‹ Études sur la doctrine chrétienne du péchéChapitre 2 sur 47 · VOLONTÉ, DÉTERMINATION. D · texte numérisé non relu

VOLONTÉ, DÉTERMINATION. D

fection naturelle, c’est nicr le péché, et voilà l’erreur fondamentale du panthéisme ou du rationalisrie spéculatif.

Le péché est une détermination de la volonté. Mais la volonté a une double forme: elle n'existe pas seulement comme mouvement de l’âme, unie à la pensée, dans l’acte conscient du moment: elle est avant tout fonction innée et permanente de l’homme, ayant son existence à elle, indépendante de la pensée et antérieure à sa manifestation. Dans l'acte, la volonté se détermine; à l’état latent,, au contraire, elle est déterminée; elle a, comme tout ce qui jouit d’une existence réelle, une forme, un caractère, une manière d’être, c’est sa disposition ou son penchant. La seconde des deux facultés - supérieures de l’homme, l’entendement, est absolument dans le même cas: il existe uni à la volonté dans l’acte de la pensée, mais il existe aussi pour lui, indépendamment de la volonté, et alors il a sa forme, son caractère, — c'est le sentiment. Il y a dans l’homme une certaine forme de juger des choses, qui existe sans effort de réflexion, qui persiste en lui pendant un certain temps, qui dirige son esprit, et s'associe aux différents actes de la pensée, c'est ce que nous appelons la nature de l’entendement. Il y a de même en lui une certaine forme de tendre vers les choses, qui existe même sans que l’homme en ait conscience, qui se maintient en lui, qui incline sa volonté et en accompagne les différents mouvements, c’est la nature de la volonté, son corps spirituel. Sentiments et dispositions peuvent être le propre produit de l'individu; ils résultent par exemple de la répétition fréquente d'un même mouvement de l’âme. Ou bien ils appartiennent à la pensée, à la volonté commune d’une famille, d'une

race , de l'humanité; en ce cas, ils sont innés à l’individu. — De là une double forme du péché. Le péché n'existe pas seulement dans l’action de la volonté, il peut être inhérent à la volonté considérée comme fonction, exister en dehors de l'acte, à l’état latent, se perpétuer dans l’homme, incliner sa volonté et se joindre à toutes ses manifestations ; il peut être disposition, mauvais penchant, nature corrompue de la volonté, il peut être inné et naturel à l’homme, sans cesser d’être volontaire. Nier le péché comme disposition, pour ne regarder que le péché actuel, c’est donc affaiblir considérablement l’idée du péché, et c’est là l'erreur du Pélagianisme ou du rationalisme vulgaire. Essayons enfin d’éclaircir l’idée de la lot morale, qui figure en dernier lieu dans notre définition. — L'observation constate à chaque degré de la création la présence d’une force indépendante des choses créées et supérieure au monde. Les propriétés que l'analyse découvre dans un être ne suffisent pas pour expliquer sa vie, son développement, son action sur les autres êtres. Un ordre supérieur de la nature n’est jamais uniquement le résultat de l’ordre inférieur. L'ensemble des choses n’équivaut pas à l’ordre des choses. La vitalité inépuisable, l’admirable harmonie, le merveilleux progrès du monde, ne peuvent avoir leur source dans le monde même considéré comme la totalité des créatures. La nature formée (natura naturata) exige une nature formatrice (nalura naturans), et cette puissance suprême, qui domine et dirige le développement du monde, cette causalilé générale dans laquelle toutes les causes relatives viennent puiser leur vie, c’est la volonté du Créateur immanente à la création, c'est le

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