Mais ceux qui voient croître sous leurs yeux de tendres rejetons , leur vie entière est en proie à de continuels soucis : ce sont d'abord les soins qu'exige une bonne éducation ; puis la nécessité de pourvoir à leur existence à venir , et en outre l'incertitude de savoir si l'on travaille pour des êtres vicieux ou pour des gens de bien. Reste enfin le dernier des malheurs qui menace tous les mortels. Supposez qu'on ait pourvu abondamment à leur existence , qu'ils arrivent pleins de vigueur jusqu'à la jeunesse, et qu'ils soient devenus des gens de bien : même en admettant cette bonne fortune , la mort vient vous les arracher, et les emporte chez Pluton (2). »

A chaque maladie, son remède; contre la fortune, nous avons la résignation : « Tu n'es pas la seule mère qui ait été séparée de ses enfants. Mortels , nous devons supporter le malheur avec patience (3). » — c Pourquoi te tourmenter ainsi? Les calamités envoyées par les dieux n'épargnent aucun mortel , soit dans un temps , soit dans un autre (4). » — Et ailleurs : « Tu as bien des sujets de douleur, je le sais ; mais il faut supporter avec

(1) Alceste, p. 351. Voyez aussi même pièce, p. 327.

(2) Médèe, p. 176. Voyez encore, contre le mariage, les Suppliantes p. 4i3, 444, 453.

(3) Ibid., p. 174.

(i) Andromaque, p. 395.

patience les maux iiiévi tables de la vie (1). » — Et encore : « Un mortel généreux supporte les calamités que les dieux envoient, et sait s'y résigner (2). > — La fortune nous persécute , mais « ainsi le veut la nécessité : c'est un adage des sages, et non de moi; rien n'est plus fort que la nécessité (3). » — Nous avons aussi l'espérance et le courage : « Tu supporteras plus facilement ton mal avec du calme et une noble résolution. Souffrir est la condition nécessaire des mortels (4). » — « 11 faut souiTrir, et celui-là est sage, qui supporte noblement les revers que lui envoient les dieux (5). » — e Ne te livre point à la douleur, car souvent , sache-le bien , la douleur amène la joie plus tard, et le mal devient cause du bien (6). » La même idée se retrouve, mais plus développée, dans le passage suivant : « Le malheur se lasse à son tour, et le souffle des vents orageux n'a pas toujours la même violence : les mortels fortunés ne sont pas fortunés à jamais; tout est sujet au changement dans le monde. L'homme brave est celui que soutient toujours l'espérance : le désespoir est le partage du lâche (7). » Enfin, nous avons la faculté de nous entre-

on

(1) Hélène, p. 338.

(2) Hercule furieux, p. 508.

(3) Hélène, p. 347.

(4) Hippolyle, p. 268.

(5) Éole, fragment \x, p. 94, Dindorf.

(6) Anligone, iragmcnl xiv, p. 81.

(7) Hercule furieux, p. 470.

Horace :

Non scroper imbrcs nubibus hispidos Manant in agrus, aut marc Caspium Vexant inxqualcs prôcellae Usque

' Aut aquilonibus

Querceta GarKuni laborant ,

Et Toliis viduaiitur omi. (Od., 1. Il, ix.)

aider les uns les autres : « C'est depuis longtemps une opinion arrêtée dans mon esprit , que l'homme juste est né pour le bien de ses semblables ; l'homme passionné pour son intérêt personnel, inutile à l'État, et à charge dans le commerce de la vie, n'est bon que pour lui seul (1). y> — < Ses paroles m'ont émue : les malheurs de tous les mortels , fussent-ils même étrangers , sont dignes de pitié (2). » — « Qui n'a son asile? Les bêtes sauvages dans les rochers , l'esclave au pied des autels ; une cité battue par la tempête a recours à une autre cité ; car, chez les mortels, rien ne jouit d'un bonheur parfait (3). »

Quant aux méchants , le nombre en sera moindre , d'abord si nous ne le sommes pas nous-mêmes. Or, nous avons intérêt à ne pas l'être; cai-, souvent, < le mal que nous avons médité contre notre prochain, nous en souffrons nous-mêmes, et c'est bien juste (4). » Ensuite , « celui dont la maison est en proie aux calamités, s'il honore les dieux, qu'il soit plein de confiance, car les gens de bien reçoivent enfin le prix de leur vertu ; ' et les méchants , comme leur nature les y condamne , ne sauraient jamais être heureux (3). » N'étant pas méchants , nous ne fréquenterons pas ceux qui le sont , de peur de nous corrompre : « Les mauvaises fréquentations gâtent les bonnes mœurs (6). » Nous nous efforcerons même de les punir : « Il est digne d'un grand cœur de servir la justice, et de punir les méchants en tout temps et en tous lieux (7). » C'est l'intérêt de tous

(1) Les Héraclides, p. 243.

(2) Andromaque, p. 381.

(3) Les Suppliantes, p. 423.

(4) Ion, p. 445.

(5) Ion, p. 461.

(6) Voy. Mcinccke, iv, Epimefrum, ii et x, p. 706. ^7) Hc'cube, p. 42.

et (le l'État; et de chacun en particulier, que le méchant soit puni, et que l'homme de hien prospère (1). » — « Ce sont les méchants, avec leurs enfants et toute leur race, que nous aimons h abattre (2). »

Nous allons indiquer les remèdes de la sottise ; mais , avant de se régler, il est bon de savoir à quel point de vue il est préférable d'envisager la vie. Euripide nous donne son point de vue : « 0 vieillards, la vie est courte, passez-la dans les plaisirs; jour et nuit évitez la douleur, cai" le temps ruine nos espérances ; occupé du présent, il s'envole d'une aile rapide (3). » — « Viens ici, je veux te rendre plus sage. Sais -tu quelle est la nature des choses humaines ? Êcoute-moi : tous les hommes sont condamnés à mourir, et il n'est aucun d'eux qui sache s'il vivra le lendemain. Ce qui dépend de la

fortune nous est caché En vertu de ces maximes, et

instruit par moi, livre-toi h la joie, au plaisir de boire ; regarde comme à toi la vie de chaque jour, et le reste comme dépendant de la fortune. Honore aussi Vénus , qui donne aux mortels les plaisirs les plus doux , car c'est une aimable déesse. Laisse là les autres soins , et crois-en mes conseils, s'ils te paraissent bons, comme je les crois; ainsi, fais trêve à cette excessive tristesse, bois avec moi et couronne-toi de fleurs. Je suis certain que le bruit des coupes te tirera de ce noir chagrin qui resserre ton cœur. Mortels , nous devons prendre les sentiments de notre condition mortelle; car, pour les caractères tristes et austères, la vie, à mon jugement, est moins une vie qu'une misère (4). » Mais celte recherche du plaisir doit être tempérée par la raison : « Il

(1) néeube,p.M.

(2) Hippolytc, p. 308.

(3) Hercule furieux, p. iS'2.

(i) AIccih; p. in.

est bien vrai de dire que les passions excessives sont plus funestes qu'agréables dans la vie , et qu'elles nuisent au bien-être; aussi, à tout excès je préfère la maxime , rien de trop ; et les sages seront d'accord avec moi (1). » Nous sommes naturellement amenés à parler de la prudence et de la modération : « Tel est le caractère des sages, la prudence et la raison dirigent leur vie. 11 est des cas où il ne faut pas trop donner à la prévoyance ; il en est d'autres oii il est bon d'être prudent (2). » — La langue sans frein, et la démence qui ne connaît point de lois , ont une (in malbeureuse. Mais une vie tranquille, et dirigée par la sagesse, demeure inébranlable et conserve les familles. Car, du haut des cieux qu'ils habitent, les dieux veillent, quoique de loin, sur les actions des hommes. Ce qu'on prend pour la sagesse n'est point sagesse : aspirer à ce qui surpasse l'humanité, c'est une ambition qui n'a point d'avenir; celui qui poursuit ainsi un but trop élevé perd les biens qui sont à sa portée. Tel est, à mon sens, le carac- ,tère des insensés et des esprits faux (3). » De là le conseil de fuir l'orgueil et la cupidité : « N'est-ce pas une prétention excessive de notre part, quand Dieu répand sur notre vie une telle abondance de biens , de ne pas nous en contenter ? Mais notre orgueil veut être plus fort que Dieu, et, dans l'arrogance de notre esprit, nous nous croyons plus sages que lui (4). » S'il en est ainsi : « Les profits que nous faisons doivent être de telle nature que nous n'ayons pas à nous en repentir dans la suite (5). » Car les richesses ne donnent pas le bonheur.

(1) Ilippolyte, p. 270.

(2) Iphigénie en Aulide, p. 42.

(3) Les Bacchantes, p. 201.

(4) Les Supplianles, p. 423, 424.

(5) Cresphonle, fragraenl viii, p. 97, Diiidoif.

Par exemple : « Que me sert la richesse si je suis malade? J'aimerais mieux n'avoir que peu de chose, assez pour la subsistance de chaque jour, mais vivre exempt de douleur, que d'être malade au sein de l'opulence (1). » — « Qu'est-ce que l'abondance? Un nom, et rien de plus. Le nécessaire suffit au sage. Non, les mortels ne possèdent point en propre les richesses ; elles appartiennent aux dieux, et nous en sommes les dépositaires; et, quand ils le veulent, ils les reprennent (2). » Donc, ce qu'il me faut , c'est « que la divine destinée accorde à mes prières une fortune qui suffise au bonheur, un cœur exempt de soucis, une renommée qui ne soit ni trop éclatante ni trop obscure ; changeant chaque jour mes mœurs faciles, puissé-je passer une vie heureuse avec ceux qui m'entourent (3) » ! Et pourtant , telle est la puissance de l'or, « qu'il agit plus sur les mortels que tous les discours, et que les présents fléchissent les dieux mêmes. » Mais je n'en veux pas plus que du pouvoir ; car « en vain tu me vantes les charmes de la royauté ; le dehors en peut plaire, mais au fond du palais on trouve la tristesse. Et comment vivre heureux au sein de la défiance et de perpétuelles alarmes? etc. etc. (4). »

La parole a une grande puissance , — « il n'est pas chez les mortels de remède plus sûr pour guérir le chagrin que la parole d'un généreux ami (5) ; » et , quand elle est cultivée, elle devient « l'éloquence, cette reine du monde , qui nous donne le pouvoir de persuader , et

(1) Tclcphe, frag. xxviii, p. 112.

(2) Les Phéniciennes, p. 211.

(3) Hippolyte, p. 301 .

(4) Ion, p. 424. Voyez aussi Uippolyte, p. 298; Les PhénicietMe», lor. cil.

(5) Mcinctko, Ej^imetrum, II, xvii, p. 708^

d'obtenir l'objet de nos vœux (1). » Mais il ne faut pas en abuser. « Lorsqu'un orateur éloquent , mais animé d'un mauvais esprit , dirige la multitude , c'est un grand malheur pour l'État (2). Il est nécessaire aussi de mettre ses actions d'accord avec ses discours : « Quiconque parle bien , mais dément ses paroles par des actes honteux , n'aura jamais mon approbation (3). »

Les pères doivent donner à leurs enfants une bonne éducation. « La bonne éducation inspire le sentiment de l'honneur; l'homme exercé à la vertu rougu'ait de devenir un méchant. Le courage peut s'apprendre » et

« ce qu'on a appris dans l'enfance , on le conserve jusque dans la vieillesse. Pères , élevez donc bien vos enfants (4). » Les enfants à leur tour doivent venir en aide

à leurs parents : « Malheur au flis qui ne sert pas

ceux qui lui ont donné le jour ! En échange de ses pieuses largesses , il recevra de ses propres enfants autant qu'il aura donné à ses parents (5). »

Il est un sentiment qu'il est inutile de commander; car « l'amour de la patrie est une nécessité pour tous les hommes : celui qui parle autrement se joue en vaines paroles, et dément sa pensée (6). » — « La patrie, je le vois, est chère à tous les cœurs, — plus chère que tu ne pourrais l'exprimer (7). »

Les dieux sont tout-puissants : < Ils accomplissent beaucoup de choses contre notre attente , et celles que nous attendions n'arrivent pas (8). » — « Non , sans la

(1) Hécube, p. 41.

(2) Or este, p. 102. Voyez Hécube, p. 23.

(3) Palamède, frag. vi, p. 104, Dindorf.

(4) Les Suppliantes, p. 447. — (5) Ibid., p. 429.

(6) Les Phéniciennes, p. 203.

(7) Ibid., p. 206.

(8) Hélène, dénouement. Voy. aussi ccun de Mcdcc, lYAlcesle et dMndromatjue.

volonté des dieux , nul mortel n'est heureux , nul n'est misérable (1). » — « Je vois l'ouvrage des dieux, qui élèvent ce qui est humble, et renversent ce qu'on croit élevé (2). » — « Dieu renverse la fortune de ses ennemis , et se plaît à briser leur orgueil (3). » — « La puissance divine se meut avec lenteur ; mais elle est inévitable. Elle châtie les mortels qui honorent l'impiété , et qui , dans leur délire , se refusent au culte des dieux ; par de sages délais , elle dérobe la marche du temps et guette l'impie ; car on ne peut jamais concevoir ni méditer rien de meilleur que les lois divines, etc. (4). » S'il en est ainsi , « rien de plus beau que la modestie et le respect envers les dieux ; rien aussi de plus sage pour les mortels que de s'y conformer (5). » — « Mon cœur a la ferme confiance que le mortel pieux doit prospérer (6). » — « Il est donc utile d'avoir de la piété ; mais loin de nous l'excessive crédulité , loin de nous la superstition (7). »

Nous touchons à la vertu. « Ciel ! que la vertu est belle, et quels glorieux hommages elle obtient parmi les mortels (8) ! » elle est même la seule noblesse véritable ; car pour la noblesse de naissance , elle est bien incertaine , puisque « personne ne sait au juste de qui il est sorti ; mais qu'on ne fait que le croire sur parole ou le conjecturer (9). » La nature même ne semble pas fair^î de no-

(1) Leg Héraclides, p. 264.

(2) Les Troyennes, p. 159.

(3) Adromaque, p. 400.

(4) Les Bacclianlcs, p. 219.

(5) Ibid., p. 228.

(Ç) Alceste, p. 341.

(7) Iphigénie çn Aulide, p. 85 : a Non, il n'psl pas possible que rô|)Ouso de. Ju|)itcr, olc. » — Les Bacchantes, p. 190 : « Dans leurs calomnies, démêlé, de. »

(8) Hippolyl6, p. 278.

(9) Mcincckc, Epimcirum, II, IV, XII, p. 706, 707

bles : « Inférieur aux autres par le nom qu'il porte , le bâtard est naturellement leur égal (1). » En dernier lieu , « la noblesse ne réside point chez les méchants ; elle n'est que chez les gens de bien (2). » — « Ne reviendrez-vous pas de votre égarement , vous qui êtes séduits pai' de vains préjugés! N'apprendrez-vous point à juger de la noblesse des mortels par leur conduite et leur caractère (3)? »

Le temps et la vieillesse ont leur compensation. Hippolyte savait que le temps découvre la vérité, quand il disait à son père : « 0 dieux ! que vas-tu faire? N'attentendras-tu pas les révélations du temps contre moi (4) ? » Diane , plus tard , reproche à Thésée de n'avoir pas « laissé au temps le soin d'éclaircir ses soupçons (3). » Quant à la vieillesse , elle « n'a pas seulement des maux en partage ; mais l'expérience peut donner de plus sages conseils que la jeunesse (6). »

Que dirons -nous des femmes et du mariage? Les femmes ne sont pas toutes mauvaises : « Modère ta fureur , et ne confonds pas toutes les femmes dans tes injurieuses accusations ; car , si parmi nous il en est de méchantes , il en est d'autres à qui leurs vertus peuvent faire porter envie (7). » Règles à observer avant le mariage : 1» « Quiconque épouse une femme qui lui est supérieure ou par la naissance ou par la fortune, n'entend rien au mariage. En effet , l'épouse , dominant dans la maison, rend son mari esclave, et lui enlève toute li-

(1) Àntigone, fragment ix, p. 81, Dindorf.

(2) Alexandre ou Paris, fragment xvii, p. 76,

(3) Electre, p. 53*.

(J) Ilippolyte, p. 299.

(3) Ibid., p. 307.

(6) Les Phéniciennes, p. 210.

(7) Hécube, p. 54.

)erté. L'emprunt qu'on fait en épousant une riche dot jst un emprunt malheureux; car il est difficile de l'acquitter (1). » — « En s'alliant h une épouse illustre et d'une naissance supérieure à la sienne , un homme s'annule ; il n'est plus question que de la femme (2). » — 2*» « L'homme sensé doit avoir une épouse docile , ou n'ett point avoir (3). > Règle à observer pendant le mariage 'ï « Oh! que jamais, je le répète, que jamais les hommes sensés ne permettent aux femmes d'entrer dans leurs maisons , de s'introduire auprès de leurs épouses ! Ce sont elles qui leur enseignent le vice. L'une est payée pour la corrompre ; une autre , qui se sent coupable , cherche à l'entraîner avec elle ; un grand nombre, par le libertinage. Yoilà comment le désordre trouble les familles , etc. (4). » 11 est une chose que l'épouse doit savoir : « Le véritable philtre, le voici : ce n'est pas la beauté, ce sont les vertus qui plaisent aux maris (o). » Ajoutons pour celui qui n'aimerait pas les enfants, qu'il doit aimer du moins « les enfants mâles ; » car « ce sont les colonnes des familles (6). »

Si les esclaves sont un tléau , parce qu'ils sont généralement mauvais, il est un moyen de les rendre meilleurs, c'est de leur témoigner de l'affection et de l'intérêt. Voyez avec quelle bonté Alceste , au moment de mourir , dit adieu môme à ses esclaves : « Elle tendait la main à chacun d'eux , et il n'en est aucun , si humble qu'il fût , auquel elle n'adressât la parole, et dont elle ne reçût les adieux (7). » Aussi sa mort ne les laisse point indiffé-

(t) Mélanippe enchatnée, fragment xvi, p. 100, Dindurf.

(2) Electre, p. 555.

(3) Iphigénie en Aulide, p. 3V.

(4) Andromaque, p. 398, 3{)9. — (5) Ibid., p. 37i.

(6) Ijthùjénic en Tatiridc, p. 75.

(7) Alceste, p. 325.

rents. L'un d'eux regrette « que sa maîtresse sorte pour toujours du palais , sans avoir pu la suivre ni lui tendre la main , en pleurant celle qui était une mère pour tous ses serviteurs (1). »

Celui qui, malgré tant de ressources pour échapper au malheur, en sera néanmoins accablé, devra recourir d'abord h ses amis. On connaît la puissance de l'amitié : « Ayez des amis, et non pas seulement des proches. Un ami dont le cœur sympathise avec le nôtre, fût-il étranger, vaut mieux que mille parents (2). » — « Non, ni la richesse, ni la royauté, rien ne vaut un ami fidèle : c'est un choix insensé de préférer la multitude à un ami généreux (3). » Et encore : « Ah ! quiconque préfère les richesses ou la puissance à un ami fidèle est dans le délire (4). » Or, « c'est précisément dans l'adversité que les amis doivent secourir leurs amis. Quand les dieux nous sont favorables, qu'est-il besoin d'amis (3)? » L'ami véritable est celui qui sort victorieux de l'épreuve ; car « ceux-là n'ont d'amis que de nom et point la réalité, dont l'amitié ne résiste point au malheur (6). > Quelle douceur de rencontrer un ami pareil ! « C'est pour les mortels une grande faveur du sort, de trouver dans ses maux un ami tel que toi pour les guérir (7). » — « Vue qui réjouit mon cœur! Un ami fidèle dans l'adversité est plus doux à voir qu'un ciel pur aux matelots (8). » Mais de tels amis sont rares. Aussi Polynice a-t-il raison de dire : « Soyons heureux ; il n'y a plus d'amis dès

(1) Alceste, p. 346.

(2) Oresle, p. 99.

(3) Ibid., p. 111, 112.

(4) Hercule furieux, p. 516.

(3) Oreste, p. 90. Voy. Hécube, p. 56. — (6) Ibid., p. 83. (7; Electre, p. 521.

