‹ Études sur la comédie de MénandreChapitre 6 sur 12 · Ibid. 140, p · texte numérisé non relu

Ibid. 140, p

lOj Ibid. 126, p. 343.

jl) Ibid. 119, p. 343.

12 Le Joueur de cithare, fragm iv, p. 150.

ont dit : « Jamais un juste n'a fait une prompte fortune. Ce n'est qu'à force d'économies qu'il amasse ce qu'il possède, quand le fripon s'enrichit tout d'un coup de la fortune d'autrui (1), » ou « le juste ne s'enrichit jamais (2). » Croyez , au contraire , que « l'homme juste reçoit toujours sa récompense (3), » et qu'une vie passée dans la justice a toujours une belle fin (4). »

Malheureux le méchant, l'homme dur comme « un Ténédien (5) , > et à qui l'on peut dire : « Je mets en fait que vous avez plus de fiel que le callionyme (6). » Un tel homme menaçant tout le monde croit que tout le monde le menace. Il est plein de soupçons, et « le soupçon est le fléau des mortels (7). » 11 est toujours sur ses^gardes; car « combien doit prendre de précautions celui qui a beaucoup à craindre (8) ! » Au contraire, « un

(1) Le Flatteur, fragment vi, p. 154, et Sent 688, p. 360.

(2) Sent. 52, p. 341.

l3) Ibid. 27, p. 341.

(4) Ibid. 67, p. 342.

La Footaine, en parlant du sage :

Approche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour?

Rien ne trouble sa fin ; c'est le soir d'un beau jour.

{Philémon et Baticis.)

(5) L'Ephésien, fragment v, p. 126; proverbe qui fait allusion à la dureté d'une coutume établie dans les tribunaux de Téncdos. Là, un homme accusé d'un crime capital pouvait défendre sa cause; mais le bourreau, pendant qu'il la plaidait, se tenait derrière lui la hache levée et prêt à lui trancher la tète. Poinsinet de Sivry, p. 292.

(6.1 1m Femme qui se rétracte, fragment ii, p. 79. Le callionyme, poisson qui a plus de fiel qu'aucun autre, au dire de Ménandre et de Pline le naturaliste. Pline attribue à ce fiel certaines vertus curatives.

7 Scnr 732, p. 361.

8 f^s Adelphe», fragment vu, p. 71.

P Syrus:

Ncccsso est inultos tiincat quom iiiulti tinicnt.

Racine :

Craint de tout l'univors, il vous faudra tout craindre.

(Dritatmkiis, uct. n

caractère doux est un gage de salut (1). » — « La douceur de caractère est un gage de salut (2). » — « L'homme bon rend souvent des services signalés (3). » — « Rien que parce que « il a pitié du berger, on l'appelle trèsbon (4). » — « Oui, par xMinerve! c'est une excellente chose, et qui sert à tout, que la bonté; c'est un vrai trésor en ce monde. Je n'ai causé avec lui que quelques instants, et déjà je lui suis tout dévoué. Le langage persuade, dirait à cette occasion un de nos sages. Mais d'où vient que tous ces discoureurs ne m'inspirent que du dégoût? C'est que ce qui persuade, c'est le caractère de l'homme qui parle, et non son discours (5). »

Il est indispensable que chacun, et pour son propre bien et pour le bien général, chérisse sa patrie. Ménandre s'efforce de nous inspirer cet amour. « La patrie est à mon gré, dit-il, ce qu'il y a de plus cher aux mortels. » Le nautonnier Théophile revient dans sa patrie. On annonce son arrivée à son père Straton, qui déjà ne l'attendait plus. «Théophile nous revient, é-chappé des gouffres profonds de la mer Egée; les dieux vous le renvoient heureux et sain; et c'est moi qui, le premier, vous apporte la nouvelle de ce canthare d'or. — De quel canthare me parles-tu? — Du vôtre, de votre vaisseau. M'entendez -vous présentement, ô vieillard , sans cesse obstiné à vous tourmenter ! — Mon vaisseau, dis-tu, est arrivé au port? — Oui, votre vaisseau, celui-là même que fabriqua Calliclès de Calymne, et dont Euphranor de Thurium était pilote (6). > Théo-

1) Sent. 478, p. 353. — 2 Ibid. 629, p. 358. (3) Incert., fragm. ccxcvi, p. 288.

41 Ibid., fragra. cdlx, a, b, p. 323.

5 Ilymnis, fragm. i, p. 209.

G Le Nautonnier, fragm. i, p. 17Î. Le personnage qui parle joue sur mot canthare, qui signilie à la fois vase à boire et vaisseau.

phile met pied à terre. Il y a longtemps qu'il n'a vu sa patrie ; son cœur déborde ; il la salue avec enthousiasme. Écoutons-le : « 0 mère patrie ! ô terre chérie ! que tu es pour tout homme sensé un précieux trésor! Et que puisse celui qui a dévoré son patrimoine errer sans cesse sur les flots, et ne jamais mettre le pied sur la terre pour sentir de quel bien il s'est privé en dissipant son héritage (1) ! > Écoutons cet autre personnage : « Salut, ô terre chérie! Enfin, après une longue absence, je te revois et je te salue; c'est un hommage que je n'offre pas à tout pays, mais que je réserve pour le mien. La vue du sol qui me nourrit est pour moi l'aspect de la divinité même (2). » Enfin, l'on se rappelle les vers de l'HeautontimorumenoSf cités plus haut : « Un homme libre doit habiter sa patrie, ou cesser de prétendre être un mortel heureux (3). »

Ménandre exige encore , et cela pour notre bien , que nous soyons pieux : « Avant tout , songez h honorer les dieux (4). » Puis s'adressant au soleil : « 0 soleil! dit-il, c'est toi qu'il faut saluer le premier de tous les dieux, puisque c'est par toi qu'il est donné de contempler tous les dieux (5) ; « et, à propos de fêtes de Pan célébrées par les femmes : < On dit qu'il ne faut point approcher de ce

(1) Le Naulonnier, fragra. ii, p. 175. Les premières paroles de Théophile rappellent ce beau vers, échappé de l'âme de Voltaire, el que prononce Tancrède en entrant dans Syracuse :

A tous les cœars bien nés que la patrie est chère !

{Tancrède, acte ni, se. 1.)

;2) Les Pécheurs, fragment viii, p. 76.

l3) L'IIeaulonlimorumcnos, fragm. iv, p. 111.

(4) Sent. 567, p 356.

(5) Incert., fragm. cxxxvi, p. 265. Saint Clément d'Alexandrie reprend ce passage en «lisant que ce n'est pas le soleil qu'il faut adorer, mais le Verbe, qui est le soleil de V^^mo, illuminant loul homme venant en te monde.

Cnhorl. ad gcnirs, p. 59.)

dieu en silence (1). » Mais voici des paroles d'une bien autre valeur : « Ne luttez pas contre les dieux, et ne provoquez point de nouvelles tempêtes ; mais supportez ce qu'il faut supporter (2). » — « Quand on prospère, c'est un devoir.de se souvenir de Dieu (3). » — a C'est un phare pour l'esprit que d'avoir toujours la divinité devant les yeux (4). > — « Gardez-vous de jurer, sincèrement ou non (5). j) — « La plus belle offrande qu'on puisse faire à Dieu est celle d'un cœur pur (6). » — « Tout est temple pour une prière juste ; car c'est à l'intelligence que les vœux s'adressent et que les dieux répondent (7). » — « Honorez Dieu sans chercher qui il est (8). » — « Honorez Dieu d'abord, ensuite votre père et votre mère (9). » — « La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse (10). »

Vous me demandez « s'il y a un Dieu juge et arbitre (11). » N'en doutez pas : « Ne méprisez pas les dieux; il faut que tôt ou tard la justice triomphe, et il importe à tous que chacun se pénètre bien de cette idée (12). » — * Dieu n'assiste point les coupables (13). > Que dis-je? < La divinité amène les coupables jusqu'à leur châti-

(1) Le Bourru, fragm. viii, p. 109. Les femmes célébraient les fêtes de ce dieu en poussant de grands cris.

(2) L'Eunuque, fragm. il, p. i23.

(3) Sent. 118, p. 343. — 4 Ibid. 589, p. 356. — (5) Ibid. 441, p. 352. — (6) Ibid. 246, p. 347.

(7) L'Arréphore, fragm. vi, p. 90.

(8) Sent. 474, p. 333.

i9i Ibid. '230, p. 346.

;10; Ibid. 53, p. 341. Vers chrétien, suivant Meinecke. En effet celte maxime se retrouve textuellement dans l'Écriture-Sainle : Ps. 110, v. 10; Prov., ch. 1", V. 7; ibid. ch. 9, v. 10; Ecclcsiasl. (Vulgate), ch. 1", v. 16.

(11) L'Enfant supposé, fragm. v, p. 182.

12 Le Différend remis, etc., fragm. i, p. 119.

13 Sent. 252, p 347.

— uo —

ment (1). » Ne voyez- vous pas ces gens-là? < Le miJ- Iicur qui vous frappe les a rappelés à la crainte de Dieu (2). » Souvenez-vous-en : « Il y a une porte des enfers à l'extrémité du Ténare (3). »

Mais « il y a un Dieu aussi qui veille sur les justes (4). » — « Dieu n'est pas sourd à une juste prière (5). » — « Si vous honorez les dieux, attendez- vous à prospérer (6) ; » car « lorsque Dieu est avec nous , tout se fait sans peine (7). » — « A l'homme de bien, ce sont des biens que Dieu envoie (8). » Ainsi donc « honorez Dieu, c'est le moyen de réussir en tout (9). » — « Lorsque vous agirez suivant la justice, ayez bonne espérance, sachant que Dieu favorise ceux qui ont le courage d'être justes (10). »

Ce Dieu est tout-puissant. « 11 est difficile de lutter contre Dieu et contre la fortune (11). > — « Nul ne peut éviter le bras de Dieu (12). » — « Sans l'aide de Dieu, on ne peut prospérer (13). » Au contraire, « avec l'aide de Dieu on naviguerait même sur une natte de jonc (14). »

(1) Sent. 14, p: 340. Molière a (l«îveloppc admirablement cette idée dans le Festin de Pierre. L'impie Don Juan, après avoir marché de crime on crime, ne vient-il pas, comme fatalement, s'exposer aux coups de la foudre qui l'anéantit?

(2) Incerl., fragm. ccLXvni, p. 291.

(3) Ibid., fragm. ccxxxix, p. 287. Le Ténare, promontoire de Laconic. ;4^ Im Concubine, fragm. ii, p. 182.

,5) Sent. U6, p. 344.

l6) Ibid. 142, p. 344.

(7) Ibid. 237, p. 346.

8; Ibid. 141, p. 344.

,9) Ibid. 229, p. 346

10) Incert., fragm. xlvii, p. 24H.

11) Scnl. 247, p. 347.

(12) Ibid. 251, p. :U7.

,13) Ibid 250, p. 347.

(14) Ibid. 071, p. 359, provtrhr.

En un mot, « Dieu fait tout sans bruit (1); » mais il fait tout.

Ce Dieu est encore très-bon. « La perfidie habite loin de Dieu (2). » — « Tout homme naît avec son génie tutélaire qui le dirige durant tout le cours de la vie ; génie tutélaire, ai-je dit, car il ne faut pas croire qu'il y ait de mauvais génies capables de corrompre et d'égarer la vertu. Rien que de bon ne peut émaner de la divinité (3). » Si l'on peut dire quelquefois : « J'ai sacrifié aux dieux sans succès (4), » c'est, soyez en sûrs, que le cœur ne présidait pas à ce sacrifice. Ne dites donc pas : « Il est aussi chez les dieux des jugements iniques (5). p Dites plutôt : « Il n'y a que Dieu qui s'occupe de nous (6). »

Parmi les hommes, le mal vient toujours à côté du bien ; le vice est toujours voisin de la vertu. En cherchant à être pieux, craignez donc de tomber dans la superstition. Et d'abord < il n'y a nulle part un acte de mauvais augure (7). » — « Le meilleur devin est un

(1) Incert., fragm. cclxix, p. 293.

(2) Sent. 572, p. 356.

(3) Incert., fragm. xvni, a, b, p. 288. Ce passage, qui offre une si belle doctrine, a été cité par une foule d'auteurs païens et chrétiens. Voici comment Amyot en a traduit les trois premiers vers :

Chacun de nous, au jour de sa naissance, A d'un bon ange aussi tost l'assistance, Pour le guider tout le long de sa vie.

L'empereur Marc Aurèle a dit plus tard : « Il faut vivre avec les dieux. C'est nvre avec les dieux que de leur montrer sans cesse une àrac satisfaite de son partage, obéissant à tous les ordres du génie qui est son gouverneur et son guide : don de Jupiter, émanation de sa nature. Ce génie, c'est l'in- (elligence et la raison de chaque homme. » Liv. V, ïxvii, lr;uluit par A. Pierron.,

(4) Incert., fragm. ccn, p. 279.

5 Le Dépôt, fragm. vu, p. 184.

6 Inceit., fragm. clxxxvii, p. 270.

7 Sent, 598, p. 357.

homme de bon sens (1). » — « L'iiomme qui a du jugement est à la fois le meilleur devin et le meilleur conseiller (2). » — « 0 Phidias ! si vous aviez une véritable maladie, il vous faudrait chercher un véritable remède; mais, comme votre mal est imaginaire, je vous ai trouvé un remède analogue : il ne faut que vous prêter tant soit peu à l'illusion. Des femmes, rangées en cercle autour de vous , vont vous essuyer et vous arroser de l'eau de trois robinets, puis vous jeter du sel et des lentilles (3). i» Singulier malade que ce Phidias! Voici un autre personnage qui n'est pas moins fou : « 0 dieux vénérables! s'écrie-t-il, faites que ceci ne me tourne point à mal ! En voulant chausser mon soulier droit, la courroie s'est rompue. — Cela n'est pas surprenant, imbécile! lui répond son interlocuteur, cette courroie était pourrie, et, par avarice, vous n'aviez pas voulu en acheter une autre (4). » — Mais comment ne pas approuver celui qui prononce ces paroles : « Je n'aime point un dieu qui se promène par voies et par chemins en la compagnie d'une vieille femme, et qui, à l'aide d'un tableau qui le représente, fait irruption dans les maisons. Un vrai dieu doit rester dans son temple pour sauver ses suppliants (5). » Un autre dit ironiquement : « Prenez pour exemple les Syriens : lorsque, ne pouvant résister

(1) Incert., fragm. ccxliii, p. 288, proverl)c.

(2) L'Inspirée, fragm. i, p. 134, proverbe du même genre. '3) Le Supcrslilieux, fragm. i, p. 100.

