‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 18 sur 47 · MORALITÉ INFÉRIEURE. A · texte numérisé non relu

MORALITÉ INFÉRIEURE. A

solidarité universelle, l’engage à contribuer pour sa part au progrès général. Enfin il est dans l’homme un respect naturel devant la sainteté de la loi morale; ce respect, réveillé dans les cœurs sérieux par l'étude, par l'exemple, ou par les épreuves de la vie, fait naître en eux l’amour du bien, — amour abstrait et philosophique, — et donne lieu à de nobles aspirations , de puissants efforts et des triomphes partiels.

Tel est le domaine du libre arbitre, telle est la jus- . tice naturelle de homme. C’est une moralité relative, car elle ne découle pas du suprême motif moral et ne répond pas à l'obligation absolue. C’est la justice civile, car son but est, non Dieu et son royaume, mais l’hu- manité organisée, la cité terrestre. Voilà donc des motifs moraux profondément respectables qui portent l’homme à consacrer une partie de ses forces à des biens plus élevés que son bien-être individuel, qui réagissent contre le péché et en arrêtent le développement. Voilà des institutions qui, en élevant l’homme au-dessus de lui-même, suppléent jusqu’à un certain point à l’absence de la vraie religion, et en mettant

L« Non usque adeo in anima humana imago Dei terrenorum affectuum labe detrita est, ut nulla in ea velut lineamenta externa remanserint, unde merito dici possit etiam în ipsa impietate vitæ suæ facere aliqua legis vel sapere.» Aug., De spir. et lit. e. 48. — « De libero arbitrio docent quod humana voluntas habeat aliquam libertatem ad efiiciendam justitiam civilem et deligendas res rationi subjectas..» Conf. Aug., art. 18. — « Potest aliquo modo eficere justitiam civilem... loqui de Deo, exhibere Deo certum cültum externo opere, obedire magistratibus, parentibus, in opere externo eligendo potest continere manus a cœde, ab adulterio, a furto.. Id vocat Scr. justitiam carnis, quam natura carnalis, L. e. ratio per se efficit sine Spiritu S.» Apolog., p. 218. Cfr. Form. Cone., p. 640, 663. — Les dogmatistes réformés concèdent de même à l’homme déchu exercitia virtutum éthicarum, œconomicarum et politicarum — virtutes incompletas (Heppe, Dogm. réf., p. 265, n. 36).

son amour du monde au service du progrès du monde, détournent dans sa chute précipitée Pinstinct du bienêtre et obligent ce torrent à déverser ses ondes dans des canaux fertilisants. Loin de nous de mépriser, mais loin de nous aussi d’exagérer la valeur de ces différents mobiles moraux et des formes de la moralité qui s’y rattachent. Admirons la puissance avec laquelle ces motifs s'emparent de l’homme, mais déplorons aussi leur insuffisance : ils ne s'adressent qu’à un côté de la vie personnelle, ne dominent que certaines de ses relations, et ne mettent en demeure qu'une portion de son activité. Les affections de famille marchent parfois côte à côte avec l’avarice et l’orgueil, le patriotisme avec la brutalité, le spiritualisme avec légoïsme le plus grossier ou le plus raffiné. Souvent leur influence ne s'étend que sur les actes extérieurs de l’homme, et les vertus domestiques et civiques, l’honorabilité mondaine, la culture du vrai et du beau sont des voiles brillants qui cachent le vice et l’indignité. Bien des fois enfin cette moralité n’est que le résultat d’un calcul, la poursuite de l'intérêt bien entendu, l’égoïsme élargi, une forme du péché. Et que l’action de ces motifs s’épuise vite! Ja compassion se change en dureté dès que le sacrifice demandé dépasse un certain degré; aux grands élans patriotiques succèdent bientôt l'indifférence et la prostration de la conscience publique; une tradition philosophique, une religion nationale relativement pures à leur origine, arrivent rarement à la troisième génération sans être souillées et travesties L.

l'He cause sunt quare et civilis justitia rara sit inter homines, sicut videmus nec ipsos quidem philosophos eam consecutos esse, qui videntur eam expelivisse. Apolog., p. 218

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