(8) Oreste, p. 92,

qu'on est malheureux (1). » — « L'absence m'a-t-elle donc fait perdre tous mes amis ?» — « Est-il des amis pour l'homme malheureux?... Le malheur, je le le répète, n'a plus d'amis (2). » — « 0 mon fils, dans ton infortune, il ne te reste plus d'amis : c'est un trésor trop rare qu'un ami qui partage également la bonne et la mauvaise fortune. Tes amis sont complètement perdus, il ne te reste plus même l'espérance (3). »

Quand l'espérance même s'est envolée, on n'a plus qu'à invoquer la mort. « Il est pardonnable, quand on souffre des maux au-dessus de ses forces, de se soustraire à une vie misérable (4). > — « Quoi donc ! que feras-tu? les maux que tu souffres sont sans remède. Je ne sais qu'une ressource, c'est de mourir au plus vite, seul remède aux maux qui m'accablent (5). » — « Pour ce qui me touche, ce n'est pas un malheur, persécuté par les dieux comme je le suis, de perdre la vie (6). » — « Ah ! puissé-je trouver dans la mort l'oubh de ces souffrances (7) ! » — « 0 ma mère, écoute de belles paroles que j'ai entendues, et qui pourront soulager ta douleur! Ne pas naître équivaut à mourir ; mais mourir vaut mieux que vivre misérable, car on ne souffre plus, n'ayant pas le sentiment de ses maux (8). » — « Quant à ma vie, tissu d'opprobre et de misère, elle ne mérite pas mes regrets;, mourir est plutôt un bonheur pour moi (9). >

(1) Les Phéniciennes, p. 205.

(2) Hercule furieux, p. 484, 48o.

(3) Èlecire, p. 542.

(4) Ilécube, p. 51,52.

(5) Jfippolyle, p. 284.

(6) Iphigénie en Tauridc, p. 98.

(7) Les SupplianUs, p. 417..

(8) Les Troycnnc.s, y. ICO.

(9) Hécnbe, p. 21.

C'est Polyxèiie (jui parle ainsi. Euripide lui fait dire

encore : « Je te vois, Ulysse, cacher ta main sous ton Têtement, et détourner ton visage de peur d'être touché par moi. Ne crains rien, tu n'as pas à redouter mes supplications; je te suivrai, et pour obéir à la nécessité, et parce que je désire la mort.... Et comment pourrai-je vivre, moi qui eus pour père le roi de la Phrygie entière?... et maintenant je suis esclave! Ce nom seul me fait aimer la mort.... Celui qui n'a pas l'habitude du malheur le supporte avec peine, et courbe difficilement sa tête sous le joug. La mort est alors bien préférable à la vie ; car vivre dans l'opprobre est un fardeau insupportable (1). »

Maintenant , en face de la morale d'Euripide , posons celle de Ménandre, et mettons l'imitation à côté de l'original.

L'homme est impuissant ; car c c'est du bonheur que de vivre exempt de peines (2). » mais « vivre sans chagrin n'est pas chose facile aux mortels (3) , » et « il n'y a personne qui soit heureux de tout point (i). » D'où l'on peut dire que « la vie et le chagrin sont inséparables (5) , » et que « la vie a été ainsi nommée parce qu'on ne la soutient pas sans de violents efforts (6). » En effet, « rien n'est stable dans la vie (7) , » — « tout y est incertitude et malheur (8) , » et « les affaires humaines sont sujettes à bien des changements (9). >> Oui , « la vie est

(1) //ccti&e, p. 23,26.

(2) Mcinecke, IV, Sent. 731, p. 361, cl 509, p. 3oî.

(3) Sent. 58, p. 341, et 599, p. 357.

(6) Sent. 66, p. 342.

(7) Sent. 57, p. 341, cl Sent. 655, p. 359. (8j Sent. 718, p. 360, el Les Fiancés, p. 195. (9) Seul. 489, p. 353.

comme le fléau d'une balance , qu'un rien fait pencher (1) ; » et, pour comble de maux, « personne ne connaît sûrement l'avenir (2), ï — « personne n'évite ce que le destin lui réserve (3) ; w aussi « personne ne vit de la vie qu'il préfère (4). » — « Nous vivons , non comme nous voulons, mais comme nous pouvons (5). » — « Nous voulons tous nous enrichir, mais nous ne le pouvons pas (6); » — « nous voulons tous vivre heureusement , mais nous ne le pouvons pas (7). »

Et comment le pourrions-nous , puisque , je le répète, c la vie n'est qu'un long enchaînement de maux , de revers et de soucis cuisants (8), » et puisque nous sommes la proie du chagrin, ce fléau redoutable. < Il n'y a pas, dit Ménandre, de pire mal que le chagrin (9). » Et ailleurs : « De tous les maux auxquels l'espèce humaine est sujette , il n'en est pas , à le bien considérer, de plus terrible que le chagrin (10). » — « Mieux vaut la maladie que le chagrin (H), > dit-il encore, sans doute parce que « le chagrin cause souvent des maladies (12), * et qu'alors on a en même temps la maladie et le chagrin. Écoutez cette femme : « Quelle pitié , s'écrie-t-elle , que de me voir seule victime de tels malheurs , de malheurs

(1) 5cn(. 465, p. 353.

(2) Sen(. 412, p. 351.

(3) Sent. 349, p. 350.

-(4) Sent. 05, p. 342.

(5) Sent. 190, p. 345, et Àndrienne, frament xiii, p. 84.

(7) Sent. 236, p. 346.

(8) Les Femmes qui dincnt ensemble, fragment vi, p. 203.

(9) Scn(. 414, p. 351.

(10) Pièces incertaines, fragment cxxi, p. 263, et fragment cxxiii, m»* me page.

(11; Sent. 383, p. 3oO.

(12) Sent. 316, p. 349.

dont Texcès surpasse toute croyance (1) ! » Un autre personnage prononce ces paroles : « Le malheur me vient d'où je ne l'attendais pas : tout ce qui nous frappe à l'improviste nous trouble profondément l'esprit (2). »

Qui ne pousse de temps à autre de telles plaintes? car « personne n'est heureux sous tous les rapports (3), > et « il est impossible de trouver une seule existence exempte de chagrin (4). >

Ménandre est si convaincu de cette vérité qu'il la développe en ces termes : « Il n'est pas d'homme qui, s'il en a la ferme volonté, ne puisse devenir riche à force de travail et de persévérance. L'étude fait de même un philosophe; la santé peut s'obtenir à l'aide d'un certain régime ; il n'y a que la douleur contre laquelle on n'ait pas trouvé de recette. Car ce n'est pas seulement l'adversité qui nous suscite des chagrins ; qui ne sait que le bonheur même a ses peines (5) ? w — « L'on est homme, c'est assez pour être malheureux (6). » — « Ne vous laissez » donc c pas imposer par les heureux du monde. Ils brillent au-dehors ; mais au-dedans ils souffrent comme les autres hommes (7). » Voici sur ce sujet un beau passage tiré du Joueur de cithare : c Je pensais, ô Phanias, que les riches, attendu qu'ils n'ont point de dettes, ne passaient point les nuits à gémir, h se* retourner de tous côtés en soupirant, mais qu'ils dormaient d'un sommeil doux et tranquille ; je pensais que c'était au pauvre seul qu'appartenaient ces nuits inquiètes. Maintenant je vois

(t) Le Héros, fragment m, p. 129.

(2; Le Poignard, fragment i, p. 112, et Sent. 696, p 360.

(3) Sent. 697, p. 360.

(4) Sent. 419, p. 331, et Le Collier, frag. x, p. 195.

(5) Incert., fragm. xi, p. 234.

(6) Ibid., fragm. cclxiii, p 291.

(7) Ibid., fragm. cwu, p. 263.

que vous autres gens heureux vous éprouvez un sort pareil au notre. Ce sont deux choses inséparables que la douleur et la vie. Le chagrin pénètre chez les hommes opulents; il s'attache aux hommes illustres; il vieillit avec les malheureux (1). » Cela est «clair même pour un aveugle (2). » Néanmoins , si quelqu'un se faisait encore illusion sur la misère de notre destinée, il n'aurait qu'à regarder les tombeaux. « Homme, dit Ménandre, veux-tu savoir qui tu es? considère les sépulcres qui s'offrent à loi dans tes voyages. Qu'y a-t-il dans ces tombeaux? des ossements, une poussière légère de rois, de tyrans, de sages, d'hommes jadis enorgueillis de leur naissance, de leurs richesses, ou de leurs talents, ou de leur beauté; et rien de tout cela n'a résisté au temps. Tous les mortels ont l'enfer pour dernier asile. Encore un coup , homme , consulte les tombeaux , et tu sauras qui tu es (3). »

Or la forme la plus hideuse que le malheur puisse revêtir, c'est la pauvreté. « Il n'y a pas, non il n'y a pas de mal plus grand que la pauvreté (4). » — « Il n'y a pas de fardeau plus lourd que la pauvreté (5). » C'est ainsi qu'en juge Ménandre, et il continue de cette façon : € La pauvreté , jointe à la vieillesse , ei>t un rude fardeau (6). » Et encore : « Quoi de plus déplorable que de voir un homme vertueux faire la première épieuve de l'infortune, lorsqu'il se trouve déjà sur le chemin de la

(1) Le Joueur de cithare, fragm. i, p. 149.

(2) Tm fille battue, fragm. xi, p. 200.

(3) Incert., fragm. ix, p. 233. Homère a un passage qui se rapproche de celui-là {Iliade, Vï, 146}. Horace a dit : Pulvis et umbra sumus. Odes, IV, 7, IGi. Ailleurs : Jam le prcfne nox, fabulwque mânes. Odes, I, 4, 24. Perse a dil aussi : . . . . rtui« et mânes et fabula fies, V, 152.

(4) Sent. 436, |». 352.

(5) Sent. 450, p. 352.

(6) Sent. 461. p. 353.

vieillesse (1)'? » ou bien : « Rien ne me chagrine plus que de voir la vertu aux prises avec l'indigence (2). > N'est-ce pas triste de rencontrer un homme c plus pauvre qu'un cincle (3) ?» ou d'entendre dire : « 11 me semble que je raccommode mon filet. Hélas! c'est un habit que nous recousons (4). » Voyez cette femme pauvre On lui dit : a Tu tisseras la chaîne et la trame (3). » — « Avant le dessin, on tisse la pourpre ; après la pourpre, ce qui n'est ni blanc ni pourpre , mais doit faire une nuance dans la trame (6). » Puis on lui commande « de porter les objets tissés au marché (7). » Eh bien! cette femme n'a pas travaillé pour elle ; ce qui fait dire à Ménandre : « Rien n'est plus malheureux que le pauvre ; il se donne beaucoup de peine, il veille, il travaille, pour qu'un autre survenant s'empare et jouisse des fruits de son labeur (8). » — « C'est vivre que de vivre de la vie qu'on aime (9) ; » mais < vivre sans avoir de quoi vivre , ce n'est point vivre (10). » Pensée qu'on retrouve dans ce passage de L'Héniière orpheline : a De même que dans les chœurs de tragédies tous les personnages ne chantent pas , et que les deux ou trois derniers , muets de pro-

(1) In ert., cxxv, p. 264.

(2) Incert., cixiv, p. 263.

(3) Thaïs, fragm. iv, p. 132. Locution proverbiale. Suivant Poinsinet de Sivry, « le cinde est l'oiseau que nous nommons molacille, et dont Élien, liv. 12, a dit : Le cincle est un oiseau tellement faible de la queue qu'il ne peut, par lui-même, se construire un nid ; aussi fait-il ses œufs dans les nids étrangers. C'est ce qui a donné aux paysans l'idée d'appeler les pauvres des cincles, et cette expression est devenue proverbe. » (Poinsinet, p. 295.)

(4) Incert., fragm. ccxlii, a, b, p. 287.

(5) Ibid., fragm. ceci, p. 298.

(6) Ibid., fragm. ixxni, p. 244.

(7) Ibid., fragm cccxi, p. 300.

(8) Ibid., fragm. xl, p. 247.

(9) Sent. 656, p. 359.

(iO) Sent. 74, p. 342.

fession, ne sont là que pour faire nombre; de même, dans le drame de la vie , il y en a qui font nombre , et ceux-là seuls , qui ont de quoi vivre , vivent véritablement (1). »

Et puis « que de maux enfante la nécessité (2) ! » — « J'ai vu bien des hommes que la nécessité et le malheur avaient rendus méchants, et que la nature n'avait point faits tels (3). » Il en est de même de la faim : * Que la faim vous prenne ce beau jeune homme , elle en fera un cadavre plus maigre que Philippide (4). » — « La faim est la plus grande de toutes les souffrances (5). » — (( Il n'y a pas un mot à répondre à la faim (6). »

Qu'est-ce que le pauvre? « Les paroles du pauvre n'ont aucune valeur (7). » — « Le pauvre est timide en tout ce qu'il entreprend ; il se croit toujours en butte au mépris. L'homme dont la condition est médiocre , ô Lamprias ! supporte plus énergiquement les revers (8). » En outre, « la pauvreté rend ingrat (9) , » et « rien ne rend crédule comme le malheur et le chagrin (10). » — «L'homme, de sa nature , dis-je , est crédule dans l'adversité ; car

(1) L'Héritière orpheline, fragm. ii, p. 117. Une liérilièrc ne pouvait passer par mariage dans une autre famille ; elle était tenue d'<?pouscr son plus proche parent , et de lui apporter tous ses biens en dot. ( Robinson, Antiq. Grecq., t. I, p. 256.)

(2) Sent. 524, p. 354.

(3) Incert., fragm. lxxi, p. 254.

(4) La Colère, fragm. iv, p. 180. Los comiques grecs se sont beaucoup divertis de la maigreur de ce Philippide; Alexis avait même forçc le mot ntfpiXiititiiu^an, pour dire : tu Philippidises, tu es maigre comme Philippide.

(5) Sent. 320, p. 349.

(6) Sent. 321, p. 349.

(7) Sent. 512, p. 354.

(8) Les Adelphe», fragm. ix, p. 71.

(9) Sent. 227, p. 346.

(10) Sent. 183, p. 345.

celui qui a toujours failli par suite ue ses propres raisonnements , est porté à croire que son prochain raisonne mieux que lui (1). » Ménandre ajoute : « C'est une affaire que de trouver le parent d'un pauvre. Personne , en effet, n'avoue volontiers qu'il tienne à un homme qui a besoin de quelque secours ; il semble qu'en faisant un pareil aveu on s'expose à une demande (2). > Enfin, c il n'est rien , ô Gorgias , qu'on méprise aussi facilement que le pauvre , encore qu'il dise la vérité. Nous croyons toujours que ses plaintes , même les plus fondées , ont pour but de mettre notre sensibilité à contribution , et nous le traitons de calomniateur à manteau usé , bien qu'il ait réellement essuyé des injustices (3). »

Ecoutez ces paroles dédaigneuses : « Qu'un riche me fasse insulte , à la bonne heure ! mais qu'un gueux ne s'y joue pas. Si l'on passe la tyrannie, ce n'est qu'aux gens plus puissants que soi (4). » — < Heureux donc celui qui joint les dons de la fortune à une noble naissance (S) ! » car « le pauvre , fut-il d'un sang illustre , ne jouit d'aucune considération (6) ; » il est « le dernier des Mysiens (7). » Qu'est-ce que le pauvre? disais-je tout à

(1) Le Dépôt, fragment iv, p. 183.

(2) Les Adelphes, fragment tiii, p. 71.

(3) Le Laboureur, fragment ii, p. 96.

(4) Incert., fragment lxviii, p. 253.

(5) Sent. 614, p. 357.

(6) Sent. 455, p. 352.

Boileau a dit :

Car si l'éclat de l'or ne relève le sang.

En vain l'on fait briller la splendenr de son rang ;

L'amour de vos aïeux passe en vous pour manie,

Et chacun pour parent vous fuit et vous renie. (Sai. v)

(7) « Le dernier des My siens, » proverbe, pour signifier un homme obscur et sans importance. — L'Androgync ou le Cretois, fragment vu, 1'. 86.

l'heure. Mcnandrc a répondu d'un seul mot , on appelant le pauvre « un homme mort. » — a 0 homme! ditil , hier tu étais pauvre et mort; aujourd'hui tu es riche (1). » Pour tout dire : « Supporter la pauvreté, ce n'est pas le fait de tous , mais du sage seulement (2). »

On dit quelquefois « qu'il y a une pointe de plaisir au sein même de la souffrance (3) ; » mais moi , je dis à la souffrance : < Je te crains extrêmement (4), » et je répète avec Ménandre : « Faites une guerre éternelle à la douleur (5) !» — « Faites une guerre éternelle à la douleur ; il est si rapide, si court, le temps que nous avons à vivre (6)! »

La première cause de notre malheur est la fortune : « Quel pouvoir despotique la fortune s'arroge sur notre existence (T) ! » — « Le moindre vent de fortune bouleverse tout dans la vie (8). » — « La fortune ôte à ceuxci pour donner à ceux-là (9). » Aussi « comme il est doux

(1) Ineert., fragment clxxxviii, p. 276.

(2) Sent. 463, p. 353.

(3) Sent. 182, p. 345.

(4) ïncert., fragment cccxvin, p. 301.

(5) Sent. 3, p. 340.

(6) Le Collier, fragment ix, p. 194. Sénèquc, faisant allusion à ce passage [de Brev. vit. 2), cite le vers suivant de Cécilius :

Exigua pars est vitae quam nos vivimus ;

et il trouve que le plus grand des poètes a parlé là comme un oracle « ilfaximum poetarum more oraculi. » Il va sans dire que l'éloge est adressé non à Cécilius mais à Mcnandrc.

(7) Ineert., fragment ccxci, p. 295.

(8) Sent. 712, p. 360.

Horace :

Fortuna, saevo Ixta negotio, et

Luduni insolcnlcm ludcrc pcrtin.tx,

Transmutât incprtos honores,

Niinc niihi, nunc ulii bcni((na. (Gd. m, 29, 49-!(S.)

de vivre quand on n'a pas contre soi la fortune (1)! » Car « mieux vaut une goutte de fortune qu'une mer de talent (2) ; » d'autant plus « qu'on accorde volontiers du talent à l'homme qui réussit (3). »

Mais « quel dommage que ce que la nature a produit de bien , la fortune le vicie (4) ! » — « 0 fortune , divinité capricieuse et cliangeante , n'est-ce pas une honte à toi qu'un homme si juste soit tombé dans des revers si peu mérités (5)? » — « Ne vous réjouissez « pas des malhem'S d'autrui ; car il est difficile de lutter contre la fortune (6). > — « Qui que ce soit qui ait insulté à votre pauvreté, il a fait une méchante action, puisque sa destinée l'expose au même outrage qu'il a voulu vous faire. Quelle que soit son opulence actuelle , elle ne porte que sur une base ruineuse : rien ne s'écoule plus promptement que le flot de la fortune (7). » Et encore : « Que les hautes positions sont sujettes à des chutes rapides (8)! » Aussi, « bien insensés ceux qui lèvent orgueilleusement le sourcil et disent : Je verrai ! Homme que tu es , qu'as-tu affaire de tant délibérer? Malheureux par l'arrêt du sort , le bonheur t'arrive souvent de même quand tu dors , et le contraire quand tu veilles (9) ! » Ménandre

(1) Sera. 563, p. 356.

(2) Sent. 240, p. 347.

v3) Sent. 497, p. 334.

(4) L'OlyiUhienne, fragment i, p. 177.

(5) Incert., fragment lxiii, p. 252.

(6) Ibid., fragment cxxvii, p. 264.

(7) Le Laboureur, fragment i, p. 96.

(8) Sent. 755, p. 361.

Horace :

Sœviùs ventis agilatur ingens Pinus, et cclsic graviori^ casu Decidunt turres, fcriuntquc sumrnus

Fulgura montes. (0». ii, 10, 9-12.)

(9) La Nourrice, fcagment ii, p. 203. De mjme La Fontaine dans la

insiste : « Cessez , dit-il , de vous prévaloir de votre raison. La prudence humaine n'est plus rien ; tout dépend de la fortune , quelle qu'elle soit, souftle ou esprit divin ; c'est elle qui gouverne , change ou conserve toutes choses. La prudence des mortels n'est que fumée , que chimère. Croyez ce que je vous dis , et ne m'en faites pas de reproches : quoi que nous pensions ou que nous disions, ou que nous fassions , tout est de la fortune ; nous ne sommes que ses prête-noms. La fortune gouverne tout, et c'est elle seule qu'il faut appeler raison et prévoyance, à moins que l'on ne veuille se payer {de vains mots (1). » — « Ainsi, la fortune rend bien difficile à discerner ce qu'il importe aux hommes de faire pour être heureux ; elle ne suit aucune loi certaine dans la conduite des événements , et personne ne peut dire : Je n'éprouverai point telle chose (2). » — « La fortune est un être incompréhensible (3). » — « La fortune est un être aveugle et bizarre (4) , » et « rien de ce qu'elle fait ne se fait par raison (5) ; » d'où il suit naturellement qu'elle est pour nous un fléau redoutable.

Que faire contre cette puissance écrasante ? Le plus sage de beaucoup est de se résigner. < Il est honteux, dit Ménandre, d'avoir honte de sa pauvreté (6). » Et plus loin : « Si , dans ta condition humble , lu montres de la dignité , mon cher, tu te feras respecter de tout le monde ; mais si tu te rabaisses toi-même , et si tu ne

fable : L'Homme qui court après la fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit.

(1) L'Enfant supposé, fragment m, a, b, p. 212.

(2) L'Enrôleur, fragment ii. p. 170.