(4) /6irf., fragm. II, p. 101. Saint Clément d'Alexandrie Stromata,\u, p. 842) trotive, ce passage trî«-plaisant et il cite à la suite différents lM)ns mois du même genre. En voici un entre autres : Qu'y a-t-il de suprenanl. disait Bion, à ce qu'un rat ait rangé, une eorlioillo. (piand il ne trouvait rien à manger? ce qui eût été surprenant, ajoutait lînement Arcésilas. c'est que la corbeille eût mangé le rat.

5) Le Cocher, fragm. ii, p. 127. Ce tableau (-lait celui de la «léessc de Syrie que des imposteurs fanatiques forçaient à mendier, romme dit .\pu lée : Deamque Syriam circumfcrcntet mendicarc compcllunl.

à leur gourmainlise, ils mangent du poisson, leurs pieds et leur ventre s'enflent; et alors ils se couvrent d'un sac et vont sur les routes s'asseoir dans l'ordure, afin d'apaiser la déesse par cet excès d'humilité (1). > Voilà des divinités peu respectables. Or, « les hommes ne doivent pas honorer un être qui leur soit inférieur (2). » S'incliner devant qui vaut moins que soi, c'est être « un dévot niais (3). >

Si la superstition est dégradante, l'hypocrisie est infâme; et c'est de l'hypocrisie que de ne point offrir à la divinité des dons en raison de sa fortune, mais de lui apporter des présents misérables avec lesquels encore on prétend acheter sa faveur : « La conduite des hommes, dit Ménandre, ne se montre-t-elle pas aussi inconséquente dans les sacrifices que dans tout le reste, lorsqu'on les voit conduire à l'autel une chétive petite brebis, du prix de dix drachmes, de laquelle il faut que les dieux se contentent? Mais que ne dépensons-nous pas ce même jour-là en joueuses de flûtes , en cantatrices, en parfums, en vins de Mendé et de Thasos, en anguilles, en fromage, en miel? La journée, pour ces articles, ne se monte guère à moins d'un talent. Ne méritons nous donc pas, quand nous sacrifions ainsi aux dieux , qu'ils ne nous accordent de biens que jusqu'à la concurrence de dix drachmes? Et, s'il faut encore que nous portions la peine de notre parcimonie, n'est-ce pas un double dommage que la religion en éprouve? Pour moi, si j'étais dieu, je ne souffrirais point qu'on osât jamais offrir sur mon autel un simple quartier d'agneau, à moins qu'on n'y joignît aussi une anguille digne de faire crever d'envie Callimédon, l'un des pâ-

li Le Superslilicux, fragm. m, p. 102.

2 Incert., fragm cccuii, p. 308.

(3) Ibid., Tragra. ccclxuu, p. 3l1.

— Ui —

renls conviés à la l'été (1). » Dans le Dyscole ou le Bourru y Ménandre dit encore : « C'est ainsi que sacrifient ces brigands. C'est pour eux-mêmes et non pour les dieux qu'ils portent aux autels des corbeilles et de ces grandes cruches de vin nommées stanmies. Dans ces cérémonies, le partage des dieux, c'est de l'encens, c'est le gâteau propitiatoire : tout cela se brûle en entier. Joignez-y les extrémités des côtes , la vésicule du fiel et les os qui résistent sous la dent : voilà ce qui est religieusement dévoué à la combustion sur l'autel sacré, tandis que tout le reste est dévoré par ces hommes affamés (2). »

Les rapports de l'homme avec Dieu sont réglés ; mais quels seront ses rapports avec ceux qui sont, pour ainsi dire, ses dieux sur la terre, avec ses parents? Ménandre va nous en instruire : « Honorez, nous dit-il, votre père et votre mère par-dessus toute chose (3). » — « Honorez votre père et votre mère , et faites du bien à vos amis (4). » — « Le sage considère son père et sa mère comme les dieux par excellence (5). » — « La loi veut qu'on honore son père et sa mère à l'égal des dieux (6). » — « Votre père et votre mère doivent être pour vous comme deux divinités (7). » — « Tu traduis ton père et ta mère en justice, lu es donc fou, malheureux (8)! »

Rien de plus utile pour les enfants : celui qui honore

(1) Callimétlon, orateur du temps do Dêmoslhcno, ot fameux gourmand, particulièrement amateur de poisson. — Le Itanquet, fragm i. p. ICI.

(2) Le Bourru, fragm. m, p. 108.

(3) Sent. 72, p 3*2

(4) Ibid. 105. p. 343.

(5) Ibid. 238, p. 346

(6) Ibid. 378, p. 35(».

CJ) Ibid. 379, p. 350. ^ \

(8) IneerL, fragm. cci.x, p 290. J

son père et sa mère peut espérer le bonheur (1). » — « Nourrissez dans leur vieillesse votre père et votre mère, afin de vivre longtemps (2). »

De son côté, le père doit fournir à ses enfants la nourriture : « Votre père n'est pas celui qui vous a mis au monde, mais celui qui vous a nourri (3). > — « Ce que j'appelle mon dieu, c'est ce qui me nourrit (4). »

Puis il doit commencer leur éducation de bonne heure ; « Une mauvaise nature est difficile à changer (o). » — <t Faites obéir Tenfant; l'homme, vous ne le ferez pas obéir (6). »

Il doit encore être bon envers eux. Un père, en rentrant au logis, dit à son fils en bas âge : « J'ai acheté un petit bouclier et une petite épée (7); » prends, mon enfant. Et il se met à jouer avec lui. A cette vue, qui ne s'écrierait : « 0 la douce chose qu'un père indulgent, et qui se fait jeune pour plaire à ses enfants (8) ! » — « Un bon père n'a pas de colère contre son fils (9). » — «Un père qui menace n'est pas beaucoup à craindre (10). » — « Le père le plus âpre à la remontrance est dur en paroles, mais il est père en effets (11). » — « Jamais les menaces d'un père à son fils ne s'accomplissent , pas plus que celles tVuu amant à sa maî-

1; Sent. 135, p. 344.

2) Sent. 270, p. 347. On lit dans l'Exode, chap. xx, v. 12 : Honora patrem tuum et matrem tuam, ut sis Umgcevus super terram. i3) Sent. 452, p. 352.

(4) Sent. 420, p. 353.

(o) Sent. 531, p. 355.

(6) Sent. 104, p. 343.

(7) Incert., fragm. ccxxvii. p. 284. — 8) Ibid., fragm. c\c, p. 276. -,9) Sent. 451, p. 352.

(10) Les Femmes qui dtnent ensemble, fragm. v, p. 203. ir Incert., Tragm. cviii, p. 261.

liesse (1). » Déméa, l'un des deux pères dans les Adelphes, qui dit en parlant de lui-même : < Moi, ce laboureur inculte, austère, dur, économe (2) » préférait la sévérité à la douceur comme moyen d'éducation. Voici une sentence qui eût été bien placée dans sa bouche : « Celui qui n'a pas été battu ne sait rien (3). » A quoi le doux Micion (4) aurait pu répondre ce qu'il dit ailleurs : «Ce n'est pas en l'aflligeant, mais en le persuadant, qu'il faut redresser un jeune homme (5). » J'ajoute : « La bonté du père fait la vertu du fils (6). » C'est sans doute un père qui dit à son fds : « Obéis à ta mère, Crobyle, et épouse ta parente (7). • Si le jeune homme refuse, il dira : Mon père, «je vous prie de me pardonner (8). » Le père « grondera intérieurement (9) , > et il n'en sera plus question.

Enfin, le père doit élever ses enfants avec sagesse : c( Le plus grand bonheur pour un fils est d'avoir un père sage (10). » — « Douce chose qu'un père qui a de la sagesse et pas de colère (11)! » — « Une bonne éducation est la récompense de la vertu (12). » — « Vois-tu, dernièrement tu as failli périr (13). » Paroles sages qu'un

(1) Incert., fragm. cxvii, p. 262.

(2) Les Adelphcs, fragm. xiii, p. 72.

(3) Sent. 422, p. 352.

(4) Le Micion de Téicnco s'appelait Lamprias dans Mcnandre. Voyez Tragmcnt ix, p. 71.i

5) Les Adelphcs, fragm. ii, p. 69 (6) Incert., fragm. cclxi, p. 290.

7) Jbid., fragm. ccxxiv, p. 283.

(8) Ibid., fragm. cccxxv, p. 302.

(9) Ibid., fragm. cccxxvi, p. 303.

(11) Sent. 669, p. 359.

(12) Sent. 652, p. 359.

(13) Incert., fragm ccxxvi, p. 284.

père peut adresser à son iils en l'avertissant de sa témérité. Si c'est la paresse qui le domine, le père lui dira : « Tu n'as souci de rien (1); » — « tu fais tout nonchalamment (2). » — « Sais- tu ce que tu feras (3)? » — « Ose te livrer à de nobles exercices, chasser les lions, porter les armes. »

Rien de plus utile qu'une bonne éducation, t Quel bonheur d'avoir un fils bien élevé (4) ! » — «Il n'est pas de plus grand plaisir pour un père que de voir un de ceux qu'il a mis au monde doué de modestie et de bon sens (5). • — c II n'est rien de plus doux à entendre que l'éloge d'un fils sortant de la bouche de son père (6). » — '( Montrez-vous complaisant envers votre fils, dit encore Micion à Déméa, et vous aurez en lui un auxiliaire et non un ennemi (7). » — « Fils d'un père pauvre, mais élevé avec plus de soin que ne le comportait l'état de son père, ce jeune homme, dès qu'il s'aperçut de l'indigence paternelle, en fut indigné; et il ne tarda pas à rendre en bienfaits le fruit d'une bonne éducation (8). » Voyez la vénération de cet autre jeune homme pour son père : « Je redoute la présence de mon père, ô mon cher Cli lophon ! dit-il. Comme je n'ai point droit de le regarder en face.

:1) Incert., fragment cccxxiv, p. 3()2.

2 Ibid., fragm ccclxi, p. 309.

(3) Ibid., fragm. ccxcvii, p. 296. Ces exercices étaient ceux auxquels on habituait les jeunes gens de condition libre. Nul doute que ces paroles ne s'adressent à un jeune Athénien; mais comme il n'y a pas de lions en Attiquc , le poète Nausicrate a relevé dans sa Perside , le passage do Ménandre. Voici les vers de Nausicrate : « Qui donc a jamais vu en .-Vtliquo des lions ou autres animaux sauvages? Il n'est même pas aisé d'y trouver des lièvres. » Yoy. Meinecke, p. 378.

(4) Sent. 342, p. 349.

5 Incert., fragm., clx, p. 261. ^

6 Ibid., fragm. cxv, p. 262.

(7 IjCS Adelphes, fragm. m. p. 70.

(8 L'Enrôleur, fragm i, p. i76.

je n'en ni point non plus l'assurance. Je surmonterai toute autre crainte (1). » Mais c'est en vain que l'homme qui ne remplira pas tous ses devoirs de père s'écriera : « N'alïlige pas l'auteur de tes jours , et sache que c'est le père le plus tendre dont le cœur est le plus fîicile à blesser (2) ; » ou bien : « Un fils qui injurie son père blasphème en paroles, et, de plus, il blasphème en idée contre les dieux (3) ; » ou bien encore : « Un fils qui n'a pas l'industrie de nourrir sa mère est un rejeton stérile jusque dans la racine (4); » car il ne suffit pas d'exiger, il faut mériter l'amour de ses enfants. Un dernier fruit de la bonne éducation , c'est la paix qui subsiste entre les frères , et « quelle douce chose que la concorde et l'amour entre frères (5) ! »

Encore un mot sur cette question. Vous ne donnerez pas de belle-mère à vos enfants; car Ménandre a dit : « Il n'y a pas de pire fléau qu'une belle-mère (6). »

L'ensemble de tous les préceptes que Ménandre a donnés jusqu'ici forme la vertu. Or, qu'a dit Ménandre de la vertu? Il a dit que c'était la plus grande force, la vraie noblesse, et une sorte de titre à la divinité.

« Puisez votre force dans la sagesse et dans la vertu , non dans une tardive expérience (7). » — < L'arme la plus puissante dans la main des hommes est la vertu (8). »

(1) Incert., fragm. ux, p. 251.

(2) Ibid., fragm. cxiii, p. 262.

(3) Ibid., fragm. clxix, p. 272. D'après Vilruve, chci lou9 les Grecs, les lois forçaient l<*s enfants à nourrir leurs parents; mais chez les Athéniens la l(fgislalion n'accordait le droit d'être nourris qu'aux parents qui avaient donné de l'instruction à leurs enfants. (Mcinecke, ibid.)

(4) Ibid., fragm. ci.xxxii, p. 274.

(5) Ibid., fragm. cclxii, p. 290. Un psaume de David, le 132*, commence i^ar ce verset : Quam bonum et quatn jucundum habilare fratreê in unum.

(6) Sent. 127, p. 3*3. — (7) Sent. 606, p. 357. — (8) Sent, 433, p. 352.

— « Un mol grossier n'atteint pas l'homme juste (1). » — « L'honnête homme est au-dessus de la calomnie (2). »

— < Ayez la vertu , vous aurez la noblesse (3) ; » car « personne ne sait bien précisément de qui il est né; mais tous , à cet égard , nous présumons ce qui est , ou nous croyons ce qui n'est pas (4); » et c'est pourquoi « la mère aime plus ses enfants que ne les aime le père ; car elle sait qui est son fils, le père ne fait que le supposer (5). »

« Il serait bien à souhaiter que la noblesse de l'extraction accompagnât toujours celle de l'âme, et que tout homme libre eût des sentiments généreux (6). » — « Quoi! toujours ma naissance? Eh! ma mère, si vous m'aimez, cessez de me citer à tout propos ma généalogie. Ceux qui n'ont aucune valeur par eux-mêmes, aucun mérite personnel, ont recours à leurs titres, font sonner bien haut la noblesse de leur extraction, et nous étalent la longue liste de leurs aïeux; mais demandezleur autre chose, ils n'ont plus rien. Cependant, est-il un seul homme qui n'ait des aïeux , qui ait pu naître sans en avoir? ou bien ceux qu'un changement de lieu, la disette d'amis, ou tout autre accident, ont mis hors d'état de produire les leurs, sont-ils moins nobles que

(4) Sent. 214, p. 346. — (2) Sent. 542, p. 3o5. Horace a dit mieux encore :

Justum ac tenacem propositi virum

Non civium ardor prava jubentium,

Non vultus instantis tyranni

Mente quatit solidâ. . . . etc. (G», m, 3)

^3 Sent. 30, p. 341.

Juvénal :

Nobilitas sola est atque uoica virtus. (Oo. 3, 1. iii, T. f-Ô

;4 Le$ Carthaginois, fragm. u, p. 145.

