‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 15 sur 47 · OBSCURCISSEMENT DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

OBSCURCISSEMENT DE LA CONSCIENCE

Ja racine de tous les vices. Ce n’est pas tel péché, c’est le péché lui-même, qui forme la nature de la volonté. |

À cette perversion de la volonté se joint un autre fait non moins déplorable, l’obscurcissement de Ja conscience. Nous sommes tous les jours témoins de l'influence fâcheuse d’une vie immorale sur la raison morale ; elle s’'émousse et se brise par la lutte contre une volonté obstinée; elle est dérangée et étouffée par les mauvais principes et perd ainsi peu à peu en partie ou en entier sa clarté et sa vivacité. Le silence est partiel quant aux différents devoirs moraux: chez le même homme qui d’un côté sait parfaitement bien diriger sa volonté selon la loi morale, surgissent, dans une autre

1 Sicut in igne est genuina vis qua sursum fertur, sicut in magnete est genuina vis qua ad se ferrum trahit, ita est in homine nativa vis ad peccandum. Mélanch., Loci, p. 97. — Docent quod post lapsum Adæ omnes homines, secundum naturam propagati, nascantur cum peccato, h. e. sine metu Dei, sine fiducia erga Deum et cum concupiscentia, quodque hic morbus seu vitium originis vere sit peccatum... Conf. Aug., art. II. — Æoc mominatur originale, hereditarium, principale et capitale peccatum. Artic. . Smalcald. (éd. Rech.), p. 317. — Peccatum originis non est quoddam delictum, quod actu perpetratur, sed intime inhœæret infixum ipsi naturæ substantiæ et essentiæ hominis. Et quidem, si maxime nulla unquam prava cogitatio in corde hominis corrupti exoriretur, si nullum verbum otiosum proferretur, si mullum malum opus aut facinus designaretur : tamen natura mihilominus corrupta est per originale peccatum... quod ipsum etiam est scaturigo omnium aliorum actualium peccatorum.… Form. Conc. Bpit., p. 577. — Plaçons à côté de ces passages tirés des Symboles la déclaration d'un théologien libéral moderne : «L’homme tel qu'il s’offre aujourd’hui à notre observation est déterminé, profondément déterminé; derrière sa liberté est notre nature, et notre nature est mauvaise. Le péché, dans l’état actuel des choses, a sa source dans la nature de l’homme; la nature de l'homme, telle qu’elle se présente à l’observation, telle que notre propre conscience nous la fait connaître, est déterminée dans le sens du péché. Sur ce point nous sommes tous d'accord.» Scherer, Du péché (Revue, t. VII, p. 337, 344).

sphère d'obligations, des pensées immorales, dont rien ne lui dénonce l’abjection. Le silence est absolu et universel quant au devoir religieux. Sur le devoir suprême , sur le but de la vie, sur l’ordre et la valeur des biens moraux, sur le rôle des instincts, la conscience laisse l’homme dans une incertitude désespérante, tant qu’elle est abandonnée à ses propres ressources. Il faut que l'obligation vienne du dehors se présenter à la raison morale et s'affirmer avec autorité dans sa majestueuse rigueur. Mais une fois réveillée, la conscience recouvre son énergie, elle se retrouve et se reconnaît dans l'appel qu’une autre voix a adressé à la volonté, elle le confirme, elle s’en empare et affirme à son tour l'obligation ignorée d’abord avec la même force que les autres. Une loi morale extérieure, qui vient présenter à l’homme les dimensions véritables de son devoir, n'apporte pas à la conscience un élément étranger, elle ne fait que la dégager et la déblayer; elle lui rend son empire, elle la réintègre dans un domaine dont les faux principes, sombres émanations d’une volonté perverlie, lui avaient barré l'entrée. Car à Pabri du silence de la conscience naissent de fausses maximes morales, se forment des principes arbitraires, se constitue une vertu factice, et l'erreur morale vient compliquer le désordre causé par la dépravation de la volonté. — La raison spéculative elle-même se ressent du mal universel. Car les thèses morales et religieuses sont des convictions, non pas seulement des opinions; elle ne sont dans la pensée que par l’assentiment de la volonté; il y a, à les avoir, mérite ou démérite. Quand la volonté résiste et que la conscience se tait, l'intelligence se ferme à son tour, et

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