(3) Sent. 660, p. 3o9, et L'Enfant suppose, fragment x, p. 215.

(4) Sent. 758, p. 362, et Le Joueur de cithare, fragment viii. p. 151.

(5) Incert., fragment ccvt.vii, p. 2HV.

(6) Ibid., fragment caxiv, p. 21)1.

fais aucun cas de ta personne, on rira de toi (1). » En effet, « tout homme bien né et bien élevé doit, même dans les revers, avoir égard à sa réputation (2). »

Voyez comme Ménandre insiste sur ce point, et comme il multiplie les recommandations : « Il est d'un homme, dit-il , de supporter courageusement les accidents de la fortune (3). » — « C'est le propre d'un homme de cœur de supporter vaillamment les revers (4). » — « Tâchez de supporter en homme la folie de la fortune » (5). — « Il faut , ô mon hôte ! supporter comme il convient à un homme les coups de la fortune (6). » — « Il faut supporter plus facilement les coups de la fortune (7). »

— « Il faut porter légèrement le fardeau des revers (8). »

— € Supportez légèrement les caprices insensés de la fortune (9). » — « L'homme bien né doit supporter fermement les revers (10). » — «L'homme véritablement bien né doit supporter courageusement le bien et le mal qui lui arrivent (11). » — « C'est dans le malheur qu'il faut montrer qui vous êtes (12). » — « Supportez dignement le malheur et l'injustice. L'homme sensé n'est pas celui qui lève les yeux en l'air et pousse des hélas ! mais celui qui montre de la constance dans l'adversité (13). »

(1) L'homme qui se porte caution, fragment i, p. 115.

(2) Incert., fragment cxviii, p. 262.

(3) Sent. 13, p. 340.

(4) Incert., fragment cclxxxiii, p. 293.

(5) Ibid., fragment cclxv, p. 291.

(6) Ibid., fragment cclxxxi, b, p. 293.

(7) Sent. 470, p. 3o3.

(8) Sent. 280, p. 348.

(9) Sent. 707, p. 360.

(10) Sent. 480, p. 353.

(11) /ftccri., fragment cxxvi, p. 264.

(12) SeiU. 571,p. 336.

(13) Incert., fragment xxu, p. 242.

Non! « le sage, s'il fait une perte, ne s'en plaint pas (1). » 11 sait qu'il n'y a qu'un remède à la douleur, le raisonnement (2) ; » et il se dit à lui-même : « Surmonte par le raisonnement l'accident qui te frappe (3). » D'abord , « malheur et injustice sont deux maux différents ; l'un nous vient de la fortune , et l'autre est volontaire (4). » Or, « quand il n'a rien h. se reprocher, l'homme bien né doit supporter généreusement les coups de la fortune (5). » Et puis , « si l'homme libre ne doit pas souffrir une insulte, il doit, en tant qu'homme, se résigner au malheur (6). » Lorsqu'il voit un homme se lamenter : « 0 homme! lui dit-il, ne gémis pas, ne pleure pas en vain : ces grands biens, cette femme chérie, ces nombreux enfants , tout cela était un prêt de la fortune, elle n'a fait que le reprendre (7). »

En effet , « il n'est pas possible de se soustraire aux lois de la nature (8). » — « Une vie exempte de mal n'a[ypartient qu'aux dieux (9) ; » et par conséquent , « des qu'on est homme, il faut se résigner aux coups de la fortune (10). » — « Homme que je suis, je dois m'attendre

(1) Sent. 739, p. 361.

(2) Sent. 315, p. 349.

(3) Sent. 685, p. 360.

(4) La Fille battue, fragment ii, p. 198.

(5) Le Cocher, fragment iv, p. 127.

(6) Le différend remis au jugement d'arbitres, fragment m, p. 120 : « Si des citoyens, dans des démêlés particuliers, voulaient choisir un arbitre, ils pouvaient prendre celui qu'ils voulaient. Quand ils l'avaient choisi de concert, ils s'en tenaient à ce qu'il avait décidé et ne jx)uvaiont porter leurs plaintes à un autre tribunal. La sentence de l'arbitre avait force de jugement et était irrévocable. » (Uobins., Ant. Grecq., 1. 1, p. 2W.)

(7) Incerl., fragment xli, p. 247. De même P. Syrus : Fortuna usu dut muUa, mancipio nihil.

(8) Sent. 492, p. 354.

(9) Sent. 692, p. 360 (tO; Scnt.lM), p. 361.

à toutes les vicissitudes du sort ; car rien n'est stable et permanent (1). » — « Il est inévitable que les uns soient heureux et les autres malheureux (2). » Réflexion excellente, et qui doit nous encourager c à prendre résolument notre part des maux qui sont l'apanage de l'humanité (3). » Cela n'est point obscur comme « les poëmes de Carcinus (4). » — < ôyo? >ûp«ç (5). » Vous ne comprenez pas? Ce qui suit vous fera comprendre : « Si votre mère, ô Trophime, en vous mettant au jour, vous a fait naître, seul entre tous les hommes, doué de cet avantage d'accomplir toutes vos volontés et de réussir dans tous vos desseins ; et si quelque dieu vous a garanti ce privilège , c'est avec raison que vous vous indignez , car il vous a trompé, et vous a fait injustice. Mais si vous respirez aux mêmes conditions que nous cet air commun à tous les mortels , passez-moi celte expression de tragédie, vous devez user de votre raison, et mieux supporter ce malheur. Toute la sagesse du monde se réduit à ce mot : Vous êtes homme. Quelle autre créature éprouve de plus fréquentes alternatives d'élévation ou d'abaissement? Et ce n'est pas sans raison. Tout faible qu'il est par sa nature, l'homme ne cesse de former les plus grands desseins (6).» Aussi, lorsqu'il tombe.

(1) L'Androgyne, frag. iv, p. 85. P. Syrus cité par Sénèque, (Consol. ad Marc, 9; et de Tranquil. , 1 i .) Cuivis polest accidere, qtiodcuiquampotest. , (2) Sent. 123, p. 343.

(3) Incert., fragment cclxxxi c, p. 293.

(4) Poèmes de Carcin., pour dire obscurs, JLe Faux jHiercuie,fr.vii,p. 225.

(5) Proverbe dont la traduction littérale est : un âne (entendit) le son d'une lyre; et qui se dit des esprits lourds et des ignorants. Le Poltron, fragment ii, p. 225.

(6) Horace :

Quid brevi fortes jaculamur sevo

Multa? (Od. II, IG, V. 17/1

Audax omuia pcrpefi

Gens humana ruit pcr vctitum nefas. (Od. i, 3, 2o-26.)

écrase-l-il dans sa chute une foule de belles choses. «Pour vous, Trophime, vous n'avez pas perdu des biens immenses, vous n'avez fait qu'une perte médiocre. Sachez donc supporter dorénavant votre malheur avec patience (1). » Voici encore de belles paroles : « Vous êtes homme , ne demandez donc point aux dieux de vous exempter de chagrins, mais de vous pourvoir de courage. Souhaiter de ne jamais éprouver de peines, c'est aspirer à l'apothéose ou à la mort (2). »

Eh ! € n'entretenez pas dans votre mémoire les maux d'autrefois (3). » — « C'est vous troubler l'esprit vousmême (4). » Ayez plutôt les yeux sur l'avenir. En vain on a dit : « L'espérance est la pâture des esprits légers (5). » — « 0 Jupiter vénérable, quel mal c'est que l'espérance (6) ! » La vérité est que « le malheureux se sauve par l'espérance (7). » — « Un cœur opiniâtre ne désespère jamais (8). > Et pourquoi? C'est, « ô Parménon, qu'il n'en est pas du bonheur en cette vie comme d'un arbre qui sort tout entier d'une seule racine. La nature engendre un mal à côté d'un bien, comme elle produit aussi un bien à côté d'un maL (9). * Il est des hommes qui ont l'art de ne se laisser jamais abattre. Heureux qui peut dire : « J'ai trouvé aussi cet art-là (10)! »

(1) InccTl., fragment ii, p. 227.

(2) Ibid., fragment iix, p. 238. « Sors lua mortalis, non est morlale quod optas. » (Ovide, Met., liv. ii, vers 56.)]

(3) Sent. 435, p. 352.

(4) Le Cocher, fragment vi, p. 128.

(5) Sent. 42, p. 341.

(6) Le Naulonnier, fragment v, p, 175.

(7; Sent. 643, p. 358.

(8) Sent. 536, p. 355.

(9) Le Collier, fragment viii, p. 194.

(10) Le Dyscoleou le Bourru, fragiucnl vu, p. 109.

Mais peut-être « il est plus facile de conseiller la patience que de patienter (1). » J'en conviens, surtout si les hommes restent dans leur isolement; car, s'ils voulaient s'entendre pour résister à la fortune, la tache de chacun serait bien plus aisée. Et que de raison pour s'entendre ! « Homme , dit le poëte , souviens-loi du sort commun à tous les hommes (2) ; » ou bien « regarde le malheur de chacun comme le malheur de tous (3) ; » ne crie pas * Issa (4) ! » en voyant l'infortune de ton semblable ; « ne médite rien de mal contre l'homme malheureux (5), j> et « ne foule pas aux pieds le malheureux, car la fortune est notre maîtresse à tous (6). » — «Si tu es riche, souviens-toi de secourir les pauvres (7) ; » car, comme le dit un fils à son père dans le Joueur de cithare : « Si nous fuyons les opprimés , mon père , à qui donc profiteront nos secours (8) ? » Dans le Dyscole , le fils de ce vieillard bourru lui dit aussi : < Vous parlez de richesses, chose fort incertaine. Si vous pensez que vous deviez en jouir éternellement , n'en faites part à personne, pour les posséder à vous tout seul. Mais si ces biens ne sont qu'un don de la fortune, au lieu d'être votre propriété, pourquoi, mon père, vous montrer si avare de ses faveurs? Elle est capable de vous dépouilller à votre tour pour enrichir peut-être un indigne. C'est pourquoi je dis que, pendant qu'elle vous prodigue ses dons, vous devez, mon père, en user géné-

(1) Sent. 471, p. 353.

(2) Sent. 8, p. 340.

(3) Sent. 369, p. 3o3.

(4) La Femme qui se rétracte ou la Messéniennc, fragment vi, p. 80. Isia ! exclamation des méchants à la vue des malheurs d'aulrui.

(5) Sent. 145, p. 344.

(8j Le Joueur de cithare, fragment m, p. 150.

reusemenl, répandre le plus de bienfaits, el faire le plus d'heureux qu'il vous sera possible; ear c'est là ce qui ne meurt jamais. Et si quelque revers vous afflige plus tard , vous retrouverez dans autrui les mêmes sentiments pour vous. Un ami qui se montre est, en effet, bien préférable à cet or caché que vous ne possédez qu'en l'enfouissant (1).» Conseils superflus! «Personne ne vient au secours des malheureux (2); > et comme « on a toujours cru que les pauvres étaient la part du ciel (3), » on les abandonne sans doute au soin des dieux. Cependant, « si nous nous venions toujours en aide les uns aux autres, il n'est personne qui eût besoin de la fortune (4), » et il serait bien rare qu'on pût dire : « Cet appui mutuel ne nous a pas suffi (5). »

Certes, la fortune a de grands torts envers nous. Mais il ne faut pas nous faire illusion ; notre sottise n'est pas pour peu de chose dans notre malheur, et c'est ce qu'on ignore généralement. « Il n'est personne qui n'accuse le sort (6). » — « Que quelqu'un de nous jouisse de tous les

(1 ) Le Bourru, fragment ii, p. 107.

(2) Sent. 431, p. 352.

(3) La Leucadienne, fragment m, p. 160.

Homère avait dit :

Trpo; yàp AiO( ileriy â^avre;

Sttvoî Te irruxot ti. (OdySSéC VI, 407.)

(4) Incert., fragment liiiv, p. 254.

II se faut cntr'aider; c'est la loi de nature.

(La Fontaine, VIII, xvii )

(5) Ibid., fragment cccxvi, p. 301.

(6) Sent. 621, p.358.

Est-on sot, étourdi ; prend-on mal ses mesures ; On pense en (((rc quille en arcusjint le sort: Bref, la fortune a hiujours tort.

(La Voulainc. V, \\.^

agi-émenls de la vie ; il se garde bien de faiie lionneur de ses prospérités à la fortune; mais qu'il tombe dans le malheur ou dans la peine , et , tout de suite , vous l'entendrez accuser la fortune (1). » Cependant « c'est penser sainement que de ne pas attribuer à la seule prudence tout ce qui nous arrive d'heureux. Le hasard nous sert quelquefois tout aussi bien que la sagesse (2). » — « La sottise est pour les mortels un mal volontaire; pourquoi, quand c'est toi-même qui te blesses, accuser la fortune (3)? » La fortune! Mais « ce n'est ni un être réel, ni une puissance quelconque. Seulement, l'homme qui se laisse conduire par les événements, sans pouvoir les maîtriser, appelle fortune ce qui n'est que sa faiblesse (4). » Il y a là un peu d'exagération ; mais ce qui est certain, c'est que « la plus grande partie de nos maux sont des maux volontaires (5). » — « Les animaux sont beaucoup plus heureux et beaucoup plus sages que l'homme. Sans aller plus loin, jetez les yeux sur cet âne que voici : tout le monde convient que son sort est à plaindre; mais il n'a de maux que ceux que lui imposa la nature; il n'en a pas qui lui viennent de lui-même. Pour nous, outre les maux nécessaires, nous nous en forgeons sans cesse d'étrangers : un éternuement nous afflige; une injure nous met en colère; un songe nous épouvante; le cri d'une chouette nous glace de frayeur. Querelles, opinions, ambition, lois, autant de maux ajoutés à ceux de la nature (6). »

(1) Incert., fragment xx, p. 239.

Le bien nous le faisons ; le mal, c'est la fortune :

On a toujours raison, le Destin toujours tort. (La Fontaine, VII, xiv.)

(-2) L'Enfant supposé, fragment vi, p. 214.

(3) Incert., fragment cxvi, p. 262.

(4) Ibid., fragment iliii, p. 247.

(5) Sent. 499, p. 35i.

(6) Incert., fragment v, p. 230.

Ménandre semble vouloir rdhabiliiep la lortune : « Ce n'est pas sans raison , dit-i! , qu'on fait un dieu du hasard ; que de choses, en effet, il conserve par des moyens inconnus (1) ! » Et ailleurs ; « Le hasard, tout invisible qu'il est, dispose les événements de notre vie ; même au sein du sommeil , le bien nous arrive fortuitement , et le contraire nous surprend souvent éveillés (2). » Puis il ajoute un vers qui est devenu proverbe : < Le hasard nous sert mieux que nous-mêmes (3) ; » vers qu'il confirme par cet autre : a La fortune a relevé bien des gens dont les affaires allaient mal (4). »

En résumé : « Il n'est point de famille qui soit exempte de revers. Mais les uns peuvent accuser la fortune; d'autres n'ont à s'en prendre qu'à leur propre conduite (5). » On pourrait dire aussi : « Combien sont heureux , combien peu sont sages (6) ! »

Après la fortune, vient le fléau de la méchanceté. Ces méchants qui nous rendent si malheureux, qu'est-ce donc qui les porte au mal? c'est l'attrait du gain. Ménandre est formel : « Sans l'attrait du gain, il n'y aurait pas de méchants (7). » — « Une foule d'hommes vivent de l'injustice (8). » Qui fut « plus noir et plus malin que Canthare (9) ? » C'est sans doute à un cabaretier do son espèce qu'un des personnages du Trésor adresse ce i^e-

(1) La Cnidicnne, fragment ii, p. 151.

(2) La liandelcUe, fragment iv, p. 148.

(3) Sent. 726, p. 361. On trouve dans une lettre de Cicéron à Alticus, I, 12, le commencement de ce vers : TewToVorov i^/iwv.

(4) Sent. 625, p. 358.

(5) Incerl., fragment lxii, p. 252-

(6) Sent. 447, p. 352.

(7) Sent. 665, p. 359.

(8) Sent. 445. p. 352.

(9) Le Trésor, fragment v, p. 138. Canthare, suivant Poinsinet de Sivry. p. 297, était un cabaretier d'Athènes, dont l'asturc lUail passe*' en proverbe.

proche: « Par Esculape! il n'y a pas là un setier (1). » — « Celui qui veut nuire trouve toujours un prétexte (2). » — « Le méchant ne manque jamais de raisons (3). > En outre , « le cœur du méchant ne s'atten- • h'it pas (4). > — « La méchanceté ne fléchit point au joug de la raison (5). » Elle ne connaît pas non plus la bonne foi , car Ménandre nous dit : « Écrivez sur le sable (sur l'eau) le serment des hommes vils (6). » Mais , chose étonnante î « le méchant n'avoue jamais qu'il est méchant (7) ; » et même , < si l'on en croit les méchants , les bons sont très-méchants (8). »

Voici quelques signes auxquels on peut reconnaître un méchant. D'abord , < tout ingrat est méchant (9) ; » ensuite, « quiconque entend dire du mal de soi, et ne prend pas feu , montre par là qu'il est méchant, et trèsméchant (10). »

Tous les méchants ne procèdent pas de même dans leurs attaques contre nous. Il en est qui agissent à visage découvert: « A défaut de puissance, disent-ils, ayez de l'audace, et encore de l'audace (11). » — « Il n'y a pas de meilleur viatique que l'audace (12). » — « Il n'y a pas de divinité plus secourable que l'audace (13). »

(1) La Béotienne, fragment iv, p. 94.

(2) Sent. 3o, p. 341.

(3) La Concubine, fragment i, p. 182.

(4) Sent.3i, p. 341.

(5) Sent. 50, p. 341

(6) Sent. 25, p. 341.

(7) Sent. 158, p. 344.

(8) Sent. 12n, p. 361.

(9) Sent. 456, p. 353.

(10) Incert., fragment clxxtii, p. 273.

(11) Sent. 604, p. 357.

(12) Incert., fragment ccli, p. 289.

(13) Ibid., fragment cctu, p. 289.

D'autres préfèrent la ruse , et ce sont les plus lU'testablcs et les plus dangereux, t Je hais le méchant, surtout lorsqu'il prend un langage honnête (1). » — t L'hypocrisie est comme un piège qu'on ne voit pas (2). » — « Le méchant qui prend le masque de la bonté est un filet caché sous les pas de son prochain (3). » — «Le sycophante est un loup pour son prochain (4), » lui qui vous accuse « pour avoir regardé un âne (5). » Or les hypocrites et les sycopliantes sont les pères de la calomnie ; et c la calomnie est le fléau de la société (6). » — « Il n'est rien de plus fâcheux que la calomnie, puisque l'homme qui en souffre subit le blâme dû au crime d'un autre (7). » — t La calomnie vient à bout même des meilleures choses (8). » — « L'infâme calomnie a fait disparaître des villes entières (9). » C'est pourquoi « il ne faut pas mépriser la calomnie , si absurde qu'elle puisse être. 11 y a des gens si habiles à l'accréditer, qu'on ne saurait trop se mettre en garde contre ses at^ teintes (10). » Il ne faut pas non plus y ajouter foi, car, « ajouter foi à la calomnie, c'est faire preuve de méchanceté, ou se montrer léger comme un enfant (11). » Avec la méchanceté , « il arrive ce qu'on dit ordinairement : tout est renversé; le haut est en bas, et le

(t) Sent. 352, p. 350.

(2) Seul. 587, p. 356.

(3) Jncert., fragment livii, p. 253.

(4) Sent. 440, p. 352.

(5) Im Prêtrette, fragment, iv, p. 141. Proverbe contre ceux qui accusaient pour des choses futiles.

(6) Sent. 553. p. 355.

(7) Ineert., fragment l, p. 249.

(8) Sent. 376, p. 350.

(9) Sent. 626. p. 358.

(10) Im Béotienne, fragment i, p. 94.

(11) ïncerl., fragment xlu, p. 249.

bas en haut (1). » Tout devient « gâchis (2), » et, comme « il faut peu de chose pour nous faire tomber dans le malheur (3), » nous ne tardons pas h « déplacer la pierre de la ligne sacrée (4). »

Le premier moyen de n'être point tourmenté par les méchants , c'est de les éviter. « Fuyez toujours la compagnie des méchants (3). > — « Fuyez l'homme trompeur durant toute votre vie (6). > — < Ne vivez jamais dans la société des méchants (7). » — « Fuyez la paresse et les mauvaises compagnies (8). » — « Ne prenez jamais le méchant pour compagnon de route (9). » — « Si vous fréquentez les méchants, vous deviendrez méchant (10) ; » car « les mauvaises compagnies sont recueil des bonnes mœurs (11). » — « Si vous avez un méchant pour voisin, ou il vous fera souffrir, ou il vous apprendra à mal faire ; tandis que si vous avez un honnête homme pour voisin, et vous lui enseignerez et il vous enseignera à faire le bien (12). » Si l'homme qui

(1) Incert., fragment cccxcii, p. 313.