5 Incert., fragm. cm, p. 261.

6 Le Héros, fragra. ii, p. 128.

ceux qui ont cet avantage? L'homme, né pour la vertu, fût-il Éthiopien, ma mère, est toujours noble. Nous méprisons le Scythe ; mais n'était-ce pas un Scythe que le sage Anacharsis (1)? » — « Je ne pense pas qu'il y ait tant de différence dans les diverses sortes de naissance ; mais, à le bien considérer, il n'y a de légitime que l'honnête homme et d'illégitime que le méchant (2). »

Ëniin^ le dieu des honnêtes gens, c'est leur conscience, ô mes sages amis (3) ! » — « Notre dieu à tous , c'est notre conscience (4). » — « Celui-là est dieu qui n'a jamais fait le mal (5). »

Toutefois la vertu doit être exempte de roidcur et de dureté. « Quelle chose agréable que l'homme quand il est homme (6) ! » — « Une vie trop dure mène à l'insensibilité (7); » et, comme il a été dit plus haut : « La raison n'est pas toujours de saison; il faut quelquefois la perdre avec les fous (8). »

N'oublions pas de mentionner l'esprit antique, la tradition, comme source de vertu : « Il n'y a rien de meilleur, dit Ménandre, que l'esprit antique (9). » i \irjf.

Nous avons quitté la sottise, munis d'armes de toute

;tfip <î'»(d<,»n mujin ?Ji-J'r«>^ .y/ajA ,vA v»[i h.i't !»

(1) JncerL, fragment iv, p. 229. Voici, dans Molière, le pendant de ce beau passage. Don Louis à Don Juan : « Ah ! quelle bassesse est la vôtre ! Ne rougissez-vous pas de mériter si peu voti'e naissance? Êles-vous en ilroit, dites-moi, d'en tirer quelque vanil('? Et qu'avez-vous fait dans le monde |)our être gentilhomme l Croyez-vous qu'il suflise d'en porter le nom et les armes, et que ce nous soit une gloire d'être sorti d'un sang noble, lorsque nous vivons en infâmes? Non, non, la naissance n'est rici| où la vertu n'est pas, etc. »

^2) La Cnidiennc, fragm. i, p. 151.

(3) Les Adelphes, fragm. xiv, p. 72.

(4) Sent. 597, p. 357, cl Sent. 654, p. ;Jo9.

(5) Sent. 234, p. 346. — (6) Sent. 562, p, 355.

(7) Le Faux Hcicule, fragm. v, p. 22i. '

(8) Le» Vendus, fragm ii, p. 196, et Sent. 691; p. 360. 0 Sent. 636, p. 358.

— lot —

espèce pour la conibaltre et en triompher. Mais nous ne sommes pas pour cela débarrassés de tous nos ennemis.

J'aperçois d'abord le temps qui traîne après lui la pesante et chagrine vieillesse ; puis ce sont les femmes et le mariage , puis les esclaves ; que de maux encore ! que d'obstacles h notre bonheur ! Voyons ces maux ; voyons ces obstacles. Nous verrons aussi de quelles ressources Ménandre nous a pourvus, ou pour notre délivrance ou pour notre soulagement.

Le temps est destructeur et tyrannique. "^^

Destructeur : « Le temps obscurcit tout et ploilge tout dans l'oubli (1). » Tyrannique : « C'est une gi-ande atfaire , ô Phanias ! que de rompre en peu de temps une longue habitude (2). » — c C'est une affaire que de se guérir en peu de temps d'un travers (3). » — « C'est une affaire que de se guérir en un jour d'un travers avec lequel on a longtemps vécu (4) , > tant est grande la tyrannie de l'habitude ! D'un autre côté, « il n'est rien , il n'y aura jamais rien dans la vie humaine qui ne puisse être cru. Les révolutions du temps et les passions des hommes produisent sans cesse quelque chose de nonveau à quoi l'on ne s'attend pas, et qui confond laFai-i son (5). » '"'-■

Mais ce temps si terrible offre des compensations. D'abord , il fait connaître le caractèie : « Le temps est la grande épreuve des caractères (6). > — « liÇ^le^ips est l'épreuve de tous les caractères (7). »,yt.,^,t;^v .\«^<l i;

1 Sent. 54o, p. 355. Il m^Z {è

[2) Incert., fragniciil cxciii, p. 277. T* u ./ ..ï'w;>nl Çô'

(3) Les Philadelphcs, fragm. iii, p. 2i9. ingsii ,3>rtU)0 ^\ï\ ni {?' i%) Le Carthaginois, fragm. m, p. 146. uvxJtJDa m^erCi ..>»v«^ <"^' (6) Incert., fragm. xlu, p 2i7. i a^iB-ù ,i»tytt»oAi>Jl

6) Sent. 219, p. 346.

7 Sent. 573, p 356.

Et puis , il met en lumière la vérité : « Le temps est un juge infaillible en toutes choses (1). « — « Le temps est l'arbitre souverain de toutes choses (2). » — « Le temps amène à la lumière tout ce qui est caché (3). y

— « Le temps découvre tout et produit tout à la lumière (4). j> — « Le temps produit au jour la vérité (5). ^

— « 0 mon maître ! il n'est donné aux plus sages mortels de connaître la vérité qu'à l'aide du temps (6) . »

— « La vérité vient quelquefois au jour sans qu'on la cherche (7). > :->,;-t -

., Jl suit de là que le temps est un instrument de progrès, a Avec le temps, on vient à bout de tout savoir (8). »

— « Je suis grossier, dit un laboureur, et peu au fait des usages de la ville , je n'en disconviendrai pas ; mais le temps achèvera mon éducation (9). »

Le temps est encore un excellent conseiller. « Il n'y a pas de meilleur conseiller que le temps (10). »

De plus , le temps est le médecin de tous les maux nécessaires; « c'est aussi lui qui vous guérira (11). » Au temps se rattache l'Occasion , cet être volage , insaisissable et pourtant si puissant. Que de maux et de biens elle nous apporte ! que de biens le plus souvent , si nous savions en profiter !

« L'Occasion , dit Ménandre, est beaucoup plus forte

(1) Sent. 620, p. 358.

(2) Sent. 753, p. 361.

(3) Sent. 592, p. 357.

(4) Sent. 459, p. 353.

(5) Sent. 11, p. 341.

(6) Incert., fragm. clxx, p. 272.

(7) La Fille battue, fragm. m, p. 19S.

(8) Incert., Tragm. cclmviii, p. 293.

(9) Le Laboureur, fragm. v, p. 97.

(11) Incert., fragm. ci»i, p. 264.

— io3 —

[ue les lois (1). » — « L'Occasion est assez puissante )ur renverser un trône (2). » — < En un clin d'œil, l'Occasion a changé la face des affaires (3). » — « Bien des gens qui n'étaient pas nos amis, le deviennent à l'occasion (4). » — « L'Occasion est un maître en bien des matières (5). * Ainsi, « la foule impatiente ne dégage du raisonnement que des plans confus ; mais , quand elle agit , s'il arrive une occasion favorable , elle trouve immédiatement le secret qu'elle n'avait pas entrevu (6). » — « Ce n'est pas sans raison , ô Ménandre ! s'écrie Palladas , que vous avez dit que l'Occasion était un dieu (7). » — « Souhaitez » donc «c que l'Occasion vous soit toujours propice (8). >

La vieillesse se présente à son tour. Nous débuterons, en parlant d'elle, par ce vers de Ménandre, qui dit tout : « il est beau de vieillir et de ne pas vieillir (9). »

Il est beau de ne pas vieillir, car l'âge est un poids affreux : « Il est bon de vieillir, mauvais de trop vieillir (10). » — « Mortel, l'espérance vous est permise tant que vous n'avez pas atteint la vieillesse (11). » — «Quel refuge a-t-on contre la hideuse vieillesse (12)? » — « La vieillesse viendra, cette vieillesse chargée de malédic-

(1) Sent. 676, p. 359.

(2) Sent. 677, p. 359.

(3) Sent. 729, p. 361 .

(4) Sent. 446, p. 352.

(5) Sent. 449, p. 352.

(6) L'homme qui se porte caution, iragm. ii, p. 115. 7 Incert., fragm. d, p. 331.

(8) Sent. 720, p. 360.

(9) Sent. 283, p. 348.

(10) Sent. 608, p. 357.

li Sent.66i,\i. 359.

(12) Sent. 113, p. 343.

lions (t). » — « Craignez la vieillesse, car elle ne vient pas seule (2). » — « La pauvreté jointe à la vieillesse est un rude fardeau (3). » — « La vieillesse détruit tout; elle détruit la force du corps (4). » — « 0 vieillesse ennemie de la beauté des formes humaines ! Vieillesse , qui ilétris tout ce que tu touches , qui transformes la grâce en laideur, la vigueur en impuissance, et l'agilité en inertie (5) ! » — « Qu'un long âge est une chose fâcheuse ! 0 triste vieillesse ! de combien de maux tu es accompagnée, et sans aucun avantage! Et cependant, tous tant que nous sommes, nous n'avons qu'un vœu, qu'une sollicitude, celle de l'atteindre (6)! » — « Les vieillards souhaitent en vain de mourir, accusant la vieillesse et la longueur de la vie (7). » Comme il est gai d'entendre dire autour de soi : « Le voici ce vieillard à la peau de lézard tacheté (8) ! » ou bien : « c'est un fâcheux animal qu'un vieillard sédentaire (9) . » Ainsi , au point de vue de la beauté et de la santé , « la vieillesse est un fardeau pénible (10). »

Il en est de même au point de vue de l'esprit ; car il y a des vieillards qui vivent dans le désordre ; il y en a qui vous font dire ; « Des hommes d'un tel âge et d'une si illustre naissance (11) » se conduire ainsi ! Ne révélons pas ce que fit « cet ignoble vieillard, qui croyait

(3) Sent. 461, p. 353.

(4) Sent. 648, p. 358.

(5) Incert., frafçm. xxi, p. 239.

(6) Incert., fragin. xxvi, p. 241.

(7) Ibid., fragm. CLXiv, p. 271.

[8] L'Eunuque, fragm. m, p. 124.

^9) Incert., fragm. cci-xxii, p 292.

(10) Scnr 745, p. 361 .

(11) Incert., fragm. ccxl, p. 287.

— loo —

(]u'on ne le voyait pas (1).' » On n'est pas nécessairement sage parce qu'on est vieux, et l'on n'est pas nécessairement fou parce qu'on est jeune. J'approuve ce jeune homme qui dit : « Ne regardez pas si je suis jeune , mais si mes discours sont ceux d'un homme , et d'un homme raisonnable (2). » Pour finir ; « Les cheveux blancs sont signe de vieillesse, non de sagesse (3). » — « Les cheveux blancs ne font pas qu'un homme soit sage ; mais un bon naturel produit chez quelques hommes l'effet de la vieillesse (4). »

Il est beau de vieillir, cai*, le plus souvent, l'âge donne de la sagesse.

« Si le temps nous prive de beaucoup d'avantages, en revanche il aifermit le plus précieux de tous, la prudence (5). » — « Quand un vieillard donne conseil à un vieillard, c'est un trésor qui s'ajoute à un trésor (6). »

— « Les meilleurs conseils sont ceux que donnent les vieillards (7). » — « Il y a plus de sûreté à suivre les conseils des vieillards que ceux des jeunes gens (8). »

— « Un jeune homme doit prêter volontiers l'oreille aux vieillards (9). » — « Recherchez la société des personnes plus âgées que vous (10), » et « répondez par des paroles aux paroles de l'homme qui vous conseille (11). »

Les femmes ! écoutons ce qu'en a dit Ménandre, trop

(I) La Fille battue, fragm. viu, p. 199. 2' Incert., fragm. xci, p. 258

3 Sent. 705, p. 360.

4; Incert., fragm. xcn, p. 258.

(O; Ibid., fragm. cxxs, p. 264.

(6) Ibid., fragm. clxv, p. 271.

(7 Sent. 101, p. 343.

(8) Sent. 107, p. 343.

(9) Sent. 384, p. 351.

(10) Sent. 421, p. 352.

(II) Sent. 311, p. a«.

fidèle disciple, en ce point, d'Euripide et d'Épicurc: «La femme est la perte ou le salut d'une maison (1). » — « Une femme honnête est notre salut (2). » — « Une femme honnête est un trésor pour le sage (3). > Au contraire, « c'est un trésor de maux qu'une mauvaise femme (4). » — « Une mauvaise femme est une tempête dans un ménage (5). » — « Une mauvaise femme tue comme le venin de l'aspic (6). »

Malheureusement les bonnes sont très-rares : < 11 n*est pas facile de mettre la main sur une femme honnête (7). »

— « Il est impossible de trouver une femme fidèle (8). »

— « Une femme n'a jamais différé en rien d'une autre femme (9). »

Elles ont tous les défauts. Elles sont jalouses : « Une femme jalouse met le feu h toute une maison (10). »

Perfides :

« Quelle perfide nature que celle de la femme (11) ! »

— « Les femmes sont habiles à ourdir des ruses (12). »

— « Quand la femme caresse , c'est pour obtenir quelque chose (13). » — « 0 trois fois malheureux l'homme qui

(1) Sent. 85, p. 342.

(2) Sent. 93, p. 342.

(3) Sent. 634, p. 358.

(4) Sent. 233, p. 346.

(5) Sent. 540, p. 355.

(6) Sent. 261, p. 347.

(7) Sent. 94, p. 342.

(8) Sent. 161, p. 344

(9) Sent. 109, p. 343.

(10) Sent. 195, p. 345.

(H) Sent. 560, p. 355.

Virgile :

Varium cl mulabilc scnipcr foemina. [SnMe, tt, ▼, 56B.)

îl2) Sent. 130, p. 313, — 13) Ibid., 600, p. 357.

se fie à une femme (1) ! » — « Il est difficile d'ajouter foi aux paroles d'une femme (2). » — « L'habitude de la femme n'est guère de dire la vérité (3). » — « Une femme qui parle vertu est ce qu'il y a au monde de plus dangereux (4) . » — < Les femmes ne sont jamais plus à craindre que lorsqu'elles déguisent leur trahison sous le langage de la vertu (6). »

Prodigues :

< Toutes les femmes sont dépensières de leur nature (6). »

Orgueilleuses de leur beauté :

« Rien n'est orgueilleux comme une belle fenm3e(7). »

Coquettes :

Telle est celle qui s'est acheté « des cheveux postiches (8) , )> et à qui son mari est obligé de dire : « Sors d'ici au plus tôt! Il ne convient pas qu'une honnête femme porte des cheveux blonds (9). »

Superstitieuses :

« Les dieux nous ruinent, nous autres gens mariés, dit un personnage ; nous avons toujours quelque fête à cTiômer (10). » Simyle, l'ennemi des femmes et du mariage, lui répond : C'est comme chez nous ; « nous avions à sacrifier cinq fois par jour, et, à chaque sacrifice, sept esclaves , rangés en cercle, jouaient de la cymbale , tandis que d'autres faisaient retentir l'air de leure hurle-

il) Sent. 633, p. 3o8.

