‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 13 sur 47 · TÉMOIGNAGE DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE DE LA CONSCIENCE

L'objet de cette seconde étude est la puissance du péché, dont nous avons recherché la nature dans notre premier chapitre. La puissance ou la gravité du prin- - crpe du mal ressort de son extension sur l’humanité, de son empire sur le cœur humain, enfin de son opposition contre la vie nouvelle de la grâce. — La théologie chrétienne, préoccupée dans les premiers siècles du souci de défendre contre le gnosticisme l’universalité du salut et la possibilité offerte à chaque homme de devenir enfant de Dieu, se laissa entraîner à des affirmations sur la dignité naturelle de l’homme qui compromettaient gravement la doctrine de la nécessité du salut. Elle fut éclairée sur ce point dans le cours de son développement par la lutte contre trois théories, le Pélagianisme, le Semi-Pélagianisme et le Synergisme, qui l'obligèrent à formuler sa foi sur la grandeur du mal moral et sur l’état actuel des facultés morales de l'homme. Quand nous aurons examiné à la lumière de la conscience chrétienne les arguments et les principes opposés par la théologie orthodoxe à ces trois doctrines hérétiques, nous serons suffisamment renseignés sur l'étendue du péché dans ses trois dimensions.

oo II. L'ÉTENDUE DU PÉCHÉ.

4) L'antithèse du Pélagianisme.

Provoqués par le déterminisme d’Augustin , Pélage et ses partisans se firent les champions de la liberté. «L'homme est libre, il peut disposer de sa volonté et choisir ses déterminations. Car il est un être moral; devant faire le bien, il le peut; la conscience présuppose l'existence et l'intégrité des facultés morales. Le libre arbitre est un élément constitutif, par conséquent une propriété inaliénable de la personnalité; il est donné à l’homme par Dieu; Dieu ne saurait le lui reprendre, et l’homme ne saurait le perdre. D'un autre côté, Dieu est juste : s’il punit le mal et récompense le bien, il faut que le mérite ou le démérite soit l’œuvre de l’homme, que celui-ci se donne lui-même sa valeur morale. L'homme peut donc faire selon son choix le bien ou le mal; lui dénier cette faculté est faire injure à la fois à la dignité de l’homme et à la véracité de Dieu. Si l’homme était forcé par une nécessité intérieure de faire ceci ou cela, il ne serait pas un être moral; si le bien et le mal étaient dans la nature de l’homme, ils ne seraient pas des qualités morales. Le bien et le mal proviennent de la volonté, et la volonté est l’indifférence absolue , la capacité de faire le bien ou le mal — possibilitas utriusque partis. Ainsi naît l’homme, ainsi reste-t-il, et c’est là sa sainteté naturelle.»

1Comp. Wiggers, Augustinismus und Pelagianismus, t. IL. Baur, Histoire de l’Église, TI, p.123 et suiv. — Comp. aussi Chenevière, Du péché originel (Essais théolog.,T, p. 247 et suiv.). Bretschneider, Grundlage des evang. Pichismus, p. 377 et suiv.

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