(2) La Veuve, fragment i, p. 221 , proverbe.

(3) La Thessalienne, fragment i, p. 133.

(4) Le Calomniateur, fragment iv, p. 147, proverbe tiré du jeu dit twv irtTTwv. On traçait sur une espèce de damier cinq lignes, formant des cases, dans lesquelles on plaçait de petites pierres ; l'une de ces lignes s'appelait « ypitt-fj-f) tipk » ou simplement « rpâfifjtn, » la ligne sacrée; d'où la locution proverbiale « déplacer la pierre de la ligne sacrée, » pour dire « être réduit à la dernière extrémité. »

(5) Sent. 24, p. 341.

(6) Sent. 131, p. 343.

(7) Sent. 630, p. 358.

(8' 5enr46", p. 333. ' :

(9) Sent. 302, p. 348.

(10) Sent. 274, p. 347.

(11) Sent. 738, p. 361, et Thaïs, fragment ii, p. 132. Ce fragment se lit dans saint Paul, Èp. aux Corinthiens, i, 15, 33.

(12) Incert., fragm. xxii, p. 240. Xénophon avait dit avant Ménandre :

ce vient cliez vons le troisième jour pour faire une partie (le débauche (1) » vous parle, dites-lui : « J'habite dans le voisinage, enfonceur de murailles (2) ! » Mais, comme vous le voyez à mes paroles , c je n'ai pour vous ni eslime ni attention (3). » — « Vous voulez passer pour grossier, et vous n'êtes qu'un méchant (4). » — « Aux corbeaux (^) ! »

S'il est défendu de fréquenter les méchants, à bien plus forte raison l'est-il de les prendre pour amis. • Ne vous liez point d'amitié avec des hommes injustes ou méchants (6). > — « Ne faites jamais votre ami d'un méchant (7) , > — c ne faites jamais votre ami d'un ingrat, et gardez-vous de donner au méchant une place qui n'appartient qu'à l'honnête homme (8). » — « Ne vous fiez pas à un Corinthien, et n'en faites pas votre ami (9). » — «En quoi les dons du méchant peuventils être profitables (10)? » Avec les méchants, < la paix

« Les pères même, assures du bon naturel de leurs enfants, ne laissent pas de les éloigner des sociétés dangereuses, porsuadt-s qu'elles de'truiseiit les inclinations louables, tandis que la fréquentation des sociétés honnêtes est un utile exercice de vertu. Un poêle (Théognis) rend témoignage de celte vérité : « Auprès des gens de bien vous apprendrez le bien ; mais si vous vous mêlez aux méchants, vous perdrez votre vertu première. » ( Mémorables, IHr. I, c. 11.)

(1) Incerl., fragment ccxxxiv, p. 286.

(2) Ibid., fragment ccxxxii, p. 285.

(3) Ibid., fragment ccxxv, p. 284.

(4) Ibid., fragment ccuii, p. 289.

(5) Jbid.f fragra. cccxxxvii, p. 305. Il y avait en Thessalie un endroit, dit les Corbeaux, où l'on précipitait les malfaiteurs; de là le proverbe.

(6) Sent. 54. p. 34i.

(7) Sent. 453, p. 352.

(8) Incert., fragment cdlxx, p. 325.

(9) Ibid., fragment ccxvi, p. 282.

tlO} Sent. 292 p. 348.

Virgile :

fjuifiiid id est, timrn Xy^nnt» et dona ferrntes. [Enéide, Ht. ii, v. 49.)

est trompeuse comme l'amitié du loup (1). » — « Malheur à ceux qui ont des méchants pour amis (2) ! >

Mais nous-mêmes ne soyons pas méchants. « Les maladies du corps sont moindres que celles de l'âme (3), » et pour moi « j'aimerais mieux être laid que médisant (4). »

— « Ce que nous blâmons, ne l'imitons pas (5). » — « Fuyez les mauvaises habitudes et les profits injustes (6). » — « Si vous désirez être honnête, n'ayez pas l'âme d'un pervers (7). » — « Vous êtes fin, prenez garde d'être fourbe (8). w En un mot , < affranchissezvous du vice, quel qu'il soit (9). »

Quoi de plus triste que le sort du méchant? c Le méchant, dit Ménandre, fût-il heureux, est encore malheureux (10). > — « Quelque audacieux que soit un méchant, sa conscience seule suffit pour lefaireli*embler (1 1). »

— « L'envieux n'a pas de plus grand ennemi que luimême; car il se forge sans cesse mille sujets d'inquiétude (12). » — « 0 jeune homme, vous semblez ne pas comprendre que chaque chose a son vice propre qui la corrompt, et qu'elle porte au dedans d'elle-même le principe de sa destruction. Mais, de même que la rouille

\i) Incerl., fragment cciii, p. 279.

(4) Sent. 117, p. 343.

!5) Sent, o, p. 340.

(6) Sent. 204, p. 346.

(7) Sent. 232, p. 346.

(8) Sent. 398, p. 351 .

(9) Sent. 473, p. 353.

(10) Sent. 19, p. 340. De même, Platon faisant parler ^rate : aComi^f mellre l'injustice n'est donc que le second mal pour la grandeur; mais la commettre et n'en être point châtié, c'est le premier et le plus grand de tous les maux. » [Gorgias.)

\\ii Incert , fragment liixvi, p. 257.

(12; IhiA., fragment lxx, p. 254.

ronge le fer et que le ver mine le bois, l'envie, celle peste de rhumanilé, cette triste compagne des âmes perverses, dessèche et consume le sein où elle réside : c'est ce qu'on a toujours vu, ce qu'on voit encore, et ce qu'on verra toujours (1). » Et les adultères? « Un adultère est la chose du monde la plus chère, puisqu'on n'achète ce titre qu'en s'exposant à la mort (2). » En général, < quiconque cherche à nuire aux autres sans motif se nuit tout d'abord à lui-même (3). » C'est pourquoi l'on n'a que bien rarement l'occasion de dire : c Quelle honte de voir prospérer un malhonnête homme (4) ! » — « la prospérité des méchants fait honte à la divinité (5). B Car, « morts ou vifs, les méchants subissent la peine de leur perversité (6). >

« Que le méchant » donc « ne se flatte pas de rester toujours caché (7). » Avec quelque précaution qu'il ait agi, < Corycée, » comme on dit, « l'a entendu (8). » Et vous, « n'essayez jamais de redresser une branche tortue : personne ne fait violence à la nécessité ni à la nature (9). » — « 11 ne faut pas céder entièrement aux

(1) ïncert., fragment xn, p. 235.

(2) La Colère, fragment v, p. 180.

(3) ïncert., fragment cxivii, p. 268.

(%) Sent. 564, p. 356.

(5) Sent. 255, p. 347.

(6) Sent. 294, p. 3i8.

(7) Sent. 329, p. 349

(8) Le Poignard, fragment ii, p. il3. Corycée était un dieu à l'usage des poètes comiques ; et le vers de Ménandre un proverbe à l'occasion de ceux qui, croyant agir en cachette, n'en étaient que mieux découverts. Poinsinet de Sivry a fait sur ce proverbe une conjecture étrange (p. 285 K Il pense que le corycée est un coquillage hérissé de pointes au dehors, mais configur<< au dedans d'une manière acoustique ou propre à transmettre à rorcillc les moindres sons.

^9) ïncert., fragment clxiii, p. 270.

Horace :

Naturam expellas furcâ, tamen usque rccurret. (Epist. \, iiv i, 24.)

méchants, mais leur résister ; sans quoi tout serait bouleversé, tout serait sens dessus dessous dans la vie (1). > Oui, le proverbe a raison, * tout serait sens dessus dessous (2). » Ménandre l'exige : « Punissez le méchant, même s'il est puissant (3). j> Mais, afin de pouvoir le prendre en flagrant délit, « il faut garder le silence sur les ruses du méchant (4). » — < Cet honnête adultère s'est enfui; nous en tenons un autre à sa place (5). » Eh bien! dites-lui : «Je ne commence pas l'attaque, je me défends (6). > — «Prends tout ce que tu pom-ras emporter, mon ami, et sors de la ville au plus vite (7). » Le mal pour le mal, « la pareille à la pareille (8). »

« Ne plaignez pas le méchant frappé par le malheur (9) . * — « Ce que quelques-uns appellent présentement bonté d'âme a fait faire d'immenses progrès à la méchanceté, puisqu'il n'est pas un méchant qui ne reste impuni (10). » Ensuite , c combien d'hommes injustes ont la fortune pour complice (il)! > Et comme ils savent se soutenir mutuellement, ainsi que le témoigne ce vers : « Ils se lièrent ensemble , mais naturellement , pour faire le mal (12)! » 11 résulte de là que, si les gens de bien se trouvent trop faibles en restant isolés, ils doivent suivre l'exemple des méchants et s'unir pour le bien , comme

(1) Les Âdelphes, fragment iv,p* 70.

(2) Le Poignard, fragment ir, p. 113, autre proverbe.

(3) Sent. 278, p. 348.

(♦) Seul. 282, p. 248.

(5) Les Pêcheurs, fragment x, p. 77.

(6) L'Olynthienne, fragment ii, p. 177.

7 La Périnthienne, fragment m, p. 187. 8) Le Sicyonien, fragment viii, p. 201, proverbe. •9^ Sent. 345, p. 349.

(10) Incert., fragment u, p. 249.

1i) Sent. 624, p. 358.

;12) Les Femmes qui dînent ensemble, fragment m, p. 203.

— Soles méchants s'unissent pour le mal. « La main lave la main, et les doigts les doigts (1). » — « L'homme sauve l'homme, et la ville la ville (2). > — « Si chacun de nous, s'écrie le poëte, avait à cœur de punir quiconque ose faire le mal, et regardait la querelle des autres comme la sienne propre, cette ligue imposante de toutes nos forces préserverait l'innocence, et triompherait de l'audace dès méchants : surveillés de toutes parts, frappés des châtiments qu'ils méritent, ou ils seraient fort rares, ou ils disparaîtraient entièrement (3). »

Ainsi l'union, voilà le principal remède que Ménandre nous indique contre les méchants et contre la fortune. Sa pensée peut donc se résumer ainsi : Union de tous leis hommes contre la fortune; union de tous les hons contre les méchants.

Mais le mal que peuvent nous infliger les méchants et la fortune n'est rien au prix de celui que nous fait cet ennemi intérieur , et toujours présent , qu'on appelle la sottise. Voici ce qu'en dit Ménandre : < La sottise est un fléau pour les mortels (4) ; » et ailleurs : « La sottise est une source de maux (5). » D'où vient donc que nous sommes ainsi la proie de nos travers et de nos passions ? Cela vient d'abord de ce que souvent « la nature est plus forte que toutes les leçons (6) , > et aussi de l'obstination avec laquelle nous fermons les yeux sur nos défauts. En effet, « personne ne voit ses propres défauts, ô Pamphile ! mais qu'un autre se conduise mal , ses torts nous crèvent les yeux (7). » — « Nous sommes tous habiles

(1) 5cn(. 543, p. 355.

(2) Sent. 29, p. 341 .

(3) Incert., fragment xv, p. 237

(4) Sent. 15, p. 340.

^5) Sent. 224, p. 346.

,6) Sent. 213. p. 346.

(7) Inccrl., fragment Lxixr, p. 256.

à reprendre les autres , et personne ne voit ses propre» erreurs (1). * Aussi trouve-t-on « des gens qui ne sont pas aussi sages qu'ils ont été heureux (2). >

« Le sot se donne beaucoup de mal , sans arriver à rien (3). » — « Le sot se laisse prendre par les plaisirs (4). » — « L^imbécile rit même quand il n'y a pas de quoi rire (o) ; » et <c l'on se fait beaucoup de tort en riant mal à propos (6). » — « Tout fruit est bon quand il est cueilli en son temps (7) ; » mais < un plaisir pris mal à propos coûte foi't chei* (8) , » et l'on peut dire que < c'est de la vertu que de ne jamais agir mal à propos (9). v — «Celui qui fuitaujourd'hui pourra combattre demain (10);» mais à une condition , c'est qu'il prendra mieux ses mesures ; car « il n'est pas d'un sage de faire deux fois la

(J) Sent. 46, p. 341.

Horace :

Cùm tua pervideas oculis mala liftas inuDcUs, Cur in amicoruni vitiis tam cernis acutam Qukm aut aquila, aut serpeus Epidaurius?

(Sat. liv. I, 3, 25-27.) La Fontaine :

Lynx envers nos pareils, et taupes envers bous ( I, vil)

(2) Sent. 163, p. 344.

,Z) Sent. 51, p. 341.

(4) 5cn(. 55, p. 341.

(5) Sent. 108, p. 343.

^6) Sent. 88, p. 342.

(7) Sent. 7, 341.

(8) Sent. 217, p. Z\e,eHe Coehet, fragment Hi^ vers 3, p. 127.

(9) Sent. 339, p. 349.

(10) Sent. 45, p. 341.

Horace dit le contraire r

Auro repensas scilicet acrior Miles redibit? (On. iii, 5, 25.)

Ce^ paroles sont belles dans la bouche hautaine de Régulas; mais, abso- Imnent parlant, elles ne sont pas aussi vraies que celles du personnage de 31<'naiKlre.

même faute (1). » Mais , s'il faut dire : Heureux ceux qui se ravisent ! il faut dire surtout : Heureux ceux qui ne se laissent point entraîner h l'erreur! « heureux ceux qui sont libres de passions (2) ! »

Toutefois , bien peu en sont libres ; c'est qu'il est plus commode de s'abandonner à son penchant naturel que d'y résister. Et pourtant le bonheur n'est qu'au prix de la résistance Quiconque veut être heureux doit lutter. Sans doute cette lutte est pénible ; mais n'est-il pas plus cruel d'être victimes de nos défauts ? Secouons donc notre paresse , et prêtons l'oreille à Ménandre lorsqu'il nous dépeindra les tristes effets de nos passions et de nos travers, et lorsqu'il nous exhortera , au nom même de notre repos, à nous faire les soldats de la raison et de la vertu.

« Malheur, dit-il , à celui dont l'ame est irritable (3) I » — « Prenez garde à la colère , car elle ne sait pas ce qu'elle fait (4). » — « La hideuse colère nous fait commettre de bien vilaines actions (5). » — « Les projets qu'on forme dans la colère ne sont pas sûrs (6). » — « La colère nous pousse à bien des folies (7). » — « Tout ce que l'homme fait dans la colère , il s'aperçoit plus tard

(1) Sent. 121, p. 343.

(2) Sent. 591, p. 356.

(3) Sent. 71, 342.

(4) Sent, 574, p. 356.

Horace :

Ira furor brevis est. (ëpist. i, 2, 6±)

(5) Sent. 687, p. 360.

(6) Sent. 415, p. 351.

(7) Sent. 429, p. 352.

Horace:

Irîc Thycstcii cxitio gravi Slravérc, cl ;iltis urbibus tilliiii.T.

SteWrc causât! ciir |>crircnt Fumiitùs, iiii|)riinorcli|iic iiniris

Hostile aralnim cxcrrilus iiiM)Uiis (<•». I, xvi, 17-21 )

qu'il l'a fait de travers (1). » — c Au fléau de la colère il n'y a de comparable qiie la mer et les femmes (2). »

< Quand la colère nous possède , toute détermination nous parait bonne , parce qu'elle règne seule alors sur l'intelligence ; mais laissons-la refroidir un peu , et nous résoudrons mieux ce qui convient (3). » — « Quelque douleur que vous éprouviez , lit-on dans une autre comédie, gardez-vous de céder aux brusques mouvements de la passion; c'est surtout dans ces troubles de Fàme qu'il convient à l'homme sage de vaincre une colère imprudente (4), » — « Vous êtes homme , sachez donc maîtriser votre colère (5). » — « Il est beau de dompter sa colère et son désir (6). » — « Triomphez de la colère par un bon raisonnement (7). » — « Soyez lent à vous emporter; soyez patient et maître de vous (8). » — « Si vous êtes sage , vous ne vous laisserez point emporter par la colère (9). » — « 0 Gorgias! le mortel le plus parfait est celui qui sait le mieux supporter l'injustice qu'il éprouve; mais cet emportement , cette fureur dont on n'est pas le maître , sont l'indice certain d'une ame vulgaire (10). »

Mais si l'on nous dit : « Supportez avec courage la douleur et l'injure (11), » à bien plus forte raison nous

(1) Incert., fragment clxxvhi, p. 274.

(2) Sent. 264, p. 347.

(3) Incert., fragment lxiv, p. 252.

(4) Incert. y fragment xxv, p. 24i.

(6) Sent. 254, p. 347.

(7) Sent. 381, p. 350.

(8) Sent. 60, p. 342.

(9) Sent. 245, p. 347.

10) Le Laboureur, fragment m, p. 96. Belle maxime que Ton trouve aussi dans le Gorgias (le Platon. Socrale a Polus : « Je suis convaincu que toi et moi et les autres hommes, nous pensons tous que c'est un plus grand mal de commettre l'injustice que de la souffrir. »

(M) Sent, loi, p 34'f.

dira-t-on : « Ne vous emportez pas pour des riens (1). » En effet, telle discussion, où l'on croirait engagés de graves intérêts , n'est souvent qu'une puérile dispute; et ces gens, qui crient si fort et sont sur le point d'en venir aux mains, se débattent, comme dit le proverbe, « sur l'ombre de l'âne (2), » Ce n'est pas qu'il soit aisé de remporter une telle victoire, puisque Ménandre s'écrie : « Qu'il est difficile de mettre un frein à sa colère (3) ! > Mais pour nous encourager à vaincre cette difficulté, il déclare que « l'on vivra le plus heureusement du monde, si l'on sait dompter sa colère (4). » Nous arrivons à la volupté. Il ne faut pas confondre la volupté avec le plaisir. Ménandre dit que « tout ce qui vit sur la terre et jouit de la lumière du soleil est esclave du plaisir (5). » Rien de plus certain, car la nature nous porte à rechercher tout ce qui est agréable, et à fuir les objets contraires. Mais ce mouvement instinctif vers le plaisir diffère beaucoup du mouvement qui nous entraîne vers la volupté. Celui-ci est étudié, volontaire ; il est l'excès et la corruption du premier. Tous les hommes aspirent au plaisir ; ceux qui ne savent que faire de leur. puissance, de leur richesse et de leur loisir, aspirent seuls à la volupté. Nommerai-je Denys, tyran d'Héraclée , et Ctésippe (6) , l'indigne rejeton de Cba-

(1) Incerl., fragment cci-xix, p. 291.

(2) Le Poignard, fragment v, p. 113, proverbe dont on racconlc ainsi l'uriginc : Un paysan avait loué son âne. En roule le voyageur, accablé p^ir la chaleur cl ne sachant comment faire |)our éviter ks rayons du soleil, mit pied à terre et chercha un abri à l'ombre de l'âne. Mais le paysan, qui n'avail pas moins chaud que lui, le repoussa, prelendaut qu'il lui avait bien loué son âne, mais non pas l'ombre de l'âne.

(3) Incerl., fragment cctxxxv, p. 29i.

(4) Sent. ISfi, p. 345.

(5) Incerl., fragment cxxiis. p. 2(i().

(6) l.e même pour qui Démosthène a>ail prononc»^ m lAflinicnne. O fameux débauché , api-cs avoir mangé son palrijnoinc, imsigiM, i>oar se

brias? Ménandre les a livrés tous les deux au mépris public, Ctésippe dans sa pièce de la Colère, Denys dans ses Pêcheurs. « Denys était un gros porc qui se roulait dans la fange. Il se livrait aux délices de manière à ne pas s'y livrer longtemps; aussi disait-il souvent : « La mort qui me paraîtrait préférable , la mort la plus belle à mes yeux, ce serait d'exhaler mon dernier soupir l'estomac bien plein , couché sur le dos , et pouvant à peine parler, mais mangeant encore , et disant : Je crève de volupté (1). »

Ctésippe n'est mentionné qu'indirectement, mais le coup qui le frappe n'en est pas moins terrible. 11 s'agit d'un homme qui se propose d'être aussi voluptueux qu'il est possible : « Et moi aussi, dit-il, ô femme! j'ai été jeune , mais alors je ne me baignais pas cinq fois par jour , ce que je fais maintenant. Je n'avais point à mes gages une de ces femmes commodes qui en procurent de plus jeunes; j'en aurai désormais. J'ignorais l'usage des essences , mais pour le coup je vais m'en donner. Je me teindrai les cheveux , je m'épilerai le corps , je deviendrai avant peu , par Jupiter, un vrai Ctésippe , et non un homme , et, comme lui, je dévorerai les pierres même, et non pas seulement la terre de mon patrimoine (2). » Après de tels exemples, qui ne dira que la volupté est méprisable et honteuse? Ménandre ajoute, et avec raison , qu'elle est dangereuse : « La volupté est une source de maux (3). » — « Que la volupté nous coûte cher souvent (4) !» — « L'amour du corps est la perte de l'âme (5). »

créer des ressources, de vendre les pierres du monument que les Athéniens avaient élevé à la mémoire de son \)ère.