(2) Incert., fragm. cclvi, p. 289.

3 Ibid., fragro. cxcviii, p. 278.

(4; Ibid,, fragra. cxcvn, p. 278.

5' Ibid., fragm. cvi, p. 260.

6; Sent. 97, p. 343. — 7 Sent. 734, p. 361.

(8) L'Olynthiennc, fragm. iv, p. 177.

(9) Incert., fragm. cxxxiii, p. 265. Les cheveux blonds élaîcnt rëservés aux courtisanes, et les noirs aux honnêtes femmes.

(10 Le Wysogine, fragm. iv, p. 16o.

menls (1). » Dans la Prêtresse , un autre mari fait à sa l'emme les mêmes reproches : « 0 femme, lui dil-il , nul dieu ne sauve un homme de la fureur d'un autre par la volonté d'un mortel. S'il était vrai qu'un mortel , par le seul bruit des cymbales , pût forcer la divinité à descendre du ciel, pour faire ce qu'il désire, cet homme serait plus puissant que Dieu même. Ce sont là des ressources que l'audace et l'appât du gain ont fait imaginer à des hommes impudents , ô Rhodé ! pour la honte de notre siècle (2). » Mais Rhodé ne se contente pas de payer sans doute bien cher des imposteurs pour agir sur les dieux à l'aide des cymbales; renonçant à la pudeur et aux devoirs de son sexe , et désertant le foyer domestique, elle court par voies et par chemins, ivre d'une fureur superstitieuse, en célébrant les orgies de Cybèle ou de la déesse de Syrie. Alors son mari , qui voit son bonheur s'en aller avec sa fortune, lui adresse ces paroles sévères : « 0 femme ! vous passez les bornes prescrites à une chaste épouse. Le seuil de son vestibule est lo terme de sa vie domestique. Franchir le seuil de sa maison, et courir, en aboyant, sur la voie publique, c'est le fait d'un chien , ô Rhodé , et non celui d'une maîtresse de logis (3). »

Emportées :

Œ La femme est querelleuse et prompte à s'irriter (4). » — « Il est plus dangereux d'agacer une vieille femme qu'un chien hargneux (5). » — c Un cheval sans frein , un fruit amer, telle est la définition de la femme (6). «

(1) Le Misogyne, fragm. v, p. 165.

(2) La PrHrcssc, f'nigm. 1, p. 140.

(3) Ihid., fragm. ii, [i- 141.

(4) Incert., fragm. cuxcix, p. 330.

(5) Ibid., fragm. cclviii, p. 290. ,6) Ibid., fragm. ceux, p. 290.

Opiniâtres et sans jugement :

« La femme ne connaît qu'une chose , c'est ce qu'elle veut (1). 9 — « Une femme ne veut jamais ce qui est utile (2). » — « Dispensez-vous de réprimander ou d'avertir une femme (3). » — « Ne donnez pas un bon conseil à une femme ; elle aime mieux faire le mal que lui conseille sa nature (4). >

Sottes :

Aussi leurs maris les appelaient-ils « blettes (5) , » nom d'une plante insipide.

Féroces :

< Les lionnes sont féroces , les femmes ne le sont pas moins (6). » — c De tous les animaux sauvages , le plus sauvage est la femme (7) . j — « De tous les monstres indomptés qui vivent sur la terre ou dans la mer , le plus indomptable c'est la femme (8). » Elles sont la som'ce de tous les maux : « Rien de pire qu'une femme, même qu'une belle femme (9). » — « La femme est une mauvaise graine ; c'est une peste que nous sommes forcés d'entretenir chez nous (10). » — » Qu'est-ce que la fèmme? une ordure déguisée sous un peu d'argent(ll).» — « Que de belles choses périssent à cause des femmes (12)! » — « Combien de gens sont malheureux à

1 Sent. 87, p. 342.

2 Sent. 106, p. 343.

(3) Sent. 353, p. 350.

4) Incert., fragin. clvi, p. 269.

(5 Ibid., fragin. cccxlvi, p. 307.

(8) L'Enfant supposé, fragm. viii, p. 214.

(9) Sen(. 413.p. 351.

lO; Sent. 304 et 305, p. 348.

(11) Sent. 469, p. 353.

12 Sent. 181, p. 345.

cause des femmes (1) !» — « La femme est un (léau vivant partout où elle se trouve (2). » — « La mer, le feu, la femme , triple fléau (3). » — a La femme est un bagage lourd de mille et mille maux (4). » — « Les femmes sont la source de tous les maux (5). » — « Où sont les femmes, là sont tous les maux (6). » Ainsi, « la femme n'aurait pas dû naître pour bien des raisons (7). >

Par elles le mariage est un malheur :

« Prendre femme, c'est se préparer des regrets (8). » — « Il n'est point pour l'homme de mal auquel la femme ne contribue (9). » — « Vous vivrez plus à votre aise si vous n'avez pas de femme à nourrir (10). » Car « une femme ne fait qu'aflamerson mari (11). » Une fois sous le joug du mariage, vous n'êtes plus libre (12). > — « Croyez qu'en vous mariant vous vous rendez esclave pour la vie (13). » — « Ne prenez point femme, et vous ne creuserez point votre tombeau (14). » — « Le mariage est pour les hommes un mal volontaire (15). » — c Périsse de toute manière celui qui s'est le premier avisé de prendre femme ! Périsse aussi le second , puis le troisième, puis le quatrième, puis quiconque les a imi-

(1) Sent. 700, p. 360.

(2) Sent. 324, p. 349.

(5) Sent. 134, p. 344.

(6) Sent. 623 et 694, p. 358 et 360.

(7) Sent. 198, p. 345.

(8) Sent. 91, p. 342.

(9) Sent. 541, p. 355.

(10) Sent. 468, p. 353.

(11) Sent. TJ, p. 342 i2) Sent. 197, p. 3i5.

(13) Sent. 382, p. 350-

(14) Sent. 362, p. 350.

(15) Sent. 102, p. 343.

tes (I) î » — « N'est-ce pas avec raison qne l'on nous représente Prométhée cloué aux rochers du Caucase, et que, pour tout honneur, on ne lui a consacré qu'un flambeau ! Chose qui , selon moi , fait horreur à tous les (lieux, il a tiré de l'argile les femmes, ce sexe impur, ô dieux vénérables ! Un homme se marie-t-il , qu'il s'attende, pour le reste de ses jours, aux passions mauvaises agissant dans l'ombre, à l'adultère triomphant dans le lit conjugal , aux breuvages empoisonnés , à l'envie enfin , cette maladie épouvantable avec laquelle la femme passe toute sa vie (2). » La plainte en adultère portée « le cinquième jour avant la fin du mois (3) , » — « la femme quitte son mari, le mari répudie sa femme (4). » Triste nécessité! « Suis-je donc, assez insensé, dit un personnage, d'attendre d'une femme quelque reconnaissance? Qu'il ne m'en advienne aucun mal, et je me croirai trop heureux. La gratitude ne germe point dans un cœur femelle (5). » Ce personnage était digne d'adresser ces paroles à son ami : « Puisque tu as résolu de te marier, sache que tu seras très-heureux si tu n'es pas trèsmalheureux (6) ; » et d'ajouter : « Tu vivras heureux si tu n'es point marié (7). » — «Ne mets point ta vie entre les mains d'une femme (8). » — « Plutôt vivre avec un lion que d'habiter avec une femme (9). » — « 11 vaut mieux enterrer une femme que de l'épouser (10). »

(1) L'Incendiée, fragm. i, p. 114.

(2) Incert., fragm. vi, p. 231.

(3) L'Esclave Lacédémonienne, p. 221.

(4) Incert., fragm. cdxxvii, p. 317.

(5) Ibid., fragm. \xu, a, b, p. 241.

!6) Ibid., fragm. cii, p. 260

7) Sent. 78, p. 342.

8) Sent. 86, p. 342

9) Sent. 327, p. 349.

10 Sent. 95, p. 342.

Le mariage est un malhcui' , non-seulement à cause des femmes, mais aussi à cause des enfants":

« Avoir femme et enfants , mon cher Parménon , c'est avoir bien des inquiétudes en tête (1). » — « Se donner des enfants , c'est se nuire de gaîté de cœur (2). » — « C'est se créer, sans fin et sans trêve, des chagrins, des craintes, des soucis, que d'être père (3). » — « Ou vivre seul, ou mourir si l'on devient père, tant les charges de la paternité rendent la vie intolérable (4) ! » — c Rien de plus malheureux qu'un père , si ce n'est un autre père ayant plus d'enfants (5). » Maudit soit donc le moment où il me faudrait faire « donner du lait à un nouveauné (6)! »

Il est un malheur, surtout à cause des filles : « C'est un bonheur que d'avoir un fils raisonnable; mais une fille est un fardeau bien onéreux pour un père (7). > — « Ce jour-ci me donne une fille , c'est-à-dire ou ma gloire ou ma honte (8). » — « Une fille est un meuble incommode et difficile à placer (9). » — « Une fille nubile , à qui l'on propose un époux , lors même qu'elle ne dit rien, indique assez ses sentiments par son silence (10). » Écoutez cette jeune fille : t On était aux Dionysiaques, époque du concours des poètes tragiques (1 1) ; * — « c'é-

(1) Incert., fragm. cm, p. 260.

(2) 5en(. 641, p. 358.

(3) L'Accusation anticipée, fragm. n, p. 196

(4) L'Héritière orpheline, fragm. iv, p. 117.

(5) Incerl., fragm. ex, p. 261.

(6) Ibid., fragm. dviii, p. 332. il paratt qu'on donnait aux imuvi'aunés du mici cl non du lait. I^ Schnlia$tc d'Arislophane rolèvo graxomciil celle grave erreur de Ménandre.

(7) lx$ Cousins, fragm. ii, p. 86.

(8) Incert., fragm. cdlxxxii, p. 327.

(9) Sent. 750, p. 361, et les Pécheurs, fragm. vi, p. 76.

(10) Incerl., fragm. r.xiv, p. 262. — (11^ Ihiil., fragm. ceci, p. 300

tait la procession des Dionysiaques H m'accompagna

jusqu'à la porte de la maison ; puis il se fit bien venir de ma mère , à force de visites et de caresses , et il me connut (1). » Quand on annoncera à la mère « que la jeune fille est sur le point d'accoucher (2) , » qu'aura-t-elle à répondre? « Ma fille? » Voilà pour le premier étonnement ; et puis : « Il est vrai que cette enfant est très-portée pour les hommes (3). »

En conséquence , Ménandre pense qu'il est utile de s'abstenir du mariage : « Quiconque m'en croit » , dit-il, « refusera de se marier (4). » — « Vous vivrez sans chagrin, si vous ne vous mariez pas (5). > — « L'homme qui ne se marie pas ne saurait être malheureux (6). » — « Quand vous voudrez vous marier , regardez chez vos voisins (7). > — « Tomber dans le feu ou prendre femme, c'est absolument la même chose (8). » Un personnage de l'Arrépliore dit à son ami : « Si vous faites sagement , vous ne changerez pas votre train de vie , et vous ne tâterez pas de l'hymen. J'ai pris femme, moi, et voilà pourquoi je vous conseille de ne point vous marier. — Mon parti est pris ; le dé en est jeté. — Persévérez dans le célibat. Vous êtes présentement sain et sauf; vous vous lanceriez sur une vraie mer d'ennuis , sur une mer qui n'est ni celle de Lybie, ni celle d'Egée oii, sur trente nacelles , il n'en périt pas trois ; tandis que , de tous ceux qui se sont mariés , on n'en cite pas un qui soit arrivé au

(1) Incert., fragm. xxxii, p. 243.

21 Ibid., fragm. cciv, p. 279.

3) La Fille ballue, fragm. v, p. 198.

(4) Sent. 684, p. 359.

(5) Sent. 56, p. 341, et Sent. 595, p. 357.

(6) Sent. 437, p. 352.

,7) Sent. 103, p. 343 8 Sent. 575. p. 356.

port (1). » Quelqu'un s'écrie dans tes Adelphes : « Oh! que je suis heureux , je ne me marie pas (2) ! » Ce jour est pour moi « un jour blanc (3) » aurait-il pu dire. En tout cas , « vieux , n'épousez pas une femme jeune (4) ; » — « un vieillard amoureux , c'est le comble de l'infortune (5). )> — « 0 trois fois malheureux quiconque, étant pauvre , se marie (6) ! » — « Le pauvre qui veut mener une vie agréable ne doit point se marier : c'est une fantaisie qu'il faut laisser aux riches (7). » Rien n'est plus ridicule qu'un pauvre qui veut faire chanter pour lui : < 0 hymen ! ô hymenée (8) ! »

Mais quand on est décidé à faire une chose , les prétextes ne manquent jamais. Voici un homme qui veut se marier en dépit de Ménandre; il saura bien que lui dire : > La mère et la fille étaient assises sur le char (9). » La fille, «t vierge (10), » sans doute. Aussitôt «je sentis naître en moi de violents désirs (11); » mais bientôt ma

(1) L'Ârréphore, fragm. i, p. 88.

(2) Les Adelphes, fragm. i, p. 69.

(3) La Leucadienne, fragment vi, p. 160. C'était un usage très-ancien de marquer les jours heureux avec du blanc et les jours malheureux avec du noir.

Ovide a dit :

Mos erat antiquus nivcis atrisquc lapillis,

His damnare reos, ilUs absolvere culpâ. (Met. xv, 41.)

Horace :

Cretâ an carbone uotandi? (.Sat. u, 3, 246.)

et encore :

Cressâ ne careat pulchra dies nota. (Od- 1. I, xxxvi.)

(4) Sent. 110, p. 343.

(5) Sent. 90. p. 342.

(6) Sent. 757, p. 362.

(7) Jncert., fragm. civ, p. 260.

(8) Ibid., fragm, cccxxxii, p. 301.

(9) Ibid., fragm. ccxxii, p. 283.

(10) Ibid., fragm. ccclvii, p. 309.

