‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 12 sur 47 · LES PÉCHÉS · texte numérisé non relu

LES PÉCHÉS

menter la sphère de son activité morale fait naître quatre manières d'agir contraires à la loi morale, l'insubordi nation, la cupidité, l'ambition et l'esprit de domination. -A chacun des instincts correspond un bien physique ou moral. Dans le cours de son développement immoral, l’homme abandonné aux instincts arrive bientôt à empiéter sur les droits d'autrui. Le péché prend alors une nouvelle forme, il devient délit ou attaque contre l'ordre social, et les délits sont aussi nombreux que les biens qui-peuvent être convoités. Nous ne pouvons pas pousser plus loin cette étude des péchés. Une déduction et une classification complète des mauvaises dispositions et des délits exigeraient une étude préalable de l'âme et des de- , voirs de l’homme. Ce que nous avons dit suffit pour montrer la fécondité de notre principe, et nous terminons. par-un coup d'œil sur la doctrine de l’Écriture. Nous avons d’abord pour nous le récit si simple et

si vrai de la naissance du premier péché dans le cœur de Ja femme: le tentateur l’excite au doute et à l’incrédulité ; la femme. lui prête l'oreille, et aussitôt son âme,.que la foi en Dieu ne remplitet ne protége plus, s’ouyre à l'attrait du fruit défendu (Gen. III, 6). Pour ‘l'Ancien. comme. pour le Nouveau Testament, tout péché est un attentat contre Dieu lui-même (Gen. XII, 13,XXXIX, 9; Ex. XXXII, 33. Rom. VIIL, 7: Soc etc eo). Le méchant c’est l’impie qui ne craint pas Dieu (Ps.IX, 18; X, 4; XXXVI, 2; CXLV, 20; Job VIT, 29, etc.), le fils rebelle au père; la brebis égarée du bercail (Luc XV); la vie avant la conversion est la vie:sans Dieu (4 Thess. IV, 5; Gal. IV, 8; Éph. IT, 19, IV, 18) et le péché qui entraîne la condamnation finale,

1 Comp. Delitzsch, Bibl. Psychologie (1861), p. 124.

c’est l'incrédulité (2 Thess. I, 8; Rom. II, 8, etc.). — Les hommes détournés de Dieu dirigent naturellement leurs pensées et leurs affections vers les choses d'ici-bas (Phil. II, 19: of va émiyeun poovodvres ; 2 Tim. IV, 10: cyannoaç tov vùr aiwva); ils amassent des trésors périssables et ne sont pas riches en Dieu (Matth. VI, 19; Luc XIT, 21); ils n'aiment que leurs jouissances (Trv wuyv aùrüv, Jean XIT, 25). L’Ancien Testament, qui décrit si bien l'instinct religieux, la soif de Dieu, ne connaît pas moins cette coupable affection des biens terrestres ; le XVIIe Psaume oppose à l’homme de bien qui apaise son cœur par la contemplation de Dieu « les hommes du monde dont le bonheur est dans la vie présente. » — Quand chez le . prophète Jérémie (IT, 43) Dieu se plaint : « Mon peuple a commis deux péchés; ils m'ont abandonné, moi, la source d’eau vive, pour aller se creuser des citernes crevassées qui ne tiennent pas l’eau, » il accuse Israël de l’impiété qui déserte Dieu et de l’amour du monde qui cherche, mais en vain, en dehors de Dieu la sécurité et le bonheur. De même, Tite IL, 12, limpiété (doéBeux) et les désirs mondains (xoouwai èmrFuuto) sont désignés comme les deux formes du péché. Enfin l'apôtre Paul, décrivant, Rom. I, 48 etsuiv., la dépravation du monde païen, place en tête des péchés qu’il énumère l’impiété et l’injuste haine de la vérité, il nous fait voir dans l’incrédulité et dans l’idolâtrie des Gentils leur première, leur plus grande, même, à vrai dire, leur unique faute; car, pour lui, tous les vices qui souillent leur vie sont le châtiment légitime et la suite nécessaire de ce péché capital.

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