(1) Les Pêrheurs, fragments i, ii, m, p. 74.

(2) Lii Colère, fragment i, p. 178.

3) Sent. 18'». p. 3io. — (4) Senl. 75t, p 361 — 5) Sent. 393, p 357.

Que conclure de ce qui précède , sinon qu'il faut fuir la volupté? « Fuyez un plaisir dont vous vous repentiriez plus tard (1). » — « L'homme prudent ne se laisse pas prendre à la volupté (2). » Et enfin : c Ne vous faites jamais l'esclave de la volupté (3). >

Certes , la parole est une excellente chose. « Il n'y a pas, dit Ménandre, de puissance comparable à celle de la parole (4). » — « C'est la paiole qui fait tout dans la vie (5) » — € Si vous voulez me convaincre , parlez ; la parole est le meilleur des remèdes (6). » Et : « Je n'ai rien à répondre à qui parle bien (7). » — « Que dis-je? une parole reconnaissante compte pour un acte de reconnaissance (8). » — « La parole est le remède des maladies de l'âme (9) » — « La parole est le médecin des maladies de l'âme (10). > — « La parole du sage guérit les maladies de l'âme (11). » — «La parole est le médecin de la douleur (12). » — « Un langage bienveillant est souverain pour guérir la douleur (13). » — « La parole dissipe infailliblement le chagrin (14). > — « Le discours est pour l'homme la meilleure recette contre le chagrin ; c'est lui qui le guérit de tous les maux de l'âme. Voilà

(2) Sent. 518, p. 554.

(3) Sent. 578, p. 356.

(4) Sent. 258, p. UT.

(5) Sent. 314, p. 349.

(6) Sent. 213, p. 349.

(7) Sent. 464, p. 353.

(8) Sent. 330, p. 349, et Sent. 611, p. 357

(9) Sent. 550, p. 355.

llO) Sent. 674, p. 369.

(11) Sent. 622, p. 358.

(12) Sent. 326, p. 349.

(13) Sent. 319, p 3W.

(H) Sent 610, p. 357.

pourquoi les anciens l'appelaient le remède public (i). » Ce n'est pas tout : « De bonnes paroles sont un remède contre la colère (2). » — « La parole est le plus sûr calmant de la colère (3). » — < Je ne crois pas qu'il y ait un meilleur remède à la colère que la parole sensée d'un ami (4). »

Mais il faut être maître de sa langue : < Mettez un frein à votre langue partout et toujours (5). > — « Dites quelque chose qui vaille mieux que le silence, ou bien taisez-vous (6). » — € Ne dites et n'apprenez jamais que de bonnes choses (7). > — « Ne dites et n'apprenez que ce qui est conforme à la piété (8). » — c Parlez avec mesure, et ne dites pas ce qu'il ne vous convient pas de dire (9). » — e Avez-vous vu quelque chose de beau ? n'en dites rien à personne (10). > — c Ne vous avisez pas de tout dire à tout le monde (11). • Ménandre va plus loin encore , car voici ce qu'il ajoute : « Ne dites pas votre secret à votre ami , et vous n'aurez pas à le craindre , s'il devient votre ennemi (12).» — «Il recommande aussi « d'être discret quand on dîne chez les autres (13). » En effet, c'est alors surtout qu'il faut se surveiller , car « la langue dit la vérité lorsqu'elle tourne (14) ; » et puis:

(I) Incert., fragment xxiii, p. 240.

i21 Sent. 37, p. 341.

(3) Sent. 346, p. 349.

.4) Incert., fragm. lxxxiv, p. 236.

i5) Sent. 80, p. 342

(6) Sent 208, p. 346.

(7) Sent. 284, p. 348.

(8) Sent. 521, p. 354.

(9) Sent. 328, p. 349.

(10) Sent. 271, p. 347.

(II) Sent. 325, p. 349.

(12) Incert., fragm. clxvhi, p. 272.

(131 Sent. 157, p. a44.

(14) Sent. 228, p. 346.

« Parler toujours et n'apprendre jamais, c'est enseigner aux autres ce qu'on sait, mais ne pas apprendre ce que savent les autres (1). » — « Parler comme si l'on n'avait rien à vous répondre (2), » c'est vous exposer à ce qu'on dise : « J'ai mis en mouvement un messager d'Ai*abie (3), » ou « j'ai trouvé un conseiller d'Arabie (4). »

Et l'on ajouterait peut-être : « Nous avons chez nous « une vieille plus médisante que deux Axoniens (5), » un homme « plus babillard qu'une tourterelle (6). >

Grâce aux dieux , « il n'y a pas de femme médisante à la maison (7); » mais, dernièrement, «j'étais irrité conti'e moi-même (8) d'y avoir laissé entrer des bavards. Je me demandais : « Où prennent-ils tout ce qu'ils disent (9) ? » Je pensais au proverbe : « On se dit des mots très-blessants sur les chars (tO). » Je disais : « Avant de mal parler des autres, jetez un coup d'œil sur vos propres défauts (11); > mais, hélas î « rien n'est agréable aux hommes comme de parler des aflaires d'autrui (12). >•

i; uii Mi

(i) Incert., fragrn. cdlxxv, p. 326.

(2) L'Enfant supposé, fragm., xii, p. 215.

(3) La Femme qui se rétracte, fragm. v, p. 79. Messager d'Arabie, pour « joueur de flûte d'Arabie. » Proverbe contre ceux qui parlaient sans mesure. Poinsinet de Sivry, p. 265, dit que messager d'Arabie signifie messager suspect, et que cette expression répond à notre « à beau mentir qui vient de loin; » mais son interprétation est erronée.

(4) Incert., fragment du, p. 331. Proverbe analogne au précédent.

(5) La Canéphore, fragm. v, p. 144. — Les habitants d'Axone, I)ourg de la tribu Cécropide, étaient renommés pour leur médisance; <roù le proverbe.

(6) Le Collier, fragment xiii, p. 195 ; proverlic.

(7) Incert., fragment cdlxxxv, p. 328.

(8) Incert., fragment cccxxxi, p. 304. *

(9) La Fille bcUlue, fragm. vu, p. 199.

(10) La Périnthienne , fragm. iv, p. 188; proverbe tire des bons raols qu'on échangeait du haut des chars, aux fêtes de Baccbus.

(11) Incert., fragment clxii, p. 270.

(12) Incert., fragment CDXcvi, p. 330.

Voilà ce qui m'est arrivé, et déjà « toute la ville répète l'aventure (1). »

Mettons donc un frein à notre langue, car < l'intempérance de la langue a perdu bien des gens (2). » — « Que de malheurs la langue a causés (3) ! » — « L'épée !)lesse le corps, les paroles blessent l'àme (4). » — « Une parole dite à contre-temps vous compromet pour toujours (5). » — « Si vous ne réfrénez votre langue , malheur à vous (6) ! » — « C'est qu'une fois lancé , un mot ne se rappelle plus (7). » Non, il n'est pas facile de retenir le mot qui s'échappe des lèvres, pas plus que la pierre qu'une main vigoureuse a lancée (8). •» Ménandre dit d'un de ses personnages : « Échappée au danger (le la maladie, elle ne put de même rappeler des paroles imprudemment proférées (9). » On pardonne à ceux qui ne peuvent pas dormir de parler beaucoup , car « il n*y a rien de plus bavard que l'insomnie. Elle me réveille et m'amène ici pour me faire raconter ma vie tout entière depuis le conmiencement (10).» Mais dans la veille pourquoi tant parler? « La conversation fait connaître le caractère des gens (11). » — « Un homme sans cervelle,

(1) Incert., fragment dvi, p. 332. ,

(2) Sent. 205, p. 346. '•**■*''' '"'

(3) Sent. 220, p. 346.

(4) Sent. 393, p. 351.

(5) Sent. 466, p. 353.

(6) Sent. 662, p. 359.

(7) Sent. 710, p. 360.

(8) Incert., fragment ixxxviii, p. 257.

Horace :

Et semel emissum volât irrevocabîle verbum.

(Epist. XVIII, 1. I. Y. 7f.)

(9) Les Aphrodisies, fragm. ii, p. 93.

(10) L'Héritière orpheline, fragm. i, p. 116.

(11) Sent. 26, p. 3il; l'Arrèophore. fragm. viii, p 91 : et l'Hèauloutimorumenns, fragm. iv, p. 111.

et qui parle de tout à tort et à travers , montre ce qu'il est par ses discours (l) » — « On connaît la vérité sur les morts par leurs amis (2). » — «Ce vieillard malheureux commençait à oublier son malheur; en le lui rappelant, vous avez réveillé ses chagrins (3). » Aussi a-l-il dit : « J'aurais mieux aimé recevoir un coup de lance (4). i-'vh.ïo

Ainsi donc, pas de sottes questions, de peur qu'on ne vous réponde : « N'est-ce point un hippocampe que l'on voit en l'air (5) ? » Pas de forfanteries, de peur qu'on ne vous compare à ces vantards de Samos , qui prétendent que , dans leur île , les poules donnent du lait (6) , » et qu'on ne vous dise : « Quel craqueur vous faites (7) ! » Pas d'injures , de peur qu'on ne riposte par ces paroles : « Si vous dites du mal de ma femme , je vous laverai la tête, à vous, à votre père, et aux vôtres (8). »

Ce sujet n'est pas encore épuisé. Voici quelques règles générales destinées à rendre plus facile et plus sûr l'usage de la parole. La première , c'est de mettre en parfait accord son langage et sa conduite : « Je hais un professeur de sagesse qui n'est pas sage lui-même (9). » — « Que sert de parler vertu quand on pense à mal faire (1 0) ? > — « Votre langage est plein de sens ; mais il n'y a pas trace de sens dans votre conduite (11). » — « Tes paroles, en-

(1) Incert., fragment cdlivi, p. 324.

(2) Ibid., fragment cclxxv, p. 292.

(3) Le Vase, fragment ii, p. 208.

(4) I^s Philadelphes, fragment ii, p. 219.

(5) Jncert., fragment ccxi, p. 281.

(6) Ibid., fragment cccxiii, p. 301.

(7) Ibid., fragment cccxiv, p. 301.

(8) Incerl., fragment lxxiii, p. 254.

(9) Sent. 332, p. 349.

(10) Incert., fragment cdlxiv, p. 324.

(11) Ibid., fragment cdlxv, p 324.

faut , sont dans le chemin du vrai , mais les actions suivent une route toute différente (1). » — t J'ai un reproche à vous faire , c'est de craindre que je n'agisse pas aussi honnêtement que je parle (2). )>

La seconde règle , c'est de ne parler que pour dire la vérité. « On débute dans toute vertu par un langage honnête (3). » — « C'est le fait d'un méchant de louer et de censurer le même homme (4). > Au contraire, i c'est le propre d'un homme libre de dire la vérité (5). » — « Si quelqu'un vous dit simplement la vérité (6) , » ayez de l'estime pour lui , car c'est un homme de bien.

Ne cherchez pas à faire illusion ni à donner le change sur ce que vous êtes. « En vain l'artiste parle avec complaisance de son talent; son talent, on n'en peut juger que par des œuvres (7). » — « Si je disais que le liâton que j'ai maintenant est d'or , ce bois vil en serait-il plus précieux? C'est à la vérité, non au mensonge, que sont dus nos hommages (8). » D'ailleurs, « le menteur ne tarde pas à être dévoilé (9) ; » car « il est impossible, h mon sens, que la vérité reste longtemps cachée (10). » Et que d'humiliations attendent le menteur ! Il a beau s'écrier : c 0 Hercule ! ô dieux (1 1) ! » il a beau jurer que ce qu'il dit est « plus vrai que ce qui s'est fait hSagra (12), » on ne le croit point.

(l"! Incert., fragment cdlxvii, p. 324.

(2; /ftid., fragment CLXxx>n, p. 275.

(3) Sent. 594, p. 357. — ^4; Ibid. 506, p. 354. — 5 Ibid. i62, p. 344.

'6) Les Aphrodisies, fragm. m, p. 94.

7) Incert., fragment cdlxiu, p. 324.

8) Ibid., fragment cdlxxviii, p. 327.

^9) Sent. S47, p. 3o5.

10 Incert. y fragment cdlxxvii, p. 326.

11 /6id., fragm. cccxix, p. 301. Formule de serment.

(12) La Femme qui $e rétracte, fragment iv, p. 79; proverbe à l'oocasion (les menteurs.

Remarquons encore que « il n'y a pas de honte à dire la vérité (1) , » sauf les cas où elle pourrait nuire. En effet, « mieux vaut le mensonge qu'une vérité dangereuse (2) ; » mais ce n'est là qu'une exception, et encore Ménandre y ajoute-t-il prudemment un correctif, en disant : « C'est chose difficile que de mentir (3) ! »

La troisième règle concerne particulièrement les hommes politiques. « C'est une honte, quand on est doué d'une langue éloquente, de se répandre eu vains discours (4). » Si l'on veut faire un mauvais usage de son talent , qu'au moins l'on soit bref : « Un discours impudent ne sert qu'autant qu'il est court, et qu'il est fait à propos (5). » Mais « un orateur pervers est le fléau des lois (6) ; » — « ses larmes et celles d'une courtisane sont de même qualité (7) , » et malheureusement il peut tout sur la multitude ; «. la multitude est puissante , mais dénuée de jugement (8) , » et « le mensonge trouve souvent plus de crédit que la vérité, et persuade plus facilement la multitude (9). » Il faut donc, pour le bien de l'Etat, que l'orateur soit en mênîe temps honnête homme. « Celui , dit Ménandre , qui aspire à commander à des hommes libres doit joindre à la puissance de la parole des mœurs irréprochables (10). »

Enfin , il est une dernière règle tellement impoilante,

(1) Incerl., fragment cdlxxvi, p. 326.

(2) Ibid., fragm. cclw, p. 292.

(3) Ibid., fragm. cclxxi, p. 29i.

(4) Jbid., fragm. lxxxvii, p. 257.

(5) L'homme qui se porte caution, iragm. m, p. 115.

(6) Sent. 709, p. 360. |

(7) Sent. 426, p. 352. V

(8) Sent. 265, p. 347.

(9) Incerl., fragment lxxviii, p. 255.

(10) Ibid., fragment ui, p. 250. Quinliliona donné celle (h'Iînilion de l'orateur : Vir bonus, diccndi peritus. [Insl. oral, xii, 1

qu'elle domine toute la question : c'est la règle qui impose le silence à certains âges , à certaines conditions et dans certaines circonstances : « Se taire est plus sûr que de dire ce qui ne convient pas (1). » — « Mieux vaut se taire que de parler pour ne rien dire (2). » — « Mieux vaut se taire que de parler sans raison (3). » — « Il est telle circonstance où le silence vaut mieux que la parole (4). y> — « Il n'est pas honteux de se taire, mais de parler au hasard (3). » — « Si vous avez un projet en tête, n'en dites rien à personne ; il n'y a rien dans la vie dont on ne puisse se repentir : le silence est la seule chose dont on ne saurait se repentir (6). » — « Soyez alors plus muet qu'un vase sacré (7). » — « Le silence est un ornement pour les femmes (8), » — « Le silence vaut mieux pour les jeunes gens que la conversation (9). » — « Il est plus convenable à un jeune homme de se taire que de parler (10). » — « Enfant, taisez-vous : le silence a bien des avantages (11). » — « Rien de plus utile que le silence (12). »

Maintenant, que dire de l'arrogance? « L'arrogance

(I) Sent. 221, p. 346.

2) Sent. 290, p. 348.

(3) Sent. 484, p. 353.

(4) Sent. 477, p. 353.

(5) Sent. 417, p. 351.

(6) Incert., fragment cliu, p. 269.

(7) L'Eunuque, fragm. v, p. 124, et Incert., fragm. ccclxxxv, p, 312; proverbe à l'occasion des métèques, ou étrangers domiciliés, qui portaient en silence, dans les fêtes publiques, les vases sacrés. Poinsinet de Sivrj' conjecture à tort que ce proverbe signifie « plus muet qu'un bateau de pêcheur, » le silence étant indispensable à la pèche, p. 292.

(8) Sent. 83, p. 342.

(9) Sent. 387, p. 351.

(10^ Sent. 375, p. 350.

(II) Incert., fragm. ccix, p. 280.

(12) Ibid., fragm. cclxxxviii, p. 294.

est le plus grand des maux (1). » — « L'insolence est le plus grand des maux (2). » — « L'insolence est un vice incorrigible (3). » — < L'insolence ne reste jamais impunie (i). » — « Rien de plus malheureux que la vaine gloire (5). » — « Celui qui ne voit et n'attend que ce qu'il désire a souvent contre lui la vérité et l'événement (6), » juste punition de son amour-propre. « Ce flambeau est plein d'eau ; il ne faut pas le secouer , mais le jeter tout de suite ; portez , en entrant , une torche , une lampe , une lanterne , ce que vous trouverez. Ainsi d'une seule lumière il en fait plusieurs (7) » par vanité. « Vous êtes d'un orgueil, d'une présomption démesurée; vous vous croyez quelque chose : c'est ce qui vous perdra , comme des milliers d'autres l'ont éprouvé avant vous (8), » ô homme! qui, pour l'orgueil, êtes une « vraie reine de Tricoryse (9). >

Le pire genre d'arrogance est celui qu'affectent les lâches. Tel est celui qui prononce ces paroles : « Ils suspendirent ce magnifique bouclier au portique du temple de Jupiter (10). » A quoi bon ces grands mots, mon ami ? Vous êtes un lâche , on le sait ; et « quiconque est lâche pense aussi comme un lâche (il). > — « Sa figure est celle

(1) Sent. S15, p. 354.

(2) Sent. 517, p. 343.

(3) Sent. 49, p. 341.

(4) Sent. 21, p. 340. On connaît l'histoire de ce jeune homme qui donna un coup de pied à Socrate. Socrale refusa de le lui rendre; mais l'insolent fut tellement accablé de reproches et de mépris qu'il se pendit de dvscspoir.

(5) Sent. 289, p. 348.

(6) Le Bouclier, fragra. iv, p. 92.

(7) Ut Couêins, fragm. iv, v, p. 87.

(8) L'Incendiée, fragm. m, p. 114 ^9) Incert., fragm. cccxxxvi, p. 305.

(10) Le Poltron, fragm. i, p 225.

— lOi —

d'un brave, mais sou cœur est celui d'un lâche (1). » Evitons, évitons l'arrogance. « L'arrogance est le plus grand des maux (2). » — e Ne tirez jamais vanité de l'opulence de votre maison (3). » — « Homme, tu es^ mortel; ainsi, pas d'orgueil (4). d — « Pauvre, n'affecte pas les manières du riche (5). » — « Vous préviendrez les ressentiments en ne blessant personne (6). » — « La témérité, mon ami, ne convient qu'à un fou (7). » — « Ayez de la hardiesse, mais point d'audace (8). >

Autre source de maux, la cupidité et l'avarice. Ecoutez ce que Ménandre dit de la cupidité : « La rapacité est le plus grand de tous les vices (9). » — « Un cœur insatiable est le plus grand des fléaux (10). » — « Quel vice honteux que l'avidité (11) 1 » — « Pour gagner un peu, on s'exix)se souvent à perdre beaucoup (12). » — « Quiconque, jouissant d'une grande fortune et d'un grand crédit , cherche mieux que ce qu'il a , c'est son malheur qu'il cherche (13). » — c Vous voulez vous enrichir rîipidement , craignez de devenir rapidement misérable (li). » — « Vous parlez d'or, car ce que vous

,1) Le Sicyonien, fragm. v, p. :^1.

(2) Sent. 513, p. 354.

(3) Sent. 616, p. 357.

(4) Sent. 603, p. 357.

(5) Sent. 454, p. 352.

(6) Sent. 374, p. 330. ...^ ^^

(7) Sent. 175, p. 345.

(8) Sent. 153, p. 344.

.9) Sent. 212, p. 346.

lO; Sent. 277, p. 348.

(12) Sent. 496, p. 334

(13) Incerl., fragment CLXxf, p. 272.

(14) Sent. 398, p. 351. La FoiiUine :

— -loâ —

dites, vous le dites pour obtenir quelque chose (1). » — « Quand un homme étend sa main vers l'or, restât-il muet , je vois h son geste qu'il a dessein de mal faire (2). »

— « Les profits honteux sont une source de maux (3). »

— « Les profits injustes traînent le malheur à leur suite (4). ;» — « Tout profit injuste porte malheur (5). »

— « Les profits injustes portent toujours malheur (6). »

— < Les profits qu'on retire d'une entreprise injuste , ces profits, sachez-le , sont les arrhes du malheur (7). »

— « Ne cherchez pas à vous enrichir à tout prix, et sachez rougir d'un gain illicite : il est dangereux de s'enrichir par des moyens injustes. Il est trois fois malheureux celui qui , par sa cupidité , s'est attiré une haine double de sa fortune (8). » — c La cupidité est le plus grand des maux qui affligent l'humanité ; car, en voulant dépouiller son voisin , on fait souvent une malheureuse tentative, et l'on devient soi-même la proie d'autrui (9). >

Quelles tristes gens que les avares ! Est -il rien de plus méprisable et de plus ridicule que ces hommes < qui se servent eux-mêmes (10) ; » « coupent en deux un grain de

Belle leçon pour les gens chiches !