(11) Incert., fragm. cclxii, p. 309, cl fragm. cdxxxix, p. 318.

passion tombe, et je n'y pense plus. Toutefois, un de mes amis « philosophe sur les moyens de iaire réussir ce mariage (1). » — < Es-tu devenu fou? » me ditil ; a il est ridicule qu'un homme , épris d'une jeune fille libre , voie en silence et froidement lui échapper ce mariage , l'objet de ses désirs (2). > Mais , je te connais ; « si tu ne te maries pas, crois-moi le dernier des Mysiens (3). » Ainsi parle notre homme; et, pour se fortifier dans son projet d'union , auquel il est revenu , il débite des sentences du genre de celles-ci : « Cherchez quelqu'un qui vous seconde (4) ; » — « cherchez une femme qui vous seconde (5). » — « Se marier, à bien considérer la chose, est un mal, mais un mal nécessaire (6). » — «La femme est un mal, mais un mal agréable (7). » — « A bien prendre la chose, ô Lâches, rien de fait l'un pour l'autre comme l'homme et la fenmie (8) I » — « Il est beau de voir à une femme un beau caractère (9) ; > — «et cela n'est pas si rare , puisque j'ai un de mes voisins qui a épousé une fenmie d'une modestie admirable (10). » Il continue en ces termes : « Celui-ci va chantant des chants éphésiens de noce en noce (11) ; » je voudrais bien qu'il en chantât pour moi. Je voudrais être déjà dans le « bain nuptial (12). » Je

(1) Thrasyléon, fragm. iii, p. 139.

(2) Le Laboureur, fragm. vi, p. 97.

i3) Incert., fragm. cdlxxxi, p. 327; proverbe déjà cité^

l4) Sent. 188, p. 345. — 5) Sent. 199, p. 345.

(6) Incert., fragm. cv, p. 260.

J) Sent. 493, p. 354.

i8) Incert , fragm. ci, p. 259.

v9} Sent. 675, p. 359.

(10) Incert., fragm. ccxxxviii, p. 287.

(11) L'Enfant supposé, fragm. ii, p. 181. Sorte de chants magiques qui devaient porter bonheur au.\ époux.

12) L'Enfant supposé, fragm. xiv, p. 216.

voudrais offrir le sacrifice qui précède la célébration du mariage (1), » manger « le sésame (2) » qui féconde, et m'entendre dire par la mère de la jeune fille : « Je vous donne ma fille pour avoir d'elle des enfants légitimes (3). » C'est qu'en effet cet homme ne redoute pas d'être père ; il trouve que les enfants ont leur bon côté : « Les enfants maies, dit-il , sont les colonnes d'une maison (4) ; » les enfants sont le lien le plus étroit de l'amour (5). » 0 enfants ! quel charme vous êtes pour le cœur de l'homme (6) !» — « Que c'est bien fait d'être le père de quelqu'un (7) !» — « Il est triste d'avoir une maison opulente en biens et vide d'héritier (8). »

Qu'est-ce que Ménandre doit répondre à cet épouseur? Vous voulez vous marier, mariez-vous ; mais ayez soin, du moins , de faire un bon choix , sous peine de vous écrier bientôt , comme un de mes personnages : « Ah ! malheureux que je suis ! où donc avais-je l'esprit lorsque , pouvant faire un si bon choix , j'en ai fait un si mauvais (9) ! » Or, voici les précautions à prendre pour faire un bon choix. Il ne faut pas épouser une femme pour sa beauté : a. Jugez non d'après la beauté , mais d*a-

(1) Incert , fragm. ccclxxxi, p. 312

(2) Ibid.. fragm. cdxxxv, p. 318. On servait du sésame aux nouveaux mariés parce qu'on lui attribuait une vertu fécondante.

(3) Incert., fragm. clxxxv, p. 275.

(5) Sent. 736, p. 361.

(6) Incert., fragm. ceux, 6, p. 290.

(7) L'Incendiée, fragm. iv, p. 114.

(8) Incert., fragm. cxi, p. 261.

(9) Ibid., fragm. xxxv, p. 244. Voici comment Amyot a traduit ce passage :

0 moi cbétif, hélas 1 en ce temps là Que je choisy non ceci mais cela * Kn quel endroit «le toute ma personne Klîiit logé re qui en niny raisonne?

près la vertu (1). » — « ÏN'allez pas vous récrier à l'aspect d'une belle femme; car la beauté cache bien des vices (2). » N'allez pas dire comme ce niais : « 0 Jupiter vénérable ! comme nos femmes sont belles (3) ! » Et qu'importe qu'elles soient belles, si elles sont méchantes ! « Quelqu'un qui , dans un beau corps , cache un méchant caractère , c'est comme s'il avait un beau vaisseau conduit par un mauvais pilote (4). » — « Deux choses sont à considérer pour tout homme qui se marie : figure agréable , ou bon naturel : heureux qui peut les concilier (5) ! » — « Quelle douce chose que la beauté quand l'honnêteté y est jointe (6) ! »

En second lieu , il ne faut pas épouser une savante : « Instruire une femme, c'est mal faire ; car c'est ajouter du poison à un aspic déjà redoutable (7). >

En troisième lieu, il ne faut pas, pauvre soi-même , épouser une femme pauwe. J'en prends à témoin l'un des deux maris du Collier. Entendez ses plaintes lamentables : « 0 trois fois malheureux quiconque , étant pauvre, se marie et devient père! Qu'il faut qu'un homme ait manqué de raison de s'embarquer dans un ménage , sans ressource pour le présent, et sans avoir de quoi pa-

,1 Sent. 333, p. 349.

(•2) Incert., fragra. clv, p. 269.

(3) Ibid., fragm. cdlxxx, p. 327.

(4) Ibid., fragm. clxvi, p. 271.

l5- Ibid., fragm. lviii, p. 251. C'est aussi ce que dit Don Quichotte à Sancho lorsqu'il lui donne les raisons de son amour pour Dulcinée : « Porquc has de saber, Sancho, si no lo sobes, que dos cosas scias incitan à amar mas que otras, que son la mucba hermosura y la buena fama, y estas dos cosas se hallan consumadamente en Dulcinea, etc.

[Parte ï, capitula xiiv.)

<6i Sent. 555, p. 355.

Vii^ile :

Gratior et pulchro venicus in corporc virtus. (En. 1. v, v. 314). 7) Incert., fragm. cuv, p. 269.

rer aux accidents de Ta venir , à ces accidents si communs dans la vie humaine ! Il est réduit à mener une vie obscure et misérable , étranger à tout ce qu'il y a de bien , accablé de tout ce qu'il y a de mal. Telle est la fâcheuse expérience que j'ai faite ; et puisse le malheur d'un seul servir de leçon à tous les autres (1) ! »

Enfin , il ne faut pas , tombant dans l'erreur contraire, épouser une femme pour sa dot : « Quiconque se marie doit moins considérer la dot que le caractère de sa future (2). y> Il ne doit pas jeter un œil d'envie sur « l'apport de l'épousée (3); » car « ce n'est pas l'or, mais l'honnêteté qui embellit la femme (4). » — « N'épousez pas la dot , mais la femme (5). > — « Une femme qui a du bien est le tyran de son mari (6). > — Celui qui recherche en mariage une riche héritière est sans doute victime de la colère des dieux : c'est un homme qui se dévoue à un malheur certain au prix d'une félicité imaginaire (7). ? J'en prends à témoin l'autre mari du Collier, celui qui , en épousant une femme riche, s'est donné un maître. Entendez aussi ses plaintes amères : « Oh ! pour le coup, la riche héritière va dormir sur l'une et l'autre oreille , après la belle et mémorable prouesse qu'elle a faite. Elle vient de chasser de céans celle qui l'offusquait, celle qu'elle s'était mis en tête d'éloigner, afin que tous les yeux se tournent vers le visage de Crobyle. Alors , en effet, l'on s'est aperçu que Crobyle était bien ma femme , ou plutôt mon tyran , à la mine qu'elle a prise.

(1) Le Collier, fragm. iv, p. 192.

(2) Sent. 211, p. 346.

(3) Incerl., fragm. cdxxv, p. 317.

(♦) Sent. 92, p. 342.

^5) Sent. 98, p. 342.

,6) Sent. 3G3, i>, 3oO.

[1) Jneert., fragm. lv, p. 250^

Certes, le vieux proverbe a raison, qui dit : L'àne parmi les singes ; et je veux encore passer sous silence la nuit , la nuit fatale qui fut la source de tous mes maux. Ah ! malheureux que je suis d'avoir épousé , pour ses seize talents un bout de femme , Crobyle , haute d'une coudée ! Est-il possible de supporter son orgueil? Non, par Jupiter olympien ! non , par Minerve ! cela n'est pas possible. Cette pauvre petite servante , plus prompte que la parole , qu'on me la rende , ou qu'on m'en donne une pareille (1)! » Ailleurs, ce malheureux, parlant à un de ses amis , lui dit avec désespoir : c J'ai épousé une héritière, une vraie Lamia : ne vous l'ai-je pas dit? ne vous l'ai-je pas répété? C'est à elle qu'appartiennent cette maison , ces champs , toutes ces dépendances , et c'est en l'épousant que j'en suis devenu le maître ; mais , par Apollon ! à quel prix ! à quelle condition ! Ce n'est pas pour moi seul qu'elle se montre fâcheuse , elle l'est pour tout le monde , pour mon fils , et beaucoup plus encore pour ma fille. » Son ami lui répond : « C'est un mal sans remède ; je ne le sais que trop (2). > Prenez donc garde d'être obligé de dire à votre tour : « J'ai été à moi-même mon mauvais génie en épousant une femme riche (3) ; » car , encore une fois , tout homme pauvre qui se marie , en recevant la dot avec la femme , se livre lui-même , et Dépossède pas celle-ci (4). » — « Ce n'est qu'en possédant le bien de ses pères qu'on jouit d'une heureuse aisance. Les biens qui entrent dans la maison avec une femme sont une propriété peu sûre et encore moins agréable (o). » — « Ainsi , par Jupiter sauveur! voilà ce que nous de-

(1) Le Collier, fragra. i, p. 189.

(2) Ibid., fragm. H, p. 191.

(3) Sent. 132, p. 344.

(i) Incerl., fragra. tvii, p. 251.

o Ibid., fragm. uv. p. 250.

— no —

vrions tous faire avant de nous marier , pour nous épargner des regrets. Ne pas s'arrêter à des vétilles, ne pas s'enquérir quel a été le grand-père de la future , ou quelle a été sa grand'mère , tindis que la personne même qu'on épouse, avec laquelle on doit passer la vie, on n'examine, on ne regarde même pas qui elle est ; mais on fait apporter la dot sur la table, pour qu'un expert vérilie si cet argent , que nous ne garderons peut-être pas cinq mois entiers , est de bon aloi ; et la personne qui doit rester , sa vie durant , assise à nos foyers , nous ne la vérilions pas, nous la recevons les yeux fermés, au risque de trouver en elle une sotte , une acariâtre , une emportée , une babillarde. « Oh bien! moi » , dit le personnage qui parle, « je vais promener ma fille dans tous les quartiers de la ville. Vous qui la désirez prendre , parlez , voyez quel fléau vous allez prendre chez vous. Toute femme est un fléau , c'est chose inévitable : heureux celui qui a reçu le moindre en partage (1) ! »

Vous avez pris toutes les précautions indiquées plus haut, et vous vous êtes marié. Maintenant, comment vous conduire dans votre ménage? Recevez quelques préceptes à cet égard.

Vous serez maître chez vous. « Ou ne vous mariez pas du tout, ou faites-vous obéir (2). » — «La nature ne veut pas que les femmes commandent (3). > — « Il faut qu'une femme ne parle qu'en second , et que l'homme ait l'empire suprême. Toute maison où la femme a gouverné a toujours péri par cet endroit (4). » — « Une femme sans dot n'a pas le droit de parler (5). » D'ailleiurs,

(1) Jnccrl., fragm. m, p. 228.

(2) Sent. 215, p. 3i6.

(3) Sent. 100, p. 343.

(4) L'Enfanl supposé, fragm iv, p 213

(5) .<îc«(. 371.p. 350.

— Mi —

l'épouse qui comprend ses intérêts ne refuse point d'obéir, car elle sait qu'il y a dans la douceur et la soumission une force irrésistible : « Le philtre de la femme, c'est une humeur agréable ; c'est avec ce talisman qu'elle subjugue son mari (1). »

Exercez l'autorité, mais gardez- vous de la tyrannie. N'imitez pas ce jeune homme qui, par caprice ou par jalousie, enferma sa fiancée dans un cercle de pots. « C'est un étrange moyen de s'assurer de sa fiancée (2). » Profitez aussi des conseils suivants que vous donne une femme ; « Il faut, ou ne se pas marier, ou, quand on se marie, s'en aller en silence a^ec une bonne dot et la femme, sans se tourmenter au sujet des amants ; surtout il ne faut pas qu'un homme sage emprisonne jamais sa moitié dans les profondeurs de sa maison. Ce sexe curieux aime les plaisirs du dehors. Permettez-lui de porter ses regards où bon lui semble, de tout voir, de se montrer en tout lieu : sa curiosité satisfaite l'éloignera de mal faire. L'homme lui-même est amoureux de tout ce qu'on lui cache. Quant à l'époux qui enferme sa femme sous des verroux et des scellés, quelque prudemment qu'il semble en user, il ne fait que de vaine besogne, et, sage en apparence, il est fou en réalité ; car, si l'une de nous a logé son cœur au-dehors , elle s'échappe plus prompte que la flèche ou la plume; elle trompera jusqu'aux cent yeux d'Argus. A tous les maux qui en résulteront se joindra un grand ridicule; l'homme sera trompé, et la femme sera perdue à son tour (3). »

(1) Incerl., fragm. c, p. 250.

(2) Ihid., fragm. cccv, p. 298.

;3; Ibid., fragm. i, p. 226. Dans l'École des Maris, LiseUe dit quelque chose de semblable :

En effet tous ses soins sont des choses infâmes : Somnics-nous rhez les Turcs, pour enfermer les femmes?

Pas de faiblesse néanmoins; votre femme ne doit pas avoir avec le dehors un contact qui serait pernicieux « La place des femmes est à leurs rouets et non dans les assemblées (1). »

Vous aurez soin encore de garder vos secrets : « N'admettez jamais les femmes à délibérer avec vous (2). » — « Ne communiquez jamais rien d'important à une i femme (3). » Si quelqu'un vous dit : « Cependant, montrez cela à votre épouse (4), » ne l'écoutez pas.

En revanche, vous n'écouterez pas celui qui vous conseillerait de la tromper, en disant : «Quiconque, après s'être engagé par serment à l'égard d'une femme, ne tient pas son serment, fait un acte agréable aux dieux (5). »

11 est probable enfin que vous aurez des ennuis , des peines, dans votre ménage. Vous les porterez légère-

Pensez-vous après tout que ces précautions Servent de quelque obstacle à nos intentions? Et, quand nous nous mettons quelque chose à la tête, Que l'homme le plus fin ne soit pas une bête? Toutes ces gaixles-là sont visions de fous. Etc.

{L'École des Maris, acte I, se. ii.)

En effet, ni les verroux ni la surveillance n'ont empêché Isabelle de tromper Sganarelle; Agnès de tromper Arnolphe ; et Rosine de IromiXT Bartholo.

