MORALITÉ
du développement de l'humanité vers son idéal est tracée dans une série d'institutions qui remontent à l’origine même du monde et se révèlent, par leur haute convenance et leur inaltérable solidité, comme des institutions divines. Ce sont l’état, la nation, la famille, les communautés d'amitié, d’intérêt, de vocation etc., en un mot, les sphères sociales, ces moules dans lesquels l'humanité a été coulée dès le commencement, ces organismes inférieurs par lesquels se forme et se constitue peu à peu la communauté universelle. La conscience présuppose ces institutions, car pour qu’elle puisse parler, il faut que l’homme ait compris d’abord sa place dans chacune d'elles. Un christianisme déchu seul a pu conseiller aux hommes de se retirer témérairement de ces communautés pour se consumer dans des aspirations mystiques et des pratiques religieuses, ou pour consacrer leur vie à des sociétés d'invention humaine. Le vrai christianisme ne reconnaît pour légitime qu'un amour de Dieu, qui est en même temps obéissance à Dieu et observation de ses commandements*. [l veut que l’homme consacre à la production de bonnes œuvres, à des occupations utiles à l’humanité, tout son temps et toutes ses forces, et n’exige pour les devoirs religieux proprement dits que les moments de repos et de recueillement qui interrompent nécessairement de temps en temps le travail humain. Qui se donne à Dieu se donne à l'humanité; l'amour de Dieu n’est pas sans la charité, et si nous appelons #0ralité la vie normale et consciencieuse dans les sphères
1 Matth. V, 16; XII, 50; XXV, 40 et suiv.; VII, 21. Év. saint Jean XIV, 15; 1 Cor. VII, 19 (répnoiç évroAüv 005). 1 Thess. IV, 11; 1 Jean V, 3 etc.
sociales ou l'accomplissement des différents devoirs sociaux, il n’y à pas de religion sans moralité !. Mais, d'un autre côté, le christianisme veut que tous ces devoirs soient considérés comme des devoirs envers Dieu, et ne reconnaît comme morales que les actions dont l'amour de Dieu est le PReHIGF mobile et le royaume de Dieu le dernier but. Il n’y a pas de moralité sans religion.
La nature humaine est à son tour organisée pour la vie morale. Aux divers organismes sociaux qui font de l'humanité un corps arliculé et vivant correspondent dans l’homme ce qu'on appelle les instincts (die Triebe), et si nous avons reconnu la nécessité des uns, nous ne pouvons nous défendre d'admettre la légitimité des autres. Les instincts physiques et sociaux préparent et prédisposent l’homme à la moralité, en le poussant à développer ses facultés , à se mettre en contact avec le monde, à entrer dans les sphères sociales où règne la conscience et où le devoir s'empare de lui. Ils sont les promoteurs vivants et énergiques du progrès moral de l’homme, les facteurs naturels de son développement, les côtés de son être par lesquels ils donne prise à la conscience. Vouloir les étouffer, ce n’est pas seulement mutiler la créature et faire injure au Créateur, c’est briser le ressort qui pousse l’homme dans l’engrenage du devoir. La conscience est impuissante sans les instincis, mais les instincts seuls ne peuvent produire la moralité. Ils sollicitent la volonté, ils préparent la détermination; mais, pour que celle-ci soit morale, il faut évidemment que le devoir, et le devoir seul, en soit le
1Matth. XV, 3-6 et par. Jésus combat vivement ceux qui croyaient pouvoir, au nom d’un devoir religieux, négliger leurs devoirs sociaux.