Pendant ces derniers temps combien en a-t-on ■vus, Qui, du soir au matin, sont pauvres devenus,

Pour vouloir trop tôt être riches! (V, xui.)

(i) Incert., cclxxxiv, p. 294.

(2) La Leucadicnne, fragm. ii, p. 159.

(3) Senl. 586, p. 356.

(4) Sent. 719, p. 360.

(5) Senl. 6, p. 340.

(6) Sent. 301, p. 3*8.

(7) Incert., fragm. cxlviii, p. 268.

.8) Ibid., fragm. lxxx, a, b, p. 255.

(9) Incert., fragm. xxxi, p. 343.

(10) L'Anneau, fragm. iv, p. 99.

cumin (1); > prennent « une idée (2) » de pain et de vin pour leur nourriture , et ne portent que des guenilles , quand ils ont dans leur « armoire(3) î — « robes à bandes de pourpre et manteaux de pourpre arrondis (4) , » — c chiamyde, chapeau macédonien, lance, baudrier, habits (o) ? » — « Le tissu (6) , » — « Tétoupe, l'ivoire, le vin, le rideau, le parfum (7), » ils mettent tout soigneusement sous clef. Ce sont eux qui font dire à leur serviteur : « Quel prétexte va-t-il prendre aujourd'hui pour me refuser mon salaire? car j'attends depuis hier (8) ; » et ce sont eux qui disent : « Quand on ne vous offrirait qu'un objet de mince valeur, ne laissez pas que d'accepter ; car il vaut beaucoup mieux recevoir un petit présent que de ne rien recevoir du tout (9).» Yiennent-ils de chez leurs débiteurs, on les voit « s'en aller avec les intérêts des intérêts (10). > Certes, Ménandre a bien raison de le dire : « Les avares n'ont plus rien de l'homme libre (11). »

Sans doute la richesse n'est pas à dédaigner : « La richesse est l'arme la plus puissante (12). » — c L'or ouvre tout, même les portes des enfers (13). » — La ri-

(I) Incert., fragm. cccxliii, p. 310.

l2) Incert., fragm. cccLXixix, p. 312.

^3) Le Bouclier, fragm. viii, p. 92.

(4) La Béotienne, fragm. v, p, 95.

(3) Le Misogyne, frag. xi, p. 138. Chapeau macédonien (à larges bords).

(6) Hymnis, fragm. vii,p. 211.

(7) Jncerl , fragm. cci, p. 279.

fS) Les Pilotes, fragm. m, p. 138.

(9) Incert., fragm. xlv^ p. 248. -r 10" /6*</., fragm. cdlviii, p. 322.

(II) Sent. 36, p. 341.

12j Senl. 619, p. 357.

J3] Sent. 538, p. 355. Horace :

.\uruin per medios ire sîttellUes

Kt pemimpere amat saxa, Rolentiùs

Iclu fuliuinco. (Od. III, x\i, 9-1 1.)

chesse sert de couverture à une foule de vices (1). » — « Soyez d'une basse extraction , soyez pervers, ayez tous les vices que peut avoir un homme, si vous êtes riche, on ne s'apercevra de rien; mais si vous êtes pauvre, on vous montrera au doigt (2). » — « S'il faut en croire Épicharme , les dieux sont les vents , l'eau , la terre, le soleil, le feu, les astres. Pour moi, je me figurais des dieux réellement utiles, comme l'argent et l'or ; car si vous parvenez à établir ces dieux-là dans votre maison, vous n'avez qu'à vouloir, et vous posséderez toutes choses, des terres, des maisons, des esclaves, des richesses de toute espèce, des amis, des juges, des témoins. Donnez seulement, et vous aurez les dieux eux-mêmes pour serviteurs (3). » Ménandre ajoute : « La valeur de chacun est dans ce qu'il possède (4) , j) et « quiconque est riche a la terre entière pour patrie (5) ; » et il termine en disant que « la richesse peut même nous porter à la bienfaisance (6) ; > d'où il suit que tous les riches ne sont pas également durs et insensibles , mais qu'il en est parmi eux qui ont le droit de dire : « Je ne suis pas , grâce aux dieux , de bois intérieurement (7) , » la fortune , loin de les corrompre , les ayant rendus meilleurs.

(1) La Béotienne, fragm. m, p. 94.

(2) L'Enfant supposé, fragm. v, p. 215.

(3) Incert., fragm. x, p. 233.

(4) Sent. 658, p. 359.

Boilcau :

Quiconque est riche est tout ; sans sagesse, il est sage ;

Il a, sans rien savoir, la science on partage ;

Il a l'esprit, le cœur, le mérite, le rang, etc. (Sat. viii.)

(5; Senl. 716, p. 360.

(6) Sent. 120, p. 343, cl Us Pfcheurs, fragm. vu, p. 76.

(7) La Périnthienne, frngtn. vu, p. 188; proverbe à l'occasion de ceux qui paraissent être quelque chose et qui au fond ne sont rien.

— iOo —

Néanmoins, quelle que soit la puissance de la richesse, elle n'est pas un élément indispensable, infaillible de félicité. D'abord, « persoime n'est assez hem-eux à son gré (1) , » c'est-à-dire , « personne ne se croit assez riche. * Ensuite , fût-on aussi riche qu'on peut l'être , qu'arrive-t-il souvent? qu'on s'écrie comme un des personnages de Ménandre : « J'ai une grande fortune, et tout le monde m'appelle riche , mais personne ne m'appelle heureux (2) , » — « car celui qui ne sait pas jouir raisonnablement du bien qui lui arrive, n'est pas un homme heureux, mais un insensé (3). > Voici d'autres paroles très-sages : < 0 trois fois malheureux tous ceux qui ont d'eux-mêmes une haute opinion, car ils ne comprennent pas la nature humaine. Tel passe dans la place publique pour un homme heureux, qui devient, dès qu'il rentre chez lui, le plus malheureux des hommes : sa femme est maîtresse au logis, elle commande et tempête toujours ; il a mille sujets d'ennui , je n'eu ai pas un seul (4). » Souvent l'homme qui « fréquente les cours et les satrapes (5), î qui porte « une robe bariolée (6) , » ou « une armure complète (7) , » est moins heureux que celui qu'on voit « être dans une condition modeste (8) , » ou même que celui qui a « des pièces à son habit (9). » — « Il vaut donc mieux, à pai'ler sensément , posséder peu sans souci que beaucoup avec tous

(1) Senl. 306, p. 348.

(2) Incert., fragm. cxl, p. 266.

iS) Ibid., fragm. Lxxvn, p. 255.

(4) Les Pilotes, fragm. ii, p. 157.

v51 Ineeri., fragm. cccxlvui, p. 307.

(6^ Ibid., fragm. ccclx, p. 309.

(7) Ibid., fragm. ccclxxxiii, p. 312.

8" Ibid., fragm. cdxlviii, p. 320.

9 Ibid., fragm. ccci.xxxii, p. :îl2.

les incoiivénienls de la fortune; et je préfère, en général , une pauvreté exempte de chagrins à une richesse inquiète (1). » D'ailleurs, comme « la terre qui nourrit mal ses habitants , fait des hommes robustes (2) , > de même, la pauvreté purifie le cœur et trempe le caractère.

En doute-t-on? qu'on écoute Ménandre : « Une richesse immense, dit-il, s'il s'y joint une grande liberté, peut rendre fou le plus sage (3). » Et dans son Prêtre de Cijbèle : « 11 faut tout apprendre, et surtout à bien user des richesses , car elles sont pour un grand nombre une cause de déshonneur (4). » De même, dans sa Canépliore : « Une fortune acquise rapidement et sans travail , en donnant le bonheur, a coutume d'engendrer l'orgueil (5). » Dans une autre pièce, il dit : « Plutus est aveugle, et il rend aveugle ceux qui le regardent (6). » Et ailleurs : « Trop de richesse rend superbe. La fortune change le* caractère de celui qui la possède; il n'est plus l'homme d'auparavant (7). » Et ailleurs encore : « La richesse, trop de richesse, voilà la principale source des maux dont les hommes sont affligés (8). >

Enfin, la richesse ne donne pas l'immortalité : « Ne vous enrichissez pas, puisque vous devez mourir (9). »

(1) Jbid.f fragm. lxi, p. 251. La Fontaine : Le Savetier et le Financier, \iii, ii.

(2) Les Cousins, fragm. m, p. 87.

(3) Incert., fragm. cxix, p. 263.

(4) Le Prêtre de Cybèle, fragm. i, p. 163.

(5) La Cancphore, fragm. i, p. 143.

(6) L'Uomme qui s'afflige lui-même, fragm. i, p. 93. Voir le Plutus d'Aristophane, et surtout la discussion entre Chrcmyle, avocat de IMulus, et la Pauvreté.

(7) Incert., fragm, lx, p. 251.

(8) Ibid., fragm. clxxxiv, p. 275.

(9) Sent. 612, p. 357.

— « Il vous semble, 6 jeune homme ! que l'argent, parce qu'il peut vous procurer chaque jour les choses nécessaires à la vie , le pain , la farine , le vinaigre , l'huile , peut vous procurer aussi ce qui est d'un grand prix. Mais il n'est pas de moyen de vous rendre immortel, quand bien même vous auriez tous les trésors de Tantale. Or, vous mourrez et vous laisserez ces trésors à d'autres. Que dis-je ? quelque riche que vous soyez , gardez-vous de vous fier à cette opulence trompeuse, et de nous mépriser, nous autres pauvres gens que nous sommes ; mais montrez -vous plutôt à tous les yeux digne du bonheur qui vous favorise (1). » Le personnage qui parle aurait pu ajouter : « Quand vous posséderiez dix mille coudées de terre, et au delà; mort, vous n'en occuperez jamais que trois ou quatre (2). » Ainsi , « les pompes de la vie font sourire le sage (3). »

— « Si donc vous êtes pauvres , ne soyez point jaloux des riches (4). » Faites comme nous, qui « sans ambition vivons au gré de la fortune (5). » — « C'est l'esprit qu'il faut avoir riche ; l'or ne sert qu'à éblouir les yeux et qu'à couvrir la vie (6). i»

Concluons de là qu'il faut fuir la cupidité et l'avarice , et disons comme Ménandre : « Mon ami , ne cherchez

(1) Les Pilotes, fragment i, p. 156.

Horace :

.-Equa tellus

Pauperi recluditur,

Regumque pueris : nec satelles Orci

Callidum Promelhea

Revexit, auro captus (Où. II, xviii, 32-36.)

^2) încerl., fragment clxxvi, p. 273.

(3) Sent. 569, p. 356.

(4) Sent. 43, p. 341.

point à vous enrichir à tout prix (1) ; » — « ne cherchez point à vous enrichir par l'injustice (2). » — « Exercez tous les métiers , hors un métier honteux (3) ; » car « un profit n'est profit qu'autant qu'il est juste (4) ; » — « une honnête pauvreté est préférable à une richesse mal acquise (5) , » et « mieux vaut avoir peu de biens légitimement acquis que d'en posséder beaucoup , mais dont on n'oserait pas avouer la source (6). » En résumé, « ne regardez pas toujours à l'argent (7). »

Ménandre défend l'avarice, mais il défend aussi la prodigalité. « J'ai en réserve pour toi, mon fils, un talent d'or (8). » Et quelqu'un reprend : « Heureux celui qui aurait mangé les dix talents (9) ! » Heureux , ditesvous? non, certes ; car c'est ainsi que « la faim pénètre chez les hommes du monde (10) ; » et puis, « ceux qui dissipent follement leur patrimoine échangent bien vite leur bonne réputation contre une mauvaise (1 1). » Frayezvous donc une voie entre les deux excès , et , pour cela, « jouissez de votre bien comme si vous deviez bientôt mourir, tout en le ménageant comme si vous deviez vivre toujours (12). »

(1) Sent. 59, p. 341.

(2) Sent. 288, p. 348.

^3) Sent. 63, p. 342.

(4) Sent. 503, p. 354.

(5) Sent. 300, p. 348.

(6) Iticert., fragment cxx, p. 263.

(7) Sent. 364, p. 350.

(8) Le Dépôt, fragment v, p. 183.

(9) Jbid., fragment vi, même page. On conclut du second rragmcnl , comparé au premier, que la valeur de l'or était dix fois plus considérable que celle de l'argent.

(10) Incert., fragment ccxc, p. 294.

(11) Ibid., fr.igmcnt lxxix p. 255.

,12) Èpigramme il (d'Ausonc) et Imilalion de Lucien, p. 334.

Voici riniprudence , une des formes les plus dangereuses de la sottise humaine : elle demande h être examinée à son tour. « L'imprudence me paraît quelque chose d'aveugle (1). )^ Ainsi : « Commander sans avoir été soldat , c'est conduire une hécatombe aux ennemis (2), » et d'autant plus sûrement que « il est impossible d'éviter le châtiment réservé à l'imprudence (3); » mais « rien de plus audacieux, selon moi, que l'imprudence (4). » La précipitation est un défaut du même genre : « La précipitation est souvent une source de maux (5) ; » et quiconque pèche par l'une ou par l'autre ne peut manquer de se dire à la fin de la journée : « J'ai eu aujourd'hui une belle moisson de chagrins (6). j>

Au contraire, <t la prudence est toujours le plus grand des biens (7). » — « Il n'y a pas de bien plus précieux que la sagesse (8). » — « La sagesse est un bien plus précieux que la richesse (9), » — « Un grand frein pour l'âme, c'est le bon sens (10). » — « Rien de plus sûr que

Èpigramme d'Ausone :

Re fruere ut natus mortalis, dilige sed rem Tanqoam immortalis : sors est in ntroqtte verenda.

Imitation de Lucien :

Oç T{9»Yi|o/i£voç tSv eôiv ot.ya.Buv aTroiaue, é»; et ^i&xrocftsvo; ftlêeo twv àyaOov.

(1) Incert., fragm. ccilviii, p. 289.

(2) Ibid., fragm. xciv, p. 2o8.

(3) Lm Canéphore, fragm. ii, p. 143.

(4) Incert., fragm. cxciv, p. 277.

(5) Sent. 106, p. 360.

(6) Incert., fragm. ccxxxi, p. 285.

(7) Sent. 12, p. 340.

(8) Sent. 416, p. 351.

(9) 5en(. 482, p. 353.

(10) Sent. 549, p. 355.

— no —

le bon sens (1). » — « C'est dans l'âme du sage qu'on a trouvé la raison pour la première fois (2). »

« La fortune est le domaine de tous , la prudence est un bien particulier (3), » et c'est en vain qu'on a dit : « La fortune est tout dans la vie humaine, la prudence n'est rien (4), » ou « l'habileté n'est rien sans la fortune; la fortune est tout sans l'habileté (5). » La prudence, le bon sens, la sagesse, l'habileté sont des qualités réelles, et, grâce à leur secours, nous pouvons beaucoup pour notre bonheur.

c II est beau de savoir ce qu'on doit faire ou ne pas faire en toute circonstance (6). » — « Ne vous pressez pas quand il faut être lent, et ne soyez pas lent quand il faut être pressé (7). » — « Ne rien faire au hasard est partout une excellente chose (8). » — « Ne laissez pas le connu pour courir après l'inconnu (9). » — « Beaucoup entreprendre, c'est risquer de se tromper beaucoup (10). » — « Personne ne sait ce que vous pensez; tout le monde voit ce que vous faites (11). » — « Le plus sûr est toujours le meilleur (12). »

Nous connaissons tous les avantages du silence ; néanmoins il ne faut pas en abuser ; car « on méprise volon-

(1) Sent. 68, p. 342.

(2) Sent. 4«7, p. 353.

(3) Sent. 679, p. 359.

(4) Sent. 725, p. 361.

(5) Sent. 495, p. 352.

(6) Sent. 273, p. 347.

(7) Sent. 344, p. 349.

(8) Sent. 728, p. 361.

(9) Sent. 18, p. 340.

(10) Sent. 724, p. 361.

(11) Sent. 424. p. 352

(12) Sent. 650, p. 359

tiers un homme taciturne (1). » — « Il vaut mieux avoir du bon sens que de se taire (2). » — < Quand on ne sait pas quelque chose, il est bon de le demander à ceux qui le savent (3). » — « Il faut interroger pour apprendre. Sans quoi l'on en vient à ignorer même que « autre chose est une lanterne, autre chose une fiole (4). » On n'a pas ce reproche à faire aux Grecs. < Les Grecs ne sont pas des ignorants, et tout ce qu'ils font est bien raisonné (5). »

c On peut juger les hommes au repentir (6). > En effet, c les choses de la vie nous instruisent assez d'ellesmêmes (7). » Pour moi, « j'ai regardé les maux d'autrui, et cette vue m'a rendu sage (8). »

Cependant « la raison n'est pas toujours de saison; il faut quelquefois la perdre avec les fous (9). » D'un autre côté, chacun doit en avoir, ou, du moins, en montrer en proportion de son âge. Ainsi l'on demandera : « Que vient faire un vieillard parmi les jeunes

- (1) Sent. 167, p. 344.

(2) Sent. 370, p. 3o0.

(3) Incert., fragmen*. cdlxxiii, p. 326.

(4) Le Nomothète, fragment unique, p. 176.

(5) Incert., fragment cclxvii, p. 291.

(6; Sent. 667, p. 3o9.

(7) Sent. 647, p. 359.

(8) Sent.66\, p. 359.

(9) Sent. 691, p. 360; et Les Fendus, fragment ii, p. 196.

Horace :

Misce stultitiam consiliis brevem ;

Dulce est desipere in loco. (Gd- IV, xii, 27, 28.)

Sénèque faisant allusion à Ménandre [de Tranquill., an. xv] :

Nam si grxco poetx credimus, aliquandd et insanire jacundam est.

El Molière, École des Maris, act. I, se. i :

Qu'il ^aut mieux souffrir d'être au nombre des fous,

Que du sage parti se voir seul contre tous.

gens (1)? » parce que ce n'est pas sa place; et l'on dira, non à tort, tant s'en faut, que « une sagesse précoce est chose haïssable (2). »

Oui, la sagesse n'est bonne qu'à certaines conditions, et de plus la mesure en est bornée ; car « on a beau être sage, on ne peut tout prévoir (3). » Mais cela n'ote rien à sa valeur : « Tout ce qui se fait d'utile se fait avec le bon sens (4). » — « Tout devient esclave du bon sens (5). > — « 0 Jupiter ! ce qui est préférable à tout, c'est d'avoir du bon sens (6). > — « Si vous savez être prudent, vous serez heureux de tout point (7). »

Il faut donc être prudent : « Avant d'agir, réfléchissez toujours (8). » — « Demandez-vous toujours où vous courez (9). » — «Soyez circonspect, regardez loin de vous et autour de vous (10). » — « Mortel que vous êtes, sachez regarder derrière vous (11). » — « Si vous êtes sage, vous épierez les occasions favorables (12). » — « Ayez l'œil partout pour suivre le mouvement des circonstances (13). » — « Risquez un peu pour obtenir beaucoup (14). » En un mot, sachez « être vigilant (13). » Voici

(1) Sent. 693, p. 360.

(2) Sent. 690, p. 360.

(3) Sent. 486, p. 353.

(4) Sent. 579, p. 356.

(5) Incert., fragment cclxxvi, p. 292.

(6) Sent. 637, p. 358.

(7) Sent. 649, p. 359.

(8) Sent. 70, p. 342.

(9) Sent. 82, p. 342.

(10) 5cn(. 191, p. 345.

(12) Sent. 307, p. 348.

(13) Sent. 609, p. 357.

(14) Sent. 124, p. 343.

(15) Ineert., fragment ccctn, p. SO!).

des conseils à l'usage de ceux qui ont de la fortune : « 11 y a des hommes qui vivent avec faste, pour lesquels il est plus difficile de conserver que d acquérir (1). » — « Lorsque, par un heureux changement d'état, de pauvre vous serez devenu riche, souvenez-vous, au sein du bonheur, de votre ancienne condition (2). » Ménandre le répète : « Dans la prospérité , souvenez-vous de la disgrâce. Il convient de conformer vos sentiments à la fortune (3). » Lorsque vous aurez échoué dans une entreprise un peu hardie , il sera bon de montrer moins de hardiesse, et de pratiquer « la seconde manière de naviguer (4). » — « Ce qu'on appelle la seconde manière de naviguer, dit Ménandre, c'est d'aller à la rame, lorsque la voile nous a mal réussi d'abord (5). » — «Heureux, s'écrie-t-il ensuite, celui qui est à la fois opulent et sage (6) ! » — « Heureux celui qui est à la fois riche et sensé; car lui seul sait faire un bon usage de l'opulence (7). » — « Heureux celui qui garde son bon sens dans la prospérité (8) ! »

Autre recommandation essentielle : < Faites vos affaires; ne vous mêlez pas de celles des autres (9). » — « Ne vous mêlez pas inconsidérément des embarras d'autrui (10). » — « Lors même que vous êtes bien informé d'une chose, ne forcez pas à vous la confier celui qui

1) Incert., fragment clxxii, p. 2Î2.

