CORRUPTION MORALE
refuse de comprendre ce que la volonté refuse de pratiquer À.
Les faits que nous avons analysés constituent ce qu'on appelle la corruption de la nature morale de l'homme?, ou sa servitude morale.
2) L'antithèse du Semi-Pélagianisme .
Augustin n'avait été que raffermi dans son déterminisme par la lutte contre Pélage. La doctrine suivant laquelle l'activité de l'homme est depuis la chute uniquement déterminée par le principe du mal, seul moteur de la volonté dépravée, était trop paradoxale, sa théorie d’une prédestination éternelle des individus froissait trop le sentiment chrétien pour ne pas pro-’ duire dans la suite une série de réactions. Les systèmes variés qu’on désigne du nom de Semi-Pélagianisme sont tous d'accord à soutenir contre Pélage que l’homme est pécheur par nature, et contre Augustin qu'il ne l’est pas complétement. Sa liberté est atténuée, mais elle existe; sa nature est corrompue, mais à côté des mauvaises dispositions elle renferme des germes de vertu;
1 Hec est Jides, doctrina et confessio nostra quod videlicet hominis intellectus et ratio in rebus spiritualibus prorsus sint cœca, nihilque propris viribus intelligere possint: F, ©. Hpit., p. 579.
2 Natura humana vitiata est (Aug., De pecc. mer. et rem., 13 et freq.). — Quid de naturæ possibilitate presumitur? vulnerata, sauciata, vexata, perdita est : vera confessione, non falsa defensione opus habet (De natura et gratia, e: 62). — «Der Wille ist wohl an sich Glottes natürtiches Geschôpf.. dieser Wille aber ist nicht gut, auch bleibt der Verstand nicht recht noch erleuchtet, sondern ist verdunlelt und verderbt, dass beide Verstand und Wille nicht dasjenige so gqut ist kônnen, wollen, verstehen, noch thun (Luther, éd. Walch, V, p. 783). — Anima non ex vitüs modo laborat, sed ommi bono prorsus vacua est (Calv., Inst. IE, 3, 2).
3 Cfr. Baur, o. c., II, p. 181 et suiv. Wiggers, o.c., t. IL.
il peut les réveiller, il peut s’efforcer de pratiquer la loi morale, sortir de la torpeur naturelle et aller ainsi au devant du secours divin, sans lequel, il est vrai, il ne saurait atteindre la perfection. — Le Concile de Trente repril ce système dans sa plus douce forme, et un certain nombre de théologiens modernes, adversaires de Pélage, reconnaissent néanmoins de bons éléments dans l'homme naturel. Examinons en détail cette manière de. voir
L'homme dans l’état actuel est-il libre ? Tous, Augustin lui-même et ses partisans les plus convaincus, répondront affirmativement, si on entend par liberté la spontanéité de la volonté. L’homme est l’auteur de ses actions, il fait ce qu'il veut et parce qu’il le veut, il n’agit pas par contrainte; Île péché même comme nature, même comme corruption innée, n’est pas en dehors de la volonté?. Tous, par contre, même les Semi-Pélagiens, feront à cette question une réponse négative, si on définit la liberté comme le pouvoir de l’homme de se déterminer uniquement dans le sens de la raison morale, selon sa conscience, d’après le principe de son existence et dans la direction du but pour lequel il a été créé. Cette faculté, qu'on appelle liberté positive ou réelle, est, de l’aveu de tous, un don de la grâce. Nous parlons de la liberté proprement
1 Liberum arbitrium minime extinctum, viribus licet attenuatum et inclinatum (VI, c. 1). Si quis dixerit opera omnia quæ anti justificationem Jiunt.… vere esse peccata a. 8. (e. 7). — De même Môhler, Symbolil: (1832), p.ex. $ 7: « Der Mensch, obschon er tief fiel, ist doch nicht aus der. Freiheit und dem Ebenbild Gottes herausgefallen. »
2 Liberi arbitri hoc modo dicetur homo non quia liberum habeat boni æque ac mali electionem, sed quia male voluntate agit non coactione. Calv., Inst., [, 2, 7. Libertas a coactione... per lapsum non est amissa. Joh. Gerhard, Loci, V, 87.