(1) Sent. 260, p. 347. Arnolphe défend aussi à Agnès de fréquenter les assemblées :

Huitième maxime :

Ces sociétés déréglées

Qu'on nomme belles assemblées, Des femmes tous les jours corrompent les esprits; En bonne politique on les doit interdire;

Car c'est là que l'on conspire

Contre les pauvres maris.

(L'École de* Femmes, acte III, se. lu.)

(2) Sent. 355, p. 350.

(3) Sent. 361, p. 350.

(4) l.a Fille à qui on a coupé Ict cheveux, fragm. m, p. 198 [$) Inccrl., fragni. cdlxix, p. 325.

ment. * Il y a partout beaucoup d'inconvénients. Mais ce qu'il faut considérer, c'est si le bien ne l'emporte pas sur le mal (1). » C'est ce que ne sut pas faire le Misogyne. Cet homme, s'étant marié et marié à la légère, s'aperçut bientôt qu'il avait fait une bévue : sa femme était superstitieuse, au point de faire cinq coûteux sacrifices par jour ; coquette et dépensière au point de payer c dix mines le cotyle de parfum (2) , » qui n'en valait que cinq ; de sorte qu'elle ruinait ce pauvre Simyle. Mais lui, après avoir eu le tort de se marier, eut le tort de s'en repentir.

Il prit tellement sa femme en horreur, que celle-ci ne pouvait plus rien dire ni rien faire sans l'exaspérer. Un jour que cette malheureuse l'avait mis en colère, je ne sais trop pourquoi : « J'avoue, dit-il à un de ses amis, que je ne puis supporter la chose. » Mais celui-ci, loin d'encourager sa passion, lui répondit avec un grand bon sens : « C'est que vous la prenez à gauche. Vous n'envisagez le mariage que par son mauvais côté, par celui qui vous chagrine, et vous ne faites attention à aucun de ses avantages. Or, dans tout l'univers, vous ne trouverez, Simyle, aucun bien qui n'ait aussi ses inconvénients. Une femme prodigue est à charge, dites-vous, et ne souffre pas que son mari vive comme il lui plaît? Mais elle apporte à l'homme un grand bien, des enfants ; si vous devenez malade, votre femme vous soigne avec zèle ; malheureux , elle s'associe à vos disgrâces ; mort, elle vous met dans la tombe, et vous rend les derniers devoirs. Voilà ce qu'il faut considérer, ce qu'il faut opposer aux inconvénients journaliers dont vous avez h vous plaindre; car, de cette manière, l'ensemble du mariage vous paraîtra tolérable. Si, au contraire,

1 ' Iji Béotienne, fragm. ii, p. 94.

2* IjC Misogyne, fragm. ii, p. 165.

VOUS allez vous attacher à faire le relevé des chagrins de j l'hymen, sans mettre en balance ce qu'il offre d'avanta- ' geux, vous passerez votre vie à gémir (1). » Mais Simyle ne profita pas de ces sages avis. Il continua à persécuter sa femme , si bien que , perdant patience , celle-ci lui dit un jour : « Je vous jure par le soleil que je me vengerai de vos outrages (2). » Elle tint parole; et Simyle le Misogyne, « comparaissant sur la place triangulaire (3) , » — « un jour de jugement (4) , » put s'entendre dire : « C'est là que vous amènent le cahier de deux feuilles , et son serment devant les juges, et la drachme qu'elle a consignée (3). »

Il reste à parler des esclaves pour clore la longue liste des causes qui peuvent, suivant Ménandre, ti'oubler ou détruire complètement le bonheur de l'homme.

(1) Le Misogyne, fragm. i, p. 164.

(2) Ibid., fragm. vi, p. 166.

(3) Incert,, fragm. cdxii, p. 315; place où l'on rendait les jugements.

(4) Jbid., fragm. cccxcvii, p. 313.

(5) Le Misogyne, fragm. vu, p. 166. Il y a aussi dans Molière toute une théorie du mariage. Les Amants magnifiques sont une recommandation aux parents de laisser leurs enfants libres de suivre leur inclination. L'Amour médecin et le Médecin malgré lui, joyeuses satires des médecins du xviie siècle, renferment néanmoins le même enseignement. Le Mariage forcé nous engage à bien réfléchir avant de donner notre parole , car une fois qu'elle est donnée, il n'y a plus à se dédire. Dans Georges Dandin , Molière prouve que les mariages d'intérêt et de vanité ne sont pas heureux. Dans le Sicilien, l'École des Maris , et surtout l'École des Femmes , il prouve que séquestrer sa femme et la tenir sous des clefs et sous dos verroux, c'est injustice et folie. Pourquoi le vieil Argan est-il un malade imaginaire? Parce qu'il subit l'ascendant de Bélisc , sa seconde femme , laquelle déleste les filles de son mari et cherche à les faire mettre dans un couvent pour hériter de leurs biens : dans ce but, elle cajole le bonhomme, qu'elle pousse tout doucement dans la tombe par la main des médecins. Voilà les inconvénients d'un second mariage. Enfin la comédie des Femmes savantes fait voir dans quels dangers In haine de certaines femmes |)Our les soins du ménage et h'urs prétentions dêpiaréfs pMivenl jeter une famille.

Dans une maison qui renferme beaucoup d'esclaves , le maîti^e est moins libre que ses serviteurs, et, pour parler comme Ménandre : « Il n'y a qu'un esclave dans la maison, c'est le maître (1). »

Les esclaves , triste engeance ! < Rien de pire qu'un esclave, fût-il excellent (2). » — « Je hais un esclave qui a plus de fierté que son maître (3). » — <î Je n'aime pas un esclave qui a des sentiments au-dessus de son état (4). »

Cependant dire du mal des esclaves n'avance à rien; ni les maîtres, ni les esclaves ne s'en trouvent soulagés. Mieux vaudrait donner aux uns et aux autres quelques bons préceptes de conduite. C'est aussi ce que fait Ménandre.

Idées pratiques à l'asage des EsclaTes.

« Esclave , crains de servir un homme qui a été esclave (o). » — < Esclave, crains de servir sous celui qui a été esclave comme toi; car le bœuf qu'on a laissé reposer a bien vite oublié le joug (6). » — « Il faut toujours fuir les maîtres emportés (7). » — « Esclave, aie de l'affection pour ton maître (8). » — « Qu'il est doux pour un esclave d'avoir un bon maître (9)! » — « Heureux celui qui sert un homme heureux (10)! » — « Le

;i) Sent. 168, p. 345.

[2) Sent. 133, p. 344

3) Sent. 323, p. 349.

.4' Incert., fragm. cclv, p. 289.

fo) Sent. 138, p. ^44.

i6) Incert., fragm. cxltx, p. 268.

i7i Sent. 534, p. 355.

(8) Sent. 116, p. 343.

(9) Sent. .356, p. 355.

— ne —

plus sûr pour un serviteur est, comme on dit, de faire ce que son maître lui ordonne (1). > — « Sers un homme libre, dès lors tu n'es plus esclave (2). »

Idées pratiques h Vnaage des maîtres.

« Celui qui a trouvé un serviteur fidèle possède le bien le plus précieux qu'il y ait dans la vie (3). » Un maître doit aimer à dire de son esclave : « C'était un esclave économe et marchandant beaucoup (4); » et il doit aimer à lui entendre dire : « Combien il vaut mieux vivre serviteur d'un bon maître que de vivre libre au sein de l'indigence et de l'obscurité (5)! » ou encore : « Ma patrie, mon asile, ma loi, ma règle du juste et de l'injuste, c'est mon maître : ce n'est qu'auprès de lui seul que je puis vivre (6). » Tel était l'excellent esclave du Collier, qui prit tant d'intérêt au malheur de son maître (7) . Soyez indulgent pour lui , car « c'est le courage, mon cher, qui seul soutient l'esclave (8). » Voulezvous le rendre meilleur , donnez-lui un peu de liberté. « L'esclave qui apprend à être servile en tout ne peut être qu'un méchant homme; laissez-lui son franc-parler, et vous en ferez un excellent serviteur (9). » Vos esclaves devenus meilleurs, voulez-vous qu'ils ne se gâtent plus, entretenez la division parmi eux. Pour moi, c jamais,

(1) L'Accusation anticipée, fragm. i, p. 196.

(2) Incerl., fragm. cclxxxix, p. 293. Tels furent Ésope, Diogène ♦>! Êpictèle.

(3) Ibid., fragm. xcviii, p. 259

(4) Le Phanion, fragm. ii, p. 217.

(6) Incerl., fragm. clxxix, p. 274.

(6^ Ibid., fragm. lvi, p. 250; ce fragmonl a déjà été cité p. 10.

(7) Cité aussi p. 10

(8) La Thetsalienne, fragm. ii, p. 133. 9^ L'Enfant, fragm. i, p. 181.

en olïVanl des sacrifices aux dieux, je ne les ai pas priés de sauver ma maison, mais de permettre, chose la plus utile du monde, qu'il y ait division parmi les esclaves (1). » De la sorte, en effet, un bon esclave n'entendra jamais murmurer à son oreille ces paroles dangereuses : « Que te sert-il d'être honnête , si ton maître prodigue ses biens sans que tu en profites? Tu ne fais que te nuire, et tu ne l'obliges pas ('i). »

Mais je suppose qu'en dépit de tous les conseils que Ménandre nous a donnés nous tombions dans l'infortune, quelles ressources nous resterait-il? D'abord il faudrait avoir recours à notre propre industrie, s'il est vrai que « la nécessité double toujours nos moyens (3). » Dans le cas où cette première ressource nous manquerait, il faudrait aller frapper à la porte de nos amis. « Dans l'adversité, n'ayez pas peur d'un ami fidèle (4). » Voici un malheureux qui dit à son compagnon ; « Reste ici près de moi; car je vais frapper à leur porte, et faire venir quelqu'un d'entre eux (3). » — « Je vais frapper; mais la porte a crié, c'est quelqu'un qui sort (6). » Ce quelqu'un , c'est un ami ; * et maintenant il a trouvé dans la ville cet homme qui est un autre toi-même, ou un autre moi-même ("7). »

On connaît la puissance de l'amitié : « Regardez les vrais amis comme des frères (8). » — « Il n*y a pas de

(1) Incerl., fragm. xxx, p. 242. Caton l'Ancien usait de cette recette. Au dire de Plutarque, il imaginait toujours quelque sujet de querelle pour tenir les esclaves séparés, suspectant et redoutant beaucoup leur bon accord.

(2) Incert., fragm. lui, p. 250.

(3) Sent. 22, p. 340. — (4) Sent. 533, p. 355.

(5) Le Deux fois Trompeur, fragm. ii, p. 105.

(6) Incert., fragm. ccvni, a, b, p. 280. ,7 Hymnis, fragm. iv, p. 210.

(8 Sent. 377, p. 350.

plus belle possession que celle d'un ami (1). » — « Dans les circonstances difficiles, un ami vaut mieux que de l'argent (2). » — « Ayez des amis, vous aurez des trésors (3). » — « Tant est doux le commerce d'un ami qui partage tous nos sentiments (4) !» — « Qu'il est doux de vivre avec ceux que l'on préfère (5) ! > — < Heureux celui qui a trouvé un généreux ami (6)! > — « L*ami qui implore son ami n'est pas un ami (7) ; » le prier doit suffire. « Tu le plains de la pauvreté, mal le plus léger du monde; car, qu'est-ce qu'un mal dont un seul ami bienveillant peut être le médecin (8)?» Oui, « un bon ami est le médecin de la douleur (9). » — « Quand le corps est malade, c'est un médecin ; quand l'âme est malade, c'est un ami qu'il nous faut : le langage de l'amitié sait guérir la douleur (10). » — « La parole d'un ami est douce aux affligés (H). » — «La plus grande consolation pour les malheureux , c'est de ne voir autour d'eux que des gens qui partagent leur affliction (12). i>

Cette puissance une fois constatée, il s'agit de l'exercer. Ménandre nous recommande d'être dévoués à nos amis. « Soyez fidèles envers vos amis, et n'ayez que des amis fidèles (13). » — « Il faut que les amis soient fidèles

(1) Sent. 423, p. 352.

(2) Sent. 143,1). 344.

(3) Senl. 526, p. 354.

(4) Ija Fille à qui on a coupé lei cheveux, fragm. i, p. 185.

(5) /-«« Philadelphcs, fragm. v, p. 220.

(6) Sent. 357, p. 350.

(7) Sent. 590, p. 356.

(8) Le Joueur de cithare, fragm. il, p. 149.

(9) Sent. 577, p. 356.

(10) Incert., fragm. txv, p. 252.

(11) Ibid., fragm. cclxvi, p. 291. — (12) Ibid , fragm. cxxu, p. 264. (13) Senl. 61, p. 342.

non seulement en paroles, mais en actions (1). > — < Honorez vos parents et faites du bien à vos amis (2). » — « Honorez vos amis à l'égal des dieux (3). » — c II faut se dévouer pour sa femme et pour son ami (4). » — « C'est travailler pour soi que de travailler pour son ami (5). D — « Partagez toujours votre bonheur avec vos amis (6). » — « 0 Craton! j'en prends à témoin Jupiter, gardien de l'amitié (7) : » — « tout est commun entre amis (8). >

n nous recommande surtout de les servir dans le malheur : « Ne fuyez point votre ami tombé dans le malheur (9). > — « Que la colère ne vous fasse pas trahir un ami malheureux (10). » — « La chose la plus triste à mes yeux est l'infortune d'un ami (11). » — « Regardez comme vôtres les infortunes de vos amis (12). » — « Secondez vos amis dans leur infortune (13). » C'est là, en effet , l'épreuve de l'amitié. On dit que « l'éloignement des amis est l'épreuve de l'amitié (14). » Mais ce qui est plus vrai, c'est que « le feu éprouve l'or, l'occasion les amis (15). »

(2) Sent. 104, p. 343.

3 Sent. 269, p. 347.

(4) Sent. 735, p. 361 .

(5) Setil. 741,p 361.

,6) Sent. \S8, p. 352.

(7; L'Androgyne, fragm. vi, p. 85.

(8) Les Àdelph€$, fragm. xii, p. 72; proverbe.

(9) Sent. 341, p. 349.

llO Sent. 529, p. 355.

(il) Sent. 180, p. 345.

(12) Sent. 263, p. 347, et Sent. 673, p. 359.

(13) Sent. 147, p. 344.

(14) Sent. 537, p. 355.

(15) Sent. 276, p. 347, et Ineerl., fragm. ciuii, p. 267.

Mais, (lira-t-on peut-être, qu'est-ce qu'un ami? à quels signes le reconnaît-on? qui prendre pour ami , et comment faut-il que nous nous comportions envers lui et qu'il se comporte envers nous pour que nous ayons droit réciproquement à des secours au jour de l'infortune? Ménandre répond : « Aucun homme, dès qu'il est honnête , ne m'est étranger : nous sommes tous égaux devant la nature , et c'est le caractère qui doit décider de l'amitié (1). » Il dit encore : « Choisissez pour ami quelqu'un qui vous ressemble ; avec lui vous vivrez dans une paix inaltérable (2). » Et il ajoute : « Ce n'est pas au sein des parties de table , ni dans l'intimité de la débauche , que se forme la confiance entre amis ; car un ami est une chose si précieuse , que d'en posséder seulement l'ombre , c'est posséder un trésor (3). »

Voici ses autres maximes sur le même sujet : « Ne croyez pas qu'un ingrat puisse être votre ami (4). » — « Le commerce de l'amitié ne souffre pas de négligence (5). » — « Il est mal d'affliger volontairement ses amis (6). » — « Si vos amis se battent, séparez-les, ne les excitez pas (7). » — « Ne vous faites jamais juge entre vos amis (8). » Il ne veut pas qu'on répète avec un de ses personnages : « Un ami qui me blesse ne diffère pas d'un ennemi (9). » Il nous dit , au contraire : « Supportez la colère de votre compagnon et celle de votre ami (10). »

(1) La Fille à qui on a coupé les cheveua;, fragm. il, p. 185.

(2) Ibid., fragm. cdlxviii, p. 32i.

(3) Ibid., fragm. ixiv, p. 240.

(4) Sent. 40, p. 341.

(5) L'Androgyne, fragm. m, p. 85.

(6) Sent. 9, p. 340.

(7) Sent. 122, p. 343.

(8) Sent. 343, p. 349.

(9) Sent. 530. p. 355.

(10) Sent. 4i2, p. 352.

— « Soyez juste et envers vos amis et envers vos hôtes (1). » — « Soyez pour vos amis un bon , non un mauvais conseiller (2). » D'un autre côté , ajoute-t-il , « ciaindre de dire la vérité à ses amis , c'est s'exposer à ne rien voir dans ses propres affaires (3). »

« Voici ce qu'est un ami véritable : il ne demande point quand soupera-t-on? quel obstacle empêche donc les convives ici présents de se mettre à table? Mais il prévoit qu'il faudra souper demain et encore après-demain , et qu'il faut réserver de quoi faire , au besoin , un banquet funéraire (4). » A propos de festin : « la débauche et ri\Tesse révèlent aux amis le caractère de leurs amis (5). » Vous, « connaissez le caractère de vos amis, ne le haïssez point (6). »

« Louez vos amis , ne vous louez pas vous-même (7). >

— fi Tâchez de plaire aux autres , et non pas seulement à vous-même (8) ; » car , « si vous vous aimez trop vousmême , vous n'aurez pas d'ami (9) . i» — « Si l'on vous fait du mal , faites-en ; mais aimez deux fois celui qui vous aime (10). » — « Soyez reconnaissant , surtout envers l'absent : envers le présent , la tache est trop facile (11). » — « Il est beau de n*a voir rien à se reprocher

(i) Sent. 570, p. 356. — (2) Sent. 714, p. 360.

(3) Incert., fragm. cxxxvin, p. 266.

(4) La Colère, fragm. m, p. 179.

(5) Incert., fragm. cccliv, p. 179. Horace a dit, en parlant des rois de Perse :

Reges dicuntur multis urgere culullis.

Et torquere mero (piem perspexisse laborent. (Ars Poet., v. 434.)

(6) Sent. 535, p. 355, et Sent. 742, p. 361. — (7) Sent. 744, p. 361. (8 Sent, 48, p. 341, et Sent. 76, p. 342. — ;9) Sent. 310, p. 348. (10) Sent. 322, p. 349. Cette maxime, conforme à l'ancienne morale :

Dens pro dente, oculus pro oculo, ne saurait être acceptée par la philosophie chrétienne, qui s'honore par la maxime contraire: Rendez le bien pour le mal.

Il Incert., fragm cxlvi, p. 267.

envers ses amis (1). » — « Si votre ami se fâche, ne vous fâchez pas ; mais « espérez qu'il redeviendra votre ami (2). » Pour terminer : « Une amitié fondée sur la justice est le plus sûr des biens (3). »

Tels sont les signes et les devoirs de l'amitié. Mais , eussiez-vous bien rempli ces devoirs , si la fortune vous prend pour victime , malheur à vous ! On oubliera vos mérites , et l'on vous abandonnera ; car les hommes sont généralement égoïstes, ingrats et lâches.

Égoïstes.

« L'ami qui flatte dans la prospérité est l'ami de la prospérité, non de son ami (4). » — « Beaucoup de gens aiment la table de leurs amis plutôt que leurs amis mêmes (5). 3> — « 11 en est beaucoup qui sont amis jusqu'à la table, mais pas plus loin (6). i> — « Il n'est personne qui ne s'aime lui-même (7). » — « Il n'est personne qui ne s'aime plus que tous les autres (8). »

Ingrats.

C'est en vain que, pour exciter les hommes h la reconnaissance , on dit : « Montrez-vous reconnaissant dans la mesuré de vos forces (9). » — « On vous a obligé à propos, obligez aussi à propos (10). » — « Si vous avez reçu, rendez, et vous recevrez encore (11). > — < C'est

(1) Sent. 279, p. 348.

(2) Sent. 406, p. 351.

(3) Sent.nS, p. 361.

(4) Incert., fragm. cxlv, p. 267.

(6) Sent. 627, p. 358.

(6) Sent. 708, p. 360.

(7) Sent. 407, p. 351.

(8) Sent. 528, p. 355.

(10) Scnl.TiG, p. 361.

(11) Sent. 317, p. 349.

être ingrat que d'oublier le bienfait qu'on a reçu (1). »

— « Le bélier paie bien sa nourriture (2). i» Ces exhortations restent sans effet : « Quand on a reçu , on n'est plus le même que quand on demandait (3). » — « Tous ceux à qui on rend service ont la mémoire courte (4). >

— « Un service une fois rendu vieillit rapidement (5). »

— « Sauvez la vie à un homme , et vous avez fait un ingrat; à peine votre pitié s'est-elle exercée, que meurt cette reconnaissance qui devait être immortelle (6). » — « Il en est même qui haïssent leur bienfaiteur (7). > — Écoutez cette plainte : « Moi , qui avais tant de parents tout à l'heure , voici que je n'en vois plus un seul : ils m'ont tous abandonné (8). » — « Pourquoi me trouvéje dans la solitude (9)? »

Lâches.

« Ayez des richesses, vous aurez des amis (10). » —

[l] Sent. 10, p. 340.

(2) Incert., fragm. cccxxxiii, p. 304.

(3) Ibid., fragno. cdlxxi, p. 325.

(4) Sent. 170, p. 345.

(5) Sent. 347, p. 349.

(6) Sent. 34, p. 341 ; Sent. 645, p. 358, et Incert., fragment cdlxxh, p. 325.

Imitation d'Ausone :

Nil homine terra pejus ingrato créai ;

Vicinus, hospes, notus, ignotus, cliens,

Et si qua gênera civium sunt id genus.

Si quid petenti promptus opis impertias.

Ut misereare, gratia actulum périt. (Epigr. 134.)

La Fontaine, dans la fable de l'Homme et la Couleuvre (x, 2\ a aussi flétri ringratitude naturelle de l'homme ; là une couleuvre, une vache, un bœuf, un arbre, prouvent à l'homme qu'il est la chose la plus ingrate de l'univers.

(7) Sent. 171, p. 345.

(8) Le Flatteur, fragm. vu, p. 155.

(9) Incert., fragm. ccai, p. 298.

(10) Sent. Itio, p. 344.

« La richesse nous trouve des amis (1). » — « Souhaitez (l'avoir du bien ; dès que vous en aurez , vous aurez des amis (2). » — « Nous chérissons nos amis quand ils sont heureux (3). » — « Soyez heureux , vous aurez tous les hommes pour amis (4) . » — « Chacun sourit à l'homme heureux (5). » — « Qu'un homme réussisse, nous sommes tous ses parents (6). » — « Comme tous les hommes sont amis de ceux qui possèdent (7) ! » Mais « qu'un homme soit malheureux , ses amis s'éloignent (8). » — « Le malheureux n'a point d'amis parmi les heureux (9). > — <t Qu'un chêne tombe, tout le monde vaTébrancher (10).» Or, cette méchanceté, inhérente aux hommes de tous les temps, Ménandre l'attribuait surtout à ceux de son siècle. « La pudeur n'est plus de mise nulle part, dit-il ; personne ne rougit plus (11), » et « quiconque ne sait ni rougir ni craindre, est arrivé au comble de l'impudence (12). » Puis il s'écrie : « 0 la plus puissante des divinités, Impudence, s'il est permis de t'appeler ainsi ! Mais cela n'est que trop légitime ; la force n'est-elle pas maintenant la seule déité qu'on encense ? 0 Impudence, à quel terme t'arrêteras-tu? Jusqu'où pousseras- tu tes succès (13)?» — « L'âge présent a enterré la bonne

(I) Sent. 500, p. 354.

,2) Sent. 174, p. 345.

(3' Sent. 38, p. 341 .

(4) Sent. 507, p. 354.

(5 Sent. 501, p. 354 (6) Sent. 510, p. 354 i7) Sent. 558, p. .355.

(8) Sent. 32, p. .341 :

Doncc cris felix niultos nunierabis auiicus : Tcmpora si fuerint nubila, solus cris. (Uvide, TrM. i, Eleg. 9.)

(9) Sent. 502, p. 354. — (10) Sent. 123, p 343.

(II) /Hccr(.,iragm.ccLxxxvii,p.294.— (12 /feiW., fragin.cLXXii,p.S73. (13) La Cariné, Tragm. ii, p. 144.

foi(l), » dit-il encore; et ailleurs : « Tout est cher, hors la méchanceté (2); » ou bien : « Nous sommes méchants tous tant que nous sommes ; » et il n'excepte ni vieillard, ni enfant, ni femme, ni homme; il dit plus : « Ce n'est pas individuellement ni en petit nombre, c'est en masse qu'on ourdit le crime (3). » Un de ses personnages prononce les paroles suivantes : « Décidément la reconnaissance est morte parmi les hommes (4) ; » et un autre tient ce beau discours : « Si quelque dieu venait à moi et me disait : Craton, quand tu seras mort , tu revivras , et tu seras à volonté chien , bélier , bouc , homme ou cheval ; car il faut que tu vives deux fois : ainsi l'ont réglé les destins ; choisis donc ce que tu voudras. Il me semble que je répondrais à l'instant : Tout, plutôt que d'être homme. L'homme est de tous les animaux le seul dont le bonheur soit injuste aussi bien que le malheur. Le coursier généreux est mieux soigné qu'une rosse ; un bon chien est traité avec bien plus d'égards qu'un mauvais roquet ; le coq superbe a sa nourriture à part , et se fait craindre de ses rivaux timides; il n'y a que l'homme si honnête, si noble, si généreux qu'il soit, à qui, dans le siècle où nous sommes, ces avantages soient inutiles. Le flatteur a la première part dans les prospérités du monde ; la seconde est au calomniateur, et la troisième au méchant. Oui , certes , il vaut mieux être âne, que de voir des gens qui ne vous valent pas, vous écraser de leur opulence (5). »

(1) Incerl., fragm. cclxxxvi, p. 294.

(2) Sen(. 559, p. 355.

3) Ménandre cité par Sénèque : Qucst. NcUur., préf. du liv. iv. (4) Sent. 498, p. 354.

5 L'Inspirée, fragm. ii, p. 134. Au rapport de Suélonc, Vcspasien l'iirodia le second vers de ce jwssage dans les circonslances suivantes ; Un

Cependant Ménandre ne peut s'empêcher d'admettre quelques exceptions : voici un de ses personnages qui , au milieu de la corruption générale , a trouvé de vrais amis , puisqu'ils ne l'ont pas trahi dans son malheur. Écoutons-le s'écrier : « 0 Dercippe ! ô Mnésippe ! c'est un refuge bien doux, après les injures et les outrages, que le sein de nos amis ! Quelle consolation, surtout dans le siècle où nous sommes , que de pouvoir pleurer sans apprêter à rire aux autres , et de ne voir personne autour de nous qui ne ressente et ne partage nos chagrins (1) ! »

Il y a donc encore une lueur d'espérance. Si cette lueur d'espérance s'éteignait, que devenir? s'enfermer dans le silence et la retraite.

c( Le mal que vous avez n'est rien, si vous ne le montrez pas (2). » — « Ce n'est pas moi qui conseillerai jamais de découvrir une infortune encore cachée; je conseille bien plutôt de la couvrir d'un voile (3). » — « Par Apollon, c'est le comble de la sottise que d'ébruiter son malheur au lieu de le tenir secret (4) ! » — « Si vous voulez bien supporter votre malheur, sachez le supporter seul, et ne l'étalez pas à tout l'univers (5). >

riche affranchi, nommé Cérulus, se disait de condition libre afin de frauder plus tard les droits du fisc, et commençait même, laissant là son nom, à se faire appeler Lâches, Vespasien s'«x:ria : iV Aâxnî, Aotx»iîf «««i» &noOâ.vrn,

auOts f ? à.px7ii irn KiôpwAoç. (Vesp., XXIII.)

(i) Incert., fragm. xiii, p. 245. Ménandre faisait lui-même exception. Nous avons dit qu'il avait été courtisan de Démétrius de Phali'^re ; disons maintenant qu'il sut racheter sa faiblesse par sa fidélité. Car, après la prise d'Athènes, Démétrius Poliorcète ayant voulu le gagner, Ménandre repoussa ses avances et garda noblement sa foi à son ami tombé.

(2) Sent. 689, p. 360, et Le Différend remis au jugement d'arbitres, fragm. viii, p. 1^.

(3) Inccrl., fragm. cxxviii, p. 264.

(4) L'Enfant supposé, fragm. u, p. 313.

(5) Incert., iragm. Lxxii, p. 254.