•2) Ibid., fragment clixxui, p. 275.

[3] Ibid., fragment clxix, p. 270.

4) L'Inspirée, fragm. v, p. 126; et La Bandelette, fragm. m, p. 148, proverbe.

5) Thrasyléon, fragm. n, p. 139.

(6) Sent. 340, p. 349.

(7) La Boulangère, fragm. ii, p. 103.

8) Sent. ^ffl. p. 346.

9) Sent. 448, p. 332.

(10) Sent. 58:i, p. 356, et Sent. 703, p. 360.

VOUS la cache ; car c'est un procédé malhonnête de pénétrer ce qu'on veut tenir secret (1). »

« La nuit porte conseil aux sages (2). » — « Le silence est pour les sages une réponse (3). r> — « Car le silence est une manière de désapprouver (4) ; » et même « le silence qui accuse accuse doublement (5). » — « Le sage supporte même les mépris (6). > — « 0 vous , qui voulez être sage, ne prenez pas vos amis parmi les fous, ou vous passeriez pour doublement fou. (7). >

« 11 y a deux biens dans la vie : la santé et le bon sens (8). » Le bon sens se joint bien aussi à l'instruction. « Il faut étudier les lettres et unir le bon sens avec l'instruction (9). » — « Quoi de plus vain que le savoir, quand on n'y joint pas le bon sens (10)? » — « Il me semble que c'est une niaiserie , ô Philumène ! de savoir ce qu'il faut savoir, et de ne pas éviter ce qu'il faut éviter (11). »

Conduite à tenir à l'égard des ennemis : < Ne croyez jamais à un langage ami de la part d'un ennemi (12). » — « N'attendez jamais un langage ami de la part d'un

(1) Incerl., fragment xuv, p. 248.

(2) Sent. 150, p. 344.

(3) Sent. 222, p. 346.

(4) Sent. 223, p. 346.

(5) Sent. 659, p. 359.

(6) Sent. 458, p. 353.

(7) Incerl., fragment CLXVii, p. 271.

(8) Sent. 519, p. 354.

Horace :

Frui paratis et valido mihi,

Latoc, dones, et (precor) intégra

Cura mente (Od I, xxxi, 17-If».)

(9) Sent. 96, p. 343.

(10) Sent. 557, p. 355.

(11) Incerl., fragment i.xxvi, p. 255.

(12) Sent. 325, p. 3W

ennemi (1) ; » car < il ne peut rien venir de bon de la part d'un ennemi (2) , » à moins que ce ne soient les rudes leçons qu'il nous donne ; alors seulement on peut dire, comme le personnage de Me'nandre : < ?^'otre salut ne viendrait -il pas d'où est venue notre perte (3)? » Mais « défiez-vous de vos ennemis , c'est le moyen de n'être pas inquiété (4) ; » et , « si vous vous vengez de vos ennemis , que ce ne soit pas à votre préjudice (o). >

« Ne faites point ce qui veut être caché , ou faites-le sans témoin (6) . » Ce qui vaut mieux encore , c'est de ne rien faire de mal. < On ne connaît pas la grandeur de sa faute au moment où l'on pèche; on ne la connaît que plus tard (7) ; » et surtout « il est triste de commettre une faute si grave qu'on n'ose seulement pas dire ce qu'on a fait (8). » Si vous êtes innocent , ne vous fiez pas trop à votre innocence, et gardez-vous de paraître coupable ; car « paraître coupable est plus dangereux que de l'être en effet. (9). »

tt Quiconque a la tête légère se laisse prendre au moindre bruit des applaudissements (10). » Souvenez-vous de ces paroles, et faites tout « avec bon sens (11). >

« Quand vous voulez prendre un parti, rentrez en vous-même et réfléchissez; car ce n'est pas en criant qu'on distingue ce qu'il importe de faire ; on ne le voit

(1) Sent. 683, p. 359.

2) Sent. 166, p. 344.

3; Incert., fragm. ccxai, p. 293.

(4) Sent. 164, p. 344.

(5; Sent. 152, p. 344.

(6) Sent. 225, p. 346.

(7) Les Soldats, fragm. ii, p. 202.

(8) Incert., fragment lxxv, p. 254,

9 Ibid., fragm. ccl, p. 289.

10 Sent. 195, p. 277.

11} Sent. 426, p. 317.

qu'à la suite d'un silencieux examen (1). » — « Voyez, réfléchissez, tenez- vous un peu à l'écart (2). » Après cela, vous pouvez dire : « Tu me donnes là des conseils dignes de toi ; mais ce qui m'engage à faire mon devoir, c'est ma raison , sache-le bien , et non pas la tienne (3) . >

Il ne faut pas pousser la prudence à l'excès. Il y a un personnage dans Ménandre qui dit : « Il faut être riche de manière à ce que peu de monde le sache et le voie (4) . » La maxime est bonne; mais l'homme qui la prononce est ridicule , parce qu'il est pauvre , et que , dans sa folle prudence , il s'enfuit de sa patrie pour soustraire sa richesse imaginaire aux regards indiscrets de ses concitoyens. Ménandre aurait pu appliquer justement à ce personnage certaines épithètes , telles que : « Épais comme un bœuf (5) , » — « étourdi (6) , » — « imbécile (7) , » ou « grand niais (8). »

A la prudence se rattache l'action de demander et de donner des conseils : « Écoutez tout le monde, et décidez d'après vos intérêts (9). » — « Un mauvais conseil n'est pas donnédans une bonne intention (10). » — « Conseillez le bien, jamais le mal (1 1) ; » car « conseiller qucl-

(t) Les Soldats, fragra. i, p. 202.

(2) L'Héritière orpheline, fragm. vu, p. 118.

(3) Incert., fragm. xlviu, p. 249.

(4) Ibid., fragm. ccxix, p. 283.

(5) Ibid., fragm. cdxxxvii, p. 318.

(6) Ibid., fragm. cdlii, p. 321.

(7) Hymnis, fragm. vu, p. 210.

(8) Ibid., fragm. vin, p. 211.

(9) Sent. 566, p. 355.

Boilcau :

Écoutez tout le monde assidu consulta nt.

(Art Poét., chant iv.)

(10) Sent. 568, p. 355.

(11) Sent. 715, p. 360.

qu'un, c'est vraiment remplir un ministère sacré (1). > A la prudence se rattachent encore le respect qu'on doit aux lois , les égards à témoigner aux puissants , les devoirs des hôtes.

l** Les lois.

« Mon maître , tout se conduit dans le monde d'une de ces trois manières : ou par les lois , ou par la nécessité, ou enfin par la coutume (2). » Ménandre exagère ensuite le rôle de la loi. « Tout se fait, dit-il, tout se décide par les lois (3). » Puis, il enseigne la différence qu'il y a entre l'homme libre et l'esclave : « Tout homme libre est esclave d'une loi ; l'esclave en a deux : la loi et son maître (4). » Puisque tout homme libre est esclave d'une loi, « le sage doit être fidèle observateur des lois (5). > — « Tout homme sage doit suivre les lois (6) , » et nonseulement chez soi , mais dans tous les pays du monde : « Partout où l'on se trouve , il est bon de se conformer aux lois du pays (7). > — « Partout où vous allez, soumettez-vous aux lois du pays (8). » — « Redoutez la loi , vous ne serez pas épouvanté par la loi (9). » — « N'apprenez pas à vos dépens à connaître ce que c'est que la loi ; mais préservez-vous de ses effets par une crainte salutaire (10). > — « La loi, si on l'observe, n'est autre chose que la loi ; si on ne l'observe pas , elle est la loi et le bourreau (11). »

(1) Sent. 256, p. 347; proverbe : i-iv tw!:.; ..

(2) L'Incendiée, fragm. ii, p. 114.

(3) Sent. 368, p. 350.

(4) Incert., fragm. cl, p. 268.

(6) Sent. 580, p. 356.

(7) Sent. 372, p. 350.

(8) Sent. 394, p. 351.

(9) Incert., fragm. ccLXiv, p. 288.

( 10) Ibid., fragm. cm, p. 268. — (11) Ibid., faigm clj^ p 26H.

2° Les puissants.

« Nous aimons tous à être honorés (1), » et « les grands (2), > plus que les autres. « Si vous êtes sage, vous ferez votre cour aux puissants (3). » — « Apprenez à souffrir la supériorité des grands (4). > Mais, s'il faut du respect, il ne faut point de bassesse : « J'ai honte de donner à un ami riche ; car, ou il me prendrait pour un fou, ou il ne verrait dans mon présent qu'une demande déguisée (5) ; » et par conséquent , < je n'aime pas le pauvre qui fait des présents à un riche : de tels présents n'ont qu'un but , de rappeler aux gens qu'on a sa fortune à faire (6). »

30 Les hôtes.

« Il est dur , et pour bien des raisons, d'habiter chez les autres (7) ; » mais enfin , si l'on y habite , voici la conduite à tenir : « A l'étranger, ne vous mêlez de rien , et vous serez heureux (8). » — « La réserve est le premier devoir de quiconque reçoit l'hospitalité (9). » — « Quand on est chez les autres, il vaut mieux se taire que de crier (10). » — « Étranger, témoignez du respect à ceux qui vous accueillent (11). »

Comment deviendra-t-on prudent et sage? En consultant et en fréquentant les hommes sages : « Prenez con-

(1) Sent. 513, p. 35i.

(2) Incert., fragrn. cdxlvi, p. 320.

(3 Sent. 244, p. 347. C'est bien là le Mcnandre que Phèdre nous représente allant faire sa cour à Dcinélrius de Phalcre. (4 5enl. 727, p. 361.

(5) Incert., Tragm. cxui, p. 267.

(6) Sent. 360, p. 350, et Incert., fragm. cxi.iv, p. 267.

(7) Sent. 395, p. 3ol.

(8) Sent. 399, p. 351.

(9) Sent. 392, p. 351 .

(10) Sent. 401, p. 351.

(11) Sent. 402. p. 351,

seil des hommes sages (1). » — « Le sage ne donne que de sages conseils (2). > — « En fréquentant les sages, vous deviendrez sage vous-même (3). >

Abordons la paresse et l'ignorance : « L'oisiveté est une som-ce de maux (4). > — « Certains n'agissent pas pour agir mal ensuite (3). » Ne sachant pas gagner leur vie pai' un travail honnête, et ne voulant pas momir de faim, ils se nourrissent aux dépens des autres : tels sont les coupeurs de bourses et les enfonceurs de murailles. « L'indolence fait tout dégénérer (6). » — « L'homme illettré ne voit pas ce qu'il voit (7). » — «Dieu n'assiste pas les paresseux (8). > Sans doute, a l'inaction est une cessation de peines (9). » Mais donne-t-elle à manger? Ménandre dit avec raison : « La paresse ne nourrit pas les pauvres indolents (10). » — « Il faut que les pau\Tes travaillent tout le temps de leur vie; car, lorsqu'on est sans ressources par soi-même, ce n'est pas la paresse qui vous fait subsister (11). » — «Les riches ont aussi besoin d'être avertis , parce que < en temps de prospérité l'activité languit et s'endort (12). » Qu^ils le sachent donc : « Le riche indolent deviendra pauvre (13); > et, en général, «on ne peut mener une

(2) Sent. 483, p. 353.

(3) Sent. 473, p. 353.

(4) Sent. 602, p. 357.

(5) Sent. 70i, p. 360.

(6) Sent. 628, p. 358.

(7) Sent. 438, p. 352.

(8) Sent. 242, p. 347.

(9) Sent. 644, p. 358.

(10) Sent. 460, p. 353.

(11) Incert., fragm. xcui, p. 258.

(12) Sent. 711, p. 360.

13) Sent. 472, p. 353.

vie agréable quand on est paresseux et méchant (1). p — « Il est impossible avec la négligence de jouir d'une vie honorable (2). »

Appliquons-nous donc au travail. « On vient à bout de tout avec de l'activité (3). » — « On vient à bout de tout avec un travail persévérant (4). » — « Les hommes les plus sages Taffirment : tout ce qu'on cherche, on ne l'obtient qu'à force de zèle (5). » J'avoue que « rien n'est fastidieux comme d'avoir trop d'occupations (6) , » et « qui dit mille occupations dit mille peines (7). » Néanmoins, il faut se pénétrer de cette vérité que « le bien ne s'obtient qu'au prix de mille peines (8) , » et que « on doit prendre de la peine, quand on veut être heureux (9). »

« On se repose la nuit, on travaille le jour (10). » — « Le sommeil est le salut des mortels (1 1). » — « Le sommeil est la guérison de toutes les maladies (12). > — « Le sommeil est la réparation de tous les maux (13). » Mais « c'est un terrible malheur qu'une vie qu'on passe à

(1) Sent. 201. p. 345

(2) Sent. 646, p. 358.

(3) Sent. 494, p. 354, et Sent. 632, p. 358.

(4) Incer t., (ragm. cxci, p. 276.

Virgile :

labor omiiia vincit

Improbus. (Georg. i, 143.)

(5' L'Eunuque, (ragm. iv,p. 124.

(61 Sent. 722, p. 361 .

(7 1 Sent. T28, p. 361 .

(8 Sent. 176, p. 343.

(9 Sent. 338, p. 349.

(10! Sent. 385, p. 351.

(11) Sent. 520, p. 354.

(12) Sent. 522, p. 354.

(13) Sent. 596, p. 357

dormir (1). » Au contraire, « celui qui ne recule devant aucun labeur ne doit jamais désespérer de rien ; car il n'est rien qu'on ne s'assujettisse avec du travail et de l'activité (2). » — « L'expérience l'emportera toujours sur l'ignorance (3). d — « Dieu ne vous met pas seulement sur la voie de la richesse ; dans sa bonté, il vous la met en main, et vous offre l'occasion et le moyen de faire fortune. Si vous n'en profitez pas, n'accusez pas la divinité, mais ne vous en prenez désormais qu'à votre propre indolence (4). »

« Celui qui, pour vivre à son aise, ne profite pas du bien que les dieux lui envoient est un insensé qui veut être malheureux. Mais si les dieux ne lui accordent rien, ce n'est plus sa faute s'il est malheureux, c'est la leur (5). > La première partie de cette maxime seule est à prendre; heureux ceux qui sauront en faire leur profit ! Le reste n'est qu'un jeu d'esprit ou une boutade du personnage.

Il n'y a qu'un esclave qui puisse dire : « Mais peutêtre il ne faut pas nous occuper de notre nourriture (6). » Pour vous, homme libre, si vous n'êtes pas riche, et si le métier de parasite vous répugne : « Soyez ami du travail en action comme en paroles (7). » — « Soyez laborieux, et vous vivrez honorablement (8). » — « Travaillez étant jeune , vous aurez une florissante vieillesse (9). » — « Le travail enrichit les mortels (10). » —

(i: Sent. 523, p. 354.

(2- Le Bourru, fragm. v, a, b, p. 109.

(3' Sent. 169, p. 345.

(4: Le Cocher, fragm. i, p. 126.

(5) La Fille battue, fragm. i, p. 197.

(6) Le Misogyne, fragm. x, p. 167.

(7) Sent. 177, p. 345.

(9) Sent. 388, p 351 — ;10 Ibid,, U% p. 344.

« Les alïhires, voilà ce qui nous fait subsister (1). » Et puis , songez-y, « l'homme en santé , qui reste oisif, est pire qu'un homme malade de la fièvre, parce qu'il consomme deux fois plus de vivres en pure perte (2). » D'un autre côté, comme on l'a déjà dit : « Dieu n'assiste pas les paresseux (3). t> N'espérez donc pas qu'un dieu, que c un des deux dioscures (4), » si vous voulez, descende jamais du ciel exprès « Ànè iirixa^yi? ©«<>?, (S) » pour vous tirer d'embarras ; car, dans le cas que je suppose, votre naufrage serait volontaire.

Ce n'est pas assez d'acquérir, il faut savoir conserver : laborieux d'abord, économes ensuite, tels nous devons être. En effet, « les arts ne vieillissent pas avec honneur, si leur pratique ne s'allie point avec l'économie (6). » — « Si vous ne prenez soin des petites choses , vous perdrez les grandes (7). » — «Quoique jeune, souvenezvous que vous serez vieux un jour (8). » — « Il est toujours sage de mettre de côté pour sa vieillesse (9). » — » Quand nous nous embarquons , ne fût-ce que pour quatre jours, nous faisons nos provisions pour cet espace de temps ; et quand il faut amasser des ressources pom* la vieillesse, nous ne cherchons pas dans l'économie les moyens d'achever le voyage (10). >

(1) Sent. 235, p. 346.

(2 Le dilfércnd remis au jugement d' arbitres, fragm. ii, p. 119. Ausone a traduit ces deux vers :

Sanus piger fcbriente multô est ncquior,

Potat (lupluin dapesque diiplices dévorât. (ëngk. cxvii.)

(3) Sent. 242, p. 347.

(4) Incert., fragm. ce, p. 278.

(5) L'Inspirée, fragm. vi, p. 136, et La Bandelette, fragm. ▼ni, p. 148.

(6) Hymnis, fragm. ii, p. 209.

IT Sent. 172, p. 345. — (8) Ibid., 354, p. 330. -- (9^ Ibid , 154, (10^ Incert., fragm. xxvui, p. 242.

Il est utile de travailler. Mais à quoi consacreronsnous nos travaux? A 1 étude, si nos loisirs nous le permettent. A l'entrée de l'étude se présentent deux sophismes. Voici le premier : c C'est votre argent, ce n'est pas le maître qui vous instruit (1). » Yoici le second : « L'homme est inhabile à découvrir la vérité (2). » Méprisons-les l'un et l'autre, et croyons plutôt ces paroles de Ménandre : « Soyez ai'dent à dire et à apprendre ce qui est honnête (3). » — «Apprenez tout avec mesure, faites tout avec justice (4). » — « Il vaut beaucoup mieux ne savoir qu'une seule chose très-bien que d'en savoir confusément un grand nombre (5). » — « Il n'y a que celui qui ne sait rien qui ne se trompe pas (6). » — « C'est déjà beaucoup que d'avoir appris à apprendre (7). » — « Ne faites point mystère de votre science, mais faites-en part à vos amis (8). >

L'instruction est honorable. < Le mieux est de posséder toutes les belles connaissances (9). » — « Quand on ne sait pas, il n'y a pas de déshonneur à apprendre (10). > — < Il est sage aussi d'apprendre ce qu'on ne sait pas (11). > — « Les paysans eux-mêmes savent apprécier l'instruction (12). » — « Le savoir honore les hommes (13). »

;!) Sent. 337, p. 349.

,2; Sent. 511, p. 3oi.

(3) Sent. 563, p. 356.

\4; Seul. 615, p. 357.

(5) Incert., fragm. cdlimt, p. 326.

[7] Sent. 359, p. 350.

(8: Sent. 613, p. 357.

(9 5en(. 33, p. 341.

(10) Sent. 405, p. 351.

{iP Sent.tëi, p. 353.

'12' Sent. 308, p. 348.

(13) Sent.T2i, p. 361.

Elle est utile. « L'instruction est la meilleure de toutes les fortunes (1). » — « L'instruction est un bien que rien ne saurait enlever (2). » — < Les circonstances peuvent dépouiller un homme de son patrimoine, tout en respectant sa personne ; il n'est qu'une ressource qui ne manque jamais, c'est le talent (3). j» — « Le talent est un port dans l'infortune (4). » — € L'instruction est un port ouvert à tous les mortels (5). j> — « Le sage porte toutes ses ressources en lui-même (6). » — « L'instruction est comme le bâton de la vie (7). » Ensuite, « il n'est pas de caractère que l'instruction n'adoucisse (8). » — « Les hommes instruits voient deux fois mieux que les autres (9). » — « L'homme instruit a par cela même plus d'esprit que les autres (10). » — « Oui, l'intelHgence , quand on la tourne au bien, donne toujours les plus heureux fruits (11); » et, pour tout dire, « notre dieu, c'est notre intelligence (12). »

On demandera peut-être quel est l'âge où il faut ap-

(1) SeiU. 275, p. 347.

(2) Sent. 2, p. 340.

(3) L'Àrcphore; fragm. iv, p. 89.

(5) Sent. 312, p. 349.

