INSTINCTS
mobile. La conscience doit régner sur la volonté, et le rôle des instincts est d’exciter la conscience, non de la remplacer.
La vie dans les sphères morales, répondant ainsi à un besoin de la nature humaine, est par cela même une saüsfaction , une jouissance, et si les instincts sont légitimes, pourvu qu’ils nesoient pas la cause première des déterminations et ne suppriment pas la volonté, la jouissance est légitime aussi, en tant qu’elle est la suite et non le but de Faccomplissement du devoir et qu’elle n'en dépasse pas les limites. Ge n’est ni sous l’impulsion de l'instinct, ni par le désir du bien-être que nous devons agir, mais l'instinct et la jouissance n’ont pas moins leur place, lune à la racine, l’autre à la suite du devoir. Se satisfaire soi-même et salisfaire la conscience ne sont pas des tendances naturellement opposées et hostiles, bien au contraire; car la perfection morale est-elle autre chose que le plein épanouissement de toutes les facultés de l’homme? — Les sphères morales sont donc à la fois des formes du bien-faire et des sources du bien-être, elles sont en un mot des biens. Mais l'état, la famille etc. ne sont que des formes subordonnées et préparatoires du royaume de Dieu. C’est en lui que s’accomplit la destinée de l’homme, c’est à lui que vise l'instinct le plus puissant de sa nature, l'instinct religieux.
Rentrons maintenant dans notre argumentation principalé. Une volonté religieuse, avons-nous vu, une volonté dévouée à Dieu et à la réalisation du royaume de Dieu répond seule à la suprême obligation morale de l’homme. Car la vraie piété renferme en elle tous les
autres mobiles moraux et les met en jeu dans leur ordre naturel. Elle est la condition du bien parfait, la disposition morale par excellence, et pour ainsi dire la température normale de l’âme‘. Elle seule aussi est assez forte pour contenir les instincts dans leurs limites. Car comme satisfaction du premier des instincts, de l’instinct religieux, du besoin de l'infini, qui est, comme on l’a dit, la principale prérogative de la créature humaine, la religion est la suprême jouissance, la félicité absolue. Dieu et son royaume, saisi par la foi, cherché par l’amour, possédé par l’espérance, tel est dans la période actuelle du développement de l’homme le souverain bien qui surpasse et remplace, s’il le faut, tous les biens secondaires, et dans lequel toutes les aspirations de l’homme se trouvent satisfaites. L’absence de la piété laisse par contre dans la vie de l'homme un vide immense. Cette tendance laissée sans objet s’unit et se confond alors avec les autres instincts et redouble leur énergie. La volonté ne peut plus leur résister, la voix de la conscience est étouftée. C’est maintenant le désir du bien-être qui forme le mobile des déterminations, et l’objet des aspirations de l'homme n’est plus le royaume de Dieu, l'idéal, le bien suprême encore invisible et transcendant, mais le monde actuel considéré dans sa réalité, l’ensemble des choses sensibles. C’est là, c’est dans le fini, que l’homme cherche l’apaisement d’un besoin infini; il a pour les biens inférieurs une affection qui ne convient qu’au bien suprême; ces biens, au lieu d’être simplement
1 Qu'on se rappelle ici le beau passage de Cicéron, Tuse., V, 25: « Heœc tratanti animo et noctes et dies cogitanti» etc.