^ Dans le Collier, Parménon, le bon esclave du mari pauvre, dit avec son bon sens mêlé de tendresse : « Mon maître a pris le plus mauvais parti du monde ; car, en restant aux champs, il dérobait sa pauvreté à tous les yeux : il s'enveloppait de sa solitude, comme d'un manteau, pour en couvrir son indigence (1). » Et il fait ces réflexions : « Quiconque, étant pauvre, a la manie de vivre à la ville cherche matière a surcroît de désespoir ; car, voyant là des gens qui nagent dans les délices et dans l'oisiveté , il aura tout loisir de juger, par comparaison, combien il mène une vie misérable et dure (2). » La campagne n'a-t-elle pas son prix? Il est vrai que toutes les terres ne sont pas également avantageuses, ce qui donne lieu à un bon vieillard de faire cette plaisanterie sur la sienne : « Je ne crois pas que personne laboure un champ plus pieux que le mien ; car il produit toutes les plantes qui sont agréables aux dieux , telles que le lierre et le laurier; mais si j'y sème de l'orge, il est exact à ne me rendre qu'autant qu'il a reçu (3). » Il est vrai qu'on entend bien des gens dire : « L'homme doit se signaler à la guerre : c'est le fait d'un esclave de cultiver un champ (4) . » Mais ni la plaisanterie ni le dédain ne doivent faire prendre la campagne en aversion. « L'amertume de l'agriculture est mêlée de douceur (5), » dit Ménandre; et encore : « La vie du laboureur est heureuse en ce sens , que l'espérance est toujours à côté du dommage (6) ; » ou, ce qui vaut bien mieux : « La terre est, pour l'homme qui la

;1) Le Collier, fragm. vi, p. 193.

2 /Wrf., fragm v, p. 193.

3' Le Laboureur, fragm. iv, p. 97.

(4) Incert., fragm. xcvi, p. 259.

5) Ibid., fragm. ccuv, p. 289.

(6) Ibid., fragm. clxxiv, p. 273.

cultive , la source de toute vertu et de toute liberté (1). »

Il s'écrie ailleurs : « Que la solitude a de douceurs] pour l'homme ennemi des mœurs corrompues! Et quej c'est un précieux trésor, pour le sage, qu'un champ qui ■ nourrit dans une honnête aisance son honnête propriétaire î La multitude des clients n'est propre qu'à susciter l'envie, et le luxe de la ville ne brille un moment que pour s'éclipser bientôt (2). » Retirez-vous donc à la campagne, ô vous qui êtes victimes de la fortune, s'il vous reste « un champ non marqué (3). > Si ce n'est pas par goût, que ce soit par raison. « Vous reviendrez habiter la ville (4), » quand la fortune vous sera redevenue favorable.

Mais peut-être il ne vous reste même plus ce coin de terre , ce champ non marqué. Eh bien ! alors Ménandre vous propose un remède suprême, la mort.

On dit avec raison : « Ayez soin de votre vie autant

(1) Le Collier, i'ragtn. vu, p. 194. Virgile a dit, dans le$ Géorgiquet :

'. lUic saltus ac lustra ferarum,

Et paticns operum parvoque assueta juventus,

Sacra deûm, sanctique patres ; extrema per illos

Justitia excedens terris vestigia fecit. (L. ii, v. 471-474.)

Horace :

Hune (Fabricium) et incomptis Curium capillis Utilem bello tulit, et Camilluni Sœva paupcrtas, et avitus apto

Gum lare fundus. (Od. 1, xii, 41-44.)

Cicéroii {pro Roscio] : Dans la ville naît le luxe, le luxe engendre nécessairement l'avarice, et l'avarice l'audace ; de là tous les crimes et tous les méfaits. Mais celle vie de la campagne, que vous appelez une vie grossière, est une école de frugalité, d'activité, de justice.

^2) Le Vase, fragm. i, p. 207.

(3) lucerl. , fragment cccxxii , p. 302. On marquait d'une pierre les champs engagés ou saisis.

(4) Ibid., fragm. rxi.xxxix, p. 2{)4.

que vous le pourrez (1), » — « car il n'y a rien de plus précieux que la vie (2). » Néanmoins , « c'est vivi-e comme un sot que de ne pas songer à la mort (3), » parce que « la mort est une dette que nous devons tous payer (4). » — « Là où tous sont allés, nous irons tous (5) ; » et il n'est personne à qui l'on ne puisse dire à un moment donné : « Ceci est pour toi Délien et Pythien (6). » — « La terre est la mère et la nourrice commune de toutes choses (7). » — « La terre produit tout et engloutit tout dans son sein (8) . » — « La terre fait tout sortir de son sein et y fait tout rentrer (9). » Ainsi, tout le monde doit mourir; la destinée de tous les hommes est de rentrer dans la terre et d'être engloutis

(1) 5enr. 551,p. 333.

(2) Se7it. 532, p. 333.

(3) Sent. 300, p. 348.

(4) Sent. 69, p. 342.

3) Jncert., fragm. cclxxxi, p. 293. Horace, à qui cette idée est familière, a dit :

Omnes eôdem cogimnr; omnium

Versatur urnâ seriùs, ociùs.

Sors exitura, et nos in seternum

Exsilium impositura cymbae. (Od. W, iii, 25-28.)-

Et ailleurs :

.4Lquâ lege nécessitas

Sortitur insignes et imos :

Omne capax movet urna nomeii. (On. III, i, 14, 16.)

6) Ineert., fragm. ccxcv, p. 296; proverbe qui se disait de ceux qui faisaient leurs derniers actes et devaient bientôt mourir. En voici l'origine, suivant Zénobius : Polycrate, tyran de Samos, prit Rhénée et la consacra à Apollon Pythien; puis, ayant institué des jeux magnifiques, il envoya demander à Delphes comment il devait appeler ces jeux. Déliens ou Pylhiens. Le dieu lui répondit qu'ils étaient indilTéremment pour lui Déliens et Pythiens, ce qui voulait dire qu'il allait mourir immédiatement.

(7) Sent. 617, p. 337.

(8) Sent. 89, p. 342.

(9) Sent. 539, p. 335.

dans le vaste sein de < la nature, qui est comme la patrie de chaque espèce (1). »

Mourir jeune est même le meilleur. « Que la vie est douce à ceux qui ne la connaissent pas (2) ! » — « Une longue vie est sujette à bien des malheurs (3). » — « Regardez cette vie comme un marché (4). » — « Je dis que celui-là est bien heureux, Parménon, qui, après avoir contemplé sans douleur le beau spectacle de l'univers, le soleil, ce flambeau universel, les astres, Teau, les nuages, le feu, s'en retourne promptement là d'oij il est venu! Qu'il vive un siècle, ou un très-petit nombre d'années, ce spectacle sera toujours le même; il n'en verra jamais de plus magnifique. Regardez la vie comme un voyage, et ce monde comme une foire, où Ton ne trouve que cohue , marchés , filoux , jeux et divertissements. Si vous partez des premiers, vous en aurez meilleur gîte; vous en serez d'ailleurs mieux pourvu pour le voyage et haï le moins possible. Mais celui qui tarde se fatigue et perd ses ressources; il vieillit pour son malheur, tombe dans l'indigence, ne sait plus que devenir, rencontre des ennemis, des pièges, et s'en va péniblement parce qu'il a trop vécu (5). » En un mot :

{!) Sent. 210, p. 346.

(2) Sent. 756, p. 361.

(3) Sent. 351, p. 350.

(4) Sent. 444, p. 352.

(5) L'Enfant supposé, fragm. ii, p. 21 i. Sénèque à son tour(Ép. à Lucil., xxiv) : « Quoi! toujours les mêmes choses? se réveiller, avoir faim, se rassasier, avoir froid , avoir chaud ? Bref toutes les choses du monde n'ont point de fin : elles se fuient, elles se suivent, et sont liées les unes aux autres par un enchaînement qui recommence sans cesse. La nuit chasse le jour, puis le jour chasse la nuit ; Tcté se termine dans l'automne, l'automne finit dans l'hiver, et l'hiver dans le printemps. Tout pa.s.sc \\out revenir après. Je ne vois et ne fais rien de nouveau. »

Montaigne, tout imprégné de l'esprit antique, n dit de mémo (Eaais, 1. 1, c. xix^ : « Et si vous avez vescu un jour, vous avez tout veu : un jour

« L'homme aimé des dieux meurt jeune (1). » Vous Tentendez : « L'homme aimé des dieux meurt jeune (2) ; » il meurt « dans tout l'éclat de sa fraîche aurore (3), » dans cette « brillante vigueur de l'âge (qui) ne diffère en rien de la fleur (4). »

Ménandre déclare, en outre, qu'il est honteux de vivre dans la misère et l'opprobre, qui en est presque toujours la suite, quand on peut en sortir par un acte d'énergie. «On vit honteusement, dit-il, quand on vit en dépit de la fortune (5). » — « La mort est préférable h une vie honteuse (6). » — « Ce qui est honteux, ce

est égal à touts jours. Il n'y a point d'aultre lumière, ni d'aultre nuit : ce soleil , celte lune , ces estoiles , celte disposition , c'est celle mesme que vos ayeuls ont jouye, et qui entretiendra vos arrières-nepveux. »

(1; Sent. 423, p. 352.

;2) Le Deux fois Trompeur, fragm. iv, p. 105. Comment les dieux récompensèrent-ils Cléobis et Biton de leur dévouement filial? Ils les endormirent pour toujours dans les bras l'un de l'autre. Comment Apollon rcmercia-t-il Trophonius et Agamède du temple qu'ils lui avaient élevé? En leur envoyant la mort à la suite d'un sommeil paisible.

On connaît les vers de Reboul :

Un ange au radieux visage, Penché sur le bord d'un berceau.

Semblait contempler son image Comme dans l'onde d'un ruisseau.

Eh! quoi! les chagrins, les alarmes

Viendraient troubler ton front si pur, {dit l'ange à Venfant.)

Et dans l'amertume des larmes

Se terniraient tes yeux d'azur?

Non, non ; dans les champs de l'espace Avec moi tu vas t'cnvoler; La Providence te fait grâce Des jours que tu devais couler.

(3 Incert., fragm. ccclixi, p. 310.

(i) Sent. 6i2, p. 358.

(5) Sent. 666, p. 359.

6' Sent. 193, p. 315.

n'est pas de mourir, mais de mourir Jionlcusement (1). » — « Il est honteux d'être pauvre et infirme en même temps (2). » — « Celui qui inventa l'art de nourrir le pauvre a fait bien des malheureux ; car il était tout simple qu'il mourût, celui dont la vie ne pouvait être exempte de douleur (3). » — « Ou vivre sans douleur, ou mourir heureusement (4). » — « Quand la vie est à charge, il est temps de mourir (5). » — » Il vaut mieux ne pas vivre que de vivre dans la misère (6). » — « Il est doux de mourir, quand on ne peut vivre comme on veut (7). » C'est ainsi que Ménandre fait prendre «la cigiie à des femmes qui ne pouvaient plus supporter l'existence (8) ; » c'est ainsi qu'il représente « une Leucadienne se précipitant, comme Sapho, du rocher de Leucade dans la mer, parce qu'elle désespérait de posséder l'objet de son amour (9). » Quant aux vieillards malheureux ou inutiles, on conçoit qu'il les envoie à la mort sans difûculté : « Pour un vieillard réduit à la misère, dit-il, la mort n'est point un mal; mais pour un vieillard qui vit dans l'abondance, les choses sont différentes (10). » Ailleurs il dit : « 0 Phanias! c'est une belle loi que celle des Céens : qui ne peut vivre bien doit cesser de mal vivre (11). w

(1) Sent. 504, p. 354.

(2) Le Dépôt, fragm. m, p. 183.

(3) Les Pêcheurs, fragment v, p. 75.

(4) Sent. 202, p. 345.

(5 Sent. 291, p. 348.

(6) Sent. 296, p. 3i8.

(7; Incert., fragm. ccxi.v, p. 288.

(8) Les Femmes qui boivent la ciguë, p. 155.

(9) La Leucadienne, p. 158.

(10) Incert., fragm. lxvi, p. 253.

(11) Jbid., fragment cxxxv, p. 265. Hahitints de l'Ile Céos, une des Cycladfs. Celte loi condamnait tout homme âgé de soixante ans, s'il n'avait

Ce n'est pas qu'il faille se hâter de mettre fin à ses jours ; car Ménandre, à propos de ces femmes dont j'ai parlé plus haut, et qui s'étaient probablement trop pressées de boire la ciguë, s'écrie : « En conséquence, que personne, au nom des dieux, ne perde courage dans l'adversité; car souvent un revers est l'occasion d'un bien (1). » Il veut qu'on n'ait recours à la mort qu'après qu'on a épuisé toutes les autres ressources, et seulement à la dernière extrémité. Mais, lorsqu'il faudra mourir, il ne veut pas qu'on ait peur ; et il croit qu'on aura peur, si l'on se fait une fausse idée de la condition des morts. 11 dit donc : « Ne pleurez pas les morts; car à quoi servent les pleurs à un corps froid et insensible (2)? » — « Pourquoi faire don à un mort de toutes ces belles choses qu'il a quittées à regret , ne pouvant s'en servir (3) ? » Et si l'on demande : « Quel bonheur y a-t-il à mourir quand il n'y en a même pas à vivre, > Ménandre, s'appuyant sur Solon (4), sur Sophocle (5)

pas des moyens suffisants de vivre, à se donner volontairement ia mort. On suppose que cette loi n'a jamais existe' que dans l'imagination des poêles. Cependant elle est citée par Héraclide , Valère Maxime, Élien et d'autres encore.

(1) Les Femmes qui boivent la ciguë, fragm. i, p. 155.

i2) Incerl., fragm. clvu, p. 269.

^3; Incert., fragm. clviii, p. 270.

(4) Solon étant à la cour de Crésus, ce prince lui demanda s'il avait vu un homme plus heureux que lui. Solon nomma un certain Tellus qui était mort en combattant vaillamment pour sa patrie, et avait laissé des enfants bien élevés. Mais, après Tellus, quel est le plus heureux, suivant vous? damanda Crésus. Solon raconta alors l'histoire des deux frères Cle'obis et Biton, et apprit au roi que les Grecs, voyant la vie humaine sujette à tant de vicissitudes, ne regardaient comme définitivement heureux que les morts, parce qu'ils étaient pour toujours à l'abri des coups de la fortune.

!51 Le pieux Sophocle avait dit dans son Œdipe à Colone : « Le mieux est de ne pas naître ; et , une fois né , le second degré du bonheur est de rentrer au plus tôt dans le néant. Car, à peine la jeunesse a-t-elle amené ses folles erreurs, quelles peines, quelles traverses ne fondent pas sur nous!

et sur Aristote (1), maintiendra son opinion, et il donnera aux morts le nom de « bienheureux (2). »

les meurtres, la discorde, les combats, l'envie ; et, à la fin, arrive la vieillesse chagrine, impuissante, insociable, importune, en qui se réunissent tous les maux.

(1) Suivant Plularque, Aristote, dans son livre intitulé Eudémus, faisait dire à Silène, parlant au roi Midas : « 0 vous, le plus grand et le plus fortuné des hommes, sachez que nous estimons heureux ceux qui sont

morts D'ailleurs vous savez la maxime qui, de tous les temps, est

dans la bouche de tout le monde. — Quelle est-elle? — C'est que le plus grand bien est de ne pas naître, et que la mort est préférable à la vie.

(Plutarq., Consolât, à Apollonius.)

(2) Incerl., fragment ccclxvi, p. 310.

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