(6) Sent. 404, p. 351. Bias, un des sept sages de la Grèce, à la prise de Priène, sa patrie, voyant ses concitoyens emporter le plus de choses qu'ils pouvaient, restait seul les mains vides. On lui demanda pourquoi il n'emportait rien? « Au contraire, dit-il, je porte tout avec moi. » Plus tard, Dcmélrius Poliorcète, ayant pris Mégare, demanda au philosoplie Stilpon s'il n'avait rien perdu? « Non, répondit celui-ci, car j'ai tout avec moi. »

(7; Sent. 652, p. 359.

(8) Sent. 41, p. 341.

(9) Sent. 657, p. 359.

(10) Sent. 403, p. 351.

(11) La Fille battue, fragm. iv, p. 198.

(12) Sent. 334, p. 352. Cicèron, dans Les Tusculanesy fait allusion à co vers, qu'il attribue à tort à Euripide : Ergô aniimis, qui, ut eyo dico, dirt'nuf, ut Euripides audel dicere, dcus. {Tusc, i, 26.)

premlre. 11 laut apprendre à tout âge : « Dans la jeunesse, acquérez toutes les connaissances qui pourront vous servir (1). » — « De nobles études sont une belle chose, même pour un vieillard (2). »

Comme Euripide, Ménandre réprouve la guerre : « La guerre, dit-il, a fait d'innombrables victimes pour la querelle d'un petit nombre (3). » — « Beaucoup de soldats ont quitté le retranchement pour piller les villages (4). » Malheureux paysans ! — « Les héros sont plus disposés à faire le mal que le bien (3). » — « La paix nourrit bien le laboureur même sur les rochers stériles ; la guerre le nourrit mal même au sein des plus riches campagnes (6). » Et quelle triste condition que celle du soldat ! « Le service militaire n'enrichit point ; il donne à vivre au jour le jour, et toujours à l'improviste. C'est un régime peu salutaire que celui-là, d'après l'expérience que nous en avons (7). » — « Un guerrier, mon fils, est un homme qui difficilement peut conserver sa vie, et qui très-facilement peut la perdre (8). » En vpici un dont on dit : « Il était gisant à terre, tenant encore son bouclier tout brisé (9). » Le beau plaisir!

Une des principales causes de la guerre, c'est le manque de modération. Aussi Ménandre recommande-t-il d'être modéré à tout le monde, mais surtout aux grands

(1) Sent. 373, p. 330.

(2) Sent. 297, p. 348.

(3) Sent. 443, p. 352.

Horace :

Quidquid délirant reges plectuatur Achivi. (Epist. I. 1, ii. v. 14.) ^4) Le Bouclier, fragm. ii, p. 91.

y5^ Les Synéphébes, p. 204.

(6) Incert., fragm. ïcv, p. 239.

7) Le Dépôt, fragm. ii, p. 183.

81 Le Bouclier, fragm. m, p. 91.

(9; /6td., fragm. i, p. 91.

et aux princes : « Eussiez-vous un rang supérieur, faitesvous l'égal de tous (1). » — « Préférez l'égalité à une avidité insatiable (2). » — « Soyez partisan de l'égalité, et ne cherchez à l'emporter sur personne (3). » — « C'est au comble de la fortune qu'il faut montrer le moins d'arrogance (4). » — « L'homme qui est au pouvoir doit s'en montrer digne (5). » — « Quand vous avez affaire à des hommes libres, la victoire doit vous suffire (6). >

— « Là où règne la violence, la loi est sans force (7). »

— « Le roi est l'image vivante de Dieu (8). » — « Il est beau de voir un roi qui, au sein de la toute-puissance, ne rend que des arrêts conformes à la justice (9). » — « 0 malheureux ceux qui possèdent plus que les autres citoyens ! Confinés dans des forteresses et passant leurs jours dans des citadelles, quel triste sort est le leur! et quel dur châtiment ils subissent, si, quel que soit celui qui les approche, ils soupçonnent toujours qu'un poignard est caché dans sa main (10) ! »

On doit être modéré d'abord parce qu'on est homme : «Rappelez-vous toujours que vous êtes homme (11). »

— «c Homme, il faut avoir les sentiments de sa condition (12). » -^ « Si vous êtes homme, mon cher, ayez les

(1) Sent, 257, p. 347.

(2) Sent. 672. p. 359.

(3) Sent. 259, p. 347.

(4) Sent. 432, p. 352.

(5) Sent. 44, p. 341.

(6) Sent. 262, p. 347.

l7) Sent. 409, p. 351.

(8) Sent. 79, p. 342.

\9) Incert., fragm. cixxii. p. 265.

(10) Le Bouclier, fragm. v, p. 92. Voir SénJ'quc, Traite sur la Clémence, 1,26.

(11) Sent. 16, p. 3W).

(12) Sent.i, p. 340.

sentiineiils de votre condition (1). » — «Mortels, ne nourrissez pas une haine immortelle (2). » — « Mortels, ne vous mettez pas au-dessus des dieux (3). »

On doit encore être modéré, parce que la modération est honorable : « Domptez ce qu'il faut dompter, et vous serez dignes d'éloges (4) ; j> parce qu'elle est utile : « Heureux qui sait dominer sa fortune (5) ! >

La tempérance est une des formes de la modération. Ménandre la recommande aussi : « Mettez une bride et unebrideserréeà votre ventre (6) ; » car « le ventre reçoit beaucoup et peu (7). » — «t N'allez point faire du bruit avec tout le monde, et fuyez la vie licencieuse (8). » — a La sobriété vaut mieux que la crapule (9). » — « Je ne mets aucune différence entre le parasite Chéréphon et un homme, quel qu'il soit, qui, invité à souper pour l'heure ou l'ombre sera de douze pieds, se réveille au petit point du jour , court à la lune , et , voyant son ombre allongée, et, se croyant déjà en retard, arrive pour souper avec l'aurore (10). » Un tel homme peut être rangé parmi « ceux qui ont des mâchoires d'àne (11), » à savoir parmi les Béotiens, au fort appétit. Celui-là du moins n'est pas entièrement perverti ; mais en voici un pour qui < toujours boire, toujours jouer (12), » — « être

(1) Sent. 173, p. 345.

i2) Sent. 4, p. 340.

(3) Sent. 243, p. 347.

(4) Sent. 139, p. 344.

(3) Sent. 206, p. 346.

(6) Sent. 81, p. 342.

(7) Sent. 226, p. 346.

8) Sent. 239, p. 346.

(9) Sent. 680, p. 339.

(10) La Colère, fragm. ii, p. 179.

ir Incert., fragm. ccicix, p. 297.

12' Ibid., fragm. cccl, p. 307.

intempérant (1) « et « joueur féroce (2) , » est devenu une passion. Il n'ignore pas que « beaucoup de vin pur ne laisse que peu de sagesse (3) ; » que « les dettes réduisent l'homme libre à la condition d'esclave (4); » que « il est beau de vaincre sa gourmandise et son désir (5) ; » que « c'est un terrible fléau qu'un riche débauché (6), » et que «une vie déréglée, bien que douce, est un opprobre (7) ; » mais peu lui importe. «. Il fait d'indignes débauches dès qu'il a de l'argent (8). » A chaque instant, l'on est tenté de lui dire : « Vous êtes lascif comme un bouc, mon cher (9). » — « Et il ne sera pas châtié, lui qui passe sa vie chez de vieilles prostituées (10) !» Il sera châtié ; la pauvreté et de cruelles maladies ne tarderont pas à l'atteindre. Ah ! « l'on m'appelle insensé pour être économe à l'excès ; mais lui est un débauché, un prodigue, un impudent (il). » Moi, je n'ai qu'à me louer de ma tempérance; je me porte à merveille, je suis « plus sain que du ricin (12), » et « il n'y a rien de meilleur que la santé dans la vie (13) ; » et puis, je vois grossir tous les jours mon pécule. « La tempérance à elle seule est un grenier pour l'homme (14). »

(1) Incert., fragm. cdxlix, p. 320.

(2) Ibid., fragm. cccxxxv, p. 305.

(3) Sent. 420, p. 352.

(4) Sent. 514, p. 354.

(5) Sent. 607, p. 357.

(6) 5en(. 365, p. 350.

;7) Incert., fragm. ccxvii, p. 282.

8) Le Dardanien, fragm. i, p. 100.

(9) Incert., fragm. cccxx, p. 302.

(lOj Le Différend remis au jugement d'arbitres, fragm. iv, p. 120.

(11) Incert., fragm. cxxxvii, p. 266.

(12) Les Locf l'en», fragment unique, p. 161, proverbe.

(14) Sent. 505, p. 35*.

Méuaiiilre nous exhorte aussi à être honnêtes, justes et bons, et il montre les avantages de ces trois vertus.

l» Honnêteté.

« Une belle âme est une source de belles actions (1). >

— « Ayez les mains pures de mauvaises actions (2). »

— < Recherchez la gloire et la vertu, fuyez l'infamie (3). »

— « Cherchez à vous faire une bonne réputation (4). »

— « Préférez à la richesse une bonne réputation (5). »

— c Cherchez vos ressources dans un travail honnête (6); » car « une vie modeste est préférable à une vie brillante, mais déréglée (7). » — « Exercez votre âme à la pratique de la vertu (8). » — « Faites en sorte de vivre honorablement (9). » — « Ne rendez et ne recevez que des services honnêtes (10); » — « Que votre caractère soit toujours digne d'un homme libre (11). » — < Que votre conduite soit toujours digne d'un homme libre (12). » — « Pratiquer l'honnête est le propre d'un homme libre (1 3). »

— < Prenez pour modèles l'homme honnête et l'homme tempérant (14). )• — « Imitez les gens de bien, n'imitez

^ pas les méchants (1 5). » — « Fermez les oreilles et les yeux

(1) Sent. 112, p. 343.

2) Sent. 148, p. 344.

3) Sent. 137, p. 344.

7i Sent. 682, p. 359.

8' Sent. 548, p. 355.

9 Sent. 331, p. 349.

10, Sent. 748, p. 361.

11) Sent. 144, p. 344.

il 2) Sent. 485, p. 353.

13 Incert , fragm. ccxlvi, p. 288.

14 Sent. 192, p. 345.

il 5) Sent. 336, p. 349.

à tout ce qui n'est pas bienséant (1) » — « Avez-vous vu quelque chose de îaid, n'y courez pas avec la foule (2). »

— « Ne vous amusez jamais d'une chose honteuse (3). >

— « Ne faites jamais rien , n'apprenez jamais rien de honteux (4) ; » — « De mauvaises habitudes pervertissent la nature (5). » — « L'homme de bien, tant qu'il reste tel, ne commet pas le mal (6). » — « Un bon exemple a plus de force que la loi même (7). • — t L'homme de bien ne peut haïr l'homme de bien (8). » Loin de là, « un homme de bien heureux, c'est un bonheur public (9). »

— « L'homme de bien a la faculté de faire des hommes de bien (10). > Il faut donc être honnête, puisque, « par Minerve Aléa (1 1) ! » — «c on le doit et on le peut (12). »

2° Justice.

« L'homme juste n'est pas celui qui ne commet pas l'injustice, mais celui qui, pouvant la commettre, s'en abstient volontairement (13). » — «t Si vous êtes juste, l'honnête sera votre loi (14). » — « Un cœur juste ne sait pas commettre l'injustice (15).» — « Il est utile de vaincre,

(i) Sent. 39, p. 341.

(4) Sent. 23, p. 340.

(5) Scn<. 203, p. 345.

(6) Incert., fragm. cclxxiii, p. 292.

(7) Le Carthaginois, fragm. v, p. 146.

(8) 5en(. 28, p. 341.

(9) IWd.,681,p. 359.

(10) Le Cocher, fragm. m, v. 2, p. 127.

(11) Incert., fragment cdlxii, a, p. 223; Aléa, parce qiie son lemple était bâti dans un lieu exposi? au spleil.

(12) Ibid., fragm. cccxxni, p. 302.

(13) Sent. 638 et 639, p. 358.

(14) Ibid., 135, p. 344.

(15) Ibid., 136, p 344.

mais dangereux de vaincre injustement (1). » — « Ne vous fiez pas à votre richesse pour commettre l'injustice (2). » — « Préférez la justice à la bienveillance (3). »

« On ne peut être en même temps accusateur et juge (4). » — « Celui qui condamne avant de connaître parfaitement la cause doit être condamné lui-même pour cause de légèreté (5). » — « Jugez non selon votre intérêt, mais selon la justice (6). » — < Rendez même justice à vos amis et à vos ennemis (7). » — « Ne punissez personne avant un examen préalable (8). » — « Punissez d'après la raison, non d'après votre colère (9), > et ne vous en tenez pas exclusivement à la lettre de la loi ; car « les lois sont une excellente chose, mais c'est se faire calomniateur que de les voir de trop près (10). >

< A qui ne fait rien d'injuste, ses mœurs tiennent lieu de loi (11). > — « Ne rien faire d'injuste sied à tous les hommes (12). » — «i Ne rien faire d'injuste nous porte même à la bienfaisance (13). > — « Qu'il est affreux à voir depuis qu'il a commis ce crime! Quel monstre! Ne rien faire d'injuste ajoute même à la beauté du visage (14). » Sans doute parce que le calme de l'âme, se réfléchissant

(1) Sent. 299, p. 348. Vers chrétien, suivant Meinecke.

(2) Sent. 702, p. 360.

î3) Ibid. 114, p. 343 (4) Ibid. 287, p. 348.

(5^ Incert., fragm xc, p 258.

(6) Sent. 678, p. 359.

(7) Ibid. 266, p. 347.

(8) Ibid. 17, p. 340.

9) Ibid. 576, p. 356.

(10) Incert., îrag. vx\xi\, p. 257. C'est le summum jus, summa injuria.

(11) Ibid., fragm. CDxav, p. 330.

12) Ibid., fragm. ccLXXxn, p. 293.

;l3l Le Trophonius, fragm. n, p. 207.

fl4) Incert., fragm. xxxiv, p. 244.

sur nos traits, non seulemenl en conserve l'harmonie, mais encore les relève par un air de douceur et de sérénité. < Il est doux de voir prospérer les hommes justes (i). >

« On dit que la justice, quelque part qu'on la cherche, n'est pas facile à trouver (2). » Cependant voici un moyen facile de la trouver : « Pour être justes, suivez la droite voie (3), » et vivez toujours « en compagnie de l'homme juste (4). »

3« Botité.

« On peut comparer l'humeur des bourrus à l'eau de la mer (5). » Et s'il faut comparer la bonté à quel(|ue chose , je dirai que , comme « la rose est la plus belle fleur des jardins (6), » la bonté est la plus belle de toutes les vertus. Oui, « c'est une vertu aimable que l'affabilité (7) , » et « celui-là est affable qui a connu le malheur (8)..»

« C'est vivre que de ne pas vivre uniquement pour soi (9). )> Ainsi, «venez en aide aux bonnes entreprises (10). » — « Faites du bien à ceux qui s'occupent de nobles travaux (11), » et « il ne faut pas qu'on vous

(1) Sent. 218, p. 346.

(2) Ibid. 178, p. 345.

(3) Ibid. 62, p. 342.

(4) Ibid. 367, p. 350.

(5) Ibid. 588, p. 356.

(6) Ibid. 286, p. 348.

(7) Ibid. 663, p. 359.

(8) Ibid. 457, p. 353.

Virgile :

Non ignara mali niiseris succurrcrc disco. (E.>. cb. i, v. 634).

(9) Sent. 585, p. 356. ot Inrerl., fmgm. rci vu, p. 290.

(10) Sent. 73, p. 342.

(11) Ibid 001, p. 357.

somme de nous laiie du bien, il faut nous en faire de vous-même (1). » — « C'est à l'obligé de se souvenir, au bienfaiteur d'oublier (2). » — « Si, au moment où votre main nourrit, votre bouche insulte, c'est comme si vous répandiez de l'absinthe sur du miel attique (3). » — « Soyez bienfaisant , mais dans la mesure de vos moyens (4), » parce qu'il Amt tout faire avec discernement. x\ussi Ménandre dit-il : « Quelle douce chose que la bonté unie à l'intelligence (S) ! » — « La bonté unie au bon sens est la plus précieuse des qualités (6). » Donnez donc avec mesure, mais ne cessez pas de donner, en vous souvenant que t les premiers bienfaits ne sont rien auprès du dernier (7) ; » et puis « un service léger, mais rendu à propos, est d'un prix inestimable (8). » — « Un service bien placé est un trésor considérable (9). > Enfin, il est bon de ne négliger personne, parce que « un mendiant peut être , à l'occasion , d'un secours puissant (10). »

N'imitez pas ce personnage qui, s^adressant, je pense, .à une jeune fille, lui tint ce langage brutal : < Un coq a chanté très-fort. Ne chasserez-vous pas les volatiles de céans? Elle eut de la peine à se décider à le faire (11). » Imitez plutôt la sœur d'un autre peisonnage ; o II donne à sa sœur une caution pour son argent (12). » — « Ta

(1) Inceri., fragment ccxxxvi, p. 286.

2 Sent. 7i9, p. 361.

3 hicert., fragin. clx, p. 270.

4 Sent. 747, p. 361.

(5) Incert., fragm. cclxxiv, p. 292.

6 Ibid., fragm. ccxlvi, p. 288.

7 Sent. 386, p. 351.

8 Ibid. 752, p. 361. — (9) Ibid. 295, p. 318.

10 Ibid. 281, p. 348. La Fontaine : Le Lion et le Rat, l. II, fab. ii.

11 L lier mère orpheline, fragments v, vi, p. 118. 12) La Veuve, fragm. m, p. 222.

sœur te pardonnera volontiers, lui dit-on, lorsqu'elle verra le mariage de sa fille, juste compensation du tort qui lui a été fait (1); » ou bien l'homme qui s'adresse ainsi à Cnémon : « Veux-tu quelque chose, Cnémon, dismoi (2)? » — « Sache-le bien, moi aussi j'accorderai cela (3). » — < L'homme bon est utile, surtout dans le malheur (4) , » et « nous désarmerons celui qui veut te faire du mal (o). »

L'homme bon a des devoirs à remplir envers les étrangers , envers ses hôtes et ses suppliants. < Soyez ami fidèle envers des hôtes fidèles (6), » dit Ménandre. — «Soyez hospitalier, et ne marchandez pas avec ce devoir (7). » — « Vous n'ofienserez votre hôte sous aucun prétexte (8). » — « Soyez hospitalier envers les autres , poiu* qu'on le soit envers vous (9). » — < Traitez bien vos hôtes, car vous-même vous serez peut-être hôte un jour (10) !» — « Ayez des attentions pour votre hôte, et vous aurez un bon ami (11). » — « Ne passez pas dédaigneusement devant l'étranger pauvre (12). » Mais cette recommandation est à peu près inutile, car < l'habitude des hommes est d'avoir plus d'égard pour les étrangers (13). »

(1) La Veuve, fragtn. iv, p. 222.

(2) InccTt., fragm. colvii, p. 322.

(3) U Héros, fragm. v, p. 129.

(4) Incert., fragm. cdlxxix, p. 327.

(5) Ibid., fragm. ccv, p. 279.

(6) Sent. 390, p. 351.

(7) Ibid 396, p. 351. i8l Ibib.^fn, p. 351.

(9) /Wrf. 391, p. 351.

10) Ibid.\O0, p. 351.

(11) Ibid. 618, p. 357 yVl) Ibid. 389, p 351.

(13) Ibid. 686, p 360.

Quant aux suppliants, voici ce que dit Ménandre : « Ne trahissez pas votre suppliant vieux et pauvre (1); » et ailleurs : « Il ne faut point maltraiter les suppliants, surtout quand c'est animés de bonnes intentions et non méchamment qu'ils vous ont blessé, car ce serait le comble de la cruauté (2). »

Quels sont les avantages de l'honnêteté , de la justice et de la bonté?

ce Un caractère sage et honnête est un présent de Dieu (3). » — « Une vie bien r^lée est un fruit de la vertu (4). » — « Les bonnes mœurs portent d'heureux fruits (5). » — « La bonne renommée est un viatique sûr pour toutes les circonstances de la vie et dans tous les accidents de la fortune (6). » Elle nous met au-dessus du soupçon : « Ne soupçonnez jamais le mal de la part d'un homme de bien (7). »

a Une àme portée à la justice est un bien précieux (8). » — «Un désir légitime porte aussitôt son fruit (9). » — « Si vous pratiquez la justice, vous aurez avec vous les dieux (10). » — € Soyez juste pour avoir droit à la justice (1 1). » — « Celui qui apprend à s'abstenir de l'injustice, ô Lâchés, apprend, selon moi, quelque chose d'agréable et d'utile (12). » En vain des hommes chagrins

(1 Sent. 605, p. 357.

2 Le Superstitieux, fragment m, p. iOl. (3; Sent. 241, p. 347.

i4i Ibid. 298, p. 348.

^5; Ibid. 303, p. 348.

,6; Les Fils du même Père, fragni. ii, p. 178;

(7) Incert., fragm. cclxix, p. 289.

(8) Sent. 717